samedi 24 janvier 2015

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Quai du Maroc. Musique: "Memorymix", The Brian Jonestown Massacre.

Au passage, une petite note (vite fait bien fait):


Pasolini d'Abel Ferrara et The smell of us de Larry Clark sont deux films hantés moins par la mort que par une forme de fatigue, la fatigue au sens de "l'infinitude vivable dans le corps" (Barthes), ce qui l'oppose à la mort... La fatigue comme geste poétique, qui fait que chez Ferrara la dernière journée de Pasolini se résume à quelques rendez-vous, inscrits sur son agenda - sauf le dernier évidemment -, une simple présence, parmi les siens, et la vision d'œuvres en cours, éclatant ici et là, signe d'un imaginaire au travail; qui fait que chez Clark le regard posé sur de jeunes bourgeois en rupture de ban, entre skate, drogue et escorts, se résume à une suite de scènes mi-posées mi-captées (à travers son personnage principal le film évoque à la fois Botticelli et Bertolucci), circulant de l'une à l'autre, sans logique narrative, où se mêlent désir et mal-être. La fatigue, surtout, comme moteur esthétique pour ce qui ressemble finalement à deux autoportraits: en creux chez Ferrara (via Dafoe), où l'auteur se reconnaît dans la radicalité de l'artiste, tout en s'effaçant derrière son image; en gras chez Clark (via lui-même en vieux "concu-pissant" et ses équivalents aux corps flétris par le temps), où l'auteur s'immisce de façon volontairement obscène dans la vie, odorante et triste, de ces skateurs parisiens, dont il goûte, jusqu'à s'en repaître, la jeunesse et la beauté... Deux films fatigués, anémiés, peuplés des mêmes figures gigolesques, travaillant davantage la sensation que, disons, la réflexion (que celle-ci soit politique ou sociologique, ce qui de toute façon n'a jamais été la tasse de thé de Ferrara, à la différence de Clark), excitant ainsi la sensibilité du spectateur, faisant jouer, plus que d'ordinaire, ce qu'il en est de sa subjectivité, quant à la réception d'une œuvre. Bref... tout ça pour dire que si j'ai beaucoup aimé le Ferrara, de par son écriture, tout en retenue, presque apaisée, le trouvant même par instants admirable, voire bouleversant, je n'ai, à l'inverse, pas du tout aimé le Clark, de par son style, trop joliment trash (au point de rendre cette prétendue mise à nu du cinéaste assez bidon), le trouvant même par moments (ah la scène des orteils!) franchement détestable... 

20 commentaires:

Anonyme a dit…

C'est marrant, moi c'est le contraire, j'ai trouvé le Ferrara épouvantable et le Clark plutôt réussi.

Georges Tron a dit…

C'est quoi la scène des orteils ?

Buster a dit…

Ha ha

HPG a dit…

Je peux faire n’importe quoi, mais pas les pieds !

Stéphane Delorme a dit…

Et à ceux qui accusent Larry Clark d’on ne sait quelle perversion, posons cette simple question : qui d’autre a-t-on pour chanter la beauté des corps ?

Larry Clark a dit…

Ah Stéphane, viens que je te suce les orteils

Buster a dit…

OK, encore un fil qui part en vrille...

Anonyme a dit…

La faute à Delorme, il écrit que des conneries

valzeur a dit…

Hello Buster,

Je me permets de recentrer sur les bouses de ce début d’année, si vous me permettez, puisque j’ai vu… Foxcatcher ! Alors bon, comment dire… Capote était déjà mauvais, mais là, on franchit un cap de plus dans l’académisme engoncé. Devant le carton plein critique, on se dit que c’est vraiment un film pour les malcomprenants, parce qu’à moins d’avoir un neurone et demi, il est visible que c’est un film a) sur l’Amérique (avec plein de H devant), b) sur les pères (et aussi un peu sur les paires, mais aucun plan de suspensoir, Bennett Miller reste coincé du Hulk jusqu’au bout). Psychologiquement, on est au niveau Martine colorie son petit Freud illustré. Les trois acteurs sont des blogs de névrose dans le sous-jeu. Steve Carrell, handicapé par son postiche qui le fait ressembler à Lambert Wilson, est traité comme un personnage ridicule (la scène des petites foulées), il n’est jamais inquiétant et jamais attachant. Ni d’ailleurs les frères Schultz ; Tatum fait son veau aux hormones, et Ruffalo joue le papa-maman-frérot avec beaucoup d’abnégation. Dans le sursignifiant par en dessous, on fera difficilement mieux/pire que Foxcatcher cette année. Le film clignote comme un paquebot qui coule après évacuation, et il est tout aussi vide. Complètement dénué de vie et d’enjeu (si ça n’est évidemment la fameuse trajectoire américaine, grandeur+déchéance, pas de deuxième chance pour le rêve américain, blah blah blah), il se laisse aller à une pompe globale qui éclate dans le dernier quart d’heure calamiteux (meurtre gratuit sous la neige avec la femme de Ruffalo - qu’on n’a pas vu du film - qui étreint longuement son mari au ralenti en pleurant sur fond de piano chiche et hivernal). Comme je suis bon, je sauverai la scène de l’hélicoptère, la seule où les acteurs ont quelque chose à donner. Mais pour le reste, c’est vraiment lamentable (et vous savez quoi ?, ils ne couchent même pas, en plus !!!)

Buster a dit…

Hé hé... l'année commence fort, mais je n'ai pas encore vu le film (pire que le Larry Clark?)

Dans la presse en effet c'est un concert de louanges (comme d'habitude)... la seule voix discordante vient du Nord (Ph. Lagouche):

Un récit d’amour/haine, de domination, de père de substitution. On y découvre notamment que le psychopathe en question est un de ces milliardaires ultra-républicains dingue de paramilitaire. Au cas où l’on n’aurait pas bien compris la nature freudienne de sa pathologie, le scénario suggère que le gugusse « souffre » d’homosexualité refoulée et que sa maman (Vanessa Redgrave momifiée) n’est pas loin de ressembler à celle de Norman Bates. Tout ça est filmé de manière convenue, la mise en scène s’appliquant à exprimer sa fascination à l’égard de l’acteur Steve Carell – grimé comme Peter Sellers dans La Panthère rose – qui en fait des kilos à contre-emploi. Face à ce candidat à l’oscar, Channing Tatum exhibe une carrure de zébu et un regard de koala.

valzeur a dit…

Tout juste, le Nord, c’est exactement ça !
Avec, en plus, un peu de Rebecca (Channing Tatum joue le rôle de Joan Fontaine, vous imaginez ?).
Et puis vraiment, dans le film, personne n’est vivant. tout le monde semble traumatisé par une enfance à la Dickens. Les personnages secondaires sont inexistants ou se taisent (l’équipe de lutte sage comme des scouts chloroformés).
On se croirait dans A Most Violent Year, autre bouse. D’ailleurs, se déroulant dans un proche passé, les deux films partagent une même conception de la sous-exposition, comme si les réalisateurs pensaient que la lumière électrique n’avait pas encore été inventé à l’époque ou qu’elle marchait mal (malgré la grandeur de l’Amérique, bien sûr). Ce ramassis de clichés esthétiques, scénaristiques, psychiatriques et politiques ne mérite que le mépris.
Quant aux neu-neus critiques qui applaudissent à ça des deux nageoires, bravo le veau !
Mais bon, comme je l’ai déjà dit, il y a tellement peu de choses à voir et à comprendre que tout le monde se trouve intelligent face à ça ; même un routier lepéniste qui va au cinéma deux fois par an, hors films d’action et de super-zéros, saisira que Steve Carrell est un homo refoulé parce que sa maman glaciale l’a castré (pauvre Vanessa Redgrave), que Tatum est un enfant de 5 ans dans un corps d’épaulard qui cherche son papa, et que Ruffalo - le brave frérot popote - se dispute inconsciemment le rôle de « modèle » avec Carrell (le mot doit être répété 20 fois dans le film, au cas où ce ne soit pas clair).
Toute personne qui se pâme devant Foxcatcher devrait être interdite de critique cinéma (excusez-moi, c’est mon côté Pol Pot, et puis j’ai trop souffert devant tant de connerie)

Nabilla a dit…

Foxcatcher une bouse ? Non mais allô quoi !

Buster a dit…

Ta gueule Nabilla :-)

Nabilla a dit…

Et lui comment il me parle ! Allô, non mais allô quoi !

Liliane Bettencourt a dit…

Et sinon quel est le sujet de Foxcatcher ?

Anonyme a dit…

C'est une arnaque le n°1000 des inrocks, y a rien à lire!

Anonyme a dit…

Les mille numéros des Inrocks sont une arnaque.

l'abbé Lamy a dit…

Hum, vu les deux films, d'accord sur l'analyse ...mais pas sur la conclusion, j'adore autant l'un que l'autre. Tu préfères te faire caresser par Pasolini que te faire enculer par "Smell of us"? Basta des petites spécialités, vive la grande coucherie... n'oublie pas que Ferrara a aussi été très sociologique (nos funérailles, un des plus beaux films de mafia de tous les temps) et que Clark l'est aujourd'hui plus que jamais (on n'est pas devant un autoportrait vicelard mais devant un chant élégiaque et mélancolique). ce qui est important dans celui-là, c'est ce qu'il y a dans la pâte, dans la trame de l'image, sous la peau des personnages, dans nos effluves, sous la croute d'un trocadéro bien polissé et d'un septième art trop ronronnant. Clark apprivoise bien plus qu'il ne le filme un feu sacré qui nettoie la pupille encrassée par trop de daubes en 2014!!

Buster a dit…

Taratata l’abbé, faut se calmer, tu vas souiller ta soutane, il n’y a rien dans la pâte, rien sous la peau des personnages, The smell of us relève plus du "cliché", dans tous les sens du terme, que de l’élégie… Je crois que Clark est meilleur photographe que cinéaste, son esthétique, brute, très formaliste, s’exprime mieux dans la photo, peut-être parce que l’émotion y est plus directe, plus immédiate, même si je n’y suis pas très sensible… dans ses films ça s’étale et à la longue ça devient pénible… là c’est pire, cette jeunesse à la dérive, qu’il ne cesse de shooter, ces jeunes invariablement confrontés au sexe, à la drogue, à la violence, aux adultes… ne sont plus que des caricatures, des blocs d’ennui, dénués de tout intérêt, pour Clark des choses tout juste bonnes à sniffer, ou à sucer… bref un truc vaguement organique, qui plait on dirait, mais quand même assez vain.

Anonyme a dit…

Sûrement, mais le Ferrara est tout aussi vain, sinon plus.