mercredi 19 février 2014

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Imparfait amour!

Vu Abus de faiblesse de Catherine Breillat. Film étrange et beau. Etrangement beau. Un film de dépossession: Breillat/Huppert dépossédée de la moitié de son corps, dépossédée de la totalité de ses biens. Et en même temps de possession: Breillat comme possédée par le démon cinéma. Car c'est bien ce désir intense de cinéma qui fait que, pendant très longtemps, elle ne voit en son escroc que le bel acteur qu'elle s'est choisi, embarquée dans la spirale de la dépense, aussi folle qu'inexplicable. Pas d'explication, ça reste blanc, telle une page blanche, aussi blanc que le milieu (les draps, l'hôpital) d'où elle émerge, cliniquement, au début du film. Pas d'explication... et pourtant quelque chose se dit, se lit, et même avec insistance. Abus de faiblesse est un grand film de mensonges. Lui, ne fait que mentir; elle, n'arrête pas de se mentir. Lui, dans la parole du (faux) comédien; elle, dans le langage (hystérisé) du corps - ah cette main! Des mensonges qui participent au climat d'abstraction qui imprègne le film (en accord avec la musique originale de Didier Lockwood). Qui fait que Kool Shen c'est Rocancourt mais aussi, un peu, sûrement, le personnage que celui-ci devait incarner dans Bad love. Qui fait que Huppert c'est Breillat mais aussi, et surtout, une autre cinéaste substituant, dans un état de demi-sommeil, l'acteur à l'escroc, s'imaginant, obscurément, contrôler le personnage Rocancourt, ne serait-ce qu'en lui faisant des chèques, de gros chèques, en vue d'un film qui, lui, ne se fera jamais. Jusqu'au moment où le réel vient déchirer tout ça. Extraordinaire dernière partie qui voit la cinéaste, telle une héroïne stroheimienne, réclamer désespérément son argent, dans ce qui ressemble à un petit théâtre, kazanesque et cruel, de mots et de maux: une maison délabrée, envahie de cartons, où l'on fait chambre à part: lui, imperturbable, dans son petit lit en fer; elle, angoissée, au milieu de ses oreillers. Abus de la fiction, faiblesse du sens. Tout a été dit, sans jamais rien expliquer. Et Breillat/Huppert de conclure, admirablement divisée: "C'était moi... mais c'était pas moi." 

4 commentaires:

Nicole B. a dit…

"La tromperie passe pour une fausse monnaie ; et le trompeur pour un faussaire, qui est encore pis. Toutes les vérités ne se peuvent pas dire ; les unes parce qu’elles m’importent à moi-même, et les autres parce qu’elles importent à autrui" écrivait un célèbre jésuite espagnol du XVIe siècle (dans L'Homme de cour). Quant au ressort pratique du geste cinématographique de Catherine Breillat je vous en parlerai une autre fois

Buster a dit…

Hum...

(sinon Gracian c'est le XVIIe siècle! :-)

christophe rocancourt a dit…

histoire sans intérêt, huppert dans l'abus, faiblesse de kool shen, bref film raté

Buster a dit…

N'importe quoi.