lundi 8 décembre 2014

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La loi de Murphy.

Bon ça y est, j'ai vu Interstellar de Christopher Nolan. Film ambitieux (mélange de hard SF, de space opera et de planet opera), raté à bien des égards, mais peut-être moins au niveau du scénario (à la fois entortillé et lacunaire, comme une équation inachevée) et des dialogues (qui combinent références pompeuses - la citation lourdement répétée du poème de Dylan Thomas: "Do not go gentle into that good night... rage, rage against the dying of the light" - et goût de la fantaisie: "les êtres du bulk ferment le tesseract", moi j'adore, on dirait du Lewis Carroll, même si bulk et tesseract sont vraiment des termes scientifiques) qu'au niveau de l'interprétation (pas convaincu par le jeu de McConaughey: on a l'impression tout au long du film de voir Robert Stack en train d'imiter Paul Newman), voire du montage, quoique la relativité du temps - et de l'espace - étant le moteur fictionnel du film, on peut concevoir comme logique l'effet de surplace temporel que Nolan impose au spectateur (qui fait que, en termes de vécu, la scène d'adieu entre le père et sa fille semble durer plus longtemps que l'ensemble des péripéties intersidérales).

Tout ça pour dire que le film est plutôt plaisant (réussissant l'exploit de nous faire oublier - enfin presque - la musique franchement gonflante de Zimmer), pas aussi prolixe et "explicatif" qu'on le dit (au sens où les explications on s'en fout un peu, on comprend assez vite, vu que ça touche à la théorie des cordes, qu'il n'y a pas grand-chose à comprendre, qu'il faut au contraire accepter cet aspect hermétique, et en même temps poétique, du discours scientifique pour bien jouir du spectacle...), pas aussi patapouf non plus (même si bien sûr, question récitInterstellar est à des années-lumière, si je puis dire, d'œuvres comme Southland tales ou Cloud atlas), ni même prétentieux (si le film multiplie les clins d'œil au 2001 de Kubrick, ça se veut surtout parodique, et vouloir comparer les deux n'apporte rien: Interstellar s'inscrit à l'intérieur du genre SF, dans la lignée de certaines BD - je pense à DC Comics -, avec leur propre logique narrative, là où Kubrick, avec 2001, visait à le dépasser).

Je parlais de Lewis Carroll... Est-ce que la structure du film n'emprunterait pas finalement à celle, inversée, de De l'autre côté du miroir? Expliquant que le film doive aller de plus en plus vite (jusqu'à sauter des étapes entières, comme dans un trou noir, rendant le scénario incohérent à certains moments) pour rester sur place (et se maintenir ainsi dans une sorte de présent permanent), expliquant aussi que pour rejoindre sa fille, Cooper (le héros) doive s'en éloigner le plus loin possible, sachant au demeurant que plus on aime quelqu'un plus celui-ci est loin de vous (ce que ce même Cooper, une fois revenu sur Terre, finit par comprendre au sujet d'Amelia, restée, elle, sur une exoplanète), ce qui se révèle être, sur le versant de l'amour, une variante de la loi de Murphy, de cette loi qui envisage par exemple que, entre deux plans A et B, il faudra recourir au pire, loi que Nolan décline à toutes les sauces et dont l'interaction avec des théories plus fumeuses (comme celle qui cherche à concilier mécanique quantique et relativité générale, soit - si j'ai bien suivi - à résoudre dans le film le problème de la gravité par une approche quantique des probabilités) vient désamorcer l'aspect très sérieux (markérien?) de l'entreprise, voire un peu neuneu (l'amour plus fort que les cordes), pour atteindre, au-delà de sa morale familialiste, quelque chose de très beau (la séquence dans le tesseract)... 
     



"Way to be loved", Tops, 2014.

Un morceau de Tops, juste pour dire que le Top albums 2014 c'est pour bientôt... 

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Vous aimez...vous n'aimez pas... on ne sait pas trop

Anonyme a dit…

C'est quand même une grosse bouse Interstellar

Van Vogt a dit…

Perso, c'est le n°1 de mon top bouses de l'année.

Anonyme a dit…

Bonjour Buster,

Juste pour la précision : c'est SouthLAND Tales, pas South Tales.

La séquence du champ incendié au montage calamiteux qui tente de diluer le temps..alors qu'on voit très bien que ça dure trop longtemps...

Le hiatus de Matt Damon (acteur moyen, aux expressions faciales très limitées)...

Deux belles scènes : quand Coop' visionne les messages de son fils et la séquence dans le tesseract, comme vous l'avez souligné.

La première partie du film (sur Terre) est très laborieuse, elle semble durer une éternité...sans mauvais jeu de mots.

Ludovic

Buster a dit…

Ah oui Southland tales, merci Ludovic, j’avais écrit trop vite… c’est corrigé.
Sinon c’est vrai que le montage chez Nolan c’est tout un poème! Par moments c’en est presque abracadabrant… Le montage parallèle à la fin d'Interstellar (l’incendie du champ qui mobilise le frère pendant que la soeur cherche à résoudre l’énigme dans la bibliothèque) est incroyablement archaïque, on se croirait chez Griffith… Pourtant malgré tous ses défauts, je ne déteste pas le film, ça tient sûrement au genre… la mauvaise construction de certaines séquences, ça me fait penser aussi aux films de SF d’autrefois (comme par ex. le Voyageur de l’espace, le film d'Ulmer où d’ailleurs il était aussi question de trou de ver :-), sauf que chez Nolan c'est pas faute de moyens.