vendredi 25 avril 2014

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Vu Tom à la ferme de Xavier Dolan. Si j'étais vache, je dirais que ce film est une "grosse bouse", mais bon, comme je suis du genre cool, je dirai seulement que c'est mauvais. Dolan, l'enfant chéri des critiques, tout juste 25 ans et déjà 5 films au compteur (le dernier est prêt pour Cannes, il sera même en sélection officielle, c'est dire à quel point l'ascension du "petit prodige" semble planifiée), nous livre là un modèle de film-gadget, soi-disant film de genre (le thriller psychologique), plutôt film pour faire genre, genre "auteur qui s'acoquine avec le film de genre", histoire de montrer, à tous ces gogos de la critique, qu'il peut tout réaliser, même des films a priori mineurs, que lui, sûr de son génie, se chargera de transformer en chefs-d'œuvre du genre, bref qu'il est un auteur complet, d'autant plus complet qu'il écrit et monte lui-même ses films (quand il ne joue pas dedans et fait le costumier, arborant ici un look new grunge qui, bien sûr, tranche avec le décor)... sauf que ce n'est pas très bien écrit, ce n'est pas très bien mis en scène, ce n'est pas très bien monté (c'est même monté en dépit du bon sens).
Dans Tom à la ferme tout fonctionne à contretemps - et ce dès le départ, avec cette interminable ouverture sur "Les moulins de mon cœur" (!) -, qui voit le film, par moments, accélérer hystériquement quand il devrait ralentir et, de manière tout aussi incongrue, se mettre à ralentir quand il devrait accélérer (évidemment les fans diront que c'est voulu). En fait Dolan n'a pas le sens de la durée (j'en parlais déjà à propos de Laurence anyways), ce qui fait qu'il est incapable de faire vivre ses plans autrement que par des artifices, ceux de la pub ou du vidéo-clip. Du coup ça reste à l'état d'idées, au sens où les scènes ne disent rien d'autre que ce qu'il en est du scénario, Dolan se contentant de les travestir, de les maquiller, le plus souvent "à la manière de" (Hitchcock par exemple), sans que rien ne s'y oppose, du moins ne le conteste, secrètement, par la force et/ou la grâce d'une mise en scène inspirée. Voir la scène dans la cuisine, avec les quatre personnages assis autour d'une table, où tout d'un coup Dolan recourt à des gros plans sur les visages, signe qu'une vérité va peut-être se dire, surgissant de la scène - quant au défunt, son frère, sa mère, son chum, sa fausse blonde... que sais-je? -, sauf qu'on n'y perçoit pas l'effet monstrueux, creusant littéralement le plan, qu'une telle scène produit habituellement (comme chez Bergman); ou, à l'inverse, l'effet de surface, qui dynamise le plan, créant une sorte de flux entre les personnages (comme chez Cassavetes). Ici rien, ce ne sont que des bouches qui parlent, des corps qui débitent leur texte.
C'est que, dans le fond, Dolan n'a pas grand-chose à dire, chez lui c'est toujours le même discours. Dans Laurence anyways il y avait cette scène du restaurant, quand la fille disjonctait, s'en prenant soudainement à la "kétainerie" ambiante: les beaufs, les ploucs, les cons... Tom à la ferme en est le prolongement, exacerbé (via College boy, le clip, immonde, réalisé entre deux par Dolan pour Indochine). On n'en sort pas. Tout ça est d'une effroyable lourdeur, que Dolan tente de corriger en y introduisant un peu d'ambiguïté, mais de manière si maladroite, si ridicule, que ça rend le film, paradoxalement, plus mauvais encore. Ainsi du gros taré qui, sans crier gare, devient le temps d'une scène un improbable danseur de tango, nous gratifiant d'un petit tour de piste (dans le hangar) avec Tom, qui lui, de son côté, après avoir "accouché un veau" et reconnu chez ce même taré, qui régulièrement lui fout sur la gueule, quelques traits de l'amant disparu (normal c'était son frère), hésite à mettre les voiles... Bon, pas trop longtemps non plus, parce qu'à partir de là le film se met sérieusement à patiner, on commence à s'ennuyer ferme (si je puis dire), les personnages aussi d'ailleurs. Pour Dolan, enfin apaisé, après avoir crié toute sa haine du cul-terreux, forcément refoulé, macho et casseur de pédé (l'amour n'est pas dans le pré, hé hé), il est temps de rentrer. Direction Montréal. Rufus Wainwright peut chanter "Going to a town", le cauchemar est terminé...

PS1. "En octobre, un champ de maïs c'est un vrai champ de couteaux". La meilleure réplique du film. La preuve, elle est répétée deux fois.

PS2. Et pendant ce temps-là, passe en catimini Night moves de Kelly Reichardt, beau film placide, patient, doux, intelligent... (il n'y avait vraiment personne aux Cahiers pour s'intéresser un tant soit peu au film?). J'y reviendrai bien sûr. 

15 commentaires:

XD a dit…

Tout ça est faux. Je suis TRÈS BIEN monté.

Xavier Dolan a dit…

Buster, tu veux que je te dise, t'es qu'un mangeux de marde

Anonyme a dit…

Un peu méchant le texte -qu'est-ce que ça aurait été si vous aviez été vache- mais pas faux. Dolan est complètement surestimé. La critique des Cahiers est symptomatique, on n'aime pas trop le film mais on le mentionne quand même en couverture. Plus complaisant tu meurs.

Anonyme a dit…

Pas vu Tom à la ferme, Dolan ne m’intéresse pas. Vu par contre Night Moves de Reichardt, qui est magnifique en effet. Hâte de vous lire sur le film.
S.

Buster a dit…

Merci S. (S? qui S?)

Rémi a dit…

Ton article fait froid dans le dos. J'ai fait la connerie de gagner des places pour aller voir "Tom à la ferme" et je m'en bouffe les doigts...

Absolument d'accord sur Night Moves, honteusement expédié dans les Cahiers.

Ma critique : http://ilaose.blogspot.com/2014/04/night-moves.html

Anonyme a dit…

Bonjour Buster,

Non mais c'est qui tous ces haineux qui s'expriment en début de commentaire ? Chacun peut exprimer son opinion s'il le souhaite, mais en respectant l'autre.
X. Dolan est surestimé depuis le début et il est surmédiatisé pour la seule raison que 5 films à 25 ans c'est une anomalie dans le milieu, c'est un freak.
Quant à Night Moves,j'y vais bientôt, même si le sujet ne me parle pas. Déjà, les précédents films de K. Reichardt étaient très bons, surtout
Meek's Cutoff / La Dernière piste (2010).

Ludovic

Buster a dit…

Il fait froid dans le dos mon article? bigre...

Un freak Dolan? pas convaincu, c'est aussi parce qu'il est surmédiatisé qu'il peut ainsi aligner les films depuis l'âge de 20 ans... Fassbinder, qui avait fait mieux encore au même âge, était lui un vrai "freak".

Ludovic rassurez-vous, Night moves ne se réduit pas à une approche béhavioriste de l'écoterrorisme (pas compris la note des Cahiers qui reproche à Reichardt de ne pas expliquer les motivations des personnages alors que toute la force du film réside justement dans cette absence d'explications, Reichardt préférant s'aventurer sur le terrain de la peur, de l'angoisse, de la culpabilité... j'en dis pas plus)

Anonyme a dit…

Un petit clin d'oeil de Borges au passage:

La bêtise à un tel degré, c'est pénible. J'attends pas de tous les amateurs de cinéma qu'ils survolent les films en ballon comme Buster, mais ...

Buster a dit…

mais quoi?

Et d’ailleurs ça vient d’où? (j’ai rien vu chez les Spectres, le "taupique" sur le Resnais est au point mort, comme prévu), mais bon, c’est pas méchant, c’est même plutôt drôle et pas tout à fait faux… à chacun sa méthode, et ses outils, à moi la longue-vue, à Borges le marteau-piqueur (lui c’est le Woody Woodpecker de la critique ;-)

Anonyme a dit…

Merci Buster, pour les précisions concernant Night Moves... honnêtement je m'en doutais un peu car j'ai vu les précédents films de Reichardt et la bande-annonce de Night Moves.
Elle préfère le sensoriel au politique, et on ne peut que la remercier pour cela. L'omniprésence de la nature aussi, toujours aussi seigneuriale dans son impassibilité face aux tourments qui agitent l'homme... Night moves in the forest...

Ludovic

Anonyme a dit…

Pour une fois que Buster et Borges sont sur la même longueur d'ondes, il faut fêter ça :

http://spectresducinema.1fr1.net/t1826-tom-a-la-ferme-xavier-dolan-2014

Buster a dit…

Ah oui, joliment survolé :-D

Anonyme a dit…

Les lois du commerce imposent de faire la plus grande place au film de Xavier Dolan. mais Night Moves va souterrainement faire son chemin et c'est lui qui figurera dans les top ten de fin d'année 2014. En attendant ceux qui défendent le film doivent se contenter du peu de place qu'on leur a laissé (cf. JB Morain dans les Inrocks)

Buster a dit…

Triste époque.