lundi 18 novembre 2013

Le savon




Une femme douce de Robert Bresson (1969). [via dm_5087fb3191c72]

Dimanche, j'ai vu de beaux Vallotton (c'est pas n'importe qui Vallotton, il a peint les plus beaux rouge du monde) et un sublime Bresson, Une femme douceadapté de Dostoïevski, le premier Bresson en couleur, film de silence, celui des sentiments, les sentiments que l'on tait, où l'on n'arrête pas d'ouvrir et de fermer des portes (appartement, boutique, voiture...), signe d'une communion impossible. Qui était-elle? (Dominique Sanda, magnétique), que voulait-elle?, se demande le mari après son suicide. "Elle m'aimait ou elle voulait m'aimer ou elle voulait aimer." On ne sait pas, on ne le saura jamais, la réponse échappe, vous glisse entre les doigts, à l'image du savon. Elle, si douce, et en même temps révoltée (comme on peut l'être quand se mêlent à l'austérité d'une vie, petite vie étriquée d'usurier, la jalousie et les atermoiements d'un mari), mais impuissante à le dire et encore moins à le crier (cf. le passage où la jeune femme, de retour d'une représentation d'Hamlet, se plaint que la tirade au premier comédien - lorsque Hamlet prie celui-ci d'exprimer la passion sobrement, et avec douceur: didascalie bressonnienne - a été supprimée de la pièce). Film de silence et néanmoins sonore, terriblement sonore, comme toujours chez Bresson (bruits de la ville, avec ses autos et ses motos, bruits de portes et de parquets, cris d'oiseaux et d'autres animaux...), contrepoint (concret) à l'idée de douceur, jusque dans son finale (qui est aussi l'ouverture): une table qui bascule, un pot de fleurs qui tombe... en bas, des crissements de pneus... et, flottant dans l'air, une belle écharpe blanche. 

PS. Certains plans du film m'ont rappelé les tableaux de Vallotton: Scène d'intérieurLa bibliothèque, La loge de théâtre...

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