jeudi 27 juin 2013

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Moments eluding, Greg Haines, 2012. Quand Frimousse est au piano, ou plutôt sur le piano, qu'elle y fait ses gammes (et non ses griffes), ça donne ça et c'est très beau.

Sinon, pour ce qui est des films, le meilleur de 2013 à mi-parcours (par ordre alphabétique):

- Biette de Pierre Léon
Cloud atlas de Andy et Lana Wachowski et Tom Tykwer
La Fille de nulle part de Jean-Claude Brisseau
Le Fils unique de Yasujiro Ozu (1936)
L'Inconnu du lac d'Alain Guiraudie
Lincoln de Steven Spielberg
Promised land de Gus Van Sant
This is 40 de Judd Apatow
Tip top de Serge Bozon
Twilight's last gleaming de Robert Aldrich (1977)

[ajout du 05-07-13: After earth de M. Night Shyamalan]

Et le pire: "College boy", le clip d'Indochine (groupe toujours aussi nul) réalisé par Xavier Dolan, une merde absolue, summum d'abjection, de bêtise et de prétention, soit la confirmation que Dolan c'est vraiment bidon.

PS. Les deux premiers films réalisés par Ida Lupino: Not wanted et Never fear (1949, version originale non sous-titrée).

dimanche 23 juin 2013

Lueurs secrètes

Twilight's last gleaming, "la dernière lueur du crépuscule" (écho au deuxième vers de l'hymne américain, qui a également inspiré les titres des deux dernières saisons de... Buffy contre les vampires), est un film admirable. Il y a tout le cinéma d'Aldrich dans ces 146 minutes qui passent à toute vitesse, mais pas en quatrième vitesse tant le film apparaît aussi comme une réponse inversée et tardive à Kiss me deadly. A la noirceur aveuglante, atomique, de celui-ci répond la clarté obtuse, crépusculaire, de celui-là. Plus de vingt ans après, si le secret demeure, quant à la mécanique du pouvoir et au rôle de ceux qui, dans l'ombre, influent sur la politique étrangère des Etats-Unis, le mensonge, lui, sur ce qui pousse le pays à s'engager dans certains conflits, commence à se fissurer. C'est que, depuis l'époque de la bombe H, il s'en est passé des choses: assassinat de Kennedy, commission Warren, Pentagon papers, Watergate..., ce que synthétise à sa manière Aldrich avec ce film de politique-fiction - tourné en 1976 et censé se dérouler cinq ans plus tard - où l'ennemi se situe autant hors des USA qu'à l'intérieur du système, à travers tous ces vieux politiciens et autres militaires accrochés au pouvoir, plus cyniques que jamais, éradiquant sans état d'âme le moindre sursaut d'idéalisme. A ce niveau le film est d'une lisibilité totale, pas la peine d'insister. Rappelons simplement l'argument de départ: un ex-général (Burt Lancaster), injustement condamné pour meurtre, et trois complices, tous évadés d'une prison militaire, prennent le contrôle d'un silo nucléaire dans une base secrète du Montana et menacent de lancer neuf missiles Titan sur l'URSS s'ils n'obtiennent pas satisfaction à leurs requêtes, à savoir 10 millions de dollars, l'avion présidentiel Air Force One pour quitter le pays, le président des Etats-Unis lui-même (Charles Durning) comme otage et enfin la divulgation publique d'un rapport confidentiel révélant les raisons exactes de l'intervention américaine au Vietnam...
Evidemment, vu comme ça, le scénario paraît aussi léger qu'une ogive nucléaire. Dans le roman Vipère 3 dont le film est tiré, les exigences se limitaient à l'argent, là on peut dire qu'Aldrich a mis le paquet... Pour autant, cette démesure dans le pitch - qui rend les requêtes irréalistes - trahit moins une surenchère scénaristique que la volonté d'Aldrich de nous montrer d'emblée que le personnage de Lancaster, s'il est bien une victime, est aussi complètement fou, du genre mégalomane. C'est l'aspect mabusien du film - le Mabuse du dernier Lang, celui aux 1000 yeux, avec ses caméras de surveillance et l'angoisse (sous-jacente mais réelle) de guerre atomique... Une mégalomanie paradoxale puisque doublée de nihilisme, qui fait que Lancaster, au nom de la vérité, de celle que l'on doit au peuple américain, est prêt à déclencher une troisième guerre mondiale, autrement dit à détruire le monde (c'est la part d'indécidabilité, propre au cinéma d'Aldrich). On ne saurait faire plus désabusé... Tout est joué - et perdu - d'avance, Aldrich se contente d'éteindre les feux (à l'image du brûlot politique, plutôt refroidi), démultipliant les points de vue (le fameux split-screen, pas si abusif que ça, maintenant que le film a retrouvé sa longueur d'origine, 3/4 d'heure en plus!), le procédé s'accélérant et s'amplifiant à mesure que le film avance, de sorte qu'on finit par ne plus savoir ce qu'on voit - qui regarde quoi? -, à la différence de ce que le split-screen offrait jusque-là (cf. The longest yard du même Aldrich, tourné trois ans plus tôt, mais aussi tous ces films des années 60 qui ont ouvert la voie comme l'Affaire Thomas Crown, l'Etrangleur de Boston et bien sûr les premiers De Palma, lequel systématisera le procédé là où Aldrich l'exacerbe). Car l'ubiquité du regard c'est aussi sa disparition, on voit tout donc on ne voit rien... Au niveau stratégique, de ce qu'il en est de la stratégie narrative, on pourrait dire que Twilight's last gleaming est à Kiss me deadly ce que, en termes de dissuasion nucléaire, la doctrine MacNamara est à la doctrine Dulles. Réponse graduée, progressive, à l'instar des nombreuses discussions - entre les différentes parties: le général, le Président, ses conseillers et le chef d'Etat-major (Richard Widmark) - qui étirent le film en même temps que s'éparpillent les points de vue (ce que rend parfaitement la musique de Jerry Goldsmith) vs réaction immédiate, paroxystique et massive, à l'image de la boîte de Pandore qu'ouvrait Lily Carver.
Pour le coup, le vrai plaisir du film est peut-être ailleurs. Où exactement? Je dirais dans ce qu'il a de profondément, voire de radicalement, aldrichien. Citons, outre la folie du personnage principal, la trivialité (le corps de Charles Durning), l'asphyxie (deux huis clos: la base militaire et le bureau ovale, trois si l'on considère le poste avancé), le sadomasochisme (la scène de torture pour obtenir le code secret) et surtout la virilité, si particulière des films d'Aldrich, les hommes chez lui ayant toujours été, même vieillissants, plus attirants, plus magnétiques, que les femmes. Ainsi du trio formé par Durning, Lancaster et Widmark, le bon, le rebelle et le salopard, pour parler léonien. Si les deux derniers se détestent et s'opposent violemment, c'est qu'ils se connaissent trop bien, chacun se reconnaissant en l'autre. A l'inverse, la relation entre le général et le Président est empreinte d'une incroyable douceur. Voir la façon avec laquelle Lancaster regarde sur son écran Durning arriver sur la base. Dans ce regard, il y a quelque chose qui relève à la fois de l'admiration (c'est le Président), de l'espérance (c'est le seul qui peut le sauver) et de l'amour. C'est le plus beau plan du film. D'autant plus beau que Durning m'apparaît ici comme un double possible, ne serait-ce que physiquement, d'Aldrich et que Lancaster a toujours reconnu le cinéaste comme un de ses préférés... La dernière lueur du crépuscule c'est aussi la dernière rencontre, magnifique, désirée et vacillante, entre un grand cinéaste du masculin et son acteur fétiche. Kiss me tenderly.

La bande-annonce du film.

samedi 22 juin 2013

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Il est superbe le dernier album de Bertrand Belin, Parcs. 

Quelques titres: Comment ça se danse - Ruine - Un déluge - Pour un oui pour un non - Requin - Sous les pas - Capucine.

Viens, allons, viens, je te dis qu'il faut y aller, tant qu'il fait bon et clair... On nage tranquille, loin des soucis, par un bel après-midi, on nage tranquille, la dernière fois qu'on nage, dans les reflets d'argent... Dans le couchant les ombres s'allongent... A qui sont les mains dans ce buisson... Ça bouge là-bas, ça bouge, c'est là-bas que tout se joue, j'y vais, j'arrive, je suis là-bas... Tu m'embrasses, et puis tu dis aller sans but, c'est fini... (Bertrand Belin, l'inconnu du parc)

jeudi 20 juin 2013

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Thé et sympathie de Vincente Minnelli (1956). Un petit bois, la nuit, aux allures irréelles, où l'on entend les oiseaux chanter... comme dans l'Inconnu du lac de Guiraudie. Je n'avais pas fait le rapprochement, un ami l'a fait pour moi (il y a aussi, au début du film, un coin de plage "interdit aux femmes").

vendredi 14 juin 2013

Le lac, l'aimant

(à ne lire qu'après avoir vu le film!)

Ah l'Inconnu du lac, le nouveau film de Guiraudie... C'est qui, c'est quoi, cet inconnu, sinon bien sûr le désir, le désir sous la forme du silure, cet énorme poisson-chat qui vivrait dans le lac, équivalent à celui, plus petit, de la cascade dans Oncle Boonmee de Weerasethakul, sauf qu'ici on ne le voit pas et qu'il n'y a pas de princesse mais seulement des hommes, que des hommes, beaux, moches, gros, à moustaches (à l'image du silure), allongés sur la plage ou assis à discuter, de face (pas de champ/contrechamp évidemment), comme Stewart et Widmark au bord de la rivière dans les Deux cavaliers de Ford, sauf que là ils sont à poil (et sans moumoutes), les organes génitaux livrés au regard du spectateur (le point de vue du silure?), à la manière de n'importe quels nudistes... Nature donc (rien à voir avec une quelconque pose homoérotique) - c'est Guiraudie lui-même qu'on voit en premier, histoire de donner l'exemple -, et pourtant fascinant. Car le sexe masculin, vu comme ça, de front, et quand bien même il ne serait pas en érection, c'est aussi le fascinus, ce qui accroche le regard - au départ on ne peut s'en détacher. L'inconnu est d'abord là, dans cette réalité habituellement cachée, qu'on expose de façon un peu performative (la frontalité) - on n'est pas dans un nudie - mais qui progressivement se fond dans le décor, un décor minimaliste, dénudé lui aussi: une plage où l'on mate, s'épie - regard en coin - et le petit bois derrière où l'on va baiser, sous le regard parfois d'un voyeur (au sens large, il ne se cache pas) en train de se masturber (personnage sympathique, probablement impuissant, auquel Guiraudie offre les scènes les plus drôles).
Décor qui apparaît ainsi comme une scène de théâtre, vue à la fois de face et de côté, faisant de la plage le devant de la scène et son côté cour (le bois: le lointain et le côté jardin), avec ses personnages qui entrent et qui sortent, son rideau d'arbres, balayés par le vent, sa rampe de soleil et son parking en coulisses. Soit un vrai dispositif (théâtral et pictural) qui permet au film de s'aventurer en-deçà du désir (et de la scène de sexe non simulée qui en est le point d'orgue), dans des recoins plus obscurs, quand chaque soir, alors que la nuit commence à tomber, les corps se séparent et l'angoisse surgit, au détour d'un plan (deux hommes qui se baignent sous la lune, une R5 rouge abandonnée sur le parking, une scène d'amour qui est en fait une scène de meurtre...), une angoisse de plus en plus prégnante (qui est aussi celle du thriller, voire du slasher), à mesure que le film avance, débordant sur les scènes de jour (Franck seul au milieu du lac), jusqu'au finale, sublime, une fois l'ami supprimé (Henri, personnage en marge de la scène, qui rêvait d'un amour sans sexe - véritable aphanisis du film -, et appelé dès lors à disparaître), qu'il ne reste plus que l'amant (Michel l'assassin, l'aimant noir), autrement dit le désir pur, dans ce qu'il a de plus effrayant, de plus monstrueux, qu'on voudrait fuir mais auquel on ne peut résister. Désir aliénant, mortifère, mais pas si extrême que ça (la référence à Bataille, cité un peu partout, même par Guiraudie, me paraît excessive). C'est que, dans la nuit qui clôt le film, alors que Franck appelle Michel, on entend aussi le chant des oiseaux...

lundi 10 juin 2013

Flammes




Le jardin féerique. A comparer avec la bande-annonce du film d'Arrietta, ressorti récemment dans une copie numérique. J'ai repris les mêmes plans, du moins au début, après j'en ai eu marre, j'ai fait mon propre montage. Il est clair que l'image DVD est trop foncée, et au niveau des rouges, ça tire souvent sur le brun. On peut ainsi imaginer que pour la nouvelle version, il s'agissait non seulement d'éclaircir le film - notamment les scènes de nuit - mais aussi de faire ressortir les rouges. Et c'est un fait que le rouge y est plus vif, plus écarlate, plus pompier quoi, et le noir moins massif. Mais alors, à quel prix... Par instants (cf. la première scène dans la chambre, une fois la lumière allumée), on ne voit plus que ça: du rouge!



Allez, histoire d'enfoncer le clou - et même si le transfert vidéo et le format vignette favorisent l'image la plus contrastée -, une nouvelle preuve (merci Sylvia) que cette "version inédite restaurée" de Flammes est un vrai ratage... 

[ajout du 13-06-13: extrait d'un message que m'envoie Capricci]:

- le travail réalisé autour du Flammes pour la sortie 2013 a été supervisé par Adolpho Arrietta et Thierry Arbogast le chef opérateur.
- la restauration de Flammes a été réalisée à partir du seul élément viable: les négatifs 16mm, soient des éléments non-étalonnés.
- le travail a consisté en un scan 4k du négatif et en un ré-étalonnage du film réalisé avec pour comparaison des éléments vidéo dégradés tels que la copie que vous semblez avoir en votre possession.
Le résultat final est bien entendu différent de la copie de 78. Et Adolpho Arrietta reconnait lui-même que le Flammes de 2013 est un nouveau Flammes avec de nouvelles couleurs, un nouveau contraste et une nouvelle luminosité. Vous avez bien évidemment le loisir de préférer la version que vous voulez. Mais je vous prierais de tenir compte des choix du réalisateur et des difficultés à mener à bien un tel projet aujourd'hui (en dehors de la rétrospective à Belfort, Flammes est devenu un film invisible depuis plus de 20 ans).

Donc voilà. Si vous n'avez jamais vu Flammes, c'est cette nouvelle version que vous verrez désormais. L'ancien Flammes n'existe plus. Reste, en ce qui me concerne, le souvenir de la première version et une copie, certes imparfaite mais plus proche de l'originale que la nouvelle.

vendredi 7 juin 2013

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Caroline Loeb dans Flammes d'Adolpho Arrietta (1978). A gauche: la version pelloche (le film a été tourné en 16 mm) avec son grain et ses poils sur les bords du cadre (invisibles ici car l'image est retaillée), à droite: la copie numérique de la version restaurée.

Flammes donc, dans sa nouvelle version. Le revoir (c'était la quatrième fois) fut un véritable déchirement... Où sont passées les couleurs? Plus que Ravel (Ma mère l'Oye) c'est Souchon ("L'amour à la machine") qui m'a accompagné tout au long du film:

Passez notre amour à la machine
Faites le bouillir
Pour voir si les couleurs d'origine
Peuvent revenir
Est-ce qu'on peut ravoir à l'eau de Javel?
Des sentiments
La blancheur qu'on croyait éternelle
Avant

Pour retrouver le rose initial
De ta joue, devenue pâle
Le bleu de nos baisers du début
Tant d'azur, perdu...

Sauf que non, les couleurs ne sont pas revenues. Pire, c'est devenu par moments (cf. les scènes d'extérieurs, notamment celles dans le jardin ou la caserne des pompiers) horriblement terne... Flammes passé à la machine numérique. DCP: Délavage Couleurs Paquet. La lessive qui décape tout... Parce que le film que j'ai vu, avec cette image sans aucun piqué, cette lumière écrasée, ces couleurs complètement passéescorrespond exactement à ce qu'on peut voir dans la bande-annonce, ce qui me fait penser qu'il s'agit bien de la version telle qu'elle a été restaurée et non d'un quelconque problème de projection. Cela dit je peux me tromper, je n'y connais rien en technique... Ce dont je suis sûr, en revanche, c'est que la première fois que j'ai vu Flammes - c'était il y a 10 ans au 3 Luxembourg dans le cadre d'une "carte blanche à la revue La lettre du cinéma" -, l'image était beaucoup plus belle, plus dense, la nuit plus murnaldienne, en accord avec la part mystérieuse du film. Là c'est vraiment catastrophique... Quelqu'un qui connaît la version d'origine (ou du moins celle qui a été projetée au festival de Belfort en 2009) et aurait vu la version actuelle peut-il me donner son avis?



[ajout du 08-06-13: une autre pièce à conviction - à verser au dossier - gracieusement offerte par Sylvia C.: à gauche, c'est extrait d'un DVD du film vu à Belfort; à droite, c'est extrait de la bande-annonce de la version "restaurée", les guillemets s'imposent. Quel massacre!]

lundi 3 juin 2013

Tip top (2)




"Ve ölüm", Uç Hürel, 1970. [via Faruk Bulunmaz]


Tip...

Dans Tip top de Serge Bozon, pas de garage américain ni de popsike anglaise, c'est le film lui-même qui est rock. Rock au sens de rupture:
- pas tant d'ailleurs avec les précédents films de Bozon (Tip top marque plutôt une inversion: le sentiment d'inquiétude qui imprégnait Mods et la France - l'humour ne surgissant que par accrocs, lors d'une réplique ou d'une situation, toujours cocasse, à la limite du nonsense -, se retrouve ici comme refoulé par toute cette énergie, nourrie de burlesque, de clash, claques, chocs et autre corps à corps, qui éclate la mise en scène, à grand coups de marteau évidemment, l'inquiétude se révélant, du coup par à coups, sous des formes très diverses: des poses alanguies sur un lit, le visage d'un enfant ou encore cette belle séquence de rock anatolien (c'est la seule musique rock du film et elle est turque!) au fond d'un bistrot.
- qu'avec un certain type de polar français - les "polars-gonflette", comme les appelle Bozon -, Tip top s'inscrivant, à ce niveau, davantage dans la lignée chabrolo-mockyenne, à travers son couple de femmes flics (Huppert/Kiberlain) autour duquel circule François Damiens en électron libre (lors de sa première confrontation avec Huppert, il nous fait un numéro à la Piéplu)..., selon une esthétique très seventies (cf. la lumière blafarde, délavant les couleurs, dans les scènes de commissariat, jusqu'aux gros plans de face, projecteur en pleine gueule, comme s'il s'agissait d'un interrogatoire).
- voire un certain cinéma d'auteur, pas loin du cinéma filmé dont parlait Biette, qu'il appelait aussi corned-beef culturel, ces "beaux films"... "où le travail du cinéaste consiste à prélever les effets des vieux films, à tenter de les reproduire, à leur donner un vernis moderne en les barbouillant d'une lumière ostentatoire, à accrocher des grelots culturels aux basques des personnages, à faire la tambouille scénaristique et dramaturgique avec de vieux restes abandonnés par l'ancienne colonie germanique à Hollywood, et à photographier avec une caméra cette soupe synthétique servie sur un plateau."
- pour retrouver - au-delà des signifiants "policiers" (ça tape et ça mate), incarnés par Huppert et Kiberlain, et de tout ce que le film détruit, non sans jubilation pour mieux repartir à zéro - une sorte de secret perdu, celui de la série B, qui va de Fritz Lang (cf. la scène SM entre Huppert et Naceri, scène appelée à devenir culte, qui prolonge celle de la grange dans la France, évoquant Gary Cooper et Marc Lawrence dans Cape et poignard) à Robert Aldrich (dont Chabrol justement vantait, à propos de Baby Jane, "ce goût du théâtral qui divise un scénario en actes, ces plans envoyés sur l'écran à la truelle, cette cruauté bien personnelle qui fait appeler un marteau, un marteau - tiens, encore un marteau - et une vieille peau, une vieille peau, cette hystérie parfois, ces hurlements - on pense au personnage, magnifique, de Négret -, ces effets tellement énormes qu'ils en deviennent splendides..."), en passant par la petite ligne: tourneurienne (le gag de la goutte de sang sur le nez d'Huppert apparaît à la fois comme un manifeste anti-gore et un écho au filet de sang s'écoulant sous la porte dans The Leopard man), voire lupinienne (le gag de la visite touristique en bus n'est pas sans rappeler la séquence des movie star homes à Beverly Hills dans The Bigamist, elle-même d'esprit très maccareyien...)

Top (en septembre, où l'on parlera d'Algérie et de protocole)   

samedi 1 juin 2013

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Les Trois âges (ici le premier) de Buster Keaton et Eddie Cline (1923). [via Véronique Martin]


Y'a pas à dire, Buster c'est le meilleur...

Ecrire le corps. Ni la peau, ni les muscles, ni les os, ni les nerfs, mais le reste: un ça balourd, fibreux, pelucheux, effiloché, la houppelande d'un clown. (Roland Barthes)