samedi 4 octobre 2014

P'tit Quinquin

Et la tendresse, bordel!

C'est vrai que P'tit Quinquin, la mini-série de Bruno Dumont, si on la compare aux autres films français sortis récemment (Sils Maria, les Combattants, Party girlMétamorphoses3 cœursSaint-Laurent...), atteste d'une singularité pour le moins vigoureuse, ce qui à ce niveau est déjà appréciable. Singularité au regard du reste de la production mais pas du cinéma de Dumont, le comique ici témoignant davantage d'une plongée au cœur de son œuvre (et non du mal) que d'un profond bouleversement de celle-ci. C'est donc à ce niveau que le film m'a intéressé à défaut de m'enthousiasmer (après la plongée, brutale, du début, la série est comme une longue et assez pénible remontée à la surface), car permettant d'aller un peu plus loin dans ma compréhension du cinéaste.
Qu'en est-il alors de ce comique devant lequel se prosternent la quasi totalité des critiques? Je passe sur le burlesque, auquel renvoie la gestuelle du personnage principal, le commandant de gendarmerie, et toutes ces mimiques dont il nous gratifie, un burlesque assez pauvre au final, du fait même du "jeu" limité, bien qu'amusant, de l'acteur; je passe aussi sur le carnavalesque, qu'évoquerait la parole populaire, le carnavalesque tel que le concevait Allio (relisant Bakhtine), sauf que chez Dumont, cette parole est moins celle - directe - de tous ces acteurs non-professionnels que ce que lui, Dumont, leur rétrocède, après réajustement, pour que ce soit le plus drôle possible tout en restant naturel... Je passe donc sur le burlesque et le carnavalesque pour m'attacher à ce qui m'apparaît essentiel dans ce film, à savoir la question de la caricature, notamment dans ce qui l'oppose au grotesque. Distinguer la caricature du grotesque n'est pas chose aisée, les deux sont souvent liés. Disons que la caricature déforme le réel, en l'exagérant, là où le grotesque relève davantage de l'imaginaire. Chez Dumont, il y a du grotesque, c'est sûr, mais c'est bien la caricature qui domine, laquelle fait d'ailleurs le lien entre ce que l'on connaissait déjà de lui - son sens du cadre, la picturalité de ses paysages, etc. - et ce comique soi-disant nouveau qu'on lui reconnaît. Car, je l'ai déjà dit, le physique souvent disgracieux du personnage dumontien s'inscrit dans une perspective avant tout esthétique: la caricature comme prolongement d'une certaine peinture expressionniste, des maîtres flamands (Bosch, Metsys, Brueghel, Teniers...) aux modernes du XIXe (Daumier, Toulouse-Lautrec), forme aiguë de réalisme, loin de tout idéal de beauté, et dont Dumont serait une sorte d'héritier. 
Sous cet angle, on peut voir les "gueules" de Dumont comme des motifs esthétiques, des lignes déformées, contrastant avec l'horizontalité terre/ciel des paysages du Nord... Voir ainsi dans le couple de gendarmes une sorte de complémentarité graphique: d'un côté le commandant, avec ses yeux en billes de loto, son visage joufflu comme un ballon, qu'on s'attend à voir exploser à tout moment, et de l'autre le lieutenant, avec ses yeux rieurs, son visage taillé à la serpe, à l'image d'une sculpture cubiste. Idem avec le couple d'enfants: d'un côté P'tit Quinquin et sa bouche de biais (un bec-de-lièvre); de l'autre Eve, la petite copine, et son sourire inversé. Mais derrière tout ça, qu'y a-t-il? Est-ce que faire durer un plan sur des visages aussi intrigants que fascinants (surtout celui du lieutenant) suffit à conférer du mystère? Est-ce que faire s'enlacer deux enfants suffit à conférer de la grâce, ou même simplement de la tendresse? De tels plans ne semblent là que pour donner le change, alléger le tableau, mais en fait ne font que remplacer une lourdeur - l'épaisseur du trait - par une autre, certes moins pesante mais néanmoins sensible, celle du panneau signalétique: attention, pause "mystère"... attention, pause "tendresse"... etc., de sorte que tout demeure à la surface, ce qui n'a en soi rien de condamnable, à condition qu'on s'en tienne à cet aspect du cinéma de Dumont, qu'on ne lui prête pas je ne sais quelle dimension transcendantale (pour parler schradérien), qu'on ne se leurre pas avec ce qui relève chez lui de simples citations (Ordet de Dreyer, Mouchette de Bresson), car dépourvues de vraie puissance mystique. Parce qu'ici on est dans l'immanence pure. Il n'y a rien de plus terrestre, ancré au sol, que le cinéma de Dumont. Dreyer chez Dumont? Des herbes battues par le vent. Bresson chez Dumont? De la terre boueuse. Et pour cela Dumont est très fort. Le reste, Bach, le sacré, la grâce, toutes ces envolées qui faisaient justement le "comique" des précédents Dumont (parfois hilarant, si si), se retrouvent pour le coup longtemps noyées, n'émergeant que tardivement, lors d'un finale parfaitement... ridicule.
Peut-être faudrait-il recourir aux notions de contenus et d'expression, telles que l'entendaient Deleuze et Guattari, pour expliquer les visages chez Dumont? Et penser les déformations, distorsions et autres exagérations qui sont propres à la caricature comme l'équivalent de toutes ces ruptures qui s'expriment en surface, à la surface d'un visage. S'en tenir à cela et à rien d'autre. Ne voir que des forces intensives, celles qui traversent un visage, en débordent les contours, etc. Qui fait par exemple que lorsque les deux enfants s'enlacent, les lignes tracées par leurs petites bouches fonctionnent comme signes, ligne oblique pour P'tit Quinquin (signe d'asocialité?), circonflexe pour la fillette (signe d'une certaine gravité, ce qui n'exclut pas l'aigu: elle joue d'ailleurs de la trompette). Ou encore: comparer le visage du commandant, ses grimaces, sa théâtralité, qui n'est que masque, et celui de son acolyte, visage qui lui gagne progressivement en complexité (à moins qu'il ne s'agisse que de perplexité), de sorte qu'à la fin on ne voit plus que lui... Des visages qui seraient donc à l'image du gros plan chez Eisenstein (dont l'œuvre s'est nourrie de celle de Daumier). Dumont, lui, parlerait d'Epstein (je dis ça pour la rime mais aussi parce que Dumont se reconnaît dans les derniers films d'Epstein, tel l'Or des mers - cf. le coffret Poèmes bretons), lequel Epstein faisait du visage la figure-clef du tragique, une figure que Dumont, à travers P'tit Quinquin, semble vouloir élargir au "tragique-comique". De l'Epstein barré (humour médical)... Sauf que lui, contrairement à ce qu'il croit, n'est pas un cinéaste de l'invisible. Du moins ne l'est-il que lorsqu'il filme des paysages. Parce que là, en effet, quelque chose advient...
L'écart serait ainsi celui de la déformation. Le décalage celui de la caricature. Expliquant la force expressive (plus que comique) du film en même temps que ses limites. Parce que P'tit Quinquin, qui aurait gagné à être plus resserré (un film d'1h30 aurait fait l'affaire - en termes de récit, la série tourne assez vite en rond, comme les yeux du commandant), ne vaut que par ça: son côté décalé (hormis bien sûr les paysages et le casting). Décalé, Pas de Calais. Pas éclaté comme chez Bozon, pas disjoncté comme chez Dupieux, pas discrépant comme chez Moullet... juste décalé. Ce fameux pas de côté dont on nous rabâche les oreilles. Ce qui suppose un regard extérieur sur tout ce petit monde, un regard qui n'est pas vraiment celui de P'tit Quinquin, car si l'enfant porte une prothèse auditive comme s'il était à l'écoute du monde, son visage de vieux avant l'heure semble dire qu'en dépit de son âge (où se mêlent innocence et méchanceté, jusqu'au racisme), il fait déjà partie de ce monde - celui des adultes -, que son destin est déjà scellé, qu'il y a là, à défaut d'hérédité, une terrible fatalité - c'est à ce niveau que se situe la dimension zolesque du film. Soit donc le regard de Dumont. Avec cette question, lancinante, jamais résolue: quel regard, au sens moral, le cinéaste pose-t-il sur ses personnages? Si, paraphrasant Focillon à propos de Daumier, on peut dire que Dumont "est possédé par l'instinct de pousser l'homme à son paroxysme, jusqu'aux confins de la bête", je reste toujours aussi dubitatif sur la manière dont s'exprime son pessimisme. Nul mépris, nous dit-on chez lui, nulle dérision à l'égard des gens du Nord, ces personnages qu'il connaît bien, étant lui-même du pays. OK, mais je n'y vois pas non plus de sympathie. Visiblement Dumont n'est pas des leurs. Et pas que d'un point de vue socio-culturel. Pourquoi par exemple le vétérinaire qui manifestement est un homme du cru, à l'instar des paysans, des curés, des gendarmes et du marchand de frites, apparaît-il aussi débile, alors que le procureur, qu'on imagine volontiers débarquant d'une autre région, échappe lui à la caricature (physique agréable, discours sensé...)?
Daumier caricaturait les bourgeois, les magistrats, les hommes politiques... Chez Dumont, tout le monde y passe (moins les femmes c'est vrai, comme souvent dans la caricature qui s'attaque à ce qui est socialement dominant), mais pas n'importe quel monde: un monde à part, vivant en vase clos, entre voisins et cousins, entre dunes et bunkers (le bunker remplace ici le Fort Mahon d'Hors Satan, esthétiquement son film le plus abouti), un drôle de monde quand même, moins parce qu'on y trouve des cadavres sans têtes, fourrés dans le cul des vaches, moins parce qu'on y convoque le diable, que parce que ce monde-là, qui est celui du Boulonnais, serait selon Dumont à l'image de l'humanité tout entière. Or ici, à se dégrader dans la grosse poilade, où tout se confond sous le regard froid et distant de son auteur, la métaphore finit par se retourner: ce que l'on perçoit n'est plus l'humanité à travers un monde d'idiots, mais bien la "bêtise" (du latin bestia) de ces gens du Nord comme symbole d'une humanité arriérée, pour ne pas dire dégénérée, et pour le coup en voie de disparition... Et là, il y a vraiment un malaise.  

81 commentaires:

Anonyme a dit…

c'est quoi cette critique, bordel !

Anonyme a dit…

Ca sert à quoi les critiques si c'est pour rien foutre.

Jeanne Champion a dit…

Z'avez vu la une des Cahiers ce mois-ci Buster ? Ou pire : lu l'édito ? Commentaire imparable d'Eyquem (spectre du cinéma) :

"Non mais les gars, faut être sérieux: c'est quoi ce feu d'artifice de pop débilités. Les feel good movies, y a pas mieux pour foutre le moral à zéro. Et c'est quoi cette injonction à s'émerveiller, à être heureux? C'est bien beau d'avoir la foi, la foi totale même, mais la foi en quoi? On se demande s'ils le savent, aux Cahiers, parce qu'avec leurs goûts pour les tous les trucs pop, on a surtout l'impression de lire le cahier de coloriage d'une bande de boy scouts."

Buster a dit…

Ha ha… complètement d’accord avec Eyquem. C’est niaiseux comme dirait Dolan. Le précédent édito de Delorme sur le Dumont valait déjà son pesant de cacahuètes. "Pas possible" d’écrire autant d’âneries sur deux petites colonnes: "texte si fou et surréaliste qu’on s’en souvient par coeur... meilleur acteur comique jamais vu sur cette planète… geste radical, définitif, par un cinéaste qui sait qu’il n’a plus rien à prouver... raccords regard à tomber par terre…" etc

Vivement le prochain!

Anonyme a dit…

A propos des Spectres, quelqu'un sait ce qui est arrivé à Borges ? On ne l'entend plus depuis des mois.

Borges a dit…

Delorme m'a tuer

Tom a dit…

Mommy de Dolan fait aussi la une de Positif, avec le même titre "Les sceptiques seront confondus" :)

Buster a dit…

Mamma mia!

laid – a dit…

[1ère partie]

Hello everybody !-D

Comme on peut considérer que « tout le monde » a maintenant vu P'tit Quinquin de Dumont, je pense qu'on peut en parler – calmement et, si possible, sans agressivité, hein !-D (euh, si ce n'est pas le cas, les retardataires attendront la sortie en DVD ou en salles !-D

Dans mon comm du 03 juil. (posté chez toi, ici, dans le fil de ton billet intitulé « À part ça », du 27 juin), je l'avais glissé très furtivement parmi les films « tout à fait estimables » à venir. Bon, je m'explique, alors ?-D

Pour l'anecdote, j'ai vu la mini-série (donc) il y a cinq mois, au Forum des Images – en avant-première. Les trois heures vingt, d'une traite, avec une brève pause, le temps de recharger les disques !-D dans une salle bien remplie ! euh, sans doute, les conditions idéales pour voir le film !-]

Durant la projection, on pouvait sentir la salle à la fois intriguée par le récit (d'une part) et très mitigée (d'autre part) quant au rendu de l'ensemble. Et, par moments, entendre de francs éclats de rire jaillir subitement hors d'un long silence paroissial. Je dois dire que personnellement, pendant la première demie-heure, j'étais dubitatif, pas totalement convaincu par le comique forcé du cinéaste, s'embarquant dans ce nouveau registre ainsi ouvertement revendiqué. Mais, un peu séduit quand même.

Si ma mémoire ne me trompe pas – je n'ai pas revu le film depuis –, j'ai commencé à adhérer au film à partir du deuxième épisode. Cependant, sans être « emballé » (en tout cas, jamais complètement) à aucun moment, jusqu'au dernier épisode. A l'arrivée, il m'en reste un bon souvenir : contrairement à certains contempteurs affichés, j'ai passé un bon moment.

Et là, je lis ton billet, Buster. Avec lequel je ne suis que partiellement d'accord…

Autant je veux bien te suivre sur le « traitement » du physique des protagonistes, autant sur la « caricature », le « grotesque », je ne te suis pas vraiment. D'ailleurs, je n'ai pas eu l'impression que l'humour du film se réduisait à ces grands traits (mmh, un peu grossiers sur les bords !-]

[à suivre]

– pasteurisé :-D a dit…

[2è partie ; suite et fin]

Il me reste encore en tête, de grands moments burlesques, ou de loufoquerie : quand les grands-parents dressent la table (même si ce n'est peut-être pas exactement le bon terme ?-D dans le premier volet, l'assaut du commissaire contre les tirs de balle du jeune musulman, ou encore l'épisode avec Ch'tiderman !!!-D

Bien sûr, il y a aussi des gags un peu faciles, puérils même, si on veut – genre le doigt d'honneur au premier plan, quand le P'tit quinquin (de dos) se fait interroger/sermonner par le commissaire dans le premier épisode. Ou encore, le comique de répétition avec la réplique du commissaire : « Gendarmerie nationale ! Carpentier ! hop, on y va ! », et puis : « Vroum, vroum, vrooohoum !!! »

Ça ne mange pas de pain, mais ça reste amusant, surtout quand on se dit que le cinéma « français » – ou, si ça ne veut rien dire pour certains, disons les productions courantes (des professionnels de la profession, quoi !-) ne s'autorisent même pas le quart de ça !?-D

Sans compter qu'il y a même des passages hilarants !!! peut-être restons-nous encore dans la caricature, avec l'adolescente qui veut concourir à la Star Ac' locale, mais peut-être commençons-nous à entrevoir autre chose quand la bande du P'tit Quinquin, alors qu'ils la croisent en chemin, entonne en chœur le titre-phare de l'apprentie-chanteuse : « Cause I kniouw… hou hou hou !!! » (- Ah, c'est malin !-D

Également celui-ci, quoique ma mémoire me fait légèrement défaut : c'est au moment de l'enterrement. D'abord, on voit un type portant une cagoule parmi la foule, alors que commence les enquêteurs bâtissent leurs hypothèses. Ensuite, quelques instants après, il y a des jeunes, qui se font houspiller à cause de leurs commentaires, euh, « mal placés » (comme on dit), mais pourtant pas totalement dénués de sens ! Quelque chose comme : « Est-ce qu'ils ont recollé les morceaux dans le cercueil ? Ou les restes sont-ils éparpillés à l'intérieur ? »

Bref, le burlesque, le comique du film y est assez varié et foutraque, pour qu'on n'ait pas l'impression (enfin, moi pas !-) d'avoir sous les yeux un « placage » mécanique d'un auteur sur ses thématiques, ou rengaines personnelles.

Même si, à la longue, il y a quelque chose qui s'use, et que le cinéaste ne parvient pas à bien ménager – appelons ça le rythme d'ensemble : péripéties, comique, suspense, discours, ou encore, l'attachement aux personnages ? Mais, le plaisir visuel se maintient assez bien à l'arrivée !-]

Ce qui nous amène… au « regard de Dumont. Avec cette question, lancinante, jamais résolue : quel regard, au sens moral, le cinéaste pose-t-il sur ses personnages ? »

Là, nos conclusions divergent (oui, c'est beaucoup, je sais !-D

En tout cas, ce n'est pas comme cela que j'ai vu, ni ressenti. Au contraire, je crois que le cinéaste porte un regard ni méprisant (ni froid, ni distant), et non plus compatissant (attendrissant) pour le genre humain. Et justement, c'est ce regard, il m'intéresse : il ne cherche pas à l'objectivité, mais, il y a dedans quelque chose de scientifique et anthropologique. Et peut-être même d'affectueux pour chacun. Mais, sans complaisance d'un côté ou de l'autre. Allez, osons un terme : un regard « salubre » – enfin, de mon point de vue, hein !-D

Et, franchement, par rapport à la production courante, on peut trouver que c'est déjà pas si mal, non ?-D

Buster a dit…

Salut "laid-pasteurisé" (de vache folle?)

Je te répondrai plus longuement ce soir, trop compliqué sur un mobile... pour l'instant je te dirai juste que sur le regard je ne suis pas d'accord, ou plutôt que je n'ai pas bien compris (salubre?)... sur le comique. les gags ici, on peut les énumérer, et ceux que tu cites sont drôles en effet, mais bon, c'est comme des vannes dans un numéro de stand-up, il y en a qui passent et d'autres pas... c'est pas là-dessus que je juge le film. Quant à la caricature c'est vraiment du point de vue esthétique que je me place... enfin bref, à suivre...

Bruno Dumont a dit…

"Epstein barré" c'est excellent, bravo Buster!

Buster a dit…

Merci.

Carpentier a dit…

Il est sympa finalement M. Dumont, et pas rancunier !

Buster a dit…

:-D

Buster a dit…

Salut (bis) Demi-écrémé,

Sur la question du regard, je ne sais pas, Dumont me semble quand même assez loin de ses personnages, qui sont là plus comme des "modèles" (au sens pictural davantage que bressonien) que comme des objets d'étude, je ne perçois pas cet aspect anthropologique dont tu parles... Ni mépris ni sympathie, c'est ce que j'ai écrit, parce que je ne ressens pas d'émotion, d'élan affectif, chez Dumont, et si ça me gêne c'est parce qu'il s'agit d'acteurs non-professionnels aux physiques ingrats ou d'ahuris (chez Bresson, les "modèles" sont toujours très beaux) utilisés ici à des fins de grosse pantalonnade (le mot est de Dumont)... la scène avec les deux curés par exemple est drôle mais quand même dérangeante quand on y pense parce que ce dont on rit c'est davantage du côté niais des deux "acteurs" et de leur fou rire (c'est le principe du bêtisier) que du gag proprement dit (avec la cloche). Idem avec Carpentier, si on finit par être touché par le personnage, c'est à cause de son physique... laisser s'attarder la caméra sur lui provoque nécessairement de l'émotion, le mérite de Dumont à ce niveau c'est de savoir dénicher de tels "acteurs" non glamour mais particulièrement photogéniques (c'est le moins qu'on puisse dire)... on en revient à l'aspect pictural et donc à la caricature. En fait ce que je reproche à Dumont ce n'est pas la caricature, ça peut être très "beau" une caricature, mais de ne pas s'y intéresser davantage (humainement), de se positionner surtout en grand ordonnateur, préoccupé par le composition de ses plans, la manière d'y inscrire ses personnages, d'y provoquer le rire, etc...

cadavres – a dit…

[1ère partie]

Hé, ho ! tu veux que je t'appelle en retour… « Demi-portion », dis ?-] (donc, hein, bon !-D

D'abord, une réponse à ta première réaction à mon comm d'hier : (eh !-) si j'ai insisté sur les passages proprement comiques du film, ce n'est pas pour en faire un inventaire ou la comptabilité, et à l'arrivée, pour donner une note de satisfaction globale, hein !-D et puis, le cinéma (qu'on aime ou qu'on n'aime pas) de Dumont, c'est quand même un peu plus que du stand-up, non ?-D

Si j'ai rappelé ces scènes, c'est parce qu'on trouve dans le deuxième paragraphe de TON billet (celui qu'on commente en ce moment, hein !-), des formulations comme : « Qu'en est-il alors de ce comique devant lequel se prosternent la quasi totalité des critiques ? », ensuite « un burlesque assez pauvre au final », ou encore « "jeu" limité […] de l'acteur; je passe aussi sur le carnavalesque », etc. Des choses comme ça, comme dirait l'autre !-]

Ça ne veut pas dire que ton billet (ton ressenti) est carrément nul ou complètement débile, hein !-D au contraire, je trouve que tu dégages un certain nombre de choses intéressantes (plutôt bien vues !-), même si je n'y adhère pas. Et, au finale, c'est sur le regard d'ensemble (le film pris dans sa totalité), que nous divergeons – tiens, je m'aperçois que ça rejoint notre différend sur… Under the skin, de Glazer (euh, également soutenu par ton super pote, valzeur !-D

Le côté « caricatural » (et même grotesque) que tu relèves – d'accord, sur le plan esthétique alors –, oui, je le vois, bien sûr !-D sauf que, moi, à aucun moment, ça ne me gêne ! je veux dire : pris isolément, en tant que tel, par fragments. C'est d'ailleurs plus cette façon d'aborder le film que je peux trouver gênante !-D mais, bon, puisque tu le fais, pourquoi pas ?

Mais d'abord, avant d'entrer dans le cœur de ton propos (le cœur du mal ?-), le film – mais c'est vrai de n'importe quelle œuvre valable, et je n'ai pas encore dit « conséquente », comme c'est pourtant le cas ici (mmh, et pas chez Glazer, par exemple !-D est un ensemble ; une totalité. Cet aspect (entre autres) que tu dégages, il y est, mais il s'inscrit dans une démarche (voire une vision) d'ensemble. Le travail esthétique de Dumont ne s'arrête pas à la caricature (qui s'y trouve, je l'admets très volontiers), mais dans un processus global, dans lequel chaque élément du cinéma est pris en compte : en gros, le scénario, le montage, le décor, la lumière, la direction des acteurs, etc. Mais aussi les éléments du dehors (extrinsèques) de la machine-cinéma : les paysages, les conditions de tournage, de production, mais surtout : l'imaginaire et le point de vue du cinéaste – son regard sur le monde. Et, à l'arrivée, ça touche… ou pas ! Tu ressens un malaise, donc, quelque part (euh, comme on dit) : ça te touche, quand même !-D

[à suivre]

– et skis :-D a dit…

[2è partie ; suite et fin]

Maintenant, puisque tu insistes (tellement !-) sur les « visages », j'avance deux ou trois remarques. Pour commencer : ce n'est pas le tout de voir des physiques disgracieux (et de s'en repaître, pff !-D pour moi, ce qui compte c'est de voir comment cela s'inscrit dans le mouvement d'ensemble ; pour le dire, autrement, dans le mouvement de l'imaginaire du cinéaste, sa vision des choses, sa mise en scène – ou plutôt, son « écriture ». Aussi, évoquer le regard du cinéaste, ce serait moins, selon moi, de s'occuper autant de trouver qu'il raille salement (trop ou pas tant que ça) tel type comportemental particulier, ou tel groupe social peu adapté, mais de voir comment tout entre résonance (tous les éléments du film, je veux dire), de la fiction à la réalité – mais, encore faut-il préciser : à la réalité de chacun, suivant sa sensibilité. Sans toujours sonner juste (à mon oreille, ou à mes sens), je trouve l'ensemble – le regard, donc – pertinent avec le monde qui nous environne. C'est pourquoi j'emploie le terme « salubre » : une façon de remettre les choses à plat, de détonner avec les pratiques ordinaires, de proposer un nouveau regard sur le monde, à rebours des discours dominants.

Ensuite, ce que je relève du « geste » pictural. Malgré tout, je pense que tu as raison de t'arrêter sur le « tracé » des contours physiques. Ils sont tous très marqués : soit dans le sens du gracieux (en gros, le juvénile féminin), soit dans le sens de la « difformité ». Dans les deux cas, les contours sont très bien dessinés, très marqués (et marquants). Saillants, même. Les visages sont « inexpressifs » peut-être… mais, assurément très parlants !!!-] c'est le côté « ligne claire » de Dumont. Le contraste entre les « trognes » des protagonistes dans des paysages, très physiques également, et dans une tonalité solaire, on pourrait appeler ça : une recherche plastique à partir de « figures de différents caractères ».

Enfin, il serait difficile de placer le film dans un courant artistique (ou « régime esthétique », pour parler comme, euh, la « crème » des branchés ?-D clairement défini : nous sommes au croisement de plusieurs mouvements. Il y a quelque chose de l'ordre d'un (total) réalisme, mais ça n'en est pas. D'un (parfait) naturalisme, mais ça n'en est pas. Et puis, il y a comme un mélange d'expressionnisme (figural) et d'impressionnisme (structural), qui ne se décide pas (bon, je dis peut-être n'importe quoi, il ne faut pas relever !-] Certains ont parlé de « surréalisme », et même de « cubisme », mais c'est pas réellement ça, non plus. En revanche, cela a plus à voir avec ce qu'on pourrait appeler : du « surnaturalisme » (disons qu'en rajoutant le préfixe « néo », on devrait normalement me laisser tranquille ?-] d'où Zola, et tout le tralala !-D

Après, comme tu le fais, on est bien sûr en droit de se demander : « Est-ce que faire durer un plan sur des visages aussi intrigants que fascinants (surtout celui du lieutenant) suffit à conférer du mystère ? » Cela dit, instiller un peu d'inquiétude (et, chez les délicats, du malaise !-) ça reste quand même plus qu'appréciable, surtout pour un produit destiné à passer dans les… robinets télévisuels !-D

Grr, dire que je ne tenais pas particulièrement à défendre le film – mais, merci de m'avoir laissé la possibilité de préciser !-D

Allez ! hop, on y va !-D

Buster a dit…

Salut Lait-entier (et pas Lantier, on n’est pas chez Zola :-)

Bon, la caricature et les visages c’est mon angle d’attaque, on peut prendre le film par un autre bout… (au passage merci de me rappeler la complexité du cinéma, avec tous ces éléments à prendre en compte)… Idem pour le regard, je l'interroge à partir de la question de la caricature, puisque c’est le sujet de mon texte, on pourrait évidemment le considérer de façon plus large, en s’attachant aux différents éléments dont tu parles, mais là on entrerait dans l’analyse, il faudrait revoir le film en détail… En tous les cas, ce regard-là je ne le trouve pas si nouveau que ça, disons qu’il est moins convenu, il se veut plus tranchant, plus aigu, une acuité du regard qui chez Dumont confine donc à la caricature, dans le bon sens du terme, au sens de la déformation, mais aussi hélas dans le mauvais sens, celui du caricatural… d’où mes réserves. Et quand bien même il y aurait une cohérence dans tout ça, en termes de mise en scène (il s’agit surtout de maîtrise chez Dumont, pour le génie on repassera), ce qui s’en dégage n’est vraiment pas agréable: manque d’humilité, métaphysique scolaire (plus que solaire), posture bernanosienne (l’humanité et ses péchés, la puissance du mal, le salut par la grâce…) sans la ferveur de l’écrivain, vision hautaine et figée du monde… (et encore moins agréable quand ça relève comme ici d’un comique frontal sur des gens bas du front)

péché – capital :-D a dit…

Ah mais, voilà, nous y sommes !-]

Si ce sont là tes réserves, eh bien, je les partage (à peu près) aussi !-D

Pas tellement par rapport au trait, proprement dit !-] je veux dire : pas tant la caricature en elle-même, mais déjà un peu plus sur le caricatural, oui !-) il y a un côté « schématique », à la limite du « simplisme », dans l'élaboration de son récit (assez bidon, pour le dire vite), et parallèlement, la façon de filmer, qui m'embête pas mal aussi.

Cependant, je parviens à m'en accommoder, par rapport au tableau d'ensemble – et à ce que j'ai appelé précédemment « l'inquiétude » que Dumont parvient à faire sourdre. De la part de ses collaborateurs (les acteurs principalement) mais aussi à « l'univers » (la nature, le Réel, l'Ouvert), ce qui pourrait échapper à ses intentions immédiates (respect des dialogues, par exemple, ou la précision des cadrages, l'orchestration minutieuse d'un gag) : la respiration entre les scènes, la vie interne (organique) des plans, les bizarreries comportementales, etc. Tout le côté « anthropologique » et « scientifique » du point de vue, que je relevais plus haut, et qu'on pourrait aussi appeler : « le mou », comme dans l'expression « lâcher du mou » pour une corde, et là, par rapport à un nouage très tendu (ou dispositif initial bien corseté, bien calibré).

Toutefois, ce défaut-là (le schématisme de la représentation) est somme toute, assez mineur ; puisque l'ensemble me paraît très cohérent, oui.

Au passage, la « nouveauté » du regard, euh, ça ne regarde que toi, hein ! parce que moi, je parle de « pertinence », « salubrité »… euh, à vrai dire, la nouveauté (un peu partout, du reste), je m'en cogne assez bien !-D

En revanche, là où Dumont pèche (à mes yeux) effroyablement – et, sur quoi je te rejoins pleinement –, c'est l'arrogance crâne dans sa pose de grand artiste visionnaire, (regardez comme je suis) original et (admirez l'homme comme il est) téméraire !!? d'autant qu'il en profite pour charger la barque, en rajoutant dans la « plouquerie » (si je puis dire) des ploucs ! pas méchamment (nous sommes dans du comique et de l'absurde), mais à l'arrivée, ça écrase les personnages, qu'on avait pourtant commencé à prendre en sympathie, jusqu'à « dégrader » (déconsidérer) la plupart d'entre eux, les réduisant alors à des crétins finis !?

Si c'est de ce malaise-là, dont tu parles, alors, oui, on est d'accord – même si ce n'est pas trop la tonalité générale : je ne sais pas ? un dixième du film, à partir de la deuxième moitié du film (le troisième épisode), je crois ? euh, avec un appareil de mesure, ça pourrait nous aider ?-D

De là également, que je ne tenais pas spécialement à défendre le film, gloups !-]

Allez, sur ce : salut Laid-Caillé !!!-DDD

Buster a dit…

Finalement on est d'accord :-D

(pour la nouveauté du regard, je ne faisais que répondre à ta phrase "...proposer un nouveau regard sur le monde" qui visait l'ambition de Dumont)

Sinon ce qui me stupéfie le plus à propos de Dumont, c'est quand même l'aveuglement critique... toi qui lit beaucoup, même Positif :-), as-tu trouvé dans la presse spécialisée un article qui échappe un peu à la dithyrambe? (avec Lait caillé, on nage en plein délire... je parle pas des Inrocks, eux ils aiment quasiment tout)

Ton ami Douchet, il en pense quoi?

Jacques Lantier :-D a dit…

(euh, la phrase d’origine, d’où tu tires mon bout de citation, donnait ceci : « C’est pourquoi j’emploie le terme "salubre" : une façon de […] de proposer un nouveau regard sur le monde, à rebours des discours dominants. » Oui, je sais, je pinaille, mais cette légère différence sied mieux à mes petites oreilles !-D

D’accord aussi, maintenant, sur la réception critique : l’hystérie est un peu démente!-D cela dit, c’est… pas nouveau (hi, hi !!!-D le nombre de fois qu’un film « potable » affole les échotiers !-D depuis le temps, on commence à s’habituer – et ne plus faire la différence, entre le tout-bon et le tout-mauvais !-D

Cela dit, je me répète, le film tranche avec la production standard : ça rassure quand même qu’il ne passe pas inaperçu – même si de l’autre côté, la fanfare devient assourdissante !-D

Pour Lait caillé, je disais confidentiellement à quelqu’un, euh, de parfaitement fréquentable (et qui y a un pied dedans, gloups !-), que je trouvais l’édito de Delorme assez consternant ! Tiens, encore deux exemples :

1) « Il est probable que pour la troisième année de suite le meilleur film de l’année pour la rédaction soit un film français, après Holy Motors et L’Inconnu du lac. On voit mal qui pourrait détrôner c’t hallucinant P’tit Quinquin. »
Effectivement, il est à peu près sûr que le Dumont figurera en tête (« number one ») de leur Top 10 de l’année. Il n’y a pas trop de doute à avoir, c’est assez couru d’avance – même s’il reste encore trois mois !-)
Mais, purée ! qu’est-ce qu’on s’en fout ? (euh, surtout de l’apparier avec le Carax, pff !-D s’il y a un film qu’il aurait fallu défendre ARDEMMENT cette année : c’était bien le Godard !!! (et le Hong Sang-soo, aussi !-D
Là, ce qu’il nous dit, sans s’en rendre compte, le plumitif (oups, désolé), c’est : « Voilà, c’est un film qui nous a beaucoup plu, à chacun dans la rédaction ». C’est donc un film de consensus !? Or, qu’est-ce qu’on s’en tape du consensus ?!!-D c’est quoi ces Cahiers qui brandissent (et rallient) le consensus, franchement ?!!

2) Et, pour couronner le tout, le gros galimatias : « Dans les trois derniers plans de P’tit Quinquin, deux visages [...] ils regardent ensemble, et nous avec eux. Ce n’est pas possible, on y est, on le voit, on est « au cœur du mal », c’est-à-dire nulle part, et n’importe où sur la Terre.  » ?!!

Sinon, les Inrocks… euh, c’est de la critique, ça ?-D (ah bon ?-]

Autrement, ce que j’ai lu de plus intéressant pour le moment (euh, même si je ne suis pas vraiment d’accord, enfin, tu commences à me connaître !-), c’est sur le site Débordements, par quelqu’un qui a écrit il n’y a pas si longtemps un papier, très stimulant, dans notre revue adorée (Trafic, le n° 91), sur… les séries-télé !!!-D le gars s’appelle Gabriel Bortzmeyer.

Last but not least : enfin, pour Douchet, là… JOKER ! (euh, je t'en parlerai en privé, un jour, quand tu auras le temps, si tu veux !-D

PS : bon, ben, ça s'rait chouette maintenant si on pouvait aussi tomber d’accord sur le Glazeur !!?-D

Plastic Bertrand a dit…

Vous posez les bonnes questions Buster. Cela dit, reconnaissez que le film est quand même largement supérieur à ce que le cinéma nous offre régulièrement, en particulier depuis la rentrée.

Un petit reproche : j'ai l'impression que vous réagissez beaucoup en fonction de ce que disent les Cahiers. Mais qui les lit encore aujourd'hui ?

Hubble Bubble a dit…

Euh, Plastic, vous savez lire ? Première phrase : "C'est vrai que P'tit Quinquin, la mini-série de Bruno Dumont, si on la compare aux autres films français sortis récemment (...), atteste d'une singularité pour le moins vigoureuse, ce qui à ce niveau est déjà appréciable." Il faut le redire tous les jours et dans toutes les langues pour avoir le droit d'émettre une critique envers cette série débile ?

Buster a dit…

Moi j’ai parlé de singularité, ce qui ne veut pas dire que le film est supérieur (expression que d’ailleurs je n’utilise jamais)… Dans les films français que j’ai cités, aucun ne m’a convaincu, poil aux oreilles (comme dit Claude Melki à la fin de l’Amour c’est gai l’amour c’est triste, le film de Pollet que je viens de revoir et qui lui est vraiment génial)…
A la limite le Jacquot, assez épouvantable dans sa partie mélo, et le typage des trois personnages féminins (Deneuve qui n’arrête pas de bouffer, Gainsbourg qui n’arrête pas de cloper, Mastroianni qui n’arrête pas de chialer, oui je sais j’exagère, c’est pour aller vite) eh bien malgré tout il s’en dégage quelque chose, au niveau de l’inquiétude justement, plus fort finalement que dans le Dumont, un truc qui touche à l’aspect spectral que prend le film par moments, Gainsbourg qui porte toujours les mêmes fringues (sauf dans la séquence de la grotte), les ellipses, le jeu de Poelvoorde, avec son coeur en sursis depuis le début, de sorte qu’on se demande si tout ça est bien réel…

Sinon, pour rester dans l’inquiétude, je trouve que le burlesque de Tip top, le film de Bozon, était infiniment plus troublant, plus mystérieux, moins consensuel aussi, que celui de P'tit Quinquin.

Les Cahiers je m’en contrefiche… je ne me détermine pas par rapport à eux. D’ailleurs je ne les lis plus aussi régulièrement qu'avant, depuis leur truc sur les dix tares du cinéma d’auteur, une sorte de dogme ridicule qui semble les orienter quant aux films à défendre (dès l’instant que ça n’entre pas dans une des cases), sauf que ça reste très arbitraire, faute de rigueur et de base théorique solide…

Jacques Lantier > Gabriel Bortzmeyer, je ne connais que de nom, merci pour l'info, je vais lire son texte…
Quant au Glazer, vu que j'étais mi-figue mi raisin, je ne sais pas quand on me dit qu'on n'est pas d'accord si on aime ou pas le film. Toi tu le détestes, c'est ça? ;-)

Anonyme a dit…

Ah non, le Bozon est encore pire que le Dumont !

Momo a dit…

Vous vous battez contre des moulins à vent, Buster. Tous les critiques le disent : P'tit Quinquin, c'est le grand film burlesque français qu'on attendait plus, une comédie HI-LA-RANTE. Point final.

David Starsky :-D a dit…

Erratum : c’est le numéro 90 de la revue Trafic (été 2014), pour
Serial cruiser – le titre du texte de Bortzmeyer [pardon pour la coquille !-]

Autrement, pour le Glazer, tu me rassures !-D non, je ne « déteste » pas – le terme est ici trop fort ; ça reste quand même « regardable » !-]

Quand on me lance sur UTS, dans des échanges informels avec mon entourage, je commence par dire : « Voilà, il faut prendre la métaphore du verre à moitié vide et à moitié plein » !-D la partie « moitié pleine », dans l’ensemble, me va – mais rien de renversant non plus !-D

C’est de l’autre côté, que le film m’exaspère : dans sa partie « moitié vide » !!!-D et donc, ce qui m’agace dans l’accueil général, c’est quand on s’excite pour le tout – à la limite du délire chez certains !-D euh, affolés par la « plastic » de Scarlett, sans doute !-D et, bien évidemment, sans pointer les défauts (flagrants, à mes yeux) du projet !!?-D

Tout le côté « creux » et « facile » ; TOC, quoi !-D euh, sans vouloir lancer de débat (hein !-] comme déjà… dans son précédent film, Birth (sur lequel certains s’extasient maintenant, après coup ?!-D

Bref, de mon point de vue, c’est tout juste, euh, « moyennement intéressant » - sur quoi, nous avons l’air de diverger encore un peu (mais déjà moins qu’il y a quelques mois ?-D

En revanche, s’il y a un film détestable, en ce moment à l’affiche, c’est bien le Lapid… alors là, oui !-D et, très certainement le film de Dolan (couronné à Cannes), qui ne m’attire absolument pas… mais, j'attends ton prochain billet, là-dessus !-D

Anonyme a dit…

Et le Fincher, bien que raté, présente des particularités intéressantes

valzeur a dit…

Hello Buster et Hutch,

J'arrive un peu tard, mais rien à rajouter : je suis de l'avis plein et entier de Buster sur P'tit Quinquin et notre Bresson/Ford/Dreyer/Edwards de synthèse, Bruno Dumont (mais évidemment, j'en pense encore plus de mal que Buster, enfin...).
Sur la partie "jolis paysages du Boulonnais", on dirait un simple décalque de certaines photos de la France de Depardon (la baraque de frites, notamment). Et pour en rajouter une couche, le problème de fond avec Dumont est qu'il n'est centré que sur l'animalité dans l'humain, au détriment de tout le reste ; il n'y a pas d''Autre dans ses films, tout est de l'ordre de la Bête. Pour engager un début de dialectique et faire bisquer dans les officines ciné-foireuses, il rajoute les signes que Buster a énumérés, éclairages tranchés, tronches christiques (son malheureux acteur défunt), vent dans les voiles, étreintes signifiantes : le moindre vermisseau critical déchristianisé peut sursauter à sa guise : "By Jove, Dumont est un cinéaste de la Grâce !". Alors que, bon, la Grâce est donnée, et ses pauvres films n'en sont qu'une version mimée, des pièges sans envergures, des miroirs aux alouettes.

Mais cessons sur ce néant : et, si pour changer, je vous recommandais un film d'un vrai cinéaste de l'Invisible, je veux parler du Paradis d'Alain Cavalier, cinéaste plus du tout à la mode, mais toujours aussi surprenant. Bon, le film est discutable et peut faire grincer des dents, mais il y a des moments magnifiques et, de toute façon, Cavalier est mon cinéaste préféré en activité certainement, alors…

Un dernier mot : le Lapid est loin d'être parfait, mais je ne vois pas en quoi il est détestable (contrairement à P'tit Quinquin). Il faudra m'expliquer, Huggy les Bons Tuyaux !

Bruno Dumont a dit…

"Décalé, Pas de Calais" ah tiens, je l'avais pas vue celle-là, très bon aussi Buster!

Anonyme a dit…

Que celui qui Lapid hait, lui jette la première pierre

Buster a dit…

Hé hé… ça devient l’Os à moelle ce blog :-)

Sinon rien vu encore des films évoqués (le Lapid, le Cavalier - hé valzeur, c’est pas une blague? c’est vraiment votre cinéaste préféré en activité? - le Fincher), pour l’instant je me prépare mentalement (et physiquement) à affronter le dernier Dolan, et c’est très dur…

Kermit la grenouille :-D a dit…

Aargh ! le Capitaine… daubait !!?-D

(euh, pardon !-]

Hello valzeur,

Réponse en deux temps. D’abord sur Dumont, et ensuite sur l’autre zigoto…

1) Bon, c’est sûr, pour moi non plus, si on prend le « recul », euh, de « l’histoire du cinéma » (sur les cents dernières passées), notre animal (Dumont, hein), il ne pèse pas lourd devant chacun des quatre noms que vous avancez – contrairement à ce qu’on voudrait nous faire avaler !-D mais alors, vraiment pas !-]

Pour moi, il serait (pour le moment) un peu en-dessous de Pialat, qui lui n’était pas aussi grand que les laudateurs encartés ont bien voulu le faire croire, mmh, là également !-D mettons, en-dessous, quant à lui, par exemple d’Eustache… et caetera, et caetera !-D

Étant donné l’époque mollasse que nous vivons, avec les professionnels du cirage, il ne faut plus trop s’étonner qu’un bonhomme qui fait des films « pas trop mal », finissent par passer pour un demi-dieu !-D je serais juste un peu moins dur que vous, car son cinéma reste quand même « valable » dans le paysage actuel – surtout à l’intérieur de nos frontières, contrairement à beaucoup de bras cassés, également encensés à-l’envi, pff !!! oh, là là, le pire, c’est que si on les cite tous, on risquerait le poteau !!?-D

Mettons ça de côté, et revenons sur votre « couche » (hi hi !-D vous ne le croirez peut-être pas, mais là, je suis plutôt d’accord sur ce point. La représentation du monde de cet auteur est en fin de compte très « sommaire », « grossière », à gros coups de pinceau !-] il y a même quelque chose de « couillon » sur les bords – dans sa partition manichéenne des choses : il donne l’impression que, pour lui, la vérité du monde se présente ainsi, seulement ainsi et pas autrement, et qu’il a une mission – d’évangélisation (attention, son interprétation toute personnelle à lui, revisitée à sa sauce par le cinéma entre autres, hein !-) – à mener auprès des spectateurs égarés (ou attardés !-D

Au fond, un imaginaire très… bébête (eh, si !!!-D mais suffisamment lisible, pour le premier nicodème (nigaud, quoi) ébahi !-D

Il y a malgré tout, dedans (à peu près tous ses films), une « recherche formelle » et un plaisir – euh, assez limité, je veux bien – de cinéma !-D

Désolé, je n’irais pas plus dans votre entreprise de démolition totale !-D

2) L’autre trouduc, maintenant !-] Oh, là, sincèrement, vous m’en demandez beaucoup ! je n’ai vraiment pas envie de développer : ça m’emmerde sérieusement de m’étendre sur un film qui me sort par les orbites !!!-D ce n’est pas un exercice que je prise des masses – vous qui êtes bon là-dedans, je trouve dommage que vous « acceptez », sans broncher, cette affligeante connerie !-] on vous a connu plus mordant !-D

Mais, bon, je ne veux pas non plus passer paraître discourtois auprès de vous, en dédaignant vous répondre. Aussi, je vous mettrais juste la « puce » à l’oreille !-] voilà, à partir de votre constat « Le Lapid est loin d’être parfait » (vous l’admettez), eh bien, je vous encourage à bien réfléchir maintenant sur ces « imperfections » ( « fumisteries » conviendrait nettement mieux !-), et ce qu’elles impliquent, par rapport aux spectateurs (euh, dotés de sensibilité !-D

Allez, un petit indice quand même : la « clé » se trouve dans la dernière séquence, dans la chambre d’hôtel !-]

Bien cordialement,


valzeur a dit…

Hello Hal-ben (et Buster quand même),

Je sors épuisé du Fincher, un monstrueux hybride cukoro-hitchcokien (si vous pouvez imaginer). A peu près indigeste, mais quand même curieux, comme un civet de lapin à la confiture de fraises.

Sur Dumont, vous me prenez par les sentiments, je vais vous avouer un secret (ceci, tout bas) : il y a toujours un moment, une scène ou un plan à sauver dans ses films, c'est peut-être pour ça que je les regarde - outre mon masochisme proverbial. Même dans Camille Claudel (un enchaînement intérieur-extérieur avec Binoche assise qui regarde dehors) - bon, quand même dans pas 29 Palms. Ici - Quinquin - je sauverai les scènes avec la chanteuse en action où elle fait penser à Olympia désaccordés dans les Contes d'Hoffmann d'Offenbach (le plan où elle remue ses mains vers la foule dans un geste dérisoire d'étreinte est très beau, et même émouvant, mais c'est tout). Et, allez, à la fin, le personnage du père de Quinquin atteint un relief vraiment inquiétant (en fait, l'acteur est bon, de même que l'adjoint - contrairement au commandant calamiteux et hors-limite tout du long). BD a un talent laissé en jachère ; l'acclamation perpétuelle à ses pensums naturalo-métaphysiques le conforte hélas dans ses errements. Désormais, il a carte blanche à la télé. Pourquoi s'amender quand on peut récolter les bravos avec strictement n'importe quoi, P'tit Quinquin, un burlesque patapouf où le Mal est un Idiot ex-machina qui met des plombes à sortir d'un bunker de dos (l'un des pires plans de la série) ?

Sur le Lapid, je ne suis pas fou du film ; hormis l'enfant et ses scènes avec l'institutrice (sauf la dernière, justement), presque tout tombe à côté. Ceci dit, dans la scène chez le professeur de la poésie, j'ai ressenti au tout début du plan une sensation de fraîcheur dans un environnement moite et étouffant, qui m'a un peu bluffé. Cet homme-là n'est pas le total tâcheron que vous dépeignez - et, c'est certainement une faiblesse, la scène où l'institutrice danse dans le café m'a fait un petit effet (si quelqu'un peut me dire quelle est la musique, je suis preneur).

Sur ce, bonne nuit !

Bruno Coquatrix :-D a dit…

Merci de votre réponse, val-zeus !-D car mon comm n'était pas très clair, je le reconnais – désolé, je l'avais rédigé dans d'assez mauvaises conditions, et l'ai posté à la va-vite ! Mais bon, vous êtes parvenu à corriger « les 7 erreurs » : bravo !-D

Et finalement, ça fait plaisir de découvrir qu'il vous arrive de vous laisser attendrir !!!-D presque incroyable, tellement vous paraissiez vomir tout le cinéma du lascar !-D bon, la métaphysique de Dumont, je vous l'accorde : elle ne vole pas très haut, elle plane… en rase-mottes !!?-D cela dit, malgré tous les reproches qu'on pourra (que vous pourrez) encore lui faire, on ne peut pas dire qu'il laisse indifférent – dans le bon sens du terme, car, ça reste quand même du (vrai) cinéma (si, si !-D

Ce qui, selon moi, n'est pas le cas de l'autre abruti !!!-D pas un tâcheron, lui, car au moins un tâcheron n'a pas de prétention, et s'occupe de bien faire, d'appliquer son savoir-faire. Bon, je n'insiste pas – son film est vraiment trop débile pour moi (euh… mais, pas pour vous, alors ?-D

Bon week-end !-]

Buster a dit…

Salut à tous… Bon le Lapid je verrai (peut-être). Là je suis prêt pour le Dolan et le Fincher… (le Cavalier entre les deux?)



Sinon je suis d’accord avec ce que dit valzeur sur Dumont (cette concordance des points de vue commence à devenir louche :-)
La scène où la fille chante à l’église () est assez belle, moins par sa durée (Dumont fait son Pialat) que par la maladresse (dans la gestuelle) qui s’en dégage. Par contre, lors du concert, ça fonctionne mal, on sent la longueur (pourquoi reprendre la chanson dans sa totalité?), ça force à comparer les deux scènes, d’abord la version acoustique (comme une démo) puis la version finale, ce qui en soi n'a aucun intérêt.



La force des films de Dumont repose beaucoup sur cette formule qui chez lui est devenue une recette: des anonymes moches et/ou gauches, naturels quoi, au milieu d’une Nature au contraire belle et majestueuse qui tend à les écraser, mais parfois le rapport s’inverse et dans ces plans-là il se dégage quelque chose. Ainsi le lieutenant, plongé dans ses pensées, ou encore, comme le souligne valzeur, le père de P’tit Quinquin, filmé sans sa casquette entre chien et loup (on dirait qu’il sort de la mine ou qu’il vient de terminer Paris-Roubaix!).



Les critiques sont quand même incroyablement accommodants quand ils interviewent Dumont, le caressant toujours dans le sens du poil, n'évoquant jamais par exemple la laideur de ses acteurs amateurs. Moi j'attends encore le critique qui osera lui demander à propos de P'tit Quinquin: était-il absolument nécessaire que le jeune acteur ait un bec-de-lièvre? et ne se contentera pas comme réponse: non, c'est le hasard, ça s'est simplement trouvé comme ça!

Bruno Dumont a dit…

Mais Buster c'est la laideur du monde que je montre, c'est aussi simple que ça.

Buster a dit…

Trop simple.

Emmanuel Burdeau a dit…

Tiens Buster, lis donc "La comédie du mal", mon texte –génial– sur le comique de Dumont, c’est sur Médiapart (ou ma page Facebook pour les non-abonnés). Je t’autorise même à le reproduire sur ton blog.

Buster a dit…

Hé oh, j’suis pas ta bonne!

Anonyme a dit…

Plutôt emberlificoté le texte de Burdeau.

Bonne est l'eau a dit…

Quelqu'un aura-t-il la générosité de le poster ici ? Sa Seigneurie l'autorisant... (parce que moi, Mediapart et Facebook, connais pas)

Buster a dit…

:-)

P'tit kéké a dit…

Pas terrible le texte de Burdeau.

Xavier Dos d'âne a dit…

Aargh ! Mais partagez bon sang ! Nous aussi on a envie de rigoler !

Buster a dit…

Moi pas encore lu papier Burdeau.

Manu a dit…

Il est pas si mal ce texte, vous devriez le lire Buster, d'autant que le début est comme une réponse à votre propre texte :)

Buster a dit…

Ah bon?

Lotus confort a dit…

Le début :

La comédie du mal: «P'tit
Quinquin» et le cinéma de
Bruno Dumont
PAR EMMANUEL BURDEAU

Arte Vidéo édite P’tit Quinquin en DVD
et en Blu-Ray, deux semaines après la fin
de sa diffusion par la chaîne. La série de
Bruno Dumont a été un succès : 1,5 million
de spectateurs pour le premier épisode puis
250 000 en ligne, sur Arte + 7, pour celuici
et le deuxième.
La surprise a été double. Voir un cinéaste
foncièrement attaché à la grandeur du
cinéma, aux plans larges et à la majesté
des paysages, s’enfermer dans une petite
lucarne peu conforme a priori à ses visées.
Et voir un art aussi grave, obsédé par la
grâce et le mal, faire un brusque tour sur
lui-même pour renverser son drame en
comédie. Pas n’importe laquelle en outre :
burlesque, farfelue, débridée.

De ces deux surprises c’est la seconde qui
l’a emporté sur la première : la comédie de
Dumont a laissé muette, pour cette fois, la
comédie des gardiens du temple. Cela ne
rate en général pas, quand un transfuge a
lieu du grand écran vers le petit : certains
aiment à nous faire rire en assenant qu’il
s’agit encore de cinéma, même si c’est la
télé qui produit et diffuse. Comme ils se
plaisent par ailleurs à marteler que tel film
projeté en salle est en fait destiné au salon.
Sans s’embarrasser d’aucune explication,
assigner suffisant bien assez à leur peine.
Ceux-là auraient pu faire critiques, ils
ont préféré gendarmes. C’est un choix.

Mais les temps changent, on commence à
ranger les drapeaux. Il se pourrait que P’tit
Quinquin fasse jurisprudence. Tant mieux.
La réception a été excellente et même
un peu unilatérale. Tout le monde s’est
montré si ravi du retournement que
personne n’a songé à s’interroger sur la
place tenue jusque-là par la comédie chez
Dumont. La tâche était certes délicate :
cette place n’était-elle pas nulle, purement
et simplement ? Au moins eût-il été
intéressant de le remarquer. Et de noter par
la même occasion que, dans cette oeuvre,
c’est l’absence d’humour qui finissait par
faire drôle, à force.

Sinon cette absence elle-même, le
problème que pose celle-ci fournit donc
un excellent guide pour retracer le chemin
parcouru par Bruno Dumont en sept longs
métrages et une série télé, de La Vie
de Jésus (1997) à P’tit Quinquin (2014).
Il promet d’aider à mieux comprendre
une oeuvre qui compte parmi les plus
puissantes, mais aussi les moins aisées
à saisir du cinéma contemporain. Voire
de permettre à en résoudre certaines
énigmes esthétiques et morales. Dans cette
perspective, on posera pour commencer
la question : quels étaient jusque-là
chez Dumont les moments où l’absence
d’humour semblait problématique au point
de paraître appeler le renversement ?

Moltonel a dit…

Un peu plus loin, sur la comédie du mal :

(...)

Il ne suffit pas d'avancer que le rire,
encore localisé dans Camille Claudel,
1915, s’étend à la surface entière de
P’tit Quinquin. Parler de libération serait
aller vite en besogne. Le rire demeure
une bizarrerie, chez Dumont, un motif
d’étonnement. Une part non négligeable
de la fonction dévolue au tandem de
policiers sert d’ailleurs à cela, à énoncer et
à relayer cet étonnement.
Van der Weyden et Carpentier sont en
effet drôles, ô combien. Les yeux qui
roulent, la moustache einsteinienne et
les gigues du premier. La « philosophie
», les perplexités et la voiture en
équilibre sur deux roues du second.
Mais les compères sont aussi là pour
souligner un autre comique et un autre
grotesque. Ils s’ébaubissent de ce qui
arrive, n’en reviennent pas des atrocités
qu’ils rencontrent, se demandent dans quel
« bordel » ils sont embarqués.

Le comique fonctionne donc constamment
sur un double registre, premier et second
degré, direct et indirect. Il est un genre,
mais il est aussi un problème, l’un des
problèmes de P’tit Quinquin. Autant dire
qu’aucun miracle n’a brusquement rendu
la comédie naturelle à Dumont. On peut
même juger que celui-ci appuie un peu
lourdement sur la pédale à cet égard,
désignant trop volontiers la bizarrerie de
ce qu’il met en oeuvre.

P’tit Quinquin a beaucoup été comparé à
Twin Peaks dont, bonheur, David Lynch
et Mark Frost viennent d’annoncer le
retour pour 2016. Or il y a au moins
une différence entre ces deux séries :
l’inspecteur Dale Cooper se sent d’emblée
chez lui parmi les zinzins de Twin
Peaks, alors que le commissaire reste
périphérique à l’étrangeté alentour. Ou
plutôt, car il faut préciser : sa bizarrerie
à la fois ressemble et dissemble de
celle sur quoi porte son enquête. Si
bien que l’hypothèse de leur appartenance
commune au même monde devient peu à
peu un enjeu majeur.

Il n’est pas dur de comprendre pourquoi,
dans P’tit Quinquin, la comédie persiste
à n’apparaître pas naturelle. C’est qu’elle
a à voir avec une forme de contre nature
ou de dégénérescence : bec de lièvre
de Quinquin, démarche du commissaire,
toupies de l’oncle Dany, prêtre à la limite
de la débilité… Ce n’est pourtant qu’une
moitié d’explication. Reste la question,
fondamentale : comment s’articule ici la
nouveauté positive du comique avec la
permanence d’un thème négatif, le mal,
décrit comme enraciné dans la nature, ou
dans la contre-nature de l’homme ?

(...)

Le Trèfle a dit…

[Burdeau évoque La Vie de Jésus : une insulte raciste lancée en rigolant, comme pour
"jouer" au raciste, et qui finit en crime violent]

Avec le recul et
à la lumière du Quinquin il est pourtant
impossible de ne pas y voir un indice
décisif quant au rapport qui, chez Dumont,
lie rire et violence. S’il y a du mal, pour lui,
c’est d’abord parce qu’il y a quelque chose
qu’il faut bien appeler une comédie du
mal. Comédie au double sens d’imitation
et de contrefaçon, voire de défiguration.
Citation et erreur, mimétisme et bévue. Le
troisième sens du mot, celui du comique
à proprement parler, ne viendrait que
beaucoup plus tard. Et alors il changerait à
la fois tout et rien de ce qui fait la puissance
et l’embarras de cette oeuvre.

Ce qui commençait comme une facétie
finissait très mal, dans le crime et
dans le sang. D’autres incongruités
viendraient entre-temps, dans La Vie
deJésus, traverser ce monde rural qu’on
aurait cru sans âge : des images de
famine en Afrique aperçues à la télévision,
ou la perte d’un ami atteint du sida,
accompagnée du traditionnel soupçon
d’homosexualité. Ces interventions du
contemporain étaient à leur tour étranges.
Elles-mêmes tenaient du gag, peu ou prou.
On ne pouvait dire si, à travers elles,
c’est encore l’étrangeté de ce monde au
nôtre que, par contraste, Dumont voulait
souligner, ou s’il indiquait au contraire que
son film se passait bien ici et maintenant.

Gageons qu’il ne le savait pas lui-même.
Et que c’est confusément encore qu’il
appréhendait le mal. Comme la présence
d’un immémorial dans l’homme, mais
aussi comme la chute d’un éden dans
les tourments de l’Histoire. Qui fallaitil
en somme accuser du meurtre de
Kader ? L’arriération de Freddy et de
sa bande ? Ou bien une époque les
vouant au désoeuvrement et leur farcissant
l’esprit d’images et d’idées justement trop
confuses ? Freddy méritait d’être puni.
Mais il ne méritait pas moins d’être touché
par la grâce, comme il arrive — ou n’arrive
pas — à la fin de La Vie de Jésus.

Là est le sens de la proximité, présente
depuis le début chez le cinéaste, entre le
mal et le salut. Proximité voire identité.
L’une et l’autre à la fois si appuyées et
si peu étayées qu’elles semblent parfois
n’être qu’un coup de force. Ou qu’on y
sent remonter un fond d’obscurantisme ou
de bêtise. Le mal et la grâce se rejoignent
car ils appartiennent pour Dumont au
domaine du confus. De l’imprévisible
ou de l’incalculable. Tous deux sont
une erreur ou une bévue. Un gag. Une
comédie.

(...)

Renova 100% papier recyclé a dit…

La fin de l'article :

(...)


P’tit Quinquin affirme donc avec une force
décuplée, celle du comique, ce régime
de la bévue, voire de la bavure, qui a
toujours commandé l’art de Dumont. Et à
nouveau le contemporain et l’Histoire font
irruption là où ne les attend pas. C’est la
présence en filigrane du racisme, quinze
ans après La Vie de Jésus, culminant avec
le suicide d’un jeune Noir au cri de « Allah
Akbar ! », deux mots qui donnent leur titre
au quatrième et dernier épisode. Et c’est
l’exclamation de Van der Weyden qui, à
force d’horreurs, lâche qu’ici « c’est pire
que la Shoah ».

La formule choque. Même si ou a fortiori
si, comme il l’affirme, elle n’a pas été
écrite par Dumont mais improvisée par
Bernard Pruvost, jardinier devenu acteur
d’occasion. Il faut toutefois corriger : ce
n’est pas cela que dit le commissaire. Il ne
prononce par « Shoah » mais « Shouiah ».
La déformation fait rire, c’est une grimace
de plus. Elle est comme la série ellemême
: elle veut faire oublier la bêtise en la
surlignant, c’est en chargeant qu’elle veut
sauver.

Ces quelques mots achèvent ainsi
de signer la grande contradiction qui
est présente au centre de l’entreprise
de Dumont. Mais présente, justement,
comme ce qui interdit à celle-ci d’avoir un
centre. Cette oeuvre qui semble tellement
vouloir aborder le mal dans sa version
absolue, majuscule, ne le conçoit en fait
que sous la forme d’une dégradation
ou d’un bégaiement. Elle se prépare à
articuler « Shoah » mais c’est « Shouiah
» qu’elle bafouille. Par dérision et par
erreur. Pour qualifier et pour défigurer,
pour faire mal au mal. Pour l’atteindre
et pour le conjurer. Outrage, piété,
exorcisme, tout cela ensemble.

Ce léger défaut d’articulation — juste
un chouïa —, cette langue qui fourche
comme la queue du diable, cela n’est rien
et pourtant cela change tout. Voilà une
oeuvre qui, tout en ne semblant désirer que
le majeur, ne cesse d’être aimantée par
le mineur. C’est la raison pour laquelle,
si l’on tient à en donner une, elle a
pu se transporter du grand écran vers le
petit sans subir le moindre dommage, et
qu’au terme de ce transport, elle est même
parvenue à devenir un peu mieux elle-même.

Buster a dit…

Merci PQ ;-)

Gonzalo a dit…

Merci PQ ! Comme dirait l'autre : cela change tout... et pourtant cela n'est rien.

Walter de Closets a dit…

On veut le rouleau intégral.

Buster a dit…

:-D

Stéphane D. a dit…

Pfff... Burdeau, à force de "tout donner" dans ses textes, il finit par faire dans sa culotte.

Emmanuel B. a dit…

Toi Delorme, ça risque pas de t'arriver, vu que tes textes c'est que du vent.

Buster a dit…

Stéphane et Emmanuel, allons, un peu de retenue quand même. Si vous continuez je vous bloque.

(n'importe quoi)

le gendarme de Saint-Tropez :-D a dit…

Petit jeu amusant : qui est le plus « comique » d’entre nous ?-D

Voici la notule consacrée à La Demoiselle d’honneur de Claude Chabrol, parue dans les Cahiers du cinéma – n° 595 (nov. 2004), p. 31b-c.

La Demoiselle d’honneur, de Claude Chabrol

[texte intégral]

Au générique de La Demoiselle d’honneur, le nom de Claude Chabrol s’inscrit sur une télé lambda, 34 cm, ni écran carré ni coins plats. Facétie ? Pas sûr. De même qu’il faudrait tirer leçon des expertises d’oncle Claude sur l’état actuel des programmes, il faut prendre au sérieux cette signature, l’éventualité qu’à présent le cinéaste s’imagine volontiers en humble faiseur de téléfilms. Dix ans après La Cérémonie, il est clair que Chabrol ambitionne de moins en moins le chef-d’œuvre, et de plus en plus le confort de l’anonymat esthétique. Il y atteint avec cette Demoiselle d’honneur, nouvelle adaptation de Ruth Rendell, mol imbroglio de kidnapping, d’amour fou, d’héroïne mytho, de jeune cadre dynamique puis dépassé. Intrigue sans suspense ni issue véritables d’où sort un tout petit Chabrol, supérieur néanmoins à la précédente Fleur du mal.

Pièce centrale de cette modestie désormais bien ajustée, un double virage. De la grande-bourgeoisie vers ce que C.C. nomme étrangement « classe sous-bourgeoise » (comprendre petite bourgeoisie ? prolétariat ?) : employé, coiffeur, secrétaire... Des quinquas vers les jeunes, encore que ceux de Chabrol, choquant l’adulte par leurs piercings et l’emploi d’adjectifs comme « space » (exemple : « Gérard, il est quand même space ! ») datent de quelques années au moins. Laissons cela, puisque de toute façon la séduction du film n’est pas ailleurs que dans ce no man’s land social, générationnel... Et formel, surtout : il était fatal qu’à force d’échanger innoncence et culpabilité, angélisme et perversité, à force de suggérer leur terrible, délectable égalité, Chabrol finisse par offrir à ce flou moral son exacte traduction cinématographique – un identique flou esthétique où jouxtent échos hitchcocko-langiens (escaliers...) et monotonie de sitcom, glacis du Temps et tango de MJC, science des mouvements d’appareil et torpeur du rythme, la trouble Laura Smet, notre héros Benoît Magimel toujours royal dans son numéro de jeune maître et Bernard Lecoq [sic] en beauf complet, Jag et veste à carreaux. A quoi bon aujourd’hui un Chabrol de plus ? Bon qu’à ça, peut-être : plutôt qu’à polir sa statue de grand metteur en scène, à emmener son magasin d’effets vers une sorte de province, de banlieue pavillonnaire du cinéma. A trouver là l’envie, non de renoncer, mais de continuer ad libitum, serein et passionné, enchaînant les films comme d’autres les fictions pour débuts d’après-midi. Désormais assuré, moins de la précision diabolique que du charme pérenne de son art. Affirmant pour lui-même ce que Magimel murmure à Smet tandis qu’approche la police venue la cueillir : « Je ne t’abandonnerai jamais. »

Emmanuel Burdeau

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Hum, maintenant si les imbéciles tiennent des explications fumeuses pour des « explications », moi, je laisse tomber, hein !-D


Buster a dit…

Merci Cruchot ;-)

M. Lebleu a dit…

Le papier de Burdeau en version intégrale :

Blaq Out et Arte Vidéo éditent P’tit Quinquin en DVD et en Blu-Ray, deux semaines après la fin de sa diffusion par la chaîne. La série de Bruno Dumont a été un succès : 1,5 million de spectateurs pour le premier épisode puis 250 000 en ligne, sur Arte + 7, pour celui-ci et le deuxième.
La surprise a été double. Voir un cinéaste foncièrement attaché à la grandeur du cinéma, aux plans larges et à la majesté des paysages, s’enfermer dans une petite lucarne peu conforme a priori à ses visées. Et voir un art aussi grave, obsédé par la grâce et le mal, faire un brusque tour sur lui-même pour renverser son drame en comédie. Pas n’importe laquelle en outre : burlesque, farfelue, débridée.
De ces deux surprises c’est la seconde qui l’a emporté sur la première : la comédie de Dumont a laissé muette, pour cette fois, la comédie des gardiens du temple. Cela ne rate en général pas, quand un transfuge a lieu du grand écran vers le petit : certains aiment à nous faire rire en assenant qu’il s’agit encore de cinéma, même si c’est la télé qui produit et diffuse. Comme ils se plaisent par ailleurs à marteler que tel film projeté en salle est en fait destiné au salon. Sans s’embarrasser d’aucune explication, assigner suffisant bien assez à leur peine. Ceux-là auraient pu faire critiques, ils ont préféré gendarmes. C’est un choix. Mais les temps changent, on commence à ranger les drapeaux. Il se pourrait que P’tit Quinquin fasse jurisprudence. Tant mieux.
La réception a été excellente et même un peu unilatérale. Tout le monde s’est montré si ravi du retournement que personne n’a songé à s’interroger sur la place tenue jusque-là par la comédie chez Dumont. La tâche était certes délicate : cette place n’était-elle pas nulle, purement et simplement ? Au moins eût-il été intéressant de le remarquer. Et de noter par la même occasion que, dans cette œuvre, c’est l’absence d’humour qui finissait par faire drôle, à force.
Sinon cette absence elle-même, le problème que pose celle-ci fournit donc un excellent guide pour retracer le chemin parcouru par Bruno Dumont en sept longs métrages et une série télé, de La Vie de Jésus (1997) à P’tit Quinquin (2014). Il promet d’aider à mieux comprendre une œuvre qui compte parmi les plus puissantes, mais aussi les moins aisées à saisir du cinéma contemporain. Voire de permettre à en résoudre certaines énigmes esthétiques et morales. Dans cette perspective, on posera pour commencer la question : quels étaient jusque-là chez Dumont les moments où l’absence d’humour semblait problématique au point de paraître appeler le renversement ?
Prenons L’Humanité (1999). Il eût fallu être de bois pour ne pas pouffer in petto devant le plan où, au lieu de l’accabler, l’inspecteur de Pharaon de Winter embrasse à pleine bouche son ami accusé du viol et du meurtre d’une petite fille. Sacré contre-pied. Pareil don de soi dans pareille circonstance, pareille frontalité mise à filmer pareil don étaient, au bas mot, incongrus.
Prenons Twenty Nine Palms (2003). Les râles masculins scandant le voyage à travers le désert américain, râles de jouissance ou d’impossibilité à jouir, étaient trop rauques et sonores pour être honnêtes. Et puis il y avait comme un gag de mauvais goût, mais un gag quand même, à les faire culminer — voire à leur offrir ce qu’ils cherchaient — dans un autre viol, cette fois non relégué hors-champ.
Prenons Hors Satan (2011). Huit ans ont passé, les râles de la bête à deux dos sont de retour. Plus furieux que jamais, accompagnés à présent d’une épaisse bave blanche. Too much, pour le moins. Et cet autre « gag », dans le même film : lorsqu’un incendie se signale à l’horizon, le « héros » promet à sa compagne que celui-ci cessera si elle traverse le plan d’eau qui est devant eux. Il faudrait quelques secondes au spectateur pour réaliser qu’il ne s’agissait pas d’imiter Jésus mais, plus simplement, de s’avancer sur un ponton. Le feu cesserait pourtant bien, une fois atteint l’autre côté. Drôle d’humour dans le sérieux. Drôle de sérieux dans l’humour.

M. Lebleu a dit…

Pourquoi dès lors se mordre les lèvres au lieu d’y aller d’un rire franc et libérateur ? La dignité du cinéma de Dumont, son art plus qu’accompli du cadre large et du raccord de regard, son « bressonisme » semblaient interdire pareil épanchement. Les cinéastes comme lui, à la fois grands metteurs en scène et grands moralistes, sont d’autant plus conscients et jaloux de leur statut qu’ils se font rares, aujourd'hui — on peut citer Michael Haneke et Lars von Trier. Ils ne sont donc guère enclins — LVT excepté, mais c’est une autre affaire — à remettre ce statut en question en cédant à ce qui pourrait passer pour une facilité.
Leur rigueur, leur « terrorisme » s’accommoderait mal de flirter avec le grotesque ou le ridicule. C’est du moins ce qu’ils affectent de croire. S’ils savent pertinemment que l’un ne va pas sans l’autre, en vérité, cette pensée est de celles qu’ils préfèrent garder par-devers eux. Ou qu’ils ne consentent à manifester que par intermittence.
Dumont ne pouvait ainsi ignorer, quand il faisait L’Humanité, qu’il y avait provocation et même malice à nommer Pharaon de Winter ce simple qui tantôt embrasse la terre, tantôt écoute Bach dans sa voiture et tantôt entre en lévitation au-dessus d’un potager. En revanche il ne semblait pas savoir quoi faire de cette malice, ni même savoir s’il était prêt à en user. De deux choses l’une alors. Soit le rire restant bloqué dans la gorge du spectateur répondait à un blocage de l’œuvre, un refus de voir ce qui était pourtant là. Soit il correspondait à une virtualité encore enfouie et ne demandant qu’à éclore.

Eclosion du rire

L’éclosion eut lieu une fois, avant le printemps de P’tit Quinquin à propos duquel Dumont aime à parler de « récolte ». Elle eut lieu dans Camille Claudel, 1915 (2013), film réalisé juste avant la série. Une fois, dans une scène. Internée dans un asile d’aliénés près d’Avignon, Camille assiste à la répétition d’un spectacle théâtral donné par des pensionnaires. Devant leurs hésitations et leurs balbutiements, leurs difficultés à articuler un texte classique, Camille commence à rire, à rire aux éclats avant de fondre en larmes puis de prendre la fuite.
Dumont n’avait jamais exposé au contre-champ du rire une galerie de personnages dont il ne peut méconnaître que s’y prêtent leurs trognes et leurs baragouins. Camille Claudel, 1915 marquait en même temps une autre rupture, non moins significative : c'est la première collaboration avec une star d’un cinéaste s’étant fait une spécialité de travailler avec des non-acteurs, vers lesquels il est d’ailleurs revenu avec P’tit Quinquin.
« Première collaboration » est inexact. Peu de temps avant, Dumont avait participé à l’aventure de Sibérie (2012), dans lequel une autre actrice, Joana Preiss, documentait à l’occasion d’un voyage en train les derniers temps de son histoire avec le cinéaste. Souvent c’était elle qui filmait, mais parfois aussi c’était lui. Même si Dumont y apparaît peu à son avantage, moins donneur d’amour que de leçons, l’expérience de Sibérie a compté dans ce parcours que nous retraversons. Elle l’a notamment instruit plus avant sur ce que jouer un rôle veut dire, dans la vie et au cinéma, devant et derrière la caméra.
Hormis les moments où, torse nu à sa table, Paul Claudel (Jean-Luc Vincent) exerce les muscles de son écriture et de sa foi, Camille Claudel, 1915 est un film assez raté. Trop solennel. Trop lisse, ce qui est un comble pour Dumont. La scène du théâtre est toutefois frappante. C’est d’abord Juliette Binoche, soit l’incarnation superlative — avec Isabelle Huppert — de l’actrice française, qui semble ne pouvoir s’empêcher de rire de ce spectacle en lambeaux où plus aucun art ne subsiste. Puis c’est la même qui retourne ce jugement en compassion et se met à pleurer. Avant, n’en pouvant plus, de se lever. Scène sans résolution, sinon hâte et peut-être maladroite. Scène nécessaire pourtant en ce qu’elle n’esquive plus la question, jusque-là restée pendante, du rapport entre comique et « cinéma », avec et sans guillemets.

M. Lebleu a dit…

Dumont devait probablement en passer par là. Pour qu’il laisse monter enfin l’irrésistibilité du rire, il fallait qu’il transite par l’intégration contrariée d’une star à son monde. Il fallait Binoche pour que le rire sorte et qu’en sortant il apparaisse comme un plaisir et comme une évidence, mais aussi comme un possible jugement, une mise à distance. Comme une ressource du cinéma et comme le risque de couper l’image en deux : d’un côté la star et de l’autre les anonymes, d’un côté celle qui ne fait que jouer la déraison et de l’autre ceux qui ne savent pas (la) jouer.
Dumont a donc mis la main, avec P’tit Quinquin, sur ce qui, en germe depuis toujours, avait besoin de se manifester une première fois comme extériorité avant de passer ou de repasser, pour de bon, à l’intérieur. Et cette fois ça y est, la mutation a opéré. Le ridicule est là. Assumé, indubitable. La lévitation dans le potager est devenue le treuillage d’une vache par hélicoptère, la prière paumes ouvertes devant la beauté et l’horreur du monde est devenue la survenue dans une cour de ferme d’un gamin en slip violet qui hurle « Ch’tiderman » puis grimpe au mur, où il reste suspendu quelques instants par une autre grâce, celle du numérique. Aux gueules des pensionnaires de Camille Claudel, 1915 se sont substituées celles de Quinquin et de ses copains, conscients quant à eux de leurs effets, semant la panique à coups de bêtises et de pétards qui, bien que sonores eux aussi, sont moins terribles que les explosions de Flandres (2006).
Et les râles, inversement, ont laissé place au chant qu’Aurélie, sœur de la fiancée de Quinquin, entonne avec cœur sur une scène filmée en nuit américaine. « And I knew that it’s youuuuuuuu ! » : ce refrain sempiternellement repris semble résoudre ou ridiculiser les tentatives peu concluantes du commissaire Van der Weyden et de son adjoint Carpentier d’identifier le meurtrier qui découpe des cadavres avant d’en fourrer les morceaux dans des vaches.

La comédie du mal

Il ne suffit pas d'avancer que le rire, encore localisé dans Camille Claudel, 1915, s’étend à la surface entière de P’tit Quinquin. Parler de libération serait aller vite en besogne. Le rire demeure une bizarrerie, chez Dumont, un motif d’étonnement. Une part non négligeable de la fonction dévolue au tandem de policiers sert d’ailleurs à cela, à énoncer et à relayer cet étonnement.
Van der Weyden et Carpentier sont en effet drôles, ô combien. Les yeux qui roulent, la moustache einsteinienne et les gigues du premier. La « philosophie », les perplexités et la voiture en équilibre sur deux roues du second. Mais les compères sont aussi là pour souligner un autre comique et un autre grotesque. Ils s’ébaubissent de ce qui arrive, n’en reviennent pas des atrocités qu’ils rencontrent, se demandent dans quel « bordel » ils sont embarqués.
Le comique fonctionne donc constamment sur un double registre, premier et second degré, direct et indirect. Il est un genre, mais il est aussi un problème, l’un des problèmes de P’tit Quinquin. Autant dire qu’aucun miracle n’a brusquement rendu la comédie naturelle à Dumont. On peut même juger que celui-ci appuie un peu lourdement sur la pédale à cet égard, désignant trop volontiers la bizarrerie de ce qu’il met en œuvre.
P’tit Quinquin a beaucoup été comparé à Twin Peaks dont, bonheur, David Lynch et Mark Frost viennent d’annoncer le retour pour 2016. Or il y a au moins une différence entre ces deux séries : l’inspecteur Dale Cooper se sent d’emblée chez lui parmi les zinzins de Twin Peaks, alors que le commissaire reste périphérique à l’étrangeté alentour. Ou plutôt, car il faut préciser : sa bizarrerie à la fois ressemble et dissemble de celle sur quoi porte son enquête. Si bien que l’hypothèse de leur appartenance commune au même monde devient peu à peu un enjeu majeur.

M. Lebleu a dit…

Il n’est pas dur de comprendre pourquoi, dans P’tit Quinquin, la comédie persiste à n’apparaître pas naturelle. C’est qu’elle a à voir avec une forme de contre nature ou de dégénérescence : bec de lièvre de Quinquin, démarche du commissaire, toupies de l’oncle Dany, prêtre à la limite de la débilité… Ce n’est pourtant qu’une moitié d’explication. Reste la question, fondamentale : comment s’articule ici la nouveauté positive du comique avec la permanence d’un thème négatif, le mal, décrit comme enraciné dans la nature, ou dans la contre nature de l’homme ?
Il faut remonter en arrière, jusqu’à l’origine. De tous les films de Dumont le premier, La Vie de Jésus est avec le deuxième, L’Humanité, le plus proche de P’tit Quinquin : le Boulonnais, les baraques à frites, les majorettes, la fanfare, les gamins en vadrouille… Dans La Vie de Jésus une bande de garçons — l’un d’eux déjà prénommé Quinquin — finissait par assassiner un jeune Beur coupable d’avoir tourné autour de la petite amie du leader, Freddy.
L’affaire, on s’en souvient peut-être, avait débuté au bistrot. C’est là qu’un des gars s’était retourné pour lancer à Kader la première insulte. Et c’est en rigolant qu’il l’avait lancée, comme s’il avait moins fait preuve de racisme que voulu jouer au raciste. Comme si ses camarades et lui n’étaient pas trop mauvais, mais trop ingénus au contraire pour voir qu’en s’amusant à entrer dans ce rôle ils s’y enfermeraient vite au point de n’en plus pouvoir sortir.
Le moment était bref. Avec le recul et à la lumière du Quinquin il est pourtant impossible de ne pas y voir un indice décisif quant au rapport qui, chez Dumont, lie rire et violence. S’il y a du mal, pour lui, c’est d’abord parce qu’il y a quelque chose qu’il faut bien appeler une comédie du mal. Comédie au double sens d’imitation et de contrefaçon, voire de défiguration. Citation et erreur, mimétisme et bévue. Le troisième sens du mot, celui du comique à proprement parler, ne viendrait que beaucoup plus tard. Et alors il changerait à la fois tout et rien de ce qui fait la puissance et l’embarras de cette œuvre.
Ce qui commençait comme une facétie finissait très mal, dans le crime et dans le sang. D’autres incongruités viendraient entre-temps, dans La Vie de Jésus, traverser ce monde rural qu’on aurait cru sans âge : des images de famine en Afrique aperçues à la télévision, ou la perte d’un ami atteint du sida, accompagnée du traditionnel soupçon d’homosexualité. Ces interventions du contemporain étaient à leur tour étranges. Elles-mêmes tenaient du gag, peu ou prou. On ne pouvait dire si, à travers elles, c’est encore l’étrangeté de ce monde au nôtre que, par contraste, Dumont voulait souligner, ou s’il indiquait au contraire que son film se passait bien ici et maintenant.
Gageons qu’il ne le savait pas lui-même. Et que c’est confusément encore qu’il appréhendait le mal. Comme la présence d’un immémorial dans l’homme, mais aussi comme la chute d’un éden dans les tourments de l’Histoire. Qui fallait-il en somme accuser du meurtre de Kader ? L’arriération de Freddy et de sa bande ? Ou bien une époque les vouant au désœuvrement et leur farcissant l’esprit d’images et d’idées justement trop confuses ? Freddy méritait d’être puni. Mais il ne méritait pas moins d’être touché par la grâce, comme il arrive — ou n’arrive pas — à la fin de La Vie de Jésus.
Là est le sens de la proximité, présente depuis le début chez le cinéaste, entre le mal et le salut. Proximité voire identité. L’une et l’autre à la fois si appuyées et si peu étayées qu’elles semblent parfois n’être qu’un coup de force. Ou qu’on y sent remonter un fond d’obscurantisme ou de bêtise. Le mal et la grâce se rejoignent car ils appartiennent pour Dumont au domaine du confus. De l’imprévisible ou de l’incalculable. Tous deux sont une erreur ou une bévue. Un gag. Une comédie.

M. Lebleu a dit…

« Pire que la Shouiah »

Les films suivants ne se sont pas privés de le redire. Sinon mieux, avec plus de bruit et de fureur que La Vie de Jésus. L’atroce viol final de Twenty Nine Palms — le moins heureux des longs métrages du cinéaste — à la fois découle des étreintes brutales montrées jusque-là et coupe sauvagement court à l’idylle du photographe et de la jeune femme russe. Il semble une conséquence logique et une aberration, il est juste et il est injuste.
La fable de Hadewijch (2009) est plus nette encore. C’est parce que l’église a jugé sa foi trop intransigeante et ennemie du monde que, jetée dans les rues, l’apprentie religieuse trouvera un temps refuge du côté de l’Islam et du terrorisme islamiste. Le trait est un peu gros, surtout si l’on se rappelle que le film suit en parallèle le parcours d’un voleur que Céline eût sauvé si elle n’avait pas été renvoyée du couvent. Mais la lourdeur fait partie du programme. Il n’y a pas d’intentions mauvaises, il n’y a que des erreurs d’aiguillage. Des lapsus ou des bégaiements du destin. Des grimaces ou des errements.
Le mal n’est qu’une comédie. Et tant pis si celle-ci est macabre. Le mal n’existe pas. Il ne loge que dans notre entêtement à le voir partout, lequel n’a d’égal que notre bêtise dès lors que nous croyons l’avoir débusqué. Le problème du mal s’efface ainsi bien vite derrière un autre problème, pour Dumont : celui de notre incapacité à comprendre et articuler la signification de son (in)existence.
C’est ce que dit ce titre, Hors Satan. Titre magnifique, tellement supérieur au film qu’il nomme. Le mal est là parce que nous n’y sommes pas. Il est là parce que nous croyons faire le bien et qu’à la place nous faisons (le) mal : cette morale-là n’a rien de neuf. Mais il est là aussi et surtout parce qu’il est ce qui nous jette dehors et nous laisse extérieur à tout. Parce qu’il est l’exception, le hors ou le sauf que nous n’arriverons jamais tout à fait rejoindre.

M. Lebleu a dit…

P’tit Quinquin semble certes affirmer autre chose. Le deuxième épisode s’intitule « Au cœur du mal » et le troisième « L’diable in perchonne », d’après deux expressions qui reviennent dans la bouche de Van der Weyden et de Carpentier. Y serait-on donc enfin ? Toujours pas. Ces formules ne sont possibles que dites sur le ton de la comédie et comme une rengaine, une petite musique virant vite au bruit de crécelle.
Il n’y a pas de cœur au mal, le diable n’est jamais là en personne. Dumont peut donc s’approcher ici plus que jamais de la fiction policière comme il s’en trouve à foison dans les séries télévisées et, dans le même mouvement, laisser l’enquête irrésolue. P’tit Quinquin ruse avec le genre. Tantôt il désigne Dany comme le coupable, tantôt ce garnement de Quinquin, tantôt Van der Weyden lui-même. Celui-ci ne caresse-t-il pas le filet de pêche dans lequel on retrouvera ficelé le cadave de la belle majorette qui le troublait tant ?
Si le coupable court toujours, c’est peut-être que le diable est partout. C’est plus sûrement qu’il n’est nulle part, dans un monde dont le grotesque est à la fois la damnation et le salut, l’enfance et la décrépitude. Un monde dans lequel les gamins s’échangent des serments d’amour et les vieux jettent les couverts sur la table comme de sales gosses. Cela tourne, dans P’tit Quinquin. Cela a toujours tourné chez Dumont, ses personnages ont toujours aimé « aller faire leur tour ». Mais cela tourne plus vite désormais, en vélo, en voiture, en roulades… Cela tourne si vite qu’à force de rotations insensées, Dany se retrouve souvent face contre terre.
P’tit Quinquin affirme donc avec une force décuplée, celle du comique, ce régime de la bévue, voire de la bavure, qui a toujours commandé l’art de Dumont. Et à nouveau le contemporain et l’Histoire font irruption là où ne les attend pas. C’est la présence en filigrane du racisme, quinze ans après La Vie de Jésus, culminant avec le suicide d’un jeune Noir au cri de « Allah Akbar ! », deux mots qui donnent leur titre au quatrième et dernier épisode. Et c’est l’exclamation de Van der Weyden qui, à force d’horreurs, lâche qu’ici « c’est pire que la Shoah ».
La formule choque. Même si ou a fortiori si, comme il l’affirme, elle n’a pas été écrite par Dumont mais improvisée par Bernard Pruvost, jardinier devenu acteur d’occasion. Il faut toutefois corriger : ce n’est pas cela que dit le commissaire. Il ne prononce par « Shoah » mais « Shouiah ». La déformation fait rire, c’est une grimace de plus. Elle est comme la série elle-même : elle veut faire oublier la bêtise en la surlignant, c’est en chargeant qu’elle veut sauver.
Ces quelques mots achèvent ainsi de signer la grande contradiction qui est présente au centre de l’entreprise de Dumont. Mais présente, justement, comme ce qui interdit à celle-ci d’avoir un centre. Cette œuvre qui semble tellement vouloir aborder le mal dans sa version absolue, majuscule, ne le conçoit en fait que sous la forme d’une dégradation ou d’un bégaiement. Elle se prépare à articuler « Shoah » mais c’est « Shouiah » qu’elle bafouille. Par dérision et par erreur. Pour qualifier et pour défigurer, pour faire mal au mal. Pour l’atteindre et pour le conjurer. Outrage, piété, exorcisme, tout cela ensemble.
Ce léger défaut d’articulation — juste un chouïa —, cette langue qui fourche comme la queue du diable, cela n’est rien et pourtant cela change tout. Voilà une œuvre qui, tout en ne semblant désirer que le majeur, ne cesse d’être aimantée par le mineur. C’est la raison pour laquelle, si l’on tient à en donner une, elle a pu se transporter du grand écran vers le petit sans subir le moindre dommage, et qu’au terme de ce transport, elle est même parvenue à devenir un peu mieux elle-même.

Buster a dit…

Encore? Bon ben, merci Lebleu.

Colonel Moutarde a dit…

"Il eût fallu être de bois pour ne pas pouffer in petto..." Sans rire, j'ai l'impression que ce texte est truffé de contrepèteries. A quand un recueil de blagues signé Emmanuel Burdeau ? Car voilà une œuvre qui, tout en ne semblant désirer que le majeur, ne cesse d’être aimantée par le mineur. C’est la raison pour laquelle, si l’on tient à en donner une, elle pourra se transporter de Trafic vers l'Album de la Comtesse sans subir le moindre dommage, et qu’au terme de ce transport, elle sera même parvenue à devenir un peu mieux elle-même.

Alain Juppé a dit…

Hé Buster, vous avez bloqué Delorme et Burdeau? Dommage, c'était marrant.

tartine – à la mer :-D a dit…

Bien. Juste trois ou quatre remarques, sur la tartine de Burdeau…

1) Fin du dernier paragraphe de ce (looong) papier :

« Voilà une œuvre qui, tout en ne semblant désirer que le majeur, ne cesse d’être aimantée par le mineur. C’est la raison pour laquelle, si l’on tient à en donner une, elle a pu se transporter du grand écran vers le petit sans subir le moindre dommage, et qu’au terme de ce transport, elle est même parvenue à devenir un peu mieux elle-même. » [le copié-collé de M. Lebleu, 14 oct. | 21h 12]

Rien à redire sur cette conclusion, sur ce qu'elle énonce, proprement dit : je partage plutôt. En revanche, ce qui me surprend (euh, m'amuse, hein) c'est son retournement, son rebondissement !-D ce doit être une forme d'humour involontaire (très sophistiqué ou bien… subtil ?-] euh, à moins que ce ne soit un gag au troisième ou cinquième degré !-D

En effet, quand on relit – ou relie avec – le 3è § du papier [voir le post de M. Lebleu, 14 oct. -14 | 21h 07], on constate que le critique – enfin, si l'on veut – approuve la thèse (du gendarme, donc) qu'il raille :« certains aiment à nous faire rire en assénant qu’il s’agit encore de cinéma, même si c’est la télé qui produit et diffuse. » ?!!-D

2) Ensuite, toujours dans le même paragraphe, notre secoureur improvisé (nous n'avons pas dit « matamore ») nous annonce, en affectant par ailleurs d'une pointe de grandiloquence : « Cela ne rate en général pas, quand un transfuge a lieu du grand écran vers le petit […] Mais les temps changent, on commence à ranger les drapeaux. Il se pourrait que P’tit Quinquin fasse jurisprudence. »

C'est sûrement de l'humour encore – ce n'est pas possible autrement !-D Rossellini, Godard, Rohmer, Ruiz (et encore quelques autres…), il n'a pas l'air de bien connaître !-D un conseil amical, alors : au lieu de se faire des marathons-séries, qu'il (re-)lise plutôt les Cahiers du cinéma, de temps à temps – ça pourrait être instructif !-D

3) Là également, 4è § : « […] Tout le monde s’est montré si ravi du retournement que personne n’a songé à s’interroger sur la place tenue jusque-là par la comédie chez Dumont. La tâche était certes délicate : cette place n’était-elle pas nulle, purement et simplement ? Au moins eût-il été intéressant de le remarquer. »

Mettons à part le billet de Buster, et signalons juste à l'attention du vigilant harangueur, que sur le site Débordements (pub gratuite !-], le fameux G. Bortzmeyer consacre plus de la moitié de son texte à ce propos (en gros, ses quatre premiers paragraphes, plutôt denses).

Bref, je m'en tiens à ceci seulement… car, en gros, il y a deux écoles : ceux qui s'accordent par une approbation tacite devant une évidence (flagrante), et… ceux qui aiment pontifier à tout-va (ahum !!?-D

Euh, vu qu'il y a de bonnes âmes – je ne sais pas : est-ce qu'il y a maintenant une option « dégraissée », une version « sans matière grasse » du papier !?-D


Buster a dit…

Ok Colonel, si c'est aussi poilant que ça, je vais le lire ce texte... ce soir au lit avec une tisane.

Alain > je n'ai bloqué personne, ils se sont calmés tous seuls.

(les fakes vont et viennent ici, pas les "vrais" critiques, les pros, qui ne se risquent pas, sauf Miss Joudet... et parfois Morain lors d'une crise d'étronite aiguë)

Buster a dit…

Merci Albin pour tes 3 ou 4 remarques (apparemment il n'y en a que 3), je verrai ça une fois lu le texte :-)

borges a dit…

Complètement débile le texte de Burdeau, plus débile encore que le film de Dumont.

le texte de Balournatic vaut pas grand-chose mais il y a quelques idées

Buster a dit…

Hum... c'est le spectre de Borges?

(bien imité)

Anonyme a dit…

Alors le texte de Burdeau ?

Buster a dit…

C'est fait, je l'ai lu.

Anonyme a dit…

Mais encore ?

Buster a dit…

Eh bien le texte de Burdeau c’est comme l’intrigue du film de Dumont, ça démarre sur les chapeaux de roue (voire deux roues :-) vous allez voir ce que vous allez voir, je vais vous expliquer ce que c’est que le comique chez Dumont, d’où il vient, parce que moi j’ai revu tous ses films, je sais mieux que vous, mieux que Dumont lui-même… puis ça traîne, y’a comme un mauvais suspense, on se perd dans des trucs filandreux, toute une rhétorique poussive… et à l’arrivée on n’en sait pas vraiment plus.

Stéphane D. a dit…

C'est bien ce que je disais.