jeudi 28 août 2014

French touch

Vu les Combattants de Thomas Cailley. Pas mal mais le film n'est qu'une demi-réussite. Une demi-réussite au sens où seule la partie centrale - le stage de préparation militaire - est vraiment réussie. Et si elle est réussie c'est parce que la mise en scène, au demeurant très appliquée, aux lignes bien ciselées, comme réglée aux petits oignons, s'accorde idéalement au cadre de l'armée et à sa discipline... D'un côté un corps: Madeleine, butée, cassante, obsédée par les questions de survie, de l'autre un regard: Arnaud, réservé, docile, intrigué autant qu'attiré par cette drôle de fille. Au départ tout les oppose - principe même de la comédie romantique -, mais ce nouveau milieu, qui voit les rapports s'égaliser, l'une perdant de son aplomb pendant que l'autre gagne en assurance, finit par les rapprocher, presque malgré eux (le milieu de l'armée n'est pas le leur), ce qui fait qu'une histoire à deux est possible. Le mouvement est simple, rectiligne... les scènes sont cocasses (de cette drôlerie, légère, qui tient à pas grand-chose: un geste, une réplique, un détail dans le plan...), parfois discrètement poétiques... c'est très superficiel, il y a un côté BD, mais ça fonctionne.
Las, Cailley s'est cru obligé de préparer le terrain très en amont, par le biais de la chronique, ici la petite chronique sociale: l'été, la province, avec ses traditionnelles scènes de glandouille entre copains, les soirées arrosées, la séquence de dancefloor, la scène à moto, le tout accompagné d'électro tapageuse... et en contrepoint ce corps étranger que représente le personnage de Madeleine, bousculant le quotidien d'Arnaud tel un chien dans un jeu de quilles. Bonne idée, sauf qu'on aurait aimé que ce soit aussi le train-train du jeune cinéma français qui se trouve bousculé, rompant avec les tics du film de bon élève (de celui de la Fémis par exemple)... Or, à ce niveau, force est de constater que le premier long métrage de Cailley est des plus sage, avançant en territoire balisé, confiant en son scénario, un scénario en béton, de ceux qui obtiennent les avances sur recettes, avec toutes ces scènes, hyper-écrites, qui s'enchaînent les unes derrière les autres, sans dévier de leur trajectoire.
La troisième partie vient confirmer cette mainmise du scénario sur la réalisation. Ce qui n'aurait dû être qu'un épilogue "éco-amoureux" indécis se transforme en (fausse) fable post-apocalyptique, avec le sentiment, assez désagréable, que Cailley cherche à imposer sa conclusion au lieu de la laisser advenir. Conclusion peut-être logique, au regard de ce que le scénario a brassé tout au long du film, mais loin de la dimension aventureuse promise au départ, quand subitement un film se met, via le récit, à prendre la tangente. Si l'aspect détonant des Combattants repose surtout sur les épaules (solides) d'Adèle Haenel, et l'émotion qui s'en dégage, sur le seul regard (inquiet) que lui porte Kévin Azaïs, tous les deux remarquables, c'est que le récit, finalement, peine à se déployer, allant à rebours du mot d'ordre lancé par le lieutenant, et que, du coup, il subit, plus qu'il ne les dépasse, les aspects lvovskien de la première partie et, disons, larrieuesque, de la troisième (pour la deuxième partie, la seule réussie donc, on pense davantage à Sattouf), témoignant ainsi chez Cailley d'un réel savoir-faire, en termes d'écriture, mais pas d'un univers si original que ça, qui tranche avec le reste de la production. Du moins pour l'instant.

"Quand les gens sont de mon avis, j'ai l'impression de m'être trompé." (Emmanuel Macron citant - approximativement - Oscar Wilde)

40 commentaires:

Anonyme a dit…

Plutôt d'accord avec vous, ce qui ne veut pas dire que vous vous êtes trompé. :)

Aristide a dit…

Non.

Anonyme a dit…

Si.

valzeur a dit…

Hello Buster,

D'accord avec vous, au fond - mais il y a là-dedans un petit je ne sais quoi qui fait que j'aime bien le film, malgré ses défauts.
Et je trouve Azaïs vraiment remarquable, plus intéressant qu'Adèle Haenel, qui me semble condamnée aux personnages butés.

ludo a dit…

C'est marrant parce que moi c'est la deuxième partie que j'aime le moins.

Anonyme a dit…

"pas si original que ça" ? Je ne sais pas ce qu'il vous faut. Le film fait voler en éclats les clichés habituels du cinéma d'auteur français.

TC a dit…

N'importe quoi ce texte

Buster a dit…

Lol... TC c'est Tessé ou Thomas Cailley?

Buster a dit…

Anonyme de 12:13, je ne vois pas ce que le film fait voler en éclats. Si les trois segments forment un ensemble plutôt singulier, chaque segment pris isolément n'a rien d'original.

Lucie a dit…

Coucou Buster,

Vous allez bien ?

Je viens de voir "Les Combattants" et, une fois n'est pas coutume, je suis d'accord avec Valzeur. Il y a un petit quelque chose dans ce film qui le rend très plaisant, même si ce n'est pas très original. Seule réserve, la fin, que je trouve plutôt ratée.

Buster a dit…

Bonsoir Lucie,

Mais moi aussi je suis d’accord avec valzeur qui au fond est d’accord avec moi… :-)

Sinon je vais bien, merci.

valzeur a dit…

Hello Buster,

Alors on a réchappé à Winter Sils ?
Pour ma part, j'ai subi Party Girl, cet hybride lamentable entre Tarnation et un épisode de l'Amour est dans le Pré. C'est sans forme, mauvais et aussi répugnant au fond que Pour en finir avec Eddy Bellegueule. Vous pouvez sans problème vous abstenir. Le personnage de la mère est le plus déplaisant que j'ai vu sur un écran depuis longtemps ; vieille belle, conne, inconséquente, égoïste, alcoolique, fausse, niaise, hideuse. En voilà un beau cri d'amour d'un fils à sa maman, le premier, co-réalisateur, s'auto-castant et ridiculisant sa fratrie dans une scène de lettre dictée (la seconde étant pour sa part ridiculisée tout du long). On sort de PG plus effaré qu'on n'y était entré. Prendre ce film pour un beau portrait de femme et/ou un cri d'amour, c'est comme croire encore au Parti Socialiste et à F. Hollande, un exercice sans fin de tous les instants qui prend modèle sur la méthode Coué

valzeur a dit…

Avec tout ça, j'ai oublié de vous dire que L'Enlèvement de Michel Houellebecq de Guillaume Nicloux était formidable et visible sur Arte +7 encore quelques jours. Ne le ratez pas ! Houellebecq dans son propre rôle, c'est quand même autre chose que la mère de Party Girl...

Buster a dit…

Salut valzeur,

Pas vu le Ceylan, j’ai raté la séance (faut dire que j’y allais pas en courant). Mais j’irai… comme j’irai voir Party girl, en dépit de (ou grâce à) vos recommandations.

L’Enlèvement de Michel Houellebecq, je l’ai pas vu non plus (j'étais en Suisse ce soir-là) mais je l'ai enregistré… ça a l'air space.

Anonyme a dit…

c'est nul l'enlèvement de Michel Houellebecq

Michel Houellebecq a dit…

C'est con comme du Proust

Buster a dit…

Ah ouais? Et pourquoi pas surfait comme du Mozart? :-)

OK je vais regarder ce qu'il en est...

Buster a dit…

Haha.. c'est con comme du Proust, la phrase était dans le film (je viens de le voir et j'ai bien aimé).

Anonyme a dit…

Tout compte fait, c'est pas si mal Les Combattants, non ?

Buster a dit…

Ouais, le bilan de la semaine (note sur 5):

L’enlèvement de Michel Houellebecq 3,5
Les Combattants 3
Sils Maria 2,5
Winter sleep 2
Party girl 0 (j'aurais dû écouter valzeur)

Gontran a dit…

Ouf, pas de chef-d'oeuvre cinématographique cette semaine, je vais pouvoir bouquiner...

Buster a dit…

Hé hé... en bouffant des hamburgers.

valzeur a dit…

Hello Buster,

Tout pareil que vous et dans le même ordre, si ça n'est que j'opte pour le compte à rebours avec des chiffres ronds 4-3-2-1-0 (remarquons que je n'ai toujours pas vu Winter Sleep pour cause de séance complète aujourd'hui, mais je sais déjà que cela vaut 1 sur 5 comme à peu près tous les films précédents de NBC ; Clark, dans sa grande cruauté m'a même dit que c'était pire que Bird People)

Cheryl Cook a dit…

Cher Buster,

auriez-vous manqué le pilote de The Cosmopolitans de Whit Stillman ?

Buster a dit…

Winter sleep est horriblement pesant, tout y est exagérément étiré et signifié, et pourtant, hormis la scène de beuverie, ça passe relativement vite. Bizarre.

Buster a dit…

Cheryl, j'ai oublié de regarder le pilote de The Cosmopolitans... la faute à valzeur qui m'a volontairement orienté sur le Houellebecq pour pas que je regarde le Stillman :-)

pied a dit…

Nulle mention au très joli "grand homme" de Sarah Leonor.
Personne ne l'a donc vu ?

Anonyme a dit…

"Tomber la chemise" dans The Cosmopolitans, ça c'est de la french touch !

Buster a dit…

:-)

cela dit, c'est toujours mieux que Tourner les serviettes.

Le Grand homme, pas encore vu, peut-être cette semaine.

Anonyme a dit…

Sils Maria mérite mieux que la moyenne!

Buster a dit…

Bah la moyenne c’est déjà pas mal, ici on note sec, c’est pas comme au bac ou pour les albums… Sur Sils Maria j’écrirai peut-être une note.

Moumou Juillet a dit…

Bizarre que vous n'ayez pas été sensible à la mise en scène classique et minérale d'Assayas, calée sur la sérénité des montagnes suisses et la retraite pastorale d'Anders. L'utilisation systématique du fondu enchaîné fait dissoudre les plans comme des blocs de neige, permettant à Assayas une rapidité et une efficacité narrative que personnellement je ne lui connaissais pas. La sérénité se révèle particulièrement propice à recueillir le récit d'un effondrement, exactement comme All About Eve filmait la hantise dans une forme close, d'un classicisme adamantin. On pourrait presque voir Sils Maria comme une manière d'autoportrait : obsédé par une jeunesse dont il se complaît à dire qu'elle est intimement liée au cinéma, Assayas réussit enfin à la capter, mais comme en décalé, par le prisme d'un corps vieillissant et fasciné qui est peut-être le sien.

Michel Houellebecq a dit…

Leave Moumou alone !!!

Buster a dit…

Bon alors, Moumou, Houellebecq, c'est quoi tous ces fakes?
Sur Assayas, OK je vais l'écrire ma petite note, je parlerai en même temps du Ceylan... ce que je peux déjà en dire c'est que si je ne suis pas sensible à la mise en scène d'Assayas c'est parce que je ne la trouve pas du tout classique, elle est même assez faiblarde, à l'image justement de ces fondus au noir (plus qu'enchaînés), répétés inlassablement... le reste n'est guère mieux (le discours entre autres sur les nouvelles technologies et le cinéma contemporain, c'est quand même très scolaire...). Mais j'aime bien le personnage de Kristen Stewart, sa disparition procure la seule véritable émotion du film, même si c'est complètement artificiel...

Anonyme a dit…

Sils Maria, c'est quand même mieux que Winter Sleep, non ?

Buster a dit…

Oui, c'est pour ça que j'ai noté 1/2 point de plus :-)

valentine a dit…

et votre note sur sils maria elle vient quand?

Buster a dit…

Quand je l'aurai écrite... j'ai pas trouvé le temps, demain peut-être.

Anonyme a dit…

On ne va pas opposer le décor du Nicloux / Houellebecq à celui du pilote de Stillman, mais juste un mot pour regretter que le Paris qu'il fantasme ne soit pas plus proche de celui de Minnelli par exemple. Café de Flore, soirées versaillaises, blazer et mocassins, voiture avec chauffeur et crainte de se perdre dans "le ghetto de Nanterre", dessine un horizon qui pourrait devenir agaçant (attendons la suite éventuelle...)

Buster a dit…

Toujours pas vu le pilote, mais ce que vous en dites ne me surprend pas, ça correspond au milieu très bourgeois de ses précédents films.