lundi 2 décembre 2013

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Ah les Rencontres d’après minuit de Yann Gonzalez... j’avais d’abord décidé de ne pas en parler, parce que j’en ai un peu marre de parler des films que je n'aime pas, c’est d’ailleurs pour ça que je n’ai pas chroniqué Jeune et jolie d’Ozon, Grand central de Zlotowski ou la Bataille de Solférino de Triet, trois films que je déteste royalement. Mais des fois, on n’a pas le choix. Ainsi la Vie d’Adèle de Kechiche, à cause de l’accueil dithyrambique (et totalement grotesque) que lui avait réservé la critique à Cannes. Et maintenant ces Rencontres d’après minuit, parce que les Cahiers (enfin, surtout leur rédac’ chef, M. Delormesson) nous l’ont (pré)vendu comme un film-manifeste, ce que devrait être aujourd'hui - à les écouter - le jeune cinéma d’auteur français, dans la continuité de ce que nous avait offert Carax avec son Holy motors. Du romantisme, du lyrisme... blablabla.
En fait, cet appel au lyrisme, au rêve, à la folie, c'est Gonzalez lui-même qui l'avait initié dans un texte paru il y a trois ans, déjà dans les Cahiers, lesquels n'ont fait donc que reprendre l'injonction, ce qui explique l'importance accordée par la revue à ce premier long métrage de Gonzalez, et ce avant même de l'avoir vu. Le texte m'avait d'ailleurs plutôt plu à l'époque, Gonzalez s'en prenant à la critique, celle qui encense toujours les mêmes cinéastes, et surtout au système qui, via le CNC et Unifrance, favorise toujours le même type de film, le fameux "film du milieu". Autant dire que Gonzalez, je l'attendais non pas avec impatience (ses courts-métrages ne m'avaient pas convaincu) mais avec un certain intérêt. Hélas, trois fois hélas, le résultat n'est pas à la hauteur de son coup de gueule, si peu à la hauteur qu'en voyant le film j'ai presque eu envie, à un moment donné, de crier: "vive le naturalisme!" C'est dire dans quel état j'étais. Et cela m'attriste parce que Gonzalez m'est plutôt sympathique.
Mais je ne vais pas faire semblantLes Rencontres d'après minuit est un film affecté, dévitalisé, à l'esthétique toc, à la théâtralité plombante, que n'arrangent pas les dialogues, aussi ringards que prétentieux, au point que cela en devient presque risible (le comique est là, involontaire, et pas ailleurs...). On ne contestera pas l’originalité du film, le problème est qu'il n'est que cela et que l'originalité pour l'originalité, ça ne donne pas grand-chose sinon un truc parfaitement vain. S'opposer au naturalisme, pourquoi pas, encore faut-il ne pas tomber dans l'excès inverse. Refuser le réel c'est condamner l'œuvre à la pétrification, faire de son film un objet mort, un monstre figé. Non pas un "cabinet de curiosités", comme nous le présente les Cahiers, mais un véritable musée des horreurs, qui chez Gonzalez renvoie à toute une imagerie eighties, ce qui ravira le critique biberonné au manga (Albator), adepte des films d'exploitation (le nanardesque Ilsa, la tigresse du goulag), de ceux de Robbe-Grillet (à l'instar de Christophe Honoré) et d'un certain cinéma français érotico-fantastique, fan également de Catherine Jourdan (l'immonde perruque blonde dont est affublée Fabienne Babe pendant toute une partie du film) et de Tony Scott (les Prédateurs), sans oublier Garrel (la pulsion de mort) et Schroeter, bien sûr, sauf que rien ne brûle ici, nulle flamme, nulle passion, juste un petit théâtre des morts, faussement camp, assez niais poétiquement, verbeux et tristement nuiteux.

PS. Gonzalez devrait laisser tomber la nuit, et s'intéresser un peu plus à la lumière du jour...

74 commentaires:

Anonyme a dit…

oh mais il est tout colère le Buster !

Vincent Diantre a dit…

Après minuit, j’ai rencontré le Gonz, par hasard, au cinéma. Le Gonz a invité la Kate affutée au cutter, Belle Captive de son passé zoophile…

Frappe-moi ! Banana-Split-moi, Caraxe-moi grave !

Il a kidnappé l’ange blond de l’Eternel retour, celui qui pirate le désir, l’ordre bandant des choses. Le Gonz déshabille Pierre pour habiller Gilles, rien que de la dé-marque, du dé-Muggler, panthère, lourd de sens…

Mets de la zique fissa et palpe-moi, adore moi, Robbe-Grille-moi !

Le Gonz a décidé qu’ils recevaient ce soir, tard. Alors on diadème les Bonnes, la soubrette en reine des folles, en Acid Queen, en dealeuse d’ecstas…

Doigte-moi et Copi-moi en 1001 exemplaires, assez pour que AbFabienne sourie à nouveau !

Le Gonz a lancé les Keufs sur la piste du braquemar d’or, et les voilà qui reniflent la queue des dieux du stade anal…

Défonce-moi ma race, une ligne, vite ! Tout ce que tu trouveras (le Gonz a de la ressource) !

Il a planqué le petit fugueur sans toit ni loi (que celle de la baise) au creux de la touze et il a tout filmé, une Sale Histoire, un opéra des gueuses, des chiennes que nous sommes tous. Il a tout meublé trop classe, late-Demy, early-Blain, tout dépeint rose Babe…

Fastez vos seat-belts, ça va remuer du lourd, du gothique, du cold-wawe teeeeellement cool que vous en pisserez des lames de post-rasoirs punks, des rails disco métalliques !

Le Gonz est endurant comme une baffle du Palace, il mène son petit monde à la baguette cuir, dans les pures règles de la tragédie…

Dark-moi bien profond ! Lancine comme un requiem de sitcom archimondain !

Il fomente son happy-end en drone ivre lancé au cul de toute logique hétérochiante.

Un conseil : Descend à Opéra…

Yann Gonzalez a dit…

Je suis très déçu.

Buster a dit…

Et moi donc.

Anonyme a dit…

le Gonzalez est très mauvais mais pas pire que le Bozon!

Lucie a dit…

Merci Buster, j'ai compris le message, je n'irai pas voir ce film qui de toute façon n'est pas fait pour moi.
Sinon, avez-vous vu The Immigrant ? C'est le film de l'année.

Buster a dit…

Bonsoir Lucie, pas encore vu le Gray mais c’est prévu pour cette semaine (avec le Garrel pour pas faire de… jaloux :-)

Léonie a dit…

Je comprends mieux la présence du film de Gonzales dans le Top 10 des Cahiers.

valzeur a dit…

Hello Buster,

Juste un mot sur le Gonzalez, non pas pour le défendre (j'ai dormi les 2/3 du film) mais le peu que j'en a vu ne m'a semblé ni captivant, ni scandaleux. C'est tellement minoritaire qu'après tout, pourquoi pas ? Un Breakfast Club chez les morts qui veulent bander et ne pas être seul, c'est quand même une idée, et à tout prendre, le programme esthétique du film ("1981-82-83-84"'* dans ta gueule) vaut bien la bouche en gros plan huileux d'Adèle Exarchopoulos.

Et puis, les Rencontres d'Après Minuit, désolé de le penser (et de l'écrire), c'est un chef-d'oeuvre (du moins, le peu que j'en ai vu) à côté de The Immigrant, du Bertolucci castré et plongé dans le formol. Buster, si vous aimez les saintes putains et les maquereaux qui n'osent pas toucher leur cheptel (ou alors, vraiment hors-champ !), ce film est pour vous. Plus niais, inanimé et doloriste que ça, je crois qu'on fera difficilement cette année.

* citation d'un refrain new-wave tout mignon, je suis sûr que vous allez trouver (c'est une bonne chanson, et en fait un bon groupe, du moins la première partie de sa discographie)

Buster a dit…

Léonie, le film de Gonzalez c'est moyennant une petite magouille qu'il se retrouve (lui et le film de Triet) dans le Top 10, à la place du Brisseau et de quelques autres, cf. l’édito de Delorme...
En fait le seul truc réjouissant dans ce Top 10 c’est la première place de Guiraudie (même si aucun rédacteur ne l’a mis en tête de sa liste). Cette reconnaissance est marrante parce que c’est quand même le film le plus théorique de Guiraudie, comme est marrant le fait de retrouver aujourd’hui le dvd sur les présentoirs de la fnac, bien visible, alors que jusqu’à présent les films de Guiraudie, pourtant moins "ouvertement" homo, étaient confinés au rayon gay et lesbien.

Salut valzeur, moi j’ai pas dormi une seconde, tant j’étais énervé (au passage la dernière fois vous m’avez dit avoir dormi les 3/4 du film, là c’est les 2/3, ne me dites pas la prochaine fois que vous avez dormi la moitié du film)...
Breakfast club, je veux bien, pour le club des cinq peut-être, Gonzalez le cite d’ailleurs régulièrement, mais l’univers de Hughes est quand même infiniment plus délicat (du moins dans ses premiers films). Si le film de Gonzalez c'est l’anti-Adèle, je le trouve tout aussi insupportable (comme si les extrêmes se rejoignaient), mais bon, c’est une affaire de goût...

PS. "1981-82-83-84", ça me dit rien... dans le genre new wave je verrais bien le groupe Trisomie 21, "La fête triste", mais c'était vachement mieux que le truc de Gonzalez.

DnD a dit…

Bonsoir Buster,
C'est marrant qu'il vous soit sympathique le réal', les quelques propos que j'ai lu de lui m'ont découragé de voir le film au moins à sa sortie. J'ai maintenant l'impression que je vais remettre plus que ça encore...
Tant que nous y sommes, je prends le risque de vous énerver un peu plus : vous avez vu "Cartel" ou c'est exclu ?
C'est que... après la série des films sur-encensés par les médias, celui-ci m'a tout l'air d'être le sur-conchié de service...

§ a dit…

Tout à fait d'accord avec vous sur le Gonzalez : du cinéma "vintage", un collage de choses déjà vues et grossièrement imitées. C'est ça l'originalité ? Sur le papier le geste est intrigant, on aurait envie d'aimer (d'où l'indulgence de la critique) mais le film est glacial, tellement peu sensuel, et très mal écrit. Et le casting chic et malin trahit la vraie roublardise sous la fausse naïveté. Je préfère revoir Diva ou La Belle captive, de mauvais films mais dont la patine est authentique.

Buster a dit…

DnD, Gonzalez m'est sympathique par ses prises de positions contre le cinéma "officiel", malheureusement ses films...
Pas vu Cartel, j'hésite... Sinon dans le genre "con-chié" par la critique il y a Histoire de ma mort de Serra, où l'on retrouve en pire les défauts déjà perçus dans le Chant des oiseaux (la séquence avec Marie, Joseph et l'enfant Jésus) avec en plus ici le goût de la provocation... un vrai film cata-lent :-)

§, originalité au sens postmoderne, dans le choix des images qu'on recycle, et qui dans le cas du film de Gonzalez tourne complètement à vide. A part ça on a vu le même film.

DnD a dit…

Ah le Serra ! J'ai dû vous rater là-dessus. Je dois le voir cette semaine. La scène que vous mentionnez du "Chant des oiseaux" ne marchait pas pour moi non plus, mais c'est loin, déjà...
Bon, je passe sur "Cartel", je vois pas par où je pourrais vous le vendre :-) Ou alors pour le côté "The Box" : "ce genre de film où l'important est moins la qualité des éléments (toutes ces boîtes...) que l'alchimie de l'ensemble."... Mais bon, c'est ténu, ce genre de choses !

reality is only temporary a dit…

Aaah! Super d'accord avec vous et content de trouver quelque chose de censé à lire sur ce film. J'y suis allé en espérant un peu plus que ce côté prétentieux, auteurisant gonflant, arty, platement chic et choc. Certaines images dans les Cahiers m'avaient fait envie, ces décors en cartons à la Perceval... Mais au final, j'ai dormi comme valzeur, loupant presque 20min. L'aspect vaporeux, cotonneux est une des qualités du film il faut bien l'admettre. Sinon j'ai été bien content quand Niels Schneider meurt. C'est toujours ça (je n'aime pas sa gueule).

Anonyme a dit…

C'est parce que vous êtes inhibé, Buster...

Buster a dit…

Merci Reality (vous n'avez pas de petit nom?),
bon là je crois que le Gonzalez il est habillé pour l’hiver… Personne pour le soutenir?

DnD, j’adore The Box... "ce genre de film où l'important est moins la qualité des éléments (toutes ces boîtes...) que l'alchimie de l'ensemble."… marrant, c’est typiquement le genre de phrase que je pourrais écrire… finalement je vais peut-être le voir ce Cartel :-)

DnD a dit…

Buster, je me permettais de vous citer (depuis votre articule sur "The Box").
Je suis finalement content d'avoir oublié de le préciser : votre réponse, impeccable donc, est drôlement chouette à lire.


Buster a dit…

Hé hé… en fait ça me disait quelque chose mais j’en étais pas sûr.

Sinon j’évoquais la Fête triste de Trisomie 21 à propos du film de Gonzalez, or je viens de découvrir une vidéo où ce morceau (qui date des années 80) sert justement d’accompagnement à un extrait de la Rose de fer de Jean Rollin (une des principales références du film), réalisé lui dans les années 70… Comme quoi.
Voir aussi la séquence d’ouverture de la Rose de fer où l’on entend la vraie musique du film. D’ailleurs si on revoit le Rollin on pourra mesurer la différence avec le Gonzalez. Je ne suis pas très sensible à la poésie surréaliste mais chez Rollin ça fonctionne, quelque chose vibre, c’est habité, les dialogues, très beaux, très simples (eux) sont de Maurice Lemaître…

reality is only temporary a dit…

Exactement, chez Rollin c'est vivant, réellement étrange et sublime ! Et même si souvent dans ses films il ne se passe presque rien pendant un long moment, ça reste captivant. Des références comme ça font que le Gonzalez aurait vraiment pu me plaire, mais la différence c'est que Rollin lui ne faisait pas ça pour faire le malin.

Anonyme a dit…

Gonzalez est lui aussi un grand admirateur de The Box

robbe-grillé ! a dit…

Le film de l'année selon François Bégaudeau : La Bataille de Solférino...

Lucie a dit…

Jamais vu "La Rose de fer" mais la séquence d'ouverture donne vraiment envie, elle est magnifique.

Buster a dit…

Pour l'anecdote, les premiers plans du film, sur la plage, ça me parle, j’habite juste au-dessus, sur la falaise…

Anonyme a dit…

vous habitez où?

Petit Gonzales a dit…

Le film de Gonzalez n'est pas sans défaut, mais à côté du film de Serra, c'est un chef d'oeuvre -comme dirait Valzeur ;)

Buster a dit…

Si valzeur a dormi durant les 3/4 ou les 2/3 du film de Gonzalez, j’imagine qu’à celui de Serra il s’est endormi au bout de 5 minutes et qu’on a dû le réveiller pour pouvoir fermer la salle :-)
Histoire de ma mort est peut-être un grand foutage de gueule, c’est un film cata-lent, "caca-lent", comme je l’ai déjà dit, mais dans le tas (!), il y a des choses vraiment belles, des choses que je n’ai pas trouvées dans le Gonzalez, qui lui fait vraiment toc, plus toc que la bite à Canto (assez bien imitée).

valzeur a dit…

Hello Buster,

Votre dernière phrase donne à penser que vous connaissez Cantona intimement. Rassurez-nous : non, hein ? (sinon Lucie va pleurer de longues heures et va retourner voir The Immigrant…).

Je n'ai curieusement pas dormi à Histoire de ma Vie (j'étais moins fatigué). Le film souffre d'un montage effarant dans lequel Serra se complait comme un cochon dans sa soue (moins les scènes sont intéressantes, plus elles doivent durer). Ceci dit, il y a deux ou trois éclats dont la fameuse scène du caca hilare, qui est quand même la chose la plus étrange que j'aurais vu sur un écran cette année (avec une très grande partie de Borgman, film vraiment passionnant quoiqu'imparfait).

Sinon, 81-82-83-84, c'est "New Gold dream" de Simple Minds...

Buster a dit…

Ah oui, la phrase est mal foutue, pour ne pas dire mal montée, c'est la prothèse qui fait vrai quoique pas très vivante, mais plus que le film!

Simple Minds, ça fait longtemps que je les ai pas écoutés ceux-là, depuis Breakfast club? non quand même pas...

(The Immigrant ce week-end)

Lucie a dit…

Sauf votre respect M. Valzeur, le film s'appelle "Histoire de ma Mort" et non "Histoire de ma Vie", mais vous n'avez peut-être vu que la partie Casanova, la plus caca.

Et vous Buster, votre film de l'année c'est "Tip Top" ou "L'Inconnu du Lac" ?

Buster a dit…

Un mélange des deux, Top of the Lake?

Mais c’est trop tôt pour se prononcer, Belle et Sébastien n’est pas encore sorti! :-)

Lucie a dit…

:-D

100% Cachemire n'est pas sorti non plus !

Anonyme a dit…

alors the immigrant, vous en dites quoi?

Orlando a dit…

Bon alors Buster, on attend, The Immigrant oui ou non ? ;)

Buster a dit…

Orlando? le magicien ou le frère de Dalida?

Ok The immigrant, je l’ai vu et dans l’ensemble j’ai bien aimé. J’ai vu aussi la Jalousie, pareil, bien aimé. Mais je n’ai pas non plus été totalement emballé, ni par l’un ni par l’autre. Disons que le Gray est beaucoup mieux que ce qu’en disent les détracteurs et que le Garrel n’est pas aussi beau que ce qu’en disent les défenseurs. Hé hé…

On connaît l’italianisme de Gray (Fellini et la Strada, Visconti, les Italo-américains comme Coppola et Scorsese, l’opéra, Puccini, le dolorisme catholique…), et qu’il se trouve ici un peu étouffé, corseté, ne m’a pas gêné, au contraire (le sujet ne se prête pas tant que ça au mélo larmoyant), Cotillard est même convaincante en figure gishienne (j’adore sa façon de manger la bouche en cul de poule, ça nous change du Kechiche…) la seule réserve est d’ordre esthétique, Gray abuse un peu trop à mon goût des effets de style (notamment sur les visages) et la lumière soi-disant d’époque donne un aspect de filtre vintage assez désagréable qui tend à écraser l’espace déjà très confiné du film, mais bon…

Anonyme a dit…

Et La Jalousie?

toto a dit…

"figure gishienne" késako?

Buster a dit…

Bah alors Toto... tu ne connais pas Lilian Gish?

Quant à Garrel c’est la confirmation que son oeuvre est bien entrée dans une troisième période, celle du neutre et de la fatigue, qui donne de belles choses mais qui n’a plus rien à voir avec le Garrel primitif des années 60-70 (le plus beau) ni celui, plus narratif, plus formaliste aussi, des années 80-90, troisième période où l’essentiel semble être moins les effets de surgissement, la dualité noir/blanc, le "pur présent", etc… que ce qui circule de façon un peu lâche entre les personnages (ici la jalousie), ce que j’évoquais déjà à propos de la Frontière de l’aube…. J’aime cette pente prise par le cinéma de Garrel, ma seule réserve dans son dernier film concerne le personnage joué par Anna Mouglalis, je ne sais pas si ça vient de l’écriture ou du montage mais le personnage n’est pas rendu aimable, il apparaît beaucoup trop dur (ce que renforce dans certains passages la voix très grave de Mouglalis, hum), trop cassant, alors qu’on ne sait rien de son histoire qui le justifierait (juste qu’il sa’git d’une actrice au chômage), comme si Garrel lui faisait quelque part payer le fait de s’être immiscé dans la famille, d’avoir pris (momentanément) la place de la mère, elle au contraire si douce, avec d’un côté les Garrel, une certaine bonté d’âme, le romantisme, la bohème, la douleur, et de l’autre, une image pas tendre de la femme, sensation un peu pénible, heureusement sauvée par le personnage de la petite fille dont le rôle se révèle de plus en plus central à mesure que le film avance, les meilleures scènes étant construites autour d’elle (scènes de la soupe, de la sucette, des cacahuètes…), au point que si Louis Garrel se rate à la fin c’est moins par maladresse que parce qu’il y a cette enfant qu’il aime et qui l’aime, un amour suffisamment fort pour (c’est une hypothèse) détourner inconsciemment son geste.

PS. En fait ce que j’ai préféré dernièrement, plus que The immigrant et la Jalousie, c’est Top of the lake, la mini-série de Jane Campion. En termes de récit c’est ce que j’ai vu de plus fort cette année avec Cloud atlas et Lincoln.

Anonyme a dit…

Top of the Lake, cette grosse bouse antipédophile?

Laura a dit…

D'accord avec vous sur "La jalousie", c'est un beau film mais d'une beauté nouvelle. Les critiques nous ressortent toujours le même refrain sur Philippe Garrel, cela devient lassant.
La petite actrice qui joue Charlotte est formidable.

Buster a dit…

Merci (je réponds à Laura évidemment, pas à l’autre bouseux…)

Sinon une précision sur Anna Mouglalis, actrice que j’adore. Ce qui me gêne ce n’est pas qu’elle se montre dure avec Louis Garrel (comme il le lui reproche), dans le fond elle ne fait que répondre à son côté encroûté et gnangnan, mais que son désir de changement, de vivre une autre vie, moins étriquée, plus lumineuse, se résume simplement, à travers la rencontre d’un autre homme, à un plus grand confort matériel… Pourquoi pas? mais dans la mesure où le film est quand même très minimaliste, chaque personnage se caractérisant par quelques traits, c'est cette image de la femme matérialiste qui finalement l'emporte, et je trouve ça un peu triste…

La petite fille est très bien en effet, vive, malicieuse… c’est Murielle Joudet quand elle avait 8 ans! :-D

Sylvia a dit…

Louis Garrel encroûté et gnangnan?

C'est n'importe quoi.

Buster t'es qu'un gros jaloux!

Buster a dit…

Lol

Joséphine a dit…

Buster, tu fais ce que tu veux avec ta Mougalis mais tu touches pas à mon Louis !

Buster a dit…

Ok les filles, j'ai compris :-)

(pour conclure ce fil qui commence à partir en... sucette, je dirais que le Garrel est un peu l'envers d'Une femme douce de Bresson, qui traitait aussi de la jalousie sauf qu'ici c'est plutôt "une femme dure"... hé hé)

Sur ce je m'en vais voir A touch of sin.

Anonyme a dit…

Conclusion : quand on aime Indochine on est indulgent avec Les Rencontres d'après minuit

Buster a dit…

Qui dit ça? Stéphane du Mesnildot?

(parce que moi Indochine, hein bon...)

Murielle Joudet a dit…

Tout à fait d'accord avec vous Buster sur Mouglalis dans La Jalousie. De toutes façons il faudra, chez Garrel, toujours compter avec la distinction maman/putain. Mouglalis rompt avec Louis Garrel pour des raisons assez dégueulasses : elle part parce qu'il est pauvre et parce qu'un autre homme lui offre un appart. Je ne vois rien d'autre, tout le reste n'est qu'extrapolation, il aurait suffit de quelques scènes en plus pour faire de son dégoût de la pauvreté quelque chose de plus compréhensible, de plus subtil. La façon dont il fait disparaître les deux femmes pour ne plus que se concentrer sur LG est assez représentative de la misogynie ambiante qui traverse son cinéma : il filme les femmes comme des nuages, des apparitions, des animaux intrigants, c'est l'Eternel Féminin, les Femmes, avec ce que cela suppose de clichés et de conneries. Mais ça produit aussi des trucs très beaux, c'est un peu l'envers de la beauté de ses films, ou du moins, les présupposés de son cinéma (une certaine définition de la femme, de l'artiste, du couple, etc. qu'on pose a priori). J'aime assez le film.

(lol pour la petite fille !)

Buster a dit…

Oui, on ne sait rien du personnage joué par Anna Mouglalis qui permettrait de mieux comprendre son comportement, c’est disparu dans les ellipses, à nous d’imaginer. Il est impossible de croire à ce que Mouglalis offre à Garrel à la fin du film: vivre à deux dans un appartement offert par un autre homme. C’est irréaliste et Mouglalis le sait très bien, elle n’est pas assez fantasque, elle a les pieds bien sur terre. La scène où elle fait visiter à Garrel l’appartement relève plus d’une mise en scène de sa part visant à le confronter au fait qu’il a été incapable de la rendre heureuse… il y a là une forme de mépris, qu’on soupçonnait déjà dans la scène où lorsqu’il lui dit que c’est difficile pour lui de l’imaginer avec un autre, elle lui répond sèchement "eh bien n’imagine pas". Dur dur…

(c’est marrant parce que Un été brûlant empruntait beaucoup au film de Godard, le Mépris, et qu’ici aussi le mépris est présent, sauf qu'il n’apparaît qu’à la fin, ce qui évidemment change tout)

valzeur a dit…

Hello Buster,

Qu'est-ce que vous êtes Choupinet, Murielle Joudet et vous ! Il est très bien, le personnage de Mouglalis dans la Jalousie. Pourquoi n'aurait-elle pas le droit de trouver sa vie avec Garrel décevante et étouffante ? Il y a quelque chose de terrible chez cette grande actrice (du moins d'après les autres personnages) qui ne joue pas, déchue en fait, et condamnée à s'ennuyer dans une soupente. C'est la première fois que je suis ému aussi violemment par un Garrel (Griffe qui l'a détesté pense que je m'affadis).

Sinon, teasing ! Vous n'avez pas encore fait votre flop 2013, mais je suis déjà en mesure de vous dire quel est le pire film français de 2014. Il s'agit de "Tonnerre" de Guillaume Brac, vu en avant-première grâce à Griffe. C'est bien simple, à côté, Tip Top est élégant et gracieux et Les Rencontres d'après Minuit, un pur chef-d'oeuvre. Je ne veux pas déflorer cette nullité globale où rien ne fonctionne, mais imaginez un séquel d'Un Monde Sans Femmes linéaire et hivernal sans interrogation métaphysique (il va choper la mère ou la fille ?) qui tournerait au film passionnel, genre "Dîtes-lui que je l'aime", tout ça écrit avec les pieds (ce film contient les SMS les plus effarants de tous le cinéma français), dialogué avec les moignons, et joué très médiocrement (pour cause de ce qui précède). Griffe m'a dit que le Triet était encore pire, ce que j'ai peine à croire. Je vous parie que les Cahiers vont se frotter le clitoris avec ! En attendant, seul le mot NUL peut rendre compte d'une telle expérience (et je vous souhaite par avance bien du plaisir)

Buster a dit…

Ah mais moi je comprends très bien que Mouglalis finisse par quitter Louis Garrel, vu le style de vie qu’il lui impose (cf. mon commentaire plus haut), ce qui me gêne c’est l’image qu’en donne Philippe Garrel, celle d’une femme, excellente actrice mais pas assez artiste dans l’âme pour supporter la galère, cédant assez vite (mais ça c’est peut-être le montage qui donne cette impression) à l’homme riche, qui lui offre un appartement, personnage (celui de Mouglalis) qui pour le coup se révèle trop facilement anti-garrélien, mais ce n'est qu'une réserve car j'aime bien le film dans son ensemble.

Hum... Tonnerre de Brac, comme dirait le capitaine Haddock, cela étant, sans le faire exprès (?), vous donnez quand même terriblement envie de voir le film! :-)

valzeur a dit…

Hello Buster,

J'ai l'impression que, pour la première fois peut-être, Garrel a une vision assez critique de la vie de bohème, et que ce désenchantement n'est contrebalancé par aucun lyrisme (brièveté du film, ellipses). Ce que vous dîtes sur Mouglalis quittant Garrel pour l'architecte - figure pratiquement filandreuse, il doit avoir deux plans et demi - est ainsi de l'ordre de l'interprétation ; après tout, c'est peut-être un réel philanthrope qui veut le bonheur de Mouglalis en tout bien tout honneur, comme dans un roman victorien (hum, je plaisante). Disons que ça reste suffisamment sibyllin pour que le personnage de Mouglalis ne soit pas la salope semi-intégrale que vous rêvez (gros coquin !).

Sur "Tonnerre", plus j'y pense, plus l'un des buts de ma vie sera d'oublier ce film. Qu'il se trouve des fous pour investir dans une telle ânerie est probablement invraisemblable. Teasons :
- hum, la scène où le mot "pédophile" est prononcée, un summum ! (Allo, "Roberto Succo" ?)
- l'inoubliable réplique : "Pose tes rames"
- l'incohérence scénaristique généralisée dès la première minute (en France 2013, il existe des journalistes de la presse écrite régionale qui font des interviews en notant tout à la main - et ce ne sont pas des vieux schnocks allergiques à toute modernité, mais des pigistes girondes et potentiellement chaudasses pourvues de téléphone portable - qui ne doit pas être un smartphone)
- la région Bourgogne a bien son retour sur investissement puisqu'on y découvre notamment des curiosités touristiques, de beaux paysages enneigés, et une exploitation vinicole (il est même dit que le Châblis est "le meilleur vin de monde" - bon, le regard de Brac est un peu ironique là-dessus)

A sauver : 1h30, une scène étrange autour d'un révolver et une réplique très belle de Bernard Menez.

Mais bon, comme dit Brac, son film est "fragile" (ce qui peut prendre bien des acceptions)

Gaël a dit…

Je ne comprends pas votre "réserve", le personnage d'Anna Mouglalis n'est pas du tout anti-garrélien. Il n'y a que les féministes pour s'offusquer de cette image d'une femme matérialiste.

Buster a dit…

Salut valzeur,
c'est vrai que depuis la Frontière de l'aube, beaucoup de motifs garréliens (sur le couple, l'amour, l'art...) semblent remis en cause et je trouve ça plutôt salutaire. Il y a 20 ans c'est le personnage d'Anna Mouglalis qui pour exprimer son mal-vivre se serait suicidée. La thématique s'est allégée, sauf qu'ici, du moins à la fin, Garrel force un peu trop les choses.C'est pourquoi (je réponds en même temps à Gaël) je dis que le personnage de Mouglalis devient anti-garrélien. Tant qu'elle souffre dans ce petit studio situé sous les toits, elle est garrélienne, quand elle décide de partir, non pas en sautant par la fenêtre mais en prenant l'escalier, elle ne l'est plus vraiment (garrélienne).
Quant à cette histoire de nouvel appartement, "offert" par l'architecte, ce qui me gêne dans le fond c'est que je n'en vois pas la nécessité sur le plan narratif, le film joue suffisamment des ellipses pour que le départ de Mouglalis ne soit pas expliqué par cette idée d'embourgeoisement. Pour moi c'est de trop, ce qui me fait dire, de façon un peu perfide, que si Garrel charge ainsi son personnage, c'est peut-être parce que, dans son roman familial, c'est la femme qui a fait souffrir sa mère.

Buster a dit…

ps. il sort quand le Brac?, parce que là vous me donnez de plus en plus envie :-)

valzeur a dit…

Hello Buster,

Le bric à Brac (ah, ah !) sort le 29 janvier. Il va falloir ronger son frein.

Un dernier mot sur le Garrel : le personnage de la mère est quand même un tue-l'amour global : fade, popote (toujours connectée à la nourriture comme me l'a fait observer Griffe - qui n'en a pourtant vu que 40 minutes)

Buster a dit…

La mère ici c’est la mère de Garrel quand il était enfant, le personnage ne peut être que maternant…
Griffe n’a vu que la moitié du film, la partie "J’ai gardé les anges", or la force du film, quand bien même je regrette la fin, procède d’un effet d’addition, comme si chaque nouvelle scène se chargeait de plus en plus violemment du souvenir des précédentes, tel un secret qui affleurerait sans jamais se dévoiler, ce que favorise le recours à l'ellipse, c’est sur la durée que le film acquiert toute sa densité, et ce d’autant plus que la deuxième partie "Le feu aux poudres" est elle-même plus intense. Si la mère reste en retrait de l’histoire, le personnage de Mouglalis gagne en puissance (incarnation, émotion) à mesure que le film avance, jusqu’au moment où hein bon... il y a comme un coup de froid.

§ a dit…

Tout en ne le considérant pas comme un Garrel majeur, j'ai tout de même été assez bouleversé par La Jalousie. Peut-être est-ce de retrouver le Garrel que j'aime après Un été brulant, son plus mauvais film, toutes périodes confondues.

Ce serait un drôle de misogyne celui qui fait un film où seules les femmes semblent avoir une force de volonté. Et ce n'est pas rien de choisir une petite fille, plutôt qu'un petit garçon. Je trouve assez admirable le personnage de Mouglalis, même lorsqu'elle le quitte. Garrel ne donne tort ou raison à personne. Mais, ici encore, parce que c'est une des grandes questions de sa propre biographie, il se demande jusqu'à quel point on peut vivre d'amour, d'art et d'eau fraiche. Vient un moment où cette bohème est ennuyante et vide, voir "beauf". N'oublions pas qu'elle le quitte à la fin d'une soirée où les théâtreux ont une conversation assez idiote sur les voitures. Elle le quitte surtout parce qu'elle ne veut pas se contenter d'être une présence, une muse, une Nico. En lui montrant l'appart qui lui est "offert", elle lui dit : je n'habiterai plus chez toi, c'est toi qui habitera chez moi ou, du moins, nous habiterons ensemble. L'hésitation dans les dialogues va clairement dans ce sens. Ce n'est donc pas qu'une question bassement matérielle, c'est surtout une question d'espace, qui traverse tout le film, tous les rapports amoureux ou filiaux : qui habite chez qui, ou avec qui.

Pour moi, The Immigrant (grosse déception), où le personnage joué par l'autre cruche n'a pas une once de volonté et de nuance, est cent fois plus misogyne (s'il faut employer ce mot facile) ! Putain et sainte, hallelujah ! Je préfère nettement la cruelle liberté de Mouglalis.

Buster a dit…

Salut §
Vous avez raison sur la question de l’espace et de la cohabitation, d’ailleurs la scène clé du film (si je puis dire) c’est quand L. Garrel dit à la petite fille que même s’ils ne vivent plus ensemble il pourra toujours venir la voir puisqu’il a la clé de l’appartement… La scène où Mouglalis dit à Garrel qu'il pourra vivre avec elle dans son nouvel appartement, ce qui sous-entend qu’il aura là aussi la clé, en est l’écho mais je n’en démords pas, pour moi ça ne fonctionne pas, à cause de la figure de l’architecte qui parasite la scène, au sens où on ne peut s’empêcher de se demander quelle est la nature de la relation entre Mouglalis et lui. Comme le dit valzeur, rien ne prouve qu’ils soient amants, mais le simple fait que cela soit envisageable (c’est quand même hautement probable) fausse totalement le rapport de forces. L. Garrel qui devrait se sentir responsable de la situation, ressentir le poids de la culpabilité, le fait d’avoir été égoïste, etc, se retrouve d’un coup en position de victime. Et ça je ne peux m’empêcher de le corréler au caractère biographique du récit: si l’image positive de la mère est assurée depuis le début, on a l’impression qu’il faut ce coup de force scénaristique pour restaurer celle du père (Maurice Garrel). Pourquoi pas, dommage que cela se fasse sur le dos de Mouglalis, qui pouvait très bien retrouver un autre appartement (moins bourgeois), un petit boulot (loin du théâtre), par elle-même où l’intermédiaire d’un tiers (pour la symétrie du récit) mais sans l’aspect matérialiste qui imprègne la scène quoi qu’on en dise (peu importe que ce soit réel ou non, il y a cette suspicion et ça suffit pour abîmer le personnage). De toute façon, une fois que Mouglalis a quitté Garrel, ce qu'elle avait décidé avant ladite soirée, exit le personnage (une nouvelle trinité s'est formée: le père, sa fille et sa petite soeur, et pour Philippe Garrel c'est ça qui compte).
Voilà, sinon il y a en effet quelque chose d’émouvant dans le personnage de Mouglalis, mais contrairement à vous et valzeur, rien de bouleversant en ce qui me concerne. Sans le personnage de la petite fille, qui irradie littéralement le film, lui donne vie, c’est vraiment elle l’élément "dégarrélisant" du film, je ne sais pas si j'aurais aimé cette histoire.

PS. Z’êtes dur avec le Gray qui a ses défauts mais pas à ce point. Sainte et putain, bah oui, et alors?

"l'autre cruche" l'expression est un peu misogyne, s'il faut employer ce mot facile :-)

§ a dit…

J'aime le début du Gray (en gros, jusqu'à l'arrivée de Orlando) et j'aime bien la toute fin (qui sent quand même un peu le tour de force). Le reste me semble raté, en grande partie à cause du personnage féminin, et pas seulement de l'actrice. D'autres l'ont déjà dit.
Dans le mythe de la sainte putain, c'est le côté sainte qui me gène profondément. C'est un mythe profondément puritain (exemplairement dans l'atroce Breaking the Waves, où Von Trier cherche à purifier Sade dans des flots d'eau bénite), que le jeu doloriste et uniforme de Cotillard fait ici basculer dans l'imagerie sulpicienne.

Pour revenir au Garrel, l'histoire de l'appartement est pour moi un prétexte beaucoup plus que la raison profonde de la séparation. Il y a quelque chose de trop gros, comme quand elle présente ce même architecte à la soeur de LG. Elle l'amène comme un corps étranger, comme une provocation, pour faire réagir l'autre. Et je trouve beau que l'on ne sache pas ce qui se passe réellement entre elle et lui. Comme je trouve beau qu'elle quitte le film en même temps que LG. Tout ça fait d'elle un personnage souverain.

Buster a dit…

C’est vrai que Cotillard paraît fade mais d’un autre côté cet aspect mièvre et doloriste, qui conduit au pardon, c’est aussi ce qui permet à Phoenix, à la fin, d’exprimer sa honte et autre haine de soi. Je ne suis pas sûr que le film aurait gagné si elle s’était montrée plus vindicative. Dans le fond c’est une Gelsomina, en moins fragile (son instinct de survie est quand même très fort), en moins attachante aussi, on est d'accord... mais bon je n'ai pas ressenti l'imagerie sulpicienne, j'ai au contraire l'impression que Gray en joue, à chaque fois que le film s'en approche (comme dans la scène de l'église), qui nous conduirait à la bondieuserie tartignole, hop, ça passe à côté... Cela dit ce n'est pas le meilleur Gray, on est loin de Two lovers.

(sinon Gray pousse trop loin la citation de la Strada, le personnage d'Orlando, pendant du Fou chez Fellini, est très mauvais, pour moi c'est le gros point faible du film)

PS. Vous êtes sûr que Mouglalis quitte le film en même temps que Louis Garrel?

§ a dit…

Je me suis mal exprimé, je voulais dire : Mouglalis quitte le film en quittant LG.

Votre rapprochement de The Immigrant avec La Strada est très juste, et c'est peut-être pour ça que j'ai un problème avec le Gray : je n'ai jamais aimé La Strada, justement parce que j'y trouve le conte trop forcé et les personnages trop caricaturaux.

DnD a dit…

Bonjour Buster,
Pas vu "La Strada" (merci de ne pas rire !), mais je vous rejoins sur le gros point faible du film de Gray : presque tout ce qui concerne le personnage de Jeremy Renner me semble incroyablement faible et très cliché. On dirait qu'il a été écrit par quelqu'un d'autre (et le petit effet spécial quand il fait sa magie, c'est moyen-moyen, je trouve)...
Cela dit, sans le vouer à l'enfer - le début m'a surpris, j'ai bien cru que j'allais aimer -, je serais sensiblement plus dur que vous avec ce film que je vois aussi puritain et avant tout théorique. Bien loin de "Two Lovers" à mes yeux aussi.

Buster a dit…

Le rapprochement avec la Strada c'est Gray lui-même qui le fait, je n'ai aucun mérite. Sinon, oui le film est puritain, c'est disons un beau film puritain.

Buster a dit…

un beau film puritain mais qui manque d'ampleur.

D&D a dit…

Certes. Mais le manque d'ampleur ne vous semble-t-il pas lié à un manque plus premier (peut-être deux) ?

- Phoenix est bon (et c'est son personnage qui me semble en fait le plus attentivement écrit et même regardé), Cotillard n'est pas mauvaise mais il y aurait un déséquilibre de "traitement", d'attention. Faudrait être beaucoup plus précis avec elle que Gray ne l'est, j'ai envie de dire encore plus dans l'option "puritaine" si c'est un vrai choix (et non une faiblesse ou un petit arrangement, j'en sais rien). Là, la création de ce personnage féminin me semble terriblement monotone, sans que l'on puisse parler de véritable épure ou même ressassement. Surtout : je ne vois presque rien qui circule entre eux, ça ne dialogue pas, ça dialogue sur le principe, parce que les figures sont posées comme "dialectiques" l'une envers l'autre, mais le film s'effondre pour moi parce qu'il ne fait qu'enregistrer deux blocs et pas ce qui se joue entre eux (le troisième bloc, Renner, est la cata absolue, mais sur le même principe, juste baclé).

- c'est comme un film qui se contenterait d'exposer et réexposer ses enjeux sans parvenir réellement - un peu au début et un peu à la fin - à délivrer situations et incarnations : ça, pour moi, c'est appliqué, sérieux, mais sans inspiration, très laborieux.

Bref, tenter de l'écrire me rend un peu plus dur que le concret de ma réception mais je ne vous suis pas sur "manque d'ampleur". Pour moi, l'ampleur est juste impossible ici, tel que je le vois (mal) foutu.

En fait, je trouve qu'il a l'air un peu paumé, Gray, un peu fatigué, a trop patiné, un peu pas à sa place (Canet, Cotillard, on dirait que ça lui réussit pas trop : je vise rien de "personnel" en disant ça, je ne connais pas leur travail, mais c'est un peu étonnant ce qui s'est passé, là.)

Buster a dit…

Je partage parfaitement vos réserves… il n’empêche, malgré ses évidentes faiblesses, le film ne m’a pas déplu à la différence par exemple du Kechiche, du Gonzalez ou encore du Triet…pour prendre des films "inrockahiers". A quoi ça tient, difficile à dire, il faudrait que j’y réfléchisse plus sérieusement,c’est peut-être dans la distorsion entre la forme, de facture classique, et le récit plus moderne, sans être moderniste, volontairement (?) moins abouti, qui dessine en Cotillard un personnage en creux, non héroïque, subissant les événements, animé par sa seule foi, opposé aux deux figures masculines, entre celui qui avilit la femme et celui qui semble l’idéaliser, une sorte de Janus dont Cotillard saura, malgré elle, se libérer…il y a quelque chose de déséquilibré, de bancal, entre la part duelle du film -Cotillard/Phoenix - qui engage et clôt le récit, et ce qui apparaît, faute d’une meilleure écriture, comme une digression (la relation triangulaire avec Renner)... peut-être faudrait-il interroger le film dans cette étrange relation qui voit une catholique fervente (dont l’histoire fait écho à celle des Juifs) sous l’emprise d’un... Juif (qui lui se fait passer pour italien), finir par inverser le rapport de forces, sans qu’on sache trop qu’est-ce qui triomphe à la fin, la confession lucide de Phoenix ou la libération utopique de Cotillard?…Gray dit je ne sais plus où avoir voulu retrouver la puissance émotionnelle de la Strada de Fellini mais ne pas y avoir totalement réussi, eh bien je me demande si ce n’est pas justement cet échec qui fait la réussite (même relative) du film… En termes de mélo, le film de Gray me semble finalement supérieur à celui de Fellini, que j’aime bien mais qui est quand même lourdement compassionnel (pas vu depuis longtemps), je me demande d’ailleurs si le Gray n’est pas appelé à mieux vieillir que ce Fellini-là. Ce qui est sûr c’est que, dans les deux cas, on est loin de Chaplin et de Griffith.

(pas facile de faire un long commentaire sur un mobile... je reprendrai ça à mon retour, à l'occasion des tops? car là je dois partir, je m'absente jusqu'à la fin de l'année)

Geeke a dit…

Ah flûte, ça signifie que votre top ne sera pas dévoilé avant janvier ? même si on se doute un peu de la plupart des films dans la liste, ça aurait été bien en guise d'apéro messe d'avant minuit...

Buster a dit…

Hé hé... vu comme ça, je ferai peut-être un effort :-) mais j'ai aussi quelques films à rattraper: Spring breakers, La dernière fois que j'ai vu Macao...

Geeke a dit…

;)

Griffe a dit…

Laissez donc Spring Breakers fuir, Buster...

DnD a dit…

Alors passez de bonnes vacances, Buster, et merci d'avoir pris ce temps pour me répondre ici.
(Et puis c'est bien, je suis lent, ça va me laisser le temps de bien vous relire et de tenter de raviver mon souvenir !)

PS : ça m'étonnait aussi que vous n'ayez rien dit du tout de Macao...

Edouard a dit…

Buster, peut-on espérer quelques mots sur "Top of the lake" qui expliqueraient l'enthousiasme exprimé plus haut ?
Je suis d'autant plus curieux que je sors tout juste de cette mini-série plutôt intéressé mais guère passionné (alors que depuis le début me plaisent énormément les travaux cinématographiques de la dame).

Buster a dit…

J'aime beaucoup Top of the lake, moins pour l'intrigue dont on devine assez vite l'issue que pour tous ces "portraits de femmes" que dresse Campion. Le personnage incarné par Elisabeth Moss est un des plus beaux que j'ai vus cette année, celui que joue Genevieve Lemon, l'inoubliable Sweetie, est très émouvant aussi. Après c'est vrai on peut regretter le petit côté new-ageux, très Holy smoke, qui parcourt le film, et trouver que l'aspect militant (contre le sexisme, la pédophilie) y est un peu trop marqué, mais bon, ça reste quand même une très belle série.