lundi 18 août 2014

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Pieces of glass. Bibi Anderson dans Persona de Bergman. Musique: "We can't be stopped", Ratatat, 2010.

- En ce moment j'écoute Fugu 1, le premier album de Fugu (Mehdi Zannad) qui ressort dans une version remixée et remastérisée (par Tony Lash). A comparer avec la version d'origine de 2000 (mixée par John Cunningham, un des grands de la pop - bien que méconnu -, auteur entre autres du sublime Homeless house). Bon, c'est sûr, avec la nouvelle version, l'album gagne en relief et en clarté. Après, au niveau de l'émotion, je ne suis pas certain qu'il y ait un plus - cf. par exemple "Ondulations", une de mes chansons préférées. Au mieux on parlera d'émotion intacte (comme pour les cassettes BASF, ha ha). Parce que, hein, la version initiale, avec son mixage bricolé, très sixties, et même si tout ça est à relativiser (l'émotion est généralement plus forte la première fois), c'était déjà un sacré sommet. 

Sur la genèse de l'album lire ici.

- Sinon j'attends qu'on m'offre le premier volume (1929-1940) des Lettres de Samuel Beckett. Ça doit être un régal, à l'image de cette lettre où Beckett, du haut de ses 23 ans, se moque de Proust:

"J'ai lu le premier volume de Du côté de chez Swann, et je le trouve étrangement inégal. Il y a des choses incomparables - Bloch, Françoise, Tante Léonie, Legrandin -, et puis des passages qui sont d'une méticulosité pénible, artificiels et presque malhonnêtes. Il est difficile de savoir quoi en penser. Il maîtrise si absolument sa forme qu'il en devient le plus souvent l'esclave. Certaines de ses métaphores illuminent une page entière comme une brillante explosion, et d'autres semblent obtenues laborieusement dans le plus terne désespoir. Il possède l'équilibre le plus subtil, un équilibre tremblant et charmant, puis soudain il y a une stase, les balanciers bloqués sur une ligne parfaitement horizontale, plus lourdement symétriques que Macaulay dans ses pires moments, avec des primo & des secundo se faisant écho complaisamment de façon répétée. Sa loquacité est certainement plus intéressante et habile que celle de Moore, mais pas moins débordante, le vomissement larmoyant de tout ce qui a été ingurgité par des fausses dents et un ventre affligé de colique. Je pense qu'il buvait trop de tilleul. Et quand je pense qu'il faut que je le contemple sur son siège de cabinet pendant 16 volumes!" (été 1929)

PS. Revu Metropolitan de Stillman. L'occasion d'une double confirmation: 1) le film est toujours aussi génial; 2) les restaurations numériques c'est toujours pas ça.

Voili voilou... reprise en douceur (comme on dit, je me suis pas foulé).

8 commentaires:

Anonyme a dit…

N.B. la référence aux cassettes BASF est destinée au lectorat sénior exclusivement

Buster a dit…

C'est vrai... mais ce lectorat il faut que je le soigne aussi :-)

Sinon je précise pour les plus jeunes que ça renvoie à une pub préhistorique des années 80: BASF: l'émotion intacte

Tristan Tropique a dit…

Les mêmes à qui cela procurera quelque bouffée nostalgique se délecteront d'un article paru dans le numéro 2 de la revue "Audimat" (nouvelle publication qui se veut, en quelque sorte, un "Trafic" de la pop). Il y est question de cet âge bizarre où le CD fit irruption dans les rayonnages et sut alors, à grand renfort de marketing abusif, non seulement supplanter le vinyle mais se rendre désirable. Le papier (dont le nom de l'auteur m'échappe présentement), non content d'être extrêmement plaisant, a le bon goût de s'illustrer par des visuels des réclames, ahurissantes avec le recul, des constructeurs de platines de l'époque.

Buster a dit…

Merci pour l'info, je ne connaissais pas du tout cette revue. Je vais me la procurer fissa.

A propos de CD, on notera que si Fugu 1 était à l'époque sorti en vinyl et en CD, il ne ressort aujourd'hui qu'en vinyl et en digital. Exit le CD.

Anonyme a dit…

Tristan Tropique, c'est Tristan Garcia ?

Anonyme a dit…

Je viens d'écouter "Homeless House" de Cunningham. Superbe ! Merci pour la découverte.

Anonyme a dit…

vous préférez la première version de Fugu#1 à la nouvelle?

Buster a dit…

Disons que j'aime autant les deux mais pas pour les mêmes raisons. Je comprends parfaitement l'insatisfaction de Mehdi Zannad qui l'a conduit à faire remixer son album. Il n'empêche, le côté lo-fi du premier mixage, qui ne met pas assez en valeur les instruments, moi ne m'a jamais gêné. Si la nouvelle version est plus conforme à ce dont rêvait Zannad, ce n'est pas aussi important pour l'auditeur. C'est un peu comme si vous vantiez l'émotion ressentie lors de certaines séquences d'un film et que le réalisateur vous répondait qu'il les avait ratées ces séquences, que ce n'est pas la lumière qu'il recherchait, qu'elle est mal rendue, mais que sur la nouvelle copie c'est mieux... vous apprécierez certainement de revoir les séquences ainsi améliorées, mais ça ne renforcera pas pour autant ce qui vous avait bouleversé la première fois.