lundi 27 avril 2015

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"A travers les prés verts et au grand dommage des haies en fleurs, six misérables détectives se frayaient un chemin, dans la campagne, à cinq lieues de Londres. L’optimiste de la bande avait d’abord proposé de pourchasser en cab le ballon qui prenait la direction du sud. Mais il avait été amené à changer d’avis, devant le refus obstiné du ballon à suivre les routes et devant le refus, plus obstiné encore, des cochers à suivre le ballon. En conséquence, nos pèlerins, intrépides, mais exaspérés, durent franchir d’interminables champs labourés, des fourrés affreusement touffus, si bien qu’au bout de quelques heures, ils étaient déguenillés au point qu’on aurait pu les traiter de vagabonds sans leur faire un compliment injustifiable. Les verts coteaux du Surrey virent la tragique et finale catastrophe de cet admirable complet gris clair qui, depuis Saffron Park, avait fidèlement accompagné Syme. Son chapeau de soie fut défoncé par une branche flexible qui se rabattit sur lui; les pans de son habit furent déchirés jusqu’aux épaules par les épines des buissons, et la boue argileuse du sol anglais l’éclaboussa jusqu’au col. Il n’en continuait pas moins à porter fièrement sa barbiche blonde, et une implacable volonté brillait dans son regard fixé sur cette errante bulle de gaz qui, parfois, dans les feux du couchant, se colorait comme les nuages. - Après tout, dit-il, c'est beau!"... (G. K. Chesterton, Le nommé Jeudi, 1912)

Oui c'est beau, comme sont beaux tous ces Naruse que je vois (ou revois) en ce moment à la Maison du Japon à Paris, sans savoir d'ailleurs, exactement, d'où vient cette beauté. Il y a bien sûr le finale de certains films, comme l'Eclair, Nuages flottants, Tourments ou encore Nuages épars..., finale absolument sublime, d'autant plus sublime qu'il n'est pas l'aboutissement chez Naruse d'un mouvement crescendo, mais une sorte de contrepoint, émergeant presque brutalement après une succession de scènes volontiers répétitives, de sorte qu'on touche là non pas à la sublimation au sens freudien du mot, celui d'élévation (Aufhebung), la sublimation qui selon Lacan "élève l'objet à la dignité de la Chose" (la sphère céleste, sinon Dieu), mais, plus modestement, à ce que Lacan nommera par la suite, à propos de Joyce, "l'S.K.beau" (le réel de la sphère), l'escabeau grâce auquel on se hisse mais pas bien haut - trois ou quatre marches au plus -, ce qui fait que ça reste en contact avec l'ici-bas, le sublime en tant que "point le plus élevé de ce qui est en bas". Chez Naruse, c'est de là, peut-être, que la beauté surgit...

Beau aussi, dans un tout autre genre: Change pas de mainle "polardcore" de Vecchiali réalisé en 1975. J'y reviendrai... En attendant, si quelqu'un pouvait m'envoyer la chanson "On m'appelle Mona Mour" interprétée par Mona Heftre.

27 commentaires:

Anonyme a dit…

Passer de Naruse à "Change pas de main", c'est osé !

Buster a dit…

C'est ça le cinéma.

(non c'est pas de la branlette :-)

Anonyme a dit…

Il est beau l'escabeau

Anonyme a dit…

Si c'est de la branlette

Voici déjà les paroles a dit…

Depuis que je connais la vie
Je n'comprends pas qu'on s'ennuie
Il y a la mort qui nous attend
Je vous en prie profitons-en
Je peux séduire n'importe qui
À condition qu'j'en aie envie
Faut pas vous faire du mauvais sang
Je n'en veux pas à votre argent
On m'appelle Mona Mour
On m'appelle mon amour
Je m'appelle Mona
Je m'appelle Mour
Je m'appelle Mona Mona Mour

Je n'espère pas un milliardaire
Un diplomate ou un notaire
Il m'suffirait d'un gars bien fait
À qui je fasse beaucoup d'effet
Sur le plus long de ses grands bras
Je marche toujours dans ces trucs-là
Il m'ferait faire tout ce qu'il veut
Même s'il arrive qu'on soit plus qu'deux
On m'appelle Mona Mour
On m'appelle mon amour
Je m'appelle Mona
Je m'appelle Mour
Je m'appelle Mona Mona Mour

Au président d'la République
J'donnerais mon corps diplomatique
Bébé peut aller se rhabiller
Au ministère de la santé
Mes seins ma bouche mes ongles longs
Mes yeux mes hanches et ma chanson
Je peux donner tout ce que j'ai
Moi je veux vivre à en crever
On m'appelle Mona Mour
On m'appelle mon amour
Je m'appelle Mona
Je m'appelle Mour
Je m'appelle Mona Mona Mour

(paroles de Paul Vecchiali, musique de Roland Vincent)

Buster a dit…

Ah, merci beaucoup… elle est magnifique cette chanson (Mona Mour aussi d'ailleurs)

Voici déjà les paroles a dit…

Ah oui magnifique Mona Mour, et magnifique séquence au Shanghai Lily (les vingt premières minutes du film), davantage que les "fameuses" scènes hard dont, au fond, le film aurait pu se passer pour la plupart d'entre elles (mais vous allez peut-être nous convaincre du contraire)

Buster a dit…

Les scènes porno sont aussi moches, tristes et ennuyeuses que dans le porno traditionnel, on peut même dire que Vecchiali en abuse, mais c’est voulu, elles ont une fonction...

Lucie a dit…

Coucou Buster,

Sur vos conseils, j'ai été voir des films de Naruse, "Chrysanthèmes tardifs" et "Pluie soudaine", un peu tard malheureusement, puisque la rétrospective se termine demain, mais mieux vaut tard que jamais comme on dit. C'était magnifique !

Buster a dit…

Bonjour Lucie,

Si vous avez vu Chrysanthèmes tardifs (étonnant film, on y parle que d’argent) vendredi dernier, on s’est croisés sans le savoir...

Pluie soudaine, très beau aussi.

Lucie a dit…

Ah zut, c’est dommage.

Sinon, quels sont les autres films de Naruse que vous avez vus ?

Buster a dit…

L’étau, Pluie soudaine, Epouse, Femme sois comme une rose, Frère ainé soeur cadette, Coeur d’épouse, A l’approche de l’automne…
+ quelques uns que je connaissais déjà (L’éclair, Le grondement de la montagne, Nuages d'été...)

Lucie a dit…

Ah oui, la moisson a été fructueuse.

Je vais essayer d'aller voir "Un couple" et "Nuages épars" demain.

Il y a aussi Balloonatic qui passe à la Cinémathèque cet après-midi. Vous y serez ?

Buster a dit…

Non je peux pas.

(et puis bon, le mec de Balloonatic qui viendrait exprès voir Balloonatic, hum…)

Anonyme a dit…

Nuages flottants, il est extraordinaire ce film

Buster a dit…

Oui, c’est le premier film de Naruse que j’ai vu, son chef-d’oeuvre pour beaucoup (moi j’ai une préférence pour Tourments). Narboni émet l’hypothèse qu’il a beaucoup influencé Ozu pour son film Crépuscule à Tokyo, un film également très sombre, hivernal, où il est aussi question d’avortement et de suicide, bref pas du tout ozuien…

Anonyme a dit…

Quel malheur que Tourments ne passe pas...

Buster a dit…

Qu'il ne passe plus ou qu'il ne soit pas passé (il était dans la programmation)?

Tellement Pacôn a dit…

Ouais bon, revenons aux choses sérieuses voulez-vous ? Vous avez pensé quoi du dernier Blur ?

Anonyme mou a dit…

Il a été déprogrammé, remplacé par le splendide Quand une Femme monte l'Escalier.
Espérons qu'il soit présenté ultérieurement.

Buster a dit…

Ah je ne savais pas.

Quand une femme monte l’escalier est splendide en effet, je l’avais vu, comme Tourments, sur CinéClassic… d’autres films passés à l'époque sur cette chaîne, comme Courant du soir, Comme une épouse et comme une femme, Une histoire de femme, n'étaient pas non plus dans la rétro.

L’album de Blur je ne l’ai pas encore suffisamment dans les oreilles, mais j’y ai déjà repéré de belles choses, comme Thought I was a spaceman (pour l'instant mon titre préféré), My terracotta heart, They are too many of us, Pyongyang… L'album:

Pâcon Tellement a dit…

Ecoutez mieux, ce n'est pas Blur, "Thought I was a spaceman" est en réalité interprété par David Bowie :-)

Buster a dit…

Exact… c'est pour ça que j'ai accroché d'emblée :-)

Jacky Lacanne a dit…

Votre truc sur l'SK beau, j'ai rien compris, je vais demander à mon psy, il pourra peut-être m'expliquer

Buster a dit…

Ok, vous me raconterez :-)

Fouiny Baby a dit…

Et il vaut quoi le nouveau Brian Jonestown Massacre avec tous ses titres français ?

Buster a dit…

Ah celui-là je l’ai pas encore écouté, je sais pas pourquoi, il m’inspire pas… mais j’ai peut-être tort.