mardi 31 décembre 2013

A tout à l'heure




Rien de mieux que Bibio pour finir 2013 en douceur: "A tout à l'heure", autrement dit: "à l'année prochaine".

Joyeuses bulles et bonne année 2014!

[...]










Mon Top films 2013:

1. Cloud atlas d'Andy et Lana Wachowski et Tom Tykwer
2. Lincoln de Steven Spielberg
3. Tip top de Serge Bozon
4. L'Inconnu du lac d'Alain Guiraudie
5. La Fille de nulle part de Jean-Claude Brisseau
6. Promised land de Gus Van Sant
7. Haewon et les hommes de Hong Sang-soo
8. Tirez la langue, mademoiselle d'Axelle Ropert
9. La Vénus à la fourrure de Roman Polanski
10. After earth de M. Night Shyamalan

Suivent: Behind the candelabra de Steven Soderbergh, The land of hope de Sion Sono, Jimmy P. d'Arnaud Desplechin, The immigrant de James Gray, la Jalousie de Philippe Garrel, This is 40 de Judd Apatow...

Hors concours: Le Fils unique de Yasujiro Ozu (1937)

Top of the lake, la mini-série de Jane Campion, et Twilight's last gleaming (version intégrale) de Robert Aldrich.

Flop 2013:

A la merveille de Terrence Malick
- La Bataille de Solférino de Justine Triet
- Blue Jasmine de Woody Allen
Camille Claudel, 1915 de Bruno Dumont
- Effets secondaires de Steven Soderbergh
- Frances Ha de Noah Baumbach
- Grand central de Rebecca Zlotowski
- Jeune et jolie de François Ozon
- Les Rencontres d'après minuit de Yann Gonzalez
- La Vie d'Adèle d'Abdellatif Kechiche

Sinon je n'ai pas vu: Spring breakers d'Harmony Korine, La dernière fois que j'ai vu Macao de João Pedro Rodrigues et João Rui Guerra da Mata, Alps de Yorgos Lanthimos, Shokuzai de Kiyoshi Kurosawa, The grandmaster de Wong Kar-wai, Zero dark thirty de Kathryn Bigelow, Flight de Robert Zemeckis...

[...]

"D'abord, je vais raconter le hold-up que nos parents ont commis. Ensuite les meurtres, qui se sont produits plus tard. C'est le hold-up qui compte le plus, parce qu'il a eu pour effet d'infléchir le cours de nos vies à ma sœur et à moi. Rien ne saurait tout à fait compréhensible si je ne le racontais pas d'abord.
Nos parents étaient les dernières personnes qu'on aurait imaginées dévaliser une banque. Ce n'était pas des gens bizarres, des criminels repérables au premier coup d'œil. Personne n'aurait cru qu'ils allaient finir comme ils ont fini. C'était des gens ordinaires, même si, bien sûr, cette idée est devenue caduque dès l'instant où ils ont bel et bien dévalisé une banque." (Richard Ford, Canada)

De loin la meilleure intro que j'ai lue cette année. Au point que le livre, acheté la veille, a été avalé en une nuit.

Après Liu Xiaobo (2009), Julian Assange (2010), Mohamed Bouazizi (2011) et les Pussy Riot (2012), quid de la personnalité 2013? Le pape François rallie tous les suffrages, mais bon, je ne suis pas assez papophile. A l'opposé, il y a cette ordure de Bachar el-Assad, le tueur en Syrie, comme titrait Libé, mais bon, le cynisme a ses limites. Il y a aussi Vitali Klitschko, le boxeur ukrainien (champion du monde des poids lourds) passé du ring aux barricades. Pourquoi pas. Sans oublier Malala Yousafzai, la jeune militante pakistanaise... Christiane Taubira? Non, ça fait trop franco-français (expression qui ne veut rien dire, je sais), c'est pourquoi j'écarte aussi Nabilla (hé hé)... Finalement je choisis Edward Snowden, le lanceur d’alerte qui a révélé les pratiques de la NSA ainsi que des gouvernements américains et britanniques en matière de surveillance électronique. Et dans la foulée, une mention pour Bradley Manning (qu'il faut désormais appeler Chelsea même s'il n'est pas encore devenu femme) qui a été condamné à 35 ans de prison pour avoir transmis à WikiLeaks les fameux documents secrets concernant les agissements de l'armée US en Irak.

A venir mon Top films 2013.

lundi 30 décembre 2013

L'hyperfilm

C’est quoi un hyperfilm? C'est un film hyperréaliste, hyperstylisé, hypermoderne. Hypermoderne au sens d'une modernité totalement déshumanisée. Déshumanisée au sens où la rencontre avec l'Autre est toujours vécue de façon traumatisante. Il y a 50 ans cette rencontre était source d'angoisse. C'était Antonioni. Angoisse du monde moderne, jusqu'à l'explosion de Zabriskie point, préfiguration de l'avenir et de sa violence. Aujourd'hui on y est, tout est hyper: hyperangoisse, hyperviolence... L'hypermodernité s'est généralisée, étirée dans tous les sens. L'hyperfilm est à la fois réticulé et déstructuré, en tous les cas: horizontal. Et si l'arrière-plan demeure antonionien, la surface, elle, se trouve lardée, trouée, éclatée... à coups de couteau, à coups de fusil, à coups de folie. A touch of sin, le dernier Jia Zhang-ke, est un hyperfilm: hyperréaliste, hyperstylisé, hypermoderne... L'empire du milieu comme empire de l'hypermodernité: exacerbée, à l'image du pays; démultipliée, à l'échelle du pays. Empire fracturé: d'un côté les nantis (une petite poignée), tous corrompus; de l'autre, les démunis (la grande masse), exploités, humiliés, condamnés à subir les pires vexations, à les supporter en silence, à moins de se révolter, de plonger dans le crime, ou de se tuer tout simplement. Oui mais non... ce que nous offre Jia Zhang-ke n'est pas un regard neutre d'observateur, c'est un regard hypermoderne sur l'hypermodernité: regard "twiterrisé" (en Chine on dit "weiboïsé" mais c'est pareil), largement fondé sur la fait-diversification de l'histoire, ce qui ne peut qu'amplifier cette impression de violence à croissance exponentielle que connaîtrait aujourd'hui la Chine. Si JZK s'est toujours attaché à pointer les effets pervers du changement économique chinois, ce qu'il dit/montre ici c'est que le phénomène aurait atteint une telle extrémité qu'il ne pourrait engendrer que violence, une violence qui se propagerait à tous les niveaux, comme un virus, susceptible d'éclater chez n'importe qui, à n'importe quel moment. Mouais... pas très convaincant comme propos. Non seulement parce que JZK semble pour le coup justifier cette violence, sous prétexte que ceux qui y recourent sont des victimes, mais surtout parce qu'il met sur le même plan des gestes de folie meurtrière (histoire 1 et 3) ou de désespoir (histoire 4) et des actes criminels commis de sang froid par un personnage manifestement psychopathe (histoire 2). Il y a là quelque chose d'un peu malsain, à l'image de cette apparition inattendue de JZK sous les traits d'un néo-riche, genre mafieux, achetant en direct - en même temps qu'il rend visite aux filles d'un bordel de luxe - un tableau de maître apparemment très côté. En prenant le spectateur à témoin, Jia Zhang-ke reprend en quelque sorte le dispositif qui clôturait son premier film (peut-être son meilleur), Xiao Wu, artisan pickpocket, sauf qu'ici, en se mettant lui-même en scène, qui plus est, en se rangeant du côté des parvenus, il nous interroge sans qu'on sache très bien à quoi s'en tenir (le fait qu'une critique du Monde ait trouvé la scène "désopilante" - ce qui laisse rêveur - montre toute la difficulté qu'il y a à interpréter la scène). Pour ma part, j'y verrais un écho à la position paradoxale dont jouit aujourd'hui Jia Zhang-ke. D'abord chez lui, où il représente l'exemple même de l'intellectuel engagé, qui dénonce les dysfonctionnements d'un système (ses films sont tous interdits en Chine, ce qui finalement entretient son image d'artiste dérangeant, il suffit que ces films existent), mais d'un système dont il fait partie malgré tout (il a créé sa propre société de production, fait de la pub pour des montres de luxe, Hublot je crois, et ce qu'il dénonce, répétons-le, c'est moins le capitalisme à la chinoise que tous ces pourris qui, à l'échelon local, s'enrichissent sur le dos des autres); et puis chez nous, dans la mesure où, ses films n'étant pratiquement pas vus là-bas, le spectateur qui se trouve ainsi interpellé, c'est peut-être moins le spectateur chinois que le spectateur occidental, spectateur privilégié à qui JZK semble dire, de façon très cynique, l'économie de marché a fait de nous des monstres...
Comment faire alors avec la violence. Comment l'intégrer à un film qui permette à la fois d'en rendre compte (l'aspect documentaire) et de s'en libérer (la part fictionnelle). Pour Jia Zhang-ke, ça relève de la poétique (ainsi le bestiaire du film, du cheval battu au serpent qui traverse la route, en passant par les buffles dans le camion, l'animalité tranquille comparée à la sauvagerie des hommes - le suicide des animaux y est même évoqué -, ce que le film offre de plus beau), ça relève surtout de l'esthétique. C'est toute la force (théorique) mais aussi la limite de l'hyperfilm. Le regard extérieur, documentaire, tend à se noyer dans une sorte de bulle stylistique, sinon esthétisante. C'était le cas des derniers JZK. C'est le cas ici... et ce dès les premiers plans: une camionnette renversée, des centaines de tomates sur la route, un homme à côté, assis sur sa moto, qui, impassible, joue avec une des tomates, on se croirait dans un western de Sergio Leone. Pour autant, de ce formalisme évident - l'hyperfilm convoque l'hyperforme -, quelque chose se dégage, on espère le grand film, ici le mariage entre film d'auteur et film de genre. On espère... et finalement on déchante. Si les quatre histoires ainsi juxtaposées - étalant le film comme on déroule une peinture sur rouleaux, dixit JZK, support (en même temps que caution culturelle) sur lequel vient se greffer la violence, tous ces éclats écarlates empruntés au western, au polar ou au film de sabre traditionnel - fonctionnent à la manière de ce qu'on peut lire sur les réseaux sociaux, elles ne fictionnent pas véritablement, en tous les cas pas suffisamment pour faire de l'hyperviolence autre chose qu'une copie, brillante mais convenue, de ce qu'on peut voir ailleurs, dans le cinéma américain ou asiatique. Les personnages ne sont que des figures, pas très incarnées, auxquelles il est difficile de s'attacher, conférant aux accès de violence un côté plaqué assez désagréable, voire détestable (le réalisme du suicide dans la dernière histoire, faussement bressonnienne). On sauvera quand même l'épisode avec Zhao Tao, dont on aurait aimé qu'il constitue la totalité du film, de par son sujet, évoquant les premiers JZK, et parce que la violence finale, chorégraphique, y est traitée de manière quasi abstraite et donc moins complaisante (pour le coup le moment où Zhao Tao est frappée à coups de billets par un client qui la prend pour une pute, dans une chambre dont le papier peint - qui est celui du générique - rappelle que la loi du marché c'est la loi de la jungle, se révèle beaucoup plus fort en termes de violence et d'émotion que lorsqu'elle se venge ensuite avec son couteau à fruit).
Où il apparaît finalement que le principe d'hybridation ne sied pas tellement au cinéma de Jia Zhang-ke. Certes mélanger Antonioni et Tarantino, c'est détonnant, ça donne une sorte d'hyperfilm à la Tarantonioni (hé hé...), mais bon, ce n'est pas non plus très passionnant, c'est surtout trop ambigu. On reste loin, là encore, du grand film annoncé un peu partout, par une critique visiblement atteinte de "chef-d'œuvrite" aiguë, un mal qui tend à devenir chronique. 

mercredi 11 décembre 2013

Oliveira, 105















O Manoel de Oliveira
sabe a sua idade, porém
não sente um só dia mais
daqueles que hoje tem.

Manoel de Oliveira
connaît son âge, pourtant
il ne se sent pas un jour de plus
que ceux qu'il a maintenant.

Début du poème "Recado" que Manoel de Oliveira a écrit et lu en public le 11 décembre 1998 pour la célébration de ses 90 ans au Théâtre Rivoli de Porto [texte paru dans Trafic n°29, printemps 1999].

(2013 - 1908) x 365 + 26 = 38351. Oliveira a aujourd'hui 38351 jours.

[ajout du 17-12-13: aucun rapport, mais je découvre aujourd’hui le coffret dvd "Les films d’Adolpho Arrietta" édité par Re:Voir. Ô joie, Flammes y est présenté dans une version qui certes n'est pas la copie numérique de l'originale  - comme il est précisé au début du disque, le film, ayant subi plusieurs transferts d’un format à l’autre au cours des années, a beaucoup perdu en définition -, mais qui n'en reste pas moins une très belle version (proche de celle que je connaissais), en tous les cas d’une qualité infiniment supérieure à celle, soi-disant restaurée, en fait massacrée - vous vous souvenez, l'image horriblement crayeuse? -, qu'on a pu voir en salles au printemps dernier.]

samedi 7 décembre 2013

Caroline




"Caroline", Mark Kozelek & Jimmy Lavalle, 2013. [via Tulser John]

En ce moment j'écoute Perils from the sea de Mark Kozelek (Sun Kil Moon) & Jimmy Lavalle (The Album Leaf), soit la rencontre du folk et de l'electropop. Très beau. L'album devrait figurer dans ma Playlist 2013.

What happened to my brother1936 - Gustavo - Ceiling gazing - You missed my heart - He always felt like dancingBy the time that I awoke...

lundi 2 décembre 2013

[...]

Ah les Rencontres d’après minuit de Yann Gonzalez... j’avais d’abord décidé de ne pas en parler, parce que j’en ai un peu marre de parler des films que je n'aime pas, c’est d’ailleurs pour ça que je n’ai pas chroniqué Jeune et jolie d’Ozon, Grand central de Zlotowski ou la Bataille de Solférino de Triet, trois films que je déteste royalement. Mais des fois, on n’a pas le choix. Ainsi la Vie d’Adèle de Kechiche, à cause de l’accueil dithyrambique (et totalement grotesque) que lui avait réservé la critique à Cannes. Et maintenant ces Rencontres d’après minuit, parce que les Cahiers (enfin, surtout leur rédac’ chef, M. Delormesson) nous l’ont (pré)vendu comme un film-manifeste, ce que devrait être aujourd'hui - à les écouter - le jeune cinéma d’auteur français, dans la continuité de ce que nous avait offert Carax avec son Holy motors. Du romantisme, du lyrisme... blablabla.
En fait, cet appel au lyrisme, au rêve, à la folie, c'est Gonzalez lui-même qui l'avait initié dans un texte paru il y a trois ans, déjà dans les Cahiers, lesquels n'ont fait donc que reprendre l'injonction, ce qui explique l'importance accordée par la revue à ce premier long métrage de Gonzalez, et ce avant même de l'avoir vu. Le texte m'avait d'ailleurs plutôt plu à l'époque, Gonzalez s'en prenant à la critique, celle qui encense toujours les mêmes cinéastes, et surtout au système qui, via le CNC et Unifrance, favorise toujours le même type de film, le fameux "film du milieu". Autant dire que Gonzalez, je l'attendais non pas avec impatience (ses courts-métrages ne m'avaient pas convaincu) mais avec un certain intérêt. Hélas, trois fois hélas, le résultat n'est pas à la hauteur de son coup de gueule, si peu à la hauteur qu'en voyant le film j'ai presque eu envie, à un moment donné, de crier: "vive le naturalisme!" C'est dire dans quel état j'étais. Et cela m'attriste parce que Gonzalez m'est plutôt sympathique.
Mais je ne vais pas faire semblantLes Rencontres d'après minuit est un film affecté, dévitalisé, à l'esthétique toc, à la théâtralité plombante, que n'arrangent pas les dialogues, aussi ringards que prétentieux, au point que cela en devient presque risible (le comique est là, involontaire, et pas ailleurs...). On ne contestera pas l’originalité du film, le problème est qu'il n'est que cela et que l'originalité pour l'originalité, ça ne donne pas grand-chose sinon un truc parfaitement vain. S'opposer au naturalisme, pourquoi pas, encore faut-il ne pas tomber dans l'excès inverse. Refuser le réel c'est condamner l'œuvre à la pétrification, faire de son film un objet mort, un monstre figé. Non pas un "cabinet de curiosités", comme nous le présente les Cahiers, mais un véritable musée des horreurs, qui chez Gonzalez renvoie à toute une imagerie eighties, ce qui ravira le critique biberonné au manga (Albator), adepte des films d'exploitation (le nanardesque Ilsa, la tigresse du goulag), de ceux de Robbe-Grillet (à l'instar de Christophe Honoré) et d'un certain cinéma français érotico-fantastique, fan également de Catherine Jourdan (l'immonde perruque blonde dont est affublée Fabienne Babe pendant toute une partie du film) et de Tony Scott (les Prédateurs), sans oublier Garrel (la pulsion de mort) et Schroeter, bien sûr, sauf que rien ne brûle ici, nulle flamme, nulle passion, juste un petit théâtre des morts, faussement camp, assez niais poétiquement, verbeux et tristement nuiteux.

PS. Gonzalez devrait laisser tomber la nuit, et s'intéresser un peu plus à la lumière du jour...