dimanche 1 mars 2015

Le rayon vert




Le Rayon vert d'Eric Rohmer (1986). , les précisions sur le "rayon vert" du film par celui qui l'a filmé... aux Canaries!

"Tous les regards se reportèrent alors vers l’horizon de l’ouest.
Le soleil s’abaissait déjà avec la rapidité qui semble l’animer aux approches de la mer. A la surface des eaux tremblotait une large traînée d’argent, lancée par le disque, dont l’irradiation était encore insoutenable. Bientôt, de cette nuance de vieil or, qu’il prenait en tombant, il passait à l’or cerise. Devant les yeux, lorsqu’on les voilait de leurs paupières, miroitaient des losanges rouges, des cercles jaunes, qui s’entre-croisaient comme les fugitives couleurs du kaléidoscope. De légères stries ondulées rayaient cette sorte de queue de comète que la réverbération traçait à la surface des eaux. C’était comme un floconnement de paillettes argentées, dont l’éclat pâlissait en s’approchant du rivage.
De nuage, de brume, de vapeur, si ténue qu’elle fût, il n’y avait pas apparence sur tout le périmètre de l’horizon. Rien ne troublait la netteté de cette ligne circulaire, qu’un compas n’eût pas tracée plus finement sur la blancheur d’un vélin.
Tous, immobiles, plus émus qu’on ne le pourrait croire, regardaient le globe qui, se mouvant obliquement à l’horizon, descendit encore, et resta comme suspendu un instant sur l’abîme. Puis, la déformation du disque, modifié par la réfraction, se fit peu à peu sentir; il s’élargit au détriment de son diamètre vertical et rappela la forme d’un vase étrusque, aux flancs rebondis, dont le pied plongeait dans l’eau.
Il n’y avait plus de doute sur l’apparition du phénomène. Rien ne troublerait cet admirable coucher de l’astre radieux! "Rien ne viendrait intercepter le dernier de ses rayons!"
Bientôt, le soleil disparut à demi derrière la ligne horizontale. Quelques jets lumineux, lancés comme des flèches d’or, vinrent frapper les premières roches de Staffa.
En arrière, les falaises de Mull et la cime du Ben More s’empourprèrent d’une touche de feu.
Enfin, il n’y eut plus qu’un mince segment de l’arc supérieur à l’affleurement de la mer.
"Le Rayon-Vert! le Rayon-Vert!" s'écrièrent d'une commune voix les frères Melvill, Bess et Partridge, dont les regards, pendant un quart de seconde, s'étaient imprégnés de cette incomparable teinte de jade liquide"... (Jules Verne, Le Rayon-Vert, 1882)

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Très beau.

Serait-ce le "post de fin parfait" ?

Buster a dit…

Toujours pas.