dimanche 15 février 2015

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Si le sport est une religion, l'inverse est-il vrai? la religion est-elle un sport? disons un sport de combat, et même le pire des sports de combat quand elle est pratiquée par des fanatiques, s'entretuant à coups de crucifix, de menorah ou de janbiya?

Tiens, puisqu'on parle de sports de combat, un mot sur Foxcatcher de Bennett Miller. Vraiment pas terrible. Pour moi, Miller passe complètement à côté de son sujet. Parce que c'était quoi l'idée forte du film? Pas le personnage de John du Pont, milliardaire à la fois mégalo, dingo et toxico, trop "chargé" au niveau dramaturgique, ce que Miller cherche à désamorcer en jouant constamment sur l'ambiguïté (surtout sexuelle), sauf qu'à force de nager dans le non-dit, la suggestion, la psychologie à bas bruit, ça devient paradoxalement lourd de sens. Pas du Pont donc, mais ce qu'il en est de la lutte, le plus olympique et pourtant le plus méconnu des sports, expliquant que le fait divers qui a inspiré le film ait suscité si peu d'échos en son temps, en dehors de son propre milieu... Las, Miller se contente de préparer le terrain, de baliser, plus ou moins brillamment, son film, pour nous amener progressivement au drame. Classique mais pas emballant. Plus risqué, mais aussi plus fructueux, aurait été de nous plonger au cœur même de la lutte, de la dégager de son aspect trop simplement viril, sinon homo-érotique, d'y retrouver au contraire, sous une forme dégradée, et en même temps plus noble, ce qui en faisait le sport le plus important de l'Antiquité, avec ce que cela suppose au niveau symbolique, justifiant aussi bien la passion des Schulz que la fascination de du Pont. Faire de la lutte le terrain, pour le coup dialectisé, de l'affrontement entre les deux frères et leur mécène... Mais non, on en reste à un jeu d'oppositions très attendu qui ne fait qu'hypertrophier le récit tout en valorisant le numéro d'acteurs (Carell bon pour l'Oscar). Bref la performance.

PS. Juste pour faire enrager ceux qui n'aiment pas que je fasse des listes, voici mes 15 films préférés des années 2010 à mi-parcours: (par ordre alphabétique)

- Bad lieutenant de Werner Herzog
- Boyhood de Richard Linklater
- Cloud atlas d'Andy et Lana Wachowski et Tom Tykwer
- Comment savoir de James L. Brooks
- Damsels in distress de Whit Stillman
- L'Etrange affaire Angélica de Manoel de Oliveira
- Go go tales d'Abel Ferrara
- The Grand Budapest hotel de Wes Anderson
- Hahaha de Hong Sang-soo
- Lincoln de Steven Spielberg
- Mourir comme un homme de João Pedro Rodigues
- Mystères de Lisbonne de Raúl Ruiz
- Tip top de Serge Bozon
- Twixt de Francis Ford Coppola
- La Vengeance d'une femme de Rita Azevedo Gomes

13 commentaires:

Mr Fox a dit…

Pas d'accord sur Foxcatcher, la lutte y est très présente. C'est vu de l'intérieur et c'est ce qui rend le film si fort.

Buster a dit…

Bah non justement, c'est traité de façon très journalistique. Compte tenu du sujet j'aurais aimé que Miller se mouille davantage en termes de fiction. On dit souvent que le fait divers c'est la tragédie grecque dans le roman policier. Quand je parle de la lutte, c'est à ce niveau, un truc plus puissant, à la Faulkner, qui permette de sortir les personnages des clichés habituels, là le lutteur un peu neuneu, là le milliardaire parano et drogué, tout ça sur fond d'homosexualité refoulée.

Mr Fox a dit…

Ce ne sont pas des clichés mais la réalité. Miller ne fait que la respecter.

Buster a dit…

C'est bien ce que je dis, Miller "ne fait que"... moi j'attends autre chose d'un film que de s'en tenir à la réalité ou je ne sais quelle ojectivité des faits. Les clichés se fondent toujours sur quelque chose de vrai. Du Pont et Schulz en sont l'exemple, ils sont à l'image respectivement du milliardaire pourri et du sportif bas du front, mais quel intérêt d'entretenir dans un film ce qui nourrit déjà le cliché dans la réalité?

Mr Fox a dit…

Vous êtes quand même le premier que je lis qui n'aime pas le film.

Buster a dit…

Ah mais ça c'est pas un argument.

Anonyme a dit…

Tiens, pour une fois je suis d'accord avec vous.

Anonyme a dit…

Bonjour Buster,

Je n'ai pas encore vu Foxcatcher ; j'attends que le soufflé critique retombe.
Par contre, j'attends avec une certaine impatience Blackhat/Hacker, de Michael Mann
J'ai vu Whiplash, un bon moment mais pas un grand film.Je vous le recommande tout de même. American Sniper m'a laissé perplexe. J'y reviendrai plus tard.

Votre goût pour les listes me fait enrager... de plaisir ; j'adore les listes. Listomaniaque, ça existe ?

Je ne partage pas votre goût pour Twixt ni pour The Grand Budapest Hotel, pour la bonne raison qu'ils sont artificiels, bien que sympathiques. Sinon, le reste vous ressemble et reste plaisant. Comme d'habitude, je dois déplorer l'absence des Japonais : Miyazaki, Tahakata, K. Kurosawa, Miike, etc, mais bon je sais que ce n'est pas une question de nationalité.

A la prochaine.

Ludovic

Buster a dit…

Bonjour Ludovic,

Pour la liste, je me suis pas fatigué, j'ai juste repris les 3 premiers films de chaque année depuis 2010 (au cas où ce serait la dernière :-)

Anonyme a dit…

Bonjour Buster,

J'ai vu Foxcatcher, sans attendre finalement. Trop envie d'aller au cinéma.
Ce film m'a rappelé constamment Les Lumières de la ville (City Lights, 1931, Charles Chaplin) : même duo au milieu du film, si ce n'est qu'à côté du millionnaire on trouve non pas un vagabond mais un sportif.
Miller n'en tire pas le même parti que Chaplin mais les fait vraiment exister. C'est nettement au-dessus de la plupart des films.
Pour ce qui est des clichés, il fonce droit dessus mais s'en sort, même si ça manque d'invention (ou de fantaisie, ou d'onirisme, à chacun de voir).

Ludovic

Buster a dit…

Salut Ludovic,

Le rapprochement avec City lights, un peu oui, mais bon… Moi le problème avec ce film c’est que je n’ai pas l’impression que Miller tire grand chose de la situation de départ, se contentant d’insister sur son désir de ne pas interpréter, de ne pas expliquer, non seulement frontalement mais même de façon plus oblique, le rapport entre Du Pont et le jeune Schulz, de rester constamment dans une sorte d’entre-deux visqueux, procédé qu’il généralise à l’ensemble du film (entre du Pont et sa mère, entre les deux frères), ce qui fait que c'est l'inverse qui finit par se produire, que tout ça finit au contraire par ressortir, et de manière outrancière, comme le nez de Ferrell au milieu du visage… On devine qu’il veut ainsi casser la mécanique même du "film de fait divers", si tant est que le genre existe, l’intention est peut-être louable, mais on en reste là, rien n'est réellement traversé… D’où ma frustration.

Anonyme a dit…

Ferrell bon pour l'Oscar ?? Et Steve Carell, il joue dans Timbuktu ?

Buster a dit…

Ah oui tiens, pourquoi j'ai écrit Ferrell? et deux fois en plus, merci Abderrahmane, je corrige tout de suite.