dimanche 30 novembre 2014

[...]




C'est marrant, Konstantin Gropper, alias Get Well Soon, m'a toujours fait penser à Fassbinder jeune (tel qu'il apparaît par exemple dans le Petit chaos). Le rapprochement n'est d'ailleurs pas que physique: Gropper, à l'instar de Fassbinder, est lui aussi très productif: il vient de sortir pas moins de 3 EP en même temps: The Lufthansa heist - Henry, The infinite desire of Heinrich Zeppelin Alfred von Nullmeyer - Greatest hits, ce dernier rassemblant des versions cover plutôt convaincantes de BO cultes ("Lucifer Rising 2" de Bobby Beausoleil, "Oh my love" de Riz Ortolani) et de gros tubes, parmi lesquels Careless whisper de George Michael, mais aussi une reprise du sublime et peu connu "Til I die" de Brian Wilson.

Reste que de cet ensemble, c'est surtout Sci-Fi gulag que je préfère, un titre qui me fait penser là encore à Fassbinder, plus exactement à son film le Monde sur le fil, d'où la photo ci-dessus, qui bien sûr n'est pas extraite du film (c'est Gropper qu'on y voit), mais que j'imagine comme tel, avec Gropper (ou son double) dans le rôle d'un des habitants du Monde 2.

PS. Sea when absent, le dernier album de A Sunny Day in Glasgow. Du shoegaze qui gaze... 

dimanche 23 novembre 2014

Rouge profond




La Vengeance d'une femme de Rita Azevedo Gomes.

Follement baroque autant que résolument moderne (de Barbey d'Aurevilly à Oliveira, de Rubens à Webern...), ce film inouï, somptueusement théâtral, incroyablement aiguisé - au niveau du cadre (récit, tableaux...), de la lumière, des couleurs, du son -, pour mieux intégrer (via narrateurs et témoins) le spectateur à la représentation, et ainsi lui faire éprouver (sans chercher à l'expliquer) les puissances autodestructrices d'une passion (qui relève ici du scandale), est assurément l'un des beaux de l'année, peut-être le plus beau.

NB: il reste deux jours pour le découvrir (à Paris), après ça risque d'être (encore) plus compliqué.

[ajout du 25-11-14: super, l'exclusivité du film se prolonge une semaine de plus!]

[ajout du 03-12-14: et hop, c'est parti pour une 3e semaine!]

[ajout du 17-12-14: et ça continue...]

lundi 17 novembre 2014

Gone girl

La femme qui en savait trop. (attention spoilers!)

Gone girl de David Fincher est certainement un des films les plus retors qu’on ait vus depuis longtemps. Sa force réside, outre le brio de sa mise en scène, dans sa construction emboîtée, à l’instar d’une boîte crânienne, qu’il faut ouvrir pour saisir ce qu'il y a dedans, avec en guise d’entrée, d'entrée en matière (grise forcément), cette question: à quoi peut bien penser Amy, la belle et si brillante épouse de Nick? Des pensées d'autant plus impénétrables que c’est de bois dont il s’agit ici, le bois sous toutes ses formes: noces de bois (cinq ans de mariage, autrement plus durs plus à vivre que les mièvres noces de coton de la première année), hangar en bois (le woodshed du film, où sont entreposés d’improbables achats), matraque et autres marionnettes en bois (Punchy, une sorte de Guignol, et sa femme Judy, le dernier des cadeaux de mariage)... A l’origine ce n’était même pas de coton, mais bien de papier dont était faite Amy, l’Amy de l’Amazing Amy, personnage créé par sa mère écrivain (dont le prénom, Marybeth, sonne comme Lady Macbeth), personnage célèbre (il a bercé l’enfance de nombreuses femmes) dont elle était le double (avec toujours une longueur de retard) et qui a façonné en elle l’image dégradante de la cool girl, de cette fille pathétique qui fait semblant d’être la femme que l’homme voudrait qu’elle soit, image qu’elle a enfin décidé d'abandonner, aidée en cela par la crise financière et surtout Nick (interprété par Ben Affleck, le seul acteur qui soit plus expressif de dos que de face), redevenu lui-même, c’est-à-dire missourien, terne, avachi et lâche, la trompant, petitement, avec une de ses étudiantes (autant dire que lui aussi devra payer de ses bassesses).
Le film se présente ainsi comme un enchevêtrement de questions que le scénario relance en permanence (suspense) en même temps qu’il les reformule (rebondissements), des questions qui touchent aussi bien à la fonction du couple (au non-rapport sexuel diront certains), qu’au désir de la femme (à son manque diront les mêmes) et - ce qui n’est pas pareil - à celui d’être mère... Tout un programme donc, qui suppose que non seulement la fille disparaisse mais que l’affaire passe de l’intime (qui bouleverse un couple) au privé (qui regarde la police) puis au public (qui intéresse les médias), pour qu’Amy devienne une héroïne elle aussi, à l’instar de l’Amazing Amy, même si c’est au prix d’un sacrifice: sa propre mort maquillée en meurtre, avec une accumulation d’indices qui doivent faire de Nick le coupable idéal. Sauf que bien sûr ça ne se passe pas comme ça. Et Amy de modifier sa stratégie, en fonction des événements, du comportement de Nick (coaché par son avocat et sa sœur jumelle), tel un jeu fascinant, où se mêlent réflexion, tactique, simulacre, compétition et même hasard, jusqu'au vertige (évoquant finalement moins Hitchcock et Lang que De Palma), au point que le jeu semble inarrêtable, chaque protagoniste se révélant incapable d'y mettre un terme... C'est là, dans ce qui apparaît comme typiquement finchérien, que le film excelle: le jeu pour le jeu, la pure ludicité.
Las, le scénario, à mesure que le film avance, tombe dans l'excès, à la fois satirique (le sensationnalisme des médias, l'acharnement harpiesque des animatrices télé) et psycho-pathologique, à travers entre autres la relation entre Amy et Desi, son ancien petit ami (même si celui-ci nous gratifie de la meilleure réplique du film: à l'évocation par la fille d'un possible voyage à deux en Grèce, il répond avec enthousiasme "soirée poulpe et scrabble?"), Fincher chargeant inutilement la barque, qui vire au grand-guignolesque, de sorte que finit par se poser la question de la misogynie du film, plus exactement de son antiféminisme, le cynisme et l'intelligence froide d'Amy (son savoir trop grand), au demeurant féministe vitupérante et alter ego de Fincher (en termes de mise en scène et de manipulation), prenant le pas sur sa folie vengeresse, annulant pour le coup son côté "Médée moderne", l'aspect tragique, monstrueux et forcément sublime du personnage, au profit d'une image par trop bancale, Fincher ayant du mal à faire ressortir le dédoublement qui existe chez Amy entre la femme vindicative et la mère qu'elle dit vouloir être.
Car si la maternité est bien in fine la question centrale du film, ce détour par le chalet high-tech de Desi (rappelant la maison moderne de Martin Vanger dans Millenium), aux apparences évidemment trompeuses, nous révèle en Amy un personnage si noir et négatif que son désir d'être mère (opposé jusque-là au silence épais de Nick) perd beaucoup de sa valeur fictionnelle. Certes ce désir n'entrait pas au départ dans ses plans (la grossesse n'était qu'un stratagème), puisqu'elle était censée mourir, mais maintenant que la maternité lui apparaît comme la solution, médiatiquement parfaite, pour que Nick, qui correspond à nouveau à ce dont elle rêvait, reste vivre auprès d'elle, l'épisode avec Desi, pauvre bougre qui, lui, n'avait rien demandé à personne, ne se révèle au bout du compte qu'une grosse cheville narrative, permettant de faire tenir l'ensemble (le retour d'Amy) tout en réduisant considérablement la grandeur du personnage féminin. Si Nick et sa sœur voient en Amy une dangereuse sociopathe, ce qu'elle n'est probablement pas (elle est trop intelligente), il y a dans ce passage une redistribution des cartes qui rend la fin beaucoup moins troublante qu'elle le devrait. Quid du désir d'être mère qui, au-delà de toute raison, de toute volonté de vengeance, structurait secrètement le projet d'Amy?... Il ne reste au final qu'un être démoniaque au côté duquel un mari va devoir apprendre à vivre.

Badfinger




"I miss you", Badfinger, 1974.

lundi 10 novembre 2014

[...]




A l'heure où certains rêvent de psychédélisme au cinéma, on plongera avec délice dans Rhapsode, le nouvel album (et premier LP) du bien nommé Forever Pavot, album sous influences, évoquant à la fois Ennio de Roubaix et François Morricone, Jean-Claude Magne et Michel Vannier, Broadlab et Stereocast, en même temps qu'il s'en dégage par sa capacité à réenchanter tout ça. Décidément une belle année pour la pop française, après Allombon de Dorian Pimpernel, la réédition de Fugu 1 et Ballroom de Tahiti 80... 

Bonus: His parents' jeep de Lawrence Arabia et Never work for free de Tennis, mes deux chouchous de 2012.

samedi 8 novembre 2014

French touch (2)

Dans la série "Le cinéma français: un cinéma plus que moyen".

C'est une scène tirée d'Une nouvelle amie, le dernier film d'Ozon. Après une journée de shopping bien remplie, Romain Duris, travesti en femme, et Anaïs Demoustier sont au cinéma (ils regardent Waterloo bridge de Mervyn LeRoy), quand un type vient s'asseoir à côté de Duris et commence à lui caresser le genou. C'est Ozon lui-même (sous le nom de François Godard) qui tient le rôle du dragueur. Ah la bonne blague! La scène est à l'image du film. Du papillonnage. Ozon est un cinéaste qui aime papillonner: d'une idée à l'autre (le deuil, le travestissement), d'un genre à l'autre (le drame, la comédie), préférant glisser à la surface des choses - confiant dans le talent de ses interprètes - plutôt que de se risquer un minimum... Ozon il ose que dalle (à la différence, par exemple, hier d'un Schroeter, aujourd'hui d'un Rodrigues). C'est du cinéma sans consistance (ici artificiellement rehaussé par l'évocation volontairement mièvre du passé des deux amies, au début du film), à l'émotion factice (plages musicales redondantes... la chanson de Nicole Croisille, "Une femme avec toi", reprise in extenso dans la scène du cabaret, non mais franchement), un truc à l'identité gentiment ambiguë, mais sans trouble réel (du trans bon chic bon genre), car débarrassé de tout enjeu un tant soit peu fort, Ozon ne s'embarrassant décidément pas avec les difficultés (notamment d'ordre psychologique) que tout bon récit génère inévitablement, se contentant de les balayer d'un revers de main (au détour d'une réplique) dès qu'elles se présentent, mieux: s'arrangeant pour qu'elles n'apparaissent même pas (ah l'épilogue "Sept ans plus tard", j'en croyais pas mes yeux), bref un film-pépère, confortablement installé dans l'air du temps...

PS. Puisqu'on est dans l'air du temps, un mot sur Bande de filles de Céline Sciamma, que j'ai fini par voir. Un mot parce qu'il n'y pas grand-chose à en dire. Juste que si vous aimez l'imagerie 9-3, la cité et ses clichés, que vous êtes fasciné par la geste black et les beaux "corps d'ébène" (à la manière d'une Claire Denis), que vous goûtez la couleur chocolat mêlée à la couleur bleu nuit (très tendance cette année), que vous êtes fan de Rihanna et de R&B, que vous supportez de voir des jeunes filles noires, comédiennes débutantes, se parodier elles-mêmes, et que, last but not least, imaginer Bresson faire de la pub pour des Nike Air Jordan ne vous gêne pas, alors oui, ce film est fait pour vous.

lundi 3 novembre 2014

[...]

Un peu de promo:

La Vengeance d'une femme de Rita Azevedo Gomes. Ce film dont Pierre Léon dit le plus grand bien, mais qu'on était censé ne pas voir, faute de distributeur - cf. le texte d'Emile Breton -, eh bien si, on le verra, il sort le 19 novembre aux 3 LuxembourgA ne pas manquer, donc...

Ballroom c'est de la balle!




Le meilleur album de Tahiti 80. , l'interview de Xavier Boyer.