samedi 27 juillet 2013

Staccato

















The naked truth, le premier épisode - réalisé par Joseph Pevney - de la série Johnny Staccato (10 septembre 1959 - 27 mars 1960) avec John Cassavetes. Une version sous-titrée a été diffusée en 1986 dans le cadre de l'émission Cinéma, cinémas (12 autres épisodes suivront, sur les 27 que contient la série, tous vus à l'époque mais dont je n'ai gardé aucun souvenir, sinon la dégaine de Cassavetes dans le générique, pantalon "feu de plancher" et pieds en canard! - hum, pas très cinéphile tout ça...).
Cassavetes a lui-même réalisé cinq épisodes dont le deuxième Murder for credit, où l'on retrouve son style (l'importance accordée aux dialogues et aux visages, les vues de New York...), cet esprit "jazz", fait d'improvisations et de déambulations, inauguré deux ans auparavant avec Shadows et qu'il poursuivra deux ans plus tard, mais à Hollywood cette fois, avec Too late blues... (à suivre)

En attendant:
La musique d'Elmer Bernstein














[ajout du 04-08-13: je viens de voir "le nanar jaune" de Mocky, j'en dirai pas plus!].

dimanche 14 juillet 2013

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"Feeling without touching", Glass Candy, 2010 (vidéo: Travis Peterson). Ida No... Ida ho! ho!, une ex-vendeuse de glaces - là c'est la tranche napolitaine - avec Johnny Jewel (Desire, Chromatics), l'homme aux larmes en papier.

Voir le site Italians do it better.

lundi 8 juillet 2013

L'effacement

Exit donc la scientologie, After earth est d'abord une course contre la peur. La peur sous toutes ses formes: peur du père bien sûr (pas de bonnes histoires sans un peu d'Œdipe, comme dirait Barthes), peur d'une image (la mort, effroyable, de la sœur bien aimée), peur de la nature et des animaux (la Terre, rendue hostile, telle une mauvaise mère) - le film a tout du rite de passage, avec ses épreuves, plus cruelles les unes que les autres, que l'adolescent doit surmonter pour accéder à l'état supérieur. After earth emprunte ainsi plusieurs chemins (versant œdipien: la loi du père; pente mélancolique: le deuil impossible; traversée spartiate: la kryptie) qui loin de bifurquer, convergent au contraire vers un même point: l'effacement, temps suspendu qui voit le sujet s'effacer et renaître, libéré de ses peurs... Le film pourrait s'arrêter là, sauf que non, il y a un happy end (un peu raté mais bon), laissant supposer une autre voie, plus souterraine, qu'on devine dans l'épisode avec l'aigle géant ("aiglesse" ça se dit?) et que j'appellerai, pour paraphraser Einsenstein, plongée dans le sein maternel, soit l'autre versant du conflit œdipien. Je n'en dis pas plus - sinon on va encore m'accuser de spoiler -, juste que ce finale "réajuste" ce qui vient d'être vécu (une sorte de mini-twist, mais aucun rapport avec les premiers Shyamalan), au sens où la peur, finalement, c'est quand même préférable, autant pour aimer (ce que découvre le père) que pour vivre, tout simplement...
Rien que ça suffirait à faire d'After earth un beau film, mais ce n'est pas tout. Il y a aussi, et c'est le plus important, la manière avec laquelle Shyamalan structure son film. Je retiendrai deux choses. D'abord le dispositif qui rappelle celui de Fenêtre sur cour. Shyamalan et Hitchcock, ce n'est pas nouveau (pensons seulement à Signes et Phénomènes, épousant le même dispositif que dans les Oiseaux). Là, vous avez Will Smith coincé dans l'épave du vaisseau (jambe brisée comme James Stewart), guidant et surveillant son fils non plus au téléobjectif mais sur des écrans (comme dans un grand jeu vidéo), l'avertissant de toute menace... Mais le contact est rompu. L'adolescent se retrouve seul, perdu, sans connexion avec le père, hors la loi pourrait-on dire... Alors un deuxième mouvement s'enclenche, merveilleux. La voix du "maître" (momentanément) éteinte, c'est celle, chuchotée, d'un fantôme qui prend le relais auprès du jeune héros, le fantôme de la sœur qui autrefois s'était sacrifiée pour lui (la scène originelle avec l'ursa - rien à voir avec les narfs et autres scrunts de la Jeune fille de l'eau -, cause du chagrin inconsolable qui traverse le film, est absolument terrifiante). Il est question de Moby Dick, comme dans le Lincoln de Spielberg (certains rapprocheront les deux films en convoquant Obama, ce qui n'a aucun intérêt, le point commun étant la ligne du récit, l'objectif à atteindre - quels que soient les obstacles -, ici le monstre sans yeux), et c'est dans ce passage, qui voit parallèlement Will Smith essayer vainement de rétablir le contact, à l'image du "pontage fémoral" qu'il tente sur lui-même (scène à la fois grotesque et géniale), le récit glissant alors - à l'instar des deux héros successivement proches de la mort - vers son propre effacement, que le film atteint les sommets. 

dimanche 7 juillet 2013

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Comme il fallait s'y attendre, la plupart des critiques français ont suivi (ah le suivisme des critiques) leurs homologues américains dans leur entreprise de démolition du dernier Shyamalan, incapables d'y voir autre chose qu'un "film de propagande scientologiste", "une fable futuriste à la Koh-Lanta", sinon "l'un des plus mauvais films de science-fiction" de l'histoire (un rival pour Plan 9 from outer space d'Ed Wood ou, plus "modestement", le foireux Battlefield earth, ouvertement scientologue celui-là puisque adapté de Hubbard et porté à bout de bras par Travolta, autant dire que After earth est bien placé, lui aussi, pour le razzie award). Quel aveuglement! Au point qu'on serait prêt à considérer l'ursa du film, cette horrible créature qui ne voit pas, ne repérant les humains qu'à travers la peur qu'elle provoque en eux, comme une figure possible du critique: un monstre aveugle, pas très finaud et profondément cruel. Parce que, quand même, accuser Shyamalan de faire l'apologie de la scientologie parce que dans le film Will Smith, qui a conçu l'histoire, balance des sentences qui font écho à la Dianétique de Hubbard et son concept de "mental réactif" (peur, attaque, fuite, survie et tout le blabla), ou parce que le volcan qu'on y voit est celui qui orne la couverture de son bouquin, c'est aussi ridicule que disons... accuser Borzage de faire l'apologie de la franc-maçonnerie parce que dans ses films on retrouve, à la suite d'Hervé Dumont, la symbolique du dôme et plein d'autres motifs maçonniques. Je ne dis pas que c'est faux, c'est même probablement vrai (dans les deux cas)... seulement juger un film sur la base de tels motifs c'est passer complètement à côté (du film). Que After earth soit imprégné de scientologie, soit, de là à y voir un manifeste scientologue c'est vraiment prendre des vessies pour des lanternes. (Rappelons que si la vessie, ici, c'est la scientologie, dans le Dernier maître de l'air c'était le racisme, via l'accusation de whitewashing, à partir du manga d'origine: aux Blancs les beaux rôles, aux autres les rôles de méchants...). C'est d'autant plus stupide que repérer un discours scientologue dans un film de science-fiction n'a finalement rien de surprenant, la scientologie ayant influencé nombre d'auteurs de SF des années 50. Et c'est encore plus stupide si l'on songe que, quand bien même Will Smith incarnerait l'idéologie scientologue, le film, lui, raconte tout autre chose, finissant même par aller à l'encontre des préceptes de Smith... Car loin des histoires d'endoctrinement, de Ranger et de cadet, de genou à terre et autres âneries, au-delà même du thème initiatique, de celui du deuil et de l'éternelle (et belle) question du père dans le cinéma américain (l'idée que l'acteur Will Smith ne chercherait là qu'à faire adouber son fils est tout simplement consternante), After earth est surtout le récit d'une course "impossible", celle d'un enfant contre la peur.
Passé cette introduction, pénible j'en conviens mais nécessaire, on peut enfin parler du film... (à suivre)

PS. On ne reviendra pas non plus sur le fait que Smith (immobilisé, jambes cassées) et son rejeton (courant, sautant, grimpant au contraire dans tous les sens) jouent comme... des pieds. Dans la SF le jeu de l'acteur, on s'en fout un peu. Pour preuve, les meilleurs interprètes se nomment HAL, R2-D2, E.T...

vendredi 5 juillet 2013

Divin Monteiro




L'alchimiste des mots. [via SigismundusEditrice]

"Il convient néanmoins que soit bien clair ce qui suit: je suis un type férocement individualiste qui se prend lui-même pour le centre du monde et qui est profondément convaincu que ces choses de cinéma, ou de ce que vous voulez, se traversent tout seul." (O Tempo e o Modo, n°69-70, mars-avril 1969, repris dans Morituri te salutant, 1974)

"Le cinéma n'apporte aucune consolation. Car il s'agit de pellicule, et la pellicule est loin d'être aussi savoureuse qu'une glace. C'est une matière physico-chimique, plus salé du côté de l'émulsion à cause des acides - lorsqu'on y passe la langue. Je ne sais pas s'il procure une meilleure santé. Mais il ne fait pas le bonheur. Qui plus est, à mon âge, il n'excite plus vraiment mon petit ego. Ce que j'aurais voulu? J'aurais voulu ne pas être cinéaste, ne pas être artiste, être quelqu'un d'ordinaire, traversant imperceptiblement le grand magma social. Cela suppose une certaine jalousie: ce n'est pas la jalousie de ne pas être un grand cinéaste comme Murnau, mais la jalousie de ne pas être affable et sympathique comme le mari de ma concierge. Je n'y arrive pas. Parce que je touche à des choses qui ont à voir avec la création, avec l'art." (Público, 1995)

"Si Dieu a créé le paradis pour que nous le perdions, Jean de Dieu a créé la glace Paradis pour que nous la sucions - preuve irréfutable que, à l'inverse de son prédécesseur, il était de bonne foi." (J. C. Monteiro, à propos de la Comédie de Dieu, 1995)

"L'anarchie est une chose très ordonnée." (Diário di notícias, 1997)

Cette mystérieuse rumeur nocturne.

Lundi 8 juillet
Les culottes de la fille de Madame Assomption ont disparu de la corde à linge.
Mardi 9 juillet
J'oublie toujours d'acheter un vase pour planter quelques petits pieds de persil.
Mercredi 10 juillet
Il y a des jours où un homme ne peut pas sortir de chez lui.
Jeudi 11 juillet
L'obstination de Stavroguine m'échappe quand il assure à Chatov, les yeux dans les yeux, qu'il n'a jamais abusé d'enfants.
Vendredi 12 juillet
Le tremblement de terre de 1755 ne suffit pas à expliquer cette mystérieuse rumeur nocturne.
Abyssus abyssum invocati...
Samedi 13 juillet
J'ai passé cette âpre journée sans aigreur d'estomac. Bénis soient les petites épinoches avec le riz aux poivrons.
Dimanche 14 juillet
Branlette? Soit! Eh oui!
A ce propos: les culottes de la fille de Madame Assomption sont réapparues sur un amas de décombres. L'honneur du couvent est sauf.

("Journal intime de Jean de Dieu")

En 1999, João César Monteiro envisageait de porter à l'écran La philosophie dans le boudoir du marquis de Sade, un projet qui n'aboutira pas mais donnera naissance à un livre, Uma Semana noutra cidade, diário parisiense, publié la même année et dans lequel on trouvait, outre le journal tenu par Monteiro lors de son séjour à Paris, "Journal intime de Jean de Dieu", "Lettres à Belisa, 1970" et un ensemble, "Sade à la grâce de Dieu", sur le projet en question. La traduction française (Une semaine dans une autre ville, Journal parisien & autres textes) vient enfin de paraître (aux éditions La Barque), enrichie d'autres textes de Monteiro, ainsi que d'hommages, signés Margarida Gil (qui fut la compagne de Monteiro, elle-même réalisatrice) et Vítor Silva Tavares (qui dirigea la première édition), et d'une postface d'Olivier Gallon.

"L’être humain, ou ce qu’il en reste, doit être capable de vivre avec l’insolubilité de sa propre vie." (João César Monteiro, dans Va-et-vient, 2003)

NB. Les citations sont extraites du livre, et du blog Quæ sunt Cæsaris, Cæsari de Pierre Delgado - qui a traduit le livre -, un blog consacré à Monteiro. A lire aussi Monteiro au détour sur Le dernier coquelicot, un autre blog (excellent).