mercredi 29 janvier 2014

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Rohmer et Brisseau.

(...) Un beau jour de 1975, il [Eric Rohmer] s'est rendu à l'Olympic Entrepôt, en compagnie de Béatrice Romand, pour y assister à une programmation de courts métrages. Déçu par la piètre qualité de ce qu'il voit, il essaie péniblement de se frayer un chemin dans la rangée de spectateurs, afin de quitter la salle. Pendant ce temps, commence la projection d'un nouveau film. Des jeunes filles en fleurs s'y livrent à de tendres ébats, poursuivis en colloques sentimentaux. Rohmer se rassied, charmé par ce moyen métrage en Super 8 qui s'appelle la Croisée des chemins, et qu'a réalisé un certain Jean-Claude Brisseau. Quelques jours après, celui-ci surgit dans les bureaux du Losange, pour recueillir les impressions rohmériennes. C'est le départ d'une amitié paradoxale. Entre un cinéaste consacré et un prof de lycée trentenaire, qui vit chichement dans son immeuble natal, aux porte du 18e arrondissement, et bricole comme il peut avec ses copains des films d'amateur. C'est ce côté amateur qui séduit Rohmer, à la veille d'amorcer son propre retour aux sources avec la Femme de l'aviateur (il retrouvera un peu de cette fraîcheur dans l'Amour, le premier film de Philippe Faucon). Le côté "grande gueule" aussi de Jean-Claude Brisseau, qui lui apporte une bouffée d'authenticité et d'excentricité. Qui l'invite à revoir un Hawks ou à casser la croûte dans sa modeste tanière, ou à visiter avec lui ces no man's land banlieusards qu'il connaît bien.
Une capillarité artistique se dessine. Rohmer demande à Brisseau de filmer en Super 8 les répétitions de Perceval, il lui confie deux rôles muets dans ce film, puis un rôle parlant dans Reinette et Mirabelle. Il lui emprunte sa compagne Lise Heredia, qu'il fait jouer à son tour et dont il fait bientôt sa monteuse. Il lui prête sa troupe d'acteurs, de Daniel Tarare à Marie Rivière. Celle-ci, avec Lise Heredia, tient le rôle principal du premier vrai long métrage de Brisseau: la Vie comme ça (1978), chronique quasi brechtienne de la vie dans les grands ensembles et de la violence au travail. Grâce à l'intervention de Rohmer auprès de son ami Jean Collet, en poste à l'INA, ce film fragile pourra être mixé, monté, suivi de nouvelles réalisations pour la télévision (l'Echangeur, les Ombres). L'auteur du Rayon vert usera de toute son influence pour inviter Margaret Menegoz à produire (avec succès) les prochains films de Brisseau: De bruit et de fureur (1988) ou Noce blanche (1989). Les rapports entre la grande dame du Losange et ce géant peu diplomate seront houleux, et se dégraderont jusqu'à la rupture.
Rohmer, quant à lui, laissera toujours sa porte ouverte à ce protégé encombrant. Au point d'impatienter jusqu'à Françoise Etchegaray, qui s'en plaint avec son humour habituel: "Brisseau a commencé ses activités louches, dites de 'castingue'. Cela nous vaut un troupeau de minettes très légèrement vêtues (voire dévêtues). D'ailleurs elles s'enrhument dans les couloirs! Je me permets d'attirer votre attention que le sigle CER [Compagnie Eric Rohmer] ne signifie pas Compagnie d'évaporées à rhume..." Lorsque ces castings un peu prolongés vaudront au réalisateur de Choses secrètes d'être traîné en justice par des "minettes" mécontentes, Rohmer n'hésitera pas à signer une pétition en faveur d'un cinéaste qu'il admire... Même si, en son for intérieur, l'aspiration de Brisseau à une pratique professionnelle l'intéresse moins que l'aspect brouillon, décousu, sauvage, de son entrée en cinéma. (Antoine de Baecque et Noël Herpe, Eric Rohmer)




Allez, toujours pour me faire plaisir, une autre rediffusion: Vert céladon, un extrait - en version muette avec intertitres! - des Amours d'Astrée et de Céladon de Rohmer, sur une musique de Sibelius (La Tempête, suite n°1, Entr'acte - Ariel's song).

mardi 28 janvier 2014

Wild Beasts

Le best of, en attendant Present tense:

- AlbatrossSmother
- All the king's men, Two dancers
- BurningSmother
- The devil's crayonLimbo, panto
- End come too soon, Smother
- Hooting & howling, Two dancers
- InvisibleSmother
- This is our lotTwo dancers
- Two dancers (I) - Two dancers (II)Two dancers

samedi 25 janvier 2014

Wanderlust




WanderlustWild Beasts, 2014.

vendredi 24 janvier 2014

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Vu The lunchbox de Ritesh Batra, joli film indien, un premier film en plus, que les Cahiers ont salué comme il se doit en lui consacrant plusieurs pages... ah non pardon, je confonds avec le Gonzalez... The lunchbox, ils n'en ont pas parlé... mais c'est normal, ce n'est qu'un petit film, à l'histoire ultra-mince - un court métrage aurait suffit -, un truc gentillet, délicieux même (à tout point de vue), mais franchement mineur, surtout si l'on s'en tient à la stricte relation (épistolaire) qui se noue entre Ila, la jeune femme délaissée par son mari, et Saajan, le vieux solitaire (il est veuf) qui depuis 35 ans travaille comme comptable dans la même boîte (il doit prochainement prendre sa retraite), dispositif qui tend à rendre le film répétitif, voire même monotone. Bah oui, le quotidien d'une femme au foyer et d'un employé de bureau c'est pas très folichon. On pense moins à Lubitsch (A shop around the corner) qu'aux premiers Olmi, comme Il posto ou les Fiancés. Je cite Olmi à dessein pour le côté disons néo-néoréaliste du film. C'est peut-être pour ça que les Cahiers ont fait l'impasse, suspectant chez Batra une mise en scène un peu trop datée, pas moderne pour un sou, d'autant que le film témoigne aussi d'une vraie nostalgie pour le "vieux" monde: Bombay avant Internet. Qu'est-ce qui fait pourtant que The lunchbox n'est pas cette petite chose vieillotte et sentimentale que la seule lecture du pitch pourrait laisser craindre? Eh bien d'abord l'humour. Batra pimente son film en adjoignant à la jeune femme une "tatie", la voisine du dessus qui s'y connaît en amour et en recettes de cuisine "aphrodisiaques", mais qu'on ne verra jamais, les deux femmes communicant seulement par la fenêtre (à l'aide aussi d'un panier qui permet les échanges: épices, agrumes, VHS...); et au vieux grognon un acolyte, censé lui succéder au boulot, sauf qu'il n'y connaît rien, personnage au départ particulièrement collant (l'acteur ressemble à Tony Curtis) mais qui finit par gagner la sympathie dudit grognon. De chaque côté, cela donne des scènes assez savoureuses. Reste l'essentiel qui pour moi fait tout le sel de ce film (OK j'arrête avec les vannes culinaires), à savoir cet incroyable système qu'est celui des dabbawalahs à Bombay, ces livreurs qui, par tout un réseau de communications, assurent le ravitaillement de dizaines de milliers d'employés en leur distribuant chaque jour, à heure fixe, sur leur lieu de travail, le repas concocté le matin par leur épouse. L'organisation serait quasi infaillible avec une marge d'erreur de 0,00001%, suscitant l'admiration des gens d'Harvard. Dingue. Et ce d'autant plus que les dabbawalahs ne savent ni lire ni écrire. La grandeur du film est là. La rencontre entre Ila et Saajan n'a lieu que parce que chaque jour une erreur de distribution fait que la lunchbox préparée par la jeune femme atterrit sur le bureau du vieil employé et non celui de son mari. Le possible naît de l'impossible. C'est cette petite épiphanie quotidienne qui permet à une femme et à un homme de se rencontrer, par correspondance uniquement, à travers la lettre que chacun glisse invariablement dans une des boîtes-repas, la mélancolie de l'une répondant à la nostalgie de l'autre. Meetic existe en Inde, ça s'appelle "Shaadi.com". Ritesh Batra recrée, à sa façon, très simple, très belle, une sorte de pré-Meetic, quelque chose d'archaïque et en même temps de très actuel, en écho avec la société indienne d'aujourd'hui qu'on imagine structurée, elle aussi, comme une lunchbox, où l'on privilégie la verticalité (même au cimetière) pour économiser l'espace. C'est bien cet aspect miraculeux du dispositif qui rend le film si émouvant.

PS. Vu aussi 12 years a slave... Ouh là là, que c'est pas bon du tout. Steve McQueen (avec le petit "c" en haut, c'est plus mieux) n'a décidément pas le sens du récit, prisonnier qu'il est de ses prétentions de plasticien (ah le plan étiré du lynchage - avec Northup à moitié étranglé, s'accrochant à la vie du bout des pieds -, d'une durée de 7 minutes et 23 secondes, nous précise McQueen, autant dire que ce plan a été calculé à la seconde près, on se demande pourquoi) et de sa fascination pour les corps meurtris. Pas convaincu que la question de l'esclavage le passionne plus que ça tant l'histoire de Northup y est traitée de manière très quelconque, McQueen s'intéressant visiblement davantage au personnage de Epps, le planteur de coton incarné par Fassbender, son acteur fétiche. Après le film coupe-faim (Hunger), après le film tue-l'amour (Shame), voilà le film "brise-l'âme", moins celle des Noirs ("Roll Jordan roll"...) que celle de ce "pauvre" esclavagiste, complexe à souhait (mmmh... que c'est bon), à la fois tortionnaire et torturé par ses propres démons. Bref, avec ce film, McQueen réussit le tour de force de nous faire regretter le Django de Tarantino (qui lui au moins sait écrire)... moi je dis: "Chapeau l'artiste!" Et merci au passage à Brad Pitt pour son rôle de sauveur, qui, en permettant la libération de Northup, vient surtout mettre un terme à ce film indigent.

mardi 21 janvier 2014

Renaissance (2)




Paris 1970. Un lit, une télé, Satie, Coltrane, Hitler, des larmes de coca et le Cantique des cantiques... c'est Renaissance d'Yvan Lagrange avec Zouzou et Pierre Clémenti.

samedi 18 janvier 2014

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Rivette vs. Rohmer.

Au printemps 1963, les attaques contre Rohmer reprennent aux Cahiers du cinéma. Jacques Rivette, cette fois, est à la manœuvre, même s'il a l'intelligence de rester discret. Il s'agace à plusieurs reprises de la ligne rohmérienne, exploite quelques failles, relations sulfureuses ou négligences du rédacteur en chef, joue sur le contexte politique et culturel du moment, réunit une contre-équipe et se propose désormais ouvertement - puisqu'il est libre et a des difficultés à tourner son deuxième long métrage - comme solution alternative à la tête des Cahiers. Plusieurs points opposent Rivette - qui a l'oreille de Truffaut, de Kast, de Doniol - et Rohmer, qui reste quant à lui proche de Chabrol et Douchet. Ce contraste n'est pas tant intellectuel - même si leur rapport à la modernité est différent - que caractériel. Là où Rohmer est mesuré, poli, retenu, tolérant, ouvert aux contradictions, Rivette est plus tranchant. C'est un meneur dans les discussions, ses idées sont arrêtées, il impressionne par son assurance, et n'hésite pas à excommunier adversaires ou médiocres. Perpétuel insatisfait, il vit dans le doute permanent et ses revirements sont fracassants, mais il a sur une part de la rédaction des Cahiers et de la cinéphilie un ascendant certain. Ses adversaires ne l'aiment guère, même s'ils le respectent, le décrivant comme cassant, arrogant, dogmatique. C'est le cas aux Cahiers de Jean Douchet - "Rivette était furieux de voir qu'il n'était plus le maître en sous-main, il est devenu comploteur, c'est un 'père Joseph'..." -, et d'anciens comme Jean Domarchi, Fereydoun Hoveyda, Philippe Demonsablon, ou de jeunes cinéphiles rohmériens tels Claude Beylie et Philippe d'Hugues. Ce dernier d'ailleurs s'emporte: "Rivette avait un côté Saint-Just, c'était un jacobin intransigeant qui vous regardait comme un crétin si vous n'étiez pas d'accord avec lui. Il faisait la morale et la loi, avec un aspect pion." Ses alliés, a contrario, soulignent ses audaces, son brio intellectuel, sa curiosité artistique, aiment cette intransigeance un peu abrupte. C'est le cas de ses deux principaux lieutenants, Michel Delahaye ("Rivette était le plus brillant, avec un charisme sans égal") et André Labarthe ("J'adorais quand il ouvrait le courrier aux Cahiers en mettant à la poubelle les longs articles ennuyeux des apprentis cinéphiles, ajoutant d'un air navré et malicieux: 'Je le fous à la corbeille, sinon Momo va réussir à le publier'...").

Je lis en ce moment la biographie d'Eric Rohmer écrite par De Baecque et Herpe. Passionnant. Le chapitre sur le "putsch" conduit par Rivette pour virer Rohmer des Cahiers est instructif même si on savait déjà pas mal de choses sur les raisons du conflit (Rivette reprochant à Rohmer de ne pas soutenir suffisamment la Nouvelle Vague, la dérive droitière, "frisant le fascisme et le racisme", de certains textes, essentiellement ceux de Mourlet et quelques autres mac-mahoniens, que Rohmer aurait accepté de publier de manière un peu trop complaisante, leur rapport divergent à la modernité, Rivette se présentant comme "programmatiquement moderne, là où Rohmer l'est paradoxalement"...). Il est courant de dire que pour Rohmer ce fut un mal (la fin des Cahiers rohmériens et de son activité de journaliste) pour un bien, puisque cette éviction allait le précipiter pleinement dans la carrière de cinéaste. Sûrement. D'ailleurs Rohmer l'a reconnu lui-même (plus tard). Reste une question: si Rivette aux Cahiers c'était Saint-Just (dixit Philippe d'Hugues), Rohmer c'était qui? Une sorte de Joseph de Maistre, mais un de Maistre un peu honteux, n'assumant pas ouvertement ses convictions. Du moins jusqu'à l'Anglaise et le duc...




Allez, pour me faire plaisir, une rediffusion: "Desirée" (The Left Banke) sur des images de l'Amour l'après midi de Rohmer.

dimanche 5 janvier 2014

Playlist 2013




Mon Top albums 2013:

1. Jeremy Jay, Abandoned apartments

2. DucktailsThe flower lane

3. Bill Callahan, Dream river
The sing - Javelin unlanding - Small plane (et , vidéo: Bill Callahan et Hanly Banks) - Spring - Ride my arrow - Summer painter - Seagull - Winter road

4. Prefab SproutCrime / Red
The best jewel thief in the world (vidéo: Tyler Cornack) - List of impossible things - Adolescence - Grief built the Taj Mahal - Devil came a calling - Billy - The dreamer - The songs of Danny Galway - The old magician - Mysterious  

5. Wampire, Curiosity
The hearse (vidéo: Raphaël Pfeiffer) - Orchards - Spirit forest - Giants - I can't see why - Outta money - Trains - Snacks - Magic light

6. Mark Kozelek & Jimmy Lavalle, Perils from the sea
7. The Strokes, Comedown machine
8. Bertrand Belin, Parcs
9. Arcade Fire, Reflektor
10. Boards of Canada, Tomorrow's harvest
11. Nick Cave & The Bad SeedsPush the sky away
12. Connan Mockasin, Caramel
13. BibioSilver Wilkinson
14. Sean Nicholas Savage, Other life
15. The Apartments, Seven songs

+ Allah-Las, Allah-Las
Like Billy-hoLa vacance
V/A Label, After dark 2 (compilation)