vendredi 4 avril 2014

Resnais roi

Mes déboires enchantés (ou The trouble with George).

Comment on dit "taupe" en anglais? Je vous le donne en mille. On dit mole. Or mole, c’est aussi le grain de beauté. La taupe du dernier Resnais, c’est comme un gros grain de beauté, posée là au milieu du film. Autant dire que ce n'est pas spécialement beau. Ça ressemble plutôt à une verrue, ça surgit n’importe où, au milieu du gazon, un gazon anglais qui plus est (quelle hérésie!, pire que des mauvaises herbes, des "herbes folles" forcément), signe que dans Aimer, boire et chanter il y a quelque chose de pas normal. Et le "pas normal", qui rend ce film si émouvant, c’est que la laideur habituelle des films de Resnais (le pompon c’était quand même Vous n’avez encore rien vu) s'efface ici devant, non pas la beauté du texte, non pas le génie des acteurs (quoique Michel Vuillermoz), mais, tout simplement, la simplicité de la mise en scène, loin des mises en abyme et autres jeux de constructions (il y en a un peu quand même), tous ces artifices surlignés, surannés, dans lesquels Resnais, à mon grand désespoir, semblait se complaire de plus en plus... Le film reste globalement très moche (le générique, avec ses caches noirs, est certainement l’un des plus hideux que j’ai jamais vus, les couleurs, comme la musique, sont atroces, et le décor, avec ses longues bandes de tissus qui délimitent la scène et par lesquelles entrent et sortent les personnages, relève d'un avant-gardisme pour le moins daté) - seuls les dessins de Blutch échappent à cette laideur généralisée (si l'on excepte l'affiche, elle aussi horrible, alors que celles qu'il avait réalisées pour les deux précédents Resnais étaient magnifiques) - mais bon, la mocheté ici n'est jamais encombrante, elle devient même sympathique, parce que témoignant de cette volonté chez Resnais de se positionner par-delà la représentation, ce qui fait par exemple que le décor, à mesure que le film avance, disparaît progressivement (au sens où l'on finit par l'oublier), que les cloisons tombent, libérant l'espace, qui se retrouve ainsi sans dedans ni dehors. 

J'évoquais il y a quelques jours, alors que je n'avais pas encore vu le film, l'éventualité que le titre, qui finalement est celui d'une chanson de 1935 interprétée par Georges Thill - comme le George du film? -, où l'on célèbre, sur une valse de Strauss, l'union de l'amour et du vin, bref que le titre renvoie à une sorte d'ABC (A comme Aimer, B comme Boire, C comme Chanter) du cinéma de Resnais. Et c'est un fait que dans ce film il y a quelque chose d'élémentaire, qui touche à l'essence, non pas du cinéma (sa part hantée, mélancolique) mais bien du théâtre (le jeu des passions), ce qu'on trouvait déjà dans d'autres films "théâtreux" de Resnais - à commencer par Mélo - mais peut-être pas de façon aussi évidente. Le théâtre, c'est vraiment, plus encore que la bande dessinée ou la science-fiction, la grande affaire d'Alain Resnais, il domine toute la dernière période de son œuvre, depuis Mélo justement. Si en termes de réussite, c'est très inégal, les trois films adaptés des pièces d'Alan Ayckbourn, à savoir Smoking/No smoking, Cœurs et donc Aimer, boire et chanter (des films dont les titres définissent un véritable art de vivre), constituent assurément le meilleur du cinéma de Resnais, mieux ils apparaissent rétrospectivement comme le cœur de son œuvre (avec Cœurs au cœur du cœur), comme s'il fallait passer par la campagne anglaise (quand bien même les histoires de Cœurs, et ses fondus enneigés, se déroulaient à Paris) pour y accéder. Le théâtre, l’Angleterre, mais aussi les années 30, ce qui confère à Aimer, boire et chanter un caractère encore plus intime, expliquant l'attachement particulier que j'éprouve pour ce film. Rohmer racontait que Renoir était un cinéaste à la fois moderne et fasciné par l’époque 1900. On peut dire de Resnais qu’il était fasciné par les années 30 (la mode rétro, dans les années 70, lui ayant offert avec Stavisky, film moins mineur qu’il n’y paraît, l'occasion de satisfaire pour la première fois sa nostalgie des années 30). Etait-il moderne? Il est clair qu'avec un film comme Mélo, adaptation ouvertement moderniste d'une vieille pièce de théâtre, Resnais se montrait infiniment moins moderne qu'un Guitry, quand, dans les années 30 justement, celui-ci transposait au cinéma, de façon discrètement inventive, ses propres pièces. Mais dans Aimer, boire et chanter la question ne se pose plus. Ici la modernité on s'en fout, c'est comme la beauté... Resnais a franchi le pas.

On va me dire que si j’aime le film c’est parce que c’est le dernier de Resnais, que si Resnais n’était pas mort je ne l’aimerais pas autant. Peut-être. Mais si je l'aime c’est d'abord parce qu'en tant que dernier film il fait résonner en moi des choses qui n’auraient pas résonné autrement (sur la vieillesse notamment, le fait que les acteurs incarnent, dans la pièce qu'ils répètent, des personnages beaucoup plus jeunes qu'eux, comme dans le théâtre d'avant-guerre). Si je l'aime c'est aussi pour plein d'autres (petites) choses, qui vont des pendules détraquées, impossible à régler (le film est rythmé par les saisons, du printemps à l'automne, mais c'est le temps - hors du temps - du théâtre, le pur présent de ce qui a lieu, qui se trouve ici valorisé, même si on n'est pas dans l'instant de la représentation), à l’apparition/disparition de la taupe (c'est qui finalement cette taupe: Riley? Resnais? - Resnais la taupe, ha ha, qui me dit que Resnais, farceur impénitent, n'y a pas pensé), en passant par tous ces "putains de merde" qui scandent le film, voire les plans de transition, filmés de l’intérieur d’un véhicule, écho improbable au Camion de Duras (l'amie qui ne mâchait pas ses mots et qui, c'est marrant, aurait eu 100 ans aujourd'hui!). Resnais, amateur de pied-de-nez (le finale au cimetière, avec la jeune fille en noir déposant sur la tombe de George une carte postale qui symbolise la mort, c'est une blague de Resnais, évidemment, une blague punk) autant que roi du contre-pied. Ce qui fait au bout du compte que si j'aime Aimer, boire et chanter, c'est pour son mouvement, qui se déploie ainsi à l'envers, allant du cinéma au théâtre, de la scène aux coulisses, de l’absent (George) à l’ailleurs (Tenerife). L'envers pour mieux approcher la vérité, celle de la vie, bien sûr, la vie de Resnais, au soir de sa vie...

35 commentaires:

Anonyme a dit…

"Hors mole" ?

Buster a dit…

Oups, merci, c'est corrigé ;-)

Anonyme a dit…

Oh le vilain Buster, si condescendant avec Resnais (c'est Borges qui le dit) :D

Buster a dit…

Ah Borges, il a pas traîné… et comme d’habitude, pas foutu de lire un texte convenablement. Parler de condescendance, non mais franchement, c’est l’hôpital qui se fout de la charité.
A part ça, oui la taupe c’est aussi l’espion infiltré (brillante découverte), et George Smiley ça rime avec George Riley, sauf que Smiley n’est pas la "taupe" (d’autant qu’il ressemble plutôt à un crapaud), c’est l’agent secret qui la traque. Du coup on voit pas trop le rapport. Cette taupe en fait c'est pas une bonne piste, d'ailleurs elle n’est pas dans la pièce d’Ayckbourn, c’est une blague de Resnais, une de plus.
Quant à Mankiewicz (Chaînes conjugales, Guêpier pour trois abeilles), on trouve la référence sur différents sites (que Borges en bonne taupe a dû infiltrer j’imagine), valzeur avait d’ailleurs fait le rapprochement ici même.

K. Lambourg a dit…

Buster ou le génie des titres. des trois je ne sais pas lequel je préfère, mais Resnais roi, mhmmh... digne de Libé

Anonyme a dit…

Eh eh la réplique n'a pas tardé...

Buster a dit…

Salut K. (votre pseudo me dit quelque chose), c’est vrai que "Resnais roi" ça marche mieux que "Jeunet joli" ;-)

Et puisqu’on est dans les calembours (qu’adorait Resnais), je rappelle que Life of Riley, le titre de la pièce, est aussi un jeu de mots, l’expression "life of riley", littéralement "vie d’agité", signifiant vie de plaisirs ou vie de château, ce que Resnais a transposé en français par "aimer, boire et chanter" (info qu’on trouve un peu partout, ce n’est pas le résultat d’une savante déduction, je ne joue pas au détective moi, n’inversons pas les rôles, l’apprenti détective c’est Borges, Borges Smiley :-) le maître ès-pion, quand il se met en tête de déchiffrer les films, ce qui généralement ne débouche sur rien, sinon des trucs qu’on savait déjà, cf le dernier Wes Anderson)

Sinon, pas la peine d’avoir fait Math spé (classe de… taupe) pour comprendre que dans mon texte (qui n’est pas une vraie critique du film) j’évoque surtout ma relation difficile avec le cinéma de Resnais et le fait qu’après avoir peu goûté ses derniers films (sauf S/NS et Coeurs) et franchement détesté Vous n’avez encore rien vu, eh bien, le tout dernier, l’ultime donc, bien que très laid esthétiquement, m’a laissé désarmé et même admiratif. En quoi c’est condescendant? Enfin bref, c’est sans importance... Fin du non-dialogue, je laisse Borges s’exciter sur la taupe ;-)

Fort Mole a dit…

Et Mole ce n'est pas Mélo

Buster a dit…

Ouais, celle-là Borges l’avait fait… le seul truc marrant qu’il ait dit.

Anonyme a dit…

Borges sur une taupe? Où ça?

Anonyme a dit…

il faudrait s'entendre sur le mot "condescendance"

Buster a dit…

ça dépend avec qui...

Anonyme a dit…

Peut-être mais c'est quand même un poil condescendant :)

Buster a dit…

Si c'est qu'un poil, ça va.

Dr Orlof a dit…

Absolument pas d'accord avec le premier paragraphe (j'adore "Vous n'avez encore rien vu" et je ne vois aucune "laideur" chez Resnais mais peut-être préféré-je la stylisation "rétro" des décors du cinéaste aux fonds verts d'aujourd'hui ou à l'esthétique publicitaire d'un Michael Mann !)En revanche, les deux paragraphes suivants sont lumineux et très justes. Comme vous, j'aime particulièrement ce mouvement qui conduit du cinéma au théâtre pour saisir une sorte de "vérité" des personnages. C'est l'inverse de ce que faisait généralement Resnais (partir d'un matériau "hétérogène" : la littérature, la BD, la science pour aller vers le cinéma) et c'est absolument passionnant.

envers - et damnation !-D a dit…

Vu « ABC », hier soir.

Mouais… pas si mal : ni absolument bon, ni franchement mauvais !-D

Sans doute pas un de ses pires films, et peut-être même… un de ses meilleurs ?!-D en tout cas, déjà un (futur) classique !-]

Pareil que toi, je goûte très moyennement le cinéma de Resnais – pas un nul, houlà, loin de là, quand on voit ce qui se fait rien que chez nous !-] mais tellement surestimé d’un certain côté de la critique (euh, suivez mon regard ;-D

Cela dit, je veux bien reconnaître que c’eut été un grand cinéaste – euh, juste une fois ou deux, et pas tellement plus, si ?-D mais, à l’arrivée (en bout de course, donc), seulement un cinéaste… « important » (n’insistez pas, je n’irais pas au-delà !-D à part un ou deux films vraiment remarquables, le reste étant tout juste estimable mais sans plus – en écartant, par ailleurs, les plus effroyables (ouch !-D

Je ne déteste pas son cinéma, il y a certains films que j’apprécie même plus que bien (ou tout juste assez), mais sans aucune admiration particulière !-D parmi les derniers, j’adhère assez (comme toi) à Cœurs, mais aussi à Pas sur la bouche. En revanche, le reste ne me fait rien – ni chaud, ni froid ; pour moi, ce n’est jamais complètement nul ou pénible, il y a toujours un petit quelque chose qui le sauve, mais, toutes ses « trouvailles » – « inventions » ou « fantaisies » - sont somme toute bien… exhibitionnistes – glissant allègrement dans la complaisance, ou en encore dans la (fausse) pudeur ?!!-D

En gros, c’est un cinéma qui ne me touche pas (bon, là, sur celui-là, tu as marché !-D

Et, c’est peut-être encore le plus grave : en mettant cet aspect de côté (euh, je ne vois pas trop pourquoi, à vrai dire ?-D, qui ne m’apprend rien - et quand ça prétend le faire (Mon oncle d’Amérique, par exemple)… c’est assez catastrophique !-DDD

Son paquet est toujours trop bien ficelé, grumpf ! toujours dans le coup, avec toujours tout ce qu’il faut de « culturel » (la culture, c’est sérieux, c’est chic) – il y a toujours le même soin dans la facture (oh, l’artisanat comme c’est joli !-), et on trouvera toujours tout, mais alors, vraiment tout... euh, dans le non-dit !? bref, puisqu’on est bien dans ses pantoufles, pourquoi en sortir ?!-D

Tiens, pour finir, petite différence entre nous : Smoking / No smoking, moi, ça m’agace plus qu’autre chose (enfin… à la revoyure), alors que je n’ai pas détesté plus que ça Vous n’avez encore rien vu (mais, là, une seule vision m’aura suffi !-D

Simon a dit…

Vous n'êtes pas condescendant Buster, vous êtes plutôt irrespectueux (lol) avec certains cinéastes, la condescendance ce n'est pas cela, c'est du mépris déguisé sous forme de bienveillance hautaine, un peu comme Borges quand il commente les textes de ses "amis" des Spectres.

Buster a dit…

Hé hé… voilà, je suis un type irrespectueux mais pas condescendant, merci mon cher Simon (et ne voyez pas dans cette dernière formule une quelconque condescendance… :-D)

Dr, je suis très étonné que vous n’ayez pas apprécié mon premier paragraphe… ;-)
Plus sérieusement, il y aurait en effet matière à débat sur la question du beau et donc du laid dans les derniers films de Resnais. Tout ça est évidemment très subjectif, mais bon je ne vois pas comment on peut trouver esthétiquement beau de tels films. Si le beau pour le beau ne m’intéresse pas, la laideur ne m’est pas non plus rédhibitoire (dans les limites du supportable) si elle se trouve:
-soit annihilée, détruite, au même titre que le beau, par quelque chose de plus fort encore, relevant du choc esthétique (comme le "réel" chez Bacon), ce qui n’est pas le cas chez Resnais, où la laideur n’est jamais innovante, sidérante, parce qu’inconnue, renvoyant au contraire à des formes très vieillottes, parfois même ringardes
-soit reléguée au second plan par quelque chose de purement émotionnel, comme c’est le cas avec Aimer, boire et chanter, dû à l’aspect nu de la mise en scène, toujours émouvant quand il s’agit d’un dernier film.

Albin, dis-moi tu n’aurai pas des grands-parents normands par hasard :-D
Ce qui est particulier avec Resnais c’est qu’il n’y a pas cinquante manières de voir ses films, tout est là, parfaitement affiché, avec son imaginaire fléché, ses artifices, son esthétisme… on peut trouver ça cérébral et ennuyeux ou au contraire ludique et jubilatoire, ça tient parfois à peu de choses, mais en ce qui me concerne c'est le plus souvent un peu trop cadenassé, comme prisonnier de son propre système, ça manque de respiration.

Simon a dit…

Pas de problème mon cher Buster.

Anonyme a dit…

Borges s'accroche à sa taupe!

Buster a dit…

Hé hé... "taupologie" borgésienne.

(l'ennui c'est que Borges n'a pas vu le film)

Sébastien a dit…

Cette taupe, c'est juste une plaisanterie de Resnais, ce n'est pas si important que ça.

Buster a dit…

Oui, une blague surréaliste, genre "Ceci n'est pas une taupe" ou "Vous n'avez (toujours) rien vu..."

§ a dit…

J'ai du mal à partager votre enthousiasme, même si je trouve ce film mieux que les deux précédents. Dans le genre moins ambitieux, je suis cependant plus touché par "Pas sur la bouche".

Si je ne me trompe pas, la taupe sort de la terre au début puis y retourne à la fin. C'est un tout petit peu plus qu'une blague à mon avis. B. Podalydès a raconté que c'est le dernier plan que Resnais a tourné dans sa vie.

Anonyme a dit…

C'est vous qui n'avez rien vu, ou refusez de voir, Buster.. (Borges est formel) :D

Buster a dit…

Salut §,
Bon, quand je dis "juste une blague", ça ne veut pas dire que je n’y accorde pas crédit, seulement il ne faut pas non plus en exagérer la portée, par rapport à ce que le film énonce par ailleurs. Le fait qu’il s’agisse du dernier plan tourné par Resnais lui confère un caractère particulier, c’est sûr, mais de manière rétrospective, puisque Resnais envisageait déjà de tourner un autre film (une pièce d’Ayckbourn?). Sinon la taupe n’apparaît pas exactement au début du film, mais à la fin du 1er acte, juste après le plan en split-screen avec les trois personnages masculins, ce qui laisse penser que cette taupe, outre Resnais (OK), c’est peut-être aussi George, l’ami-rival que les trois hommes avaient déjà enterré…

Buster a dit…

Sinon je viens de lire les dernières élucubrations de Borges… en fait toujours les mêmes salades, on n’en sort pas, ce type est consternant. Donc je répète: "juste une blague" au sens où l’image est comique et se suffit à elle-même, elle est même déjà métaphoriquement parlant suffisamment grosse pour qu’il ne soit pas nécessaire de la surcharger de sens, comme s’y autorise Borges, l’intellectuel borné, du savoir appliqué aux films, l’art surtout de les enterrer en grande pompe (Resnais n’avait pas besoin de ça, non plus). Donc voilà, si vous lisez Borges vous "apprendrez" que la taupe est sortie de l’inconscient de Resnais, qu’elle fait partie de son bestiaire, qu’elle symbolise la mort, etc… et de nous citer comme il se doit Deleuze et Derrida, sauf que ce ne sont que des généralités, ça ne dit strictement rien du film, de ce film précisément… normal, me direz-vous, Borges (la taupe) a toujours pas vu le film, mais à quoi bon puisqu’il lui suffit de savoir de quoi parle un film, de ce qu’on y trouve, pour en causer doctement, avec sa cuistrerie habituelle, sans y apporter le moindre regard personnel… Parce que question critique, hein, c’est le degré zéro. Exemple parmi d’autres (à propos du Grand Budapest Hotel de Wes Anderson):

1) pas trouvé très bon le film... le reverrai, sans doute, pour voir...
2) revu le film; seconde vision, de loin supérieure à la première

Voilà, c’est tout, on n’en saura pas plus. Ce qu’il nous raconte après, on s’en fout, c’est un empilage de citations, aussi passionnant que l’indicateur Chaix…

Anonyme a dit…

La taupe, c'est Riley ou Resnais ? Faudrait savoir.

Buster a dit…

Savoir quoi? Pourquoi vouloir savoir? La taupe, Riley, Resnais, la vie, la mort... c’est drôle et émouvant, tout est dit dans cette figure, pas la peine d’aller chercher midi à quatorze heures. Ce qui est important ce n’est pas de creuser une à une chaque figure du film, mais de les relier entre elles, de voir ce qui se déplace à la surface du film, ce qui relève de la mise en scène, du montage, de l’esthétique… ce que je ne fais pas sur mon blog, on est d’accord, moi je me contente de papillonner, de pointer des choses ça et là, même si je me trompe, mais je ne me planque pas ridiculement derrière un étalage de culture...

Simon a dit…

Comme §, je préfère la modestie de "Pas sur la bouche", mais comme vous Buster, je ne crois pas qu'il faille connoter exagérément la figure de la taupe, c'est d'abord le regard goguenard de Resnais sur les trois couples du film, à travers peut-être le personnage de Riley, un peu trop vite enterré, comme vous le dites vous-même, mais qui prend avec la mort de Resnais une note forcément plus grave.

Au sujet de Borges, ne vous enquiquinez pas à répondre à ses provocations, il méprise de principe tout ce qui est extérieur aux Spectres.

Buster a dit…

Pas sur la bouche, c’est un peu à la comédie musicale (ici l’opérette) ce que Mélo est au théâtre, je ne déteste pas, j’en garde même un assez bon souvenir, bien que flou maintenant, mais qui doit peut-être plus à Darry Cowl qu’au film lui-même, parce que la forme, hein, quand même...

L’image de la taupe est bien sûr chargée de sens, c’est une condensation, mais c’est justement en tant que condensation qu’il faut la saisir, tout y est accumulé en une seule figure, vouloir la décortiquer est d’autant plus dérisoire que le sens ultime échappe nécessairement. Si elle m’intéresse c’est d’un point de vue purement esthétique: effet de surgissement, incongruité, humour quand la taupe apparaît, émotion quand elle retourne dans son trou... Il y a bien sûr aussi ce à quoi une telle figure renvoie, mais là encore, seul ce qui fait écho immédiatement, et donc participe à l’effet esthétique, m’intéresse, le fait que le sens y est multiple, qu’il y a là quelque chose d'obscur, de caché et d’insaisissable (la taupe c’est comme une métaphore de métaphore), est-ce Resnais, via ou non Riley? et ce qu’on voit de l’extérieur n’est-il qu’un trompe-l’oeil, par rapport à ce qui se passe dans les coulisses, à l’intérieur? (la taupe "voit" mieux dans le noir, au milieu de ses galeries)... des choses qu’il n’est pas nécessaire de déchiffrer parce que directement saisissable, même si ce n’est pas pensé, et qui explique que l’on ressente fortement l’image... Après on peut s’amuser à vouloir l’interpréter, aller le plus loin possible dans l’interprétation, mais c’est autre chose, ça relève d’un autre travail qui ne me passionne guère, car s’éloignant de plus en plus du film, de l’expérience même du film.

Anonyme a dit…

Les deux approches ne sont pas incompatibles, on peut très bien faire part de son expérience du film et chercher en même temps ce qu'il y a derrière le film, non ?

Buster a dit…

Bien sûr, même si ce sont deux temps différents, l’expérience n’exclut pas la réflexion, mais en ce qui me concerne, je rends compte d’abord de ma vision du film, quelque chose d’assez global où je note ce qui m’a interpelé, intrigué, séduit ou déplu, avant d'avancer quelques idées sur le film, ce que Borges trouvera forcément pitoyable... C’est un blog, l’humeur, l’humour, l’émotion, y ont plus leur place qu’une longue réflexion sur un film, ce qu’on pourrait concevoir ailleurs dans le cadre d’un débat, mené à plusieurs...
Le problème avec les Spectres, c’est qu’à chaque fois ils se lancent dans une sorte de recensement de tout ce qui à leurs yeux serait essentiel à la compréhension du film (ce que nous pauvres crétins n’avons pas vu évidemment), mais ça reste à l’état de catalogue, tout y amené pêle-mêle, passé à la moulinette (la taupe c’est ça, c’est aussi ça, et puis ça encore…), mais sans discernement, sans esprit de synthèse, on est là devant un énorme fourre-tout jusqu’à épuisement non pas du sens mais de l’intérêt que chacun porte au sujet... Lisez leurs topics, ça part toujours sur les chapeaux de roue et ça se termine régulièrement en eau de boudin :-) Je ne dis pas qu’on n’y apprend rien, mais pas grand-chose finalement (quant au film), surtout par rapport à la masse d’éléments qu’ils ont accumulés au fil des pages... Plus intéressant les textes écrits par quelques uns, qui souvent ouvrent les topics, plus modestes, avec une véritable approche critique du film.

Bon, et si on parlait des pendules? :-)

Anonyme a dit…

Depuis que slimfast a été viré et que jerzy s'est tiré on s'ennuie comme des rats morts chez les spectres

Buster a dit…

Lol