dimanche 2 février 2014

Aura été

... ou Alix au pays des merveilles.

Vu Je ne suis pas morte de Jean-Charles Fitoussi. Quel film magnifique! Moins un film de hasard qu'un film qui se hasarde, au sens où, à l'instar de son héroïne, il s'aventure dans des zones rarement convoquées au cinéma, celles de l'abandon, abandon au récit qui se déploie au gré de sa propre fantaisie, de sa propre respiration, de sa propre pulsation. Qui chemine en toute liberté, de Balzac à Goethe (en passant par Raymond Roussel), de Mozart à Haydn (en passant par Michel Polnareff), d'un Paris eustachien à une Italie straubienne (en passant par Biette et ses bleuades), du surcadrage bressonien à la frontalité godardienne (en passant par cet étonnant plan - très lynchien - sur Carax), mais surtout à l'intérieur même du cinéma de Fitoussi, drôle d'organisme en perpétuelle régénération. Depuis combien de temps je n'avais pas ressenti le cœur d'un film battre à ce point? Il y a quelque chose de prodigieux dans Je ne suis pas morte, film d'apparitions et de disparitions, à l'image de ces travellings latéraux quittant un personnage pour en découvrir un autre, avant de revenir au point de départ qui entre temps s'est transformé, comme par miracle... Film au "futur antérieur", de par ses tournages successifs, étalé sur quatre ans, mais aussi parce qu'il semble se mouvoir dans un espace-temps incertain, à la fois ici et ailleurs, maintenant et après (ou avant)..., une sorte de fantastique concret, dépassant ce qui nous est raconté, sur le sentiment amoureux et celui de la perte, pour atteindre à la pure joie, goethéenne, de se sentir vivant (sublime dernier plan, à la lumière déclinante, sur le visage radieux d'une jeune fille en deuil). Et in Arcadia ego

27 commentaires:

Buster a dit…

Au passage, petit salut amical à Murielle et Jeff, aperçus de loin, samedi soir...

Murielle Joudet a dit…

ah mais oui, j'ai crû vous voir de loin et quelqu'un m'a confirmé que vous étiez là. Coucou.

J'ai été soufflée par le film, je trouve les deux premières heures quasi-parfaites, j'aime moins les scènes avec les prostituées de la dernière heure mais en y repensant je garde et j'aime tout. Je trouve qu'il est très difficile d'écrire dessus, mais je crois que l'idée avec laquelle nous sommes tous d'accord c'est que le film est un organisme qui se régénère, se nourrit de tout ce qu'il trouve sur son passage, respire par tous les pores. Je laisse reposer et j'essaierai d'en dire plus. Chef-d'oeuvre chef-d'oeuvre.

Murielle Joudet a dit…

PS : en ce sens il faudrait lire ou relire le très bel article de Fitoussi paru dans Trafic (Printemps 2010), "Comment je n'ai pas écrit certains de mes films".

Anonyme a dit…

Bonsoir Buster,

Moi, c'est Le vent se lève que j'ai vu aujourd'hui (en VF). Vous comptez en parler ? Il est encore plus beau que l'idée que je m'en était faite... bien qu'un peu long sur la seconde moitié.
Je n'en dis pas plus pour ne pas vous
en gâcher la découverte !
Ludovic

Stéphane M. a dit…

On aura tout lu...

Buster a dit…

C’est vrai, c'est dans ce texte que Fitoussi décrit le plan où la caméra sort par la fenêtre de la chambre de la mère, rappelant le dernier plan du Mirage de Guiguet, sauf que là la lumière est trop forte, ce que Fitoussi ne cherche pas à corriger, le hasard s'imposant à lui, qui fait qu'on passe du blanc au blanc, avec la photo des arbres complètement cramée, défaut technique qui permet le passage de la mère dans l'au-delà…

Anonyme a dit…

Merde, j’ai loupé la programmation, quand est-ce que le film repassera ?

Buster a dit…

Salut Ludovic, je viens seulement de récupérer votre message qui avait été "spamé", oui j’ai vu Le vent se lève, très beau film, qui rappelle Porco rosso, mais là plus complexe, interrogeant la myopie du personnage, quant à sa vision de l’Histoire et l’amour que lui voue son épouse malade, un film sur la perte, qu’il s’agisse de l’être aimé ou de ses avions utilisés par les kamikazés, très beau aussi la poétique du vent, j’y reviendrai peut-être...

Anonyme > le film de Fitoussi AURA ETE projeté sous sa forme traditionnelle (bobines 35mm, film argentique), mais la prochaine fois ça risque d’être numérisé (DCP) :,(

Anonyme a dit…

Il faudrait publier le texte de Fitoussi sur votre blog.

Buster a dit…

Ah mais c'est interdit! :-D
En fait ce texte conseillé par MJ je ne l'avais pas lu, enfin je ne m'en souviens plus, si j'en parle c'est parce que, du coup, je l'ai parcouru, c'est un très beau texte, mais un peu trop long pour que je le publie.

Jean-Serge Danette a dit…

Si vous voulez lire le texte de Fitoussi, achetez Trafic ! La seule revue qui mérite que l'on casse un peu sa tirelire (car Astrapi ce n'est vraiment plus ce que c'était).

Bernard Benoliel a dit…

C'est un peu tard puisque la rétrospective est passée, mais on peut lire mon texte de présentation de l'oeuvre de Fitoussi dans le livret de la Cinémathèque. Vous pouvez même le publier sur votre blog Buster, c'est autorisé et le texte n'est pas long!

Buster a dit…

Merci Bernard... :-)

Autant lire le texte sur place: A ciel ouvert

Charles a dit…

C'est vraiment Bernard Benoliel ?

Buster a dit…

Tu parles Charles, à trois ou quatre exceptions près, il n'y a que des anonymes et des fakes sur ce blog.

Jeff a dit…

Bonjour à vous Buster ; pour ma part je n'ai aperçu personne, ébloui que j'étais par le film (plus encore que le dernier plan, c'est le plan-séquence de huit minutes qui clôt la deuxième partie qui m'a impressionné - quand vous mentionnez les travellings latéraux vous pensez peut-être particulièrement à ce plan)...

Ce chef-d'oeuvre va-t-il enfin sortir en salles un jour ?

Anonyme a dit…

Les anonymes et les fakes attendent avec impatience votre texte sur Nymphomaniac :)

Buster a dit…

Bonsoir Jeff, vous pensez au plan-séquence du récital?

Anonyme, je ne sais pas si je vais écrire sur le LVT, j'aime bien le volume 1 mais pas le 2 (faut dire aussi que je l'ai vu le même jour que le film de Fitoussi et que j'ai enchaîné le lendemain avec Julie est amoureuse de Dietschy, autre film merveilleux)... donc pas très motivé pour écrire dessus, trop éprouvant... ou alors quelques notes.

Buster a dit…

PS. Finalement je vais quand même écrire un truc...

F for fake a dit…

Super!

Jeff a dit…

Oui c'est le plan en question.

A défaut de "Je ne suis pas morte", c'est "L'Enclos du temps" qui fera en principe l'objet d'une sortie (numérique) dans les salles (grâce sans doute au prix Jean Vigo) : le spectateur peu au fait du cinéma de Fitoussi en sortira peut-être un peu décontenancé, avec le sentiment d'avoir manqué les épisodes précédents (Stein, Saturne, Pluton, etc).

Buster a dit…

Oui c’est un plan-séquence absolument extraordinaire (le dernier plan qui doit avoir la même durée en est peut-être le contrepoint fixe).

Dommage en effet que toutes les pièces (filmées) du château ne sortent pas en salles, ou au moins en dvd (j’ai récupéré Les jours où je n’existe pas), ça permettrait de mieux comprendre la construction de l'ensemble (on dit Fitoussi leibnizien, ses films ont-ils la structure de monades?)

Anonyme a dit…

Un "plan-séquence extraordinaire" mis en boîte en deux prises (me suis-je laissé dire)! Saluer aussi la prouesse de Sébastien Buchmann, chef-opérateur de premier plan (Pierre Léon, Mikhaël Hers...). Ceci dit, le plan tient du miracle (ou du divin Hasard).

Waldemar

Buster a dit…

Bonjour Waldemar

Deux prises? mais c’est encore plus miraculeux!

(lumière, création, miracle, hasard... ça me fait penser aux commentaires des astrophysiciens sur les découvertes du satellite Planck)

Anonyme a dit…

Souhaitons, en tout cas, que la cosmologie fitoussienne poursuive son expansion.

Waldemar

Buster a dit…

Hé hé… on attend aussi les prochains épisodes qui, à l’instar de la sonde New Horizons, nous en diront un peu plus sur Pluton.

Buster a dit…

Sinon pour revenir au plan-séquence:

"Ce qui passe pour extraordinaire ne l'est qu'à l'égard de quelque ordre particulier établi parmi les créatures" (Leibniz)

Chez Fitoussi miracle et/ou hasard témoigneraient d'un ordre caché, commandant d’agir selon le principe du meilleur (plan).