dimanche 15 septembre 2013

Topissime

Tip top est un film atypique, atopique, atiptopique, bref génial, n'en déplaise à Jean-Stéphane Delessé, le grand critique des Cahiers. Parce que c'est quoi un film génial? C'est un film qui a du génie, c'est-à-dire dont le génie éclate par moments, pas tout le temps - un film ne peut être génial de bout en bout -, de sorte qu'à ce niveau, celui du génie, il est forcément inégal, comme le sont les grands burlesques (seule exception, certains deux-bobines où le génie éclate du début à la fin). C'est pourquoi un film génial est aussi un film très simple, en termes de structure, de fond, Tip top reposant sur une base quasi primitive: frontalité des plans, aplat et blancheur de l'éclairage... On peut imaginer le film comme une petite toile tendue sur son châssis, qu'on aurait encollée et enduite, blanchie donc, avant d'y projeter la peinture à pleine main (le fait que Bozon ne connaisse pas grand-chose à la peinture ne change rien, c'est le geste qui compte). Le génie n'a pas de rapport non plus avec la beauté, au sens où celle-ci n'est jamais recherchée, et que s'il y a beauté elle ne peut être qu'accidentelle. Le film se veut nu et sec, et c'est bien de cette nudité (qui n'est pas abstraction), de cette sécheresse (qui n'est pas dessèchement), de cette maigreur donc (Tip top est un film dont on voit les côtes, comme la peau sur les os, la pellicule du cinéma à même son ossature, sans le gras des "effets", des effets visuels, ces "trucs" dont parlait Rohmer), que par instants le génie surgit, tel un coup sur une peau trop fragile, précipitant l'hématome, en écho avec ce qui cogne à l'intérieur du film, de manière plus sourde, plus diffuse, mais qu'on devine, notamment dans les scènes de nuit (via ces personnages qui regardent, les uns à leur fenêtre, l'autre devant sa télé...), le blues à la place des bleus.

Evidemment le génie s'ignore. Un film est génial sans le savoir. Ceux qui croient au génie de leurs films (suivez mon regard...) ne font jamais de films géniaux. A défaut ils peuvent faire des chefs-d'œuvre, ce qui n'a rien à voir. Le chef-d'œuvre rassemble là où le film génial divise. Le génie d'un film on le supporte ou on ne le supporte pas, étant entendu que ceux qui ne le supportent pas n'y voient bien sûr aucune trace de génie. Le génie leur échappe, ils ne le comprennent pas. D'ailleurs même ceux qui le supportent ne le considèrent pas toujours comme tel (ils l'appellent autrement). Le génie est mystérieux. Il ne renvoie pas à un plan ou une scène en particulier, mais à ce qui jaillit, soudainement, au détour d'un plan ou d'une scène, qui vous fait dire "c'est génial", là où d'autres diront "c'est nul" ou "c'est débile". Le génie est volontiers asocial, c'est aussi pour cela qu'il dérange. On le ressent, on essaie de le décrire, mais on ne peut pas vraiment l'expliquer, sinon qu'il emporte tout le film, faisant oublier ce qu'il peut y avoir également de moins réussi voire de raté dans le film (alors qu'un chef-d'œuvre, bah non, s'il y a des ratés, ce n'est plus un chef-d'œuvre). Le génie est aussi étranger à l'idée de perfection qu'il l'est à la notion de beau. Voir Tip top c'est exactement cela, c'est approcher au plus près ce qu'un film peut avoir de génial, au-delà ou plutôt en-deçà des critères généralement recherchés de perfection, de bon goût et de beauté, ce qui ne veut pas dire que le film soit volontairement imparfait, de mauvais goût ou laid, mais simplement que la question ne se pose pas en ces termes, que c'est comme le rock, le génie d'un morceau de rock procédant davantage de son rythme, de son énergie, de l'excitation qu'il provoque, à partir parfois d'un simple riff. D'ailleurs on ne dit jamais d'un morceau de rock qu'il est parfait ou même sublime (termes réservés à la pop et bien sûr à la "grande musique") mais plutôt que c'est génial. Tip top est authentiquement rock. 

Un tel film, débarrassé de ce qui encombre habituellement le cinéma d'auteur, "bien dégagé derrière les oreilles" comme dit Pierre Léon, n'est pas facile à appréhender. On cherche des repères, à quoi se raccrocher, et rapidement on en vient au petit jeu des références, exercice auquel on se livre systématiquement (moi le premier) à propos des films de Serge Bozon, sous prétexte de cinéphilie, jeu qui consiste, plus qu'à empiler les références, à dégager ce qu'il peut y avoir de commun entre, par exemple, l'énergie vulgaire d'un Aldrich, le comique destructeur d'un McCarey, les ruptures de ton d'un Mocky, la banalité téléfilmesque d'un Chabrol, l'humour discrépant d'un Moullet, l'éclairage agressif d'un Gordon Lewis ou encore la ligne minimaliste d'un Kaurismäki (la référence ne se limite pas au chien du film). Soit le cinéma sans ses atours culturels, sans sa virtuosité technique, sans son esthétique léchée, pas loin du "cinéma-art d'usine" si cher à Skorecki, en tous les cas sur la voie de cette "série B populaire" dont rêve depuis toujours Bozon, avec ces plans comme "jetés à la truelle", ces running gags (ici la goutte de sang qui perle au bout du nez d'Huppert et que celle-ci récupère avec la langue), ces coupes abruptes (ne conservant que le cœur d'une scène), cette lumière rude (éclaboussant les personnages), ce goût de la miniature (une simple butte, un petit lac...). Ruiz disait que "le cinéma se fait avec des gestes et des objets, des jeux d'espaces produits par la conjonction de ces deux termes". Gestes, objets, espaces, c'est l'essence du cinéma. C'est peut-être ce que vise Tip top, une forme de pureté à l'intérieur même du cinéma, art pourtant impur. Et le moyen le plus direct, le plus simple, pour retrouver, ou du moins approcher, cette innocence du cinéma (Biette ou Skorecki parleraient de "secret perdu"), c'est, outre la série B, le burlesque, genre par excellence des gestes, des objets et des espaces, la seule forme vraiment pure de cinéma (Chaplin, en abandonnant Charlot, a fait l'expérience du passage du pur à l'impur).

Tip top est donc un film d'espaces, fait de gestes et d'objets, mais aussi d'accents et de regards, toutes sortes de regards, perdus, lointains, inquiets ou excités. L'intrigue policière (l'enquête sur la mort d'un indic algérien) n'a évidemment aucune importance, comme chez Mocky ou Chabrol, ce qui compte c'est la manière dont les espaces s'emboîtent les uns dans les autres, qu'il s'agisse d'un espace de police (Huppert et Kiberlain) dans un autre espace de police (Damiens et le commissariat), de l'espace policier dans l'espace privé, de l'espace français dans l'espace algérien (on parle alors de communauté) et bien sûr de l'espace intime des deux femmes-flics, deux espaces au départ contigus, séparés par une cloison, mais une cloison poreuse, favorisant la contamination de l'un (Kiberlain) par l'autre (Huppert), de sorte qu'à la fin les deux espaces se confondent. L'immixtion est vraiment le nerf du film, l'innervant, l'énervant, à travers tout un réseau d'axones, moteurs et sensitifs, qui correspond à l'activité d'un indic, qui surtout vient questionner, en la bouleversant, la notion même de mixité. Dans Tip top un Arabe (haut placé) parle français avec ses propres intonations, Damiens essaie de parler arabe mais prononce mal les mots (ainsi "cœur" devient "chien"), à ses moments perdus il lit "Comment être sérieux dans la pratique de l'Islam" (soit l'antithèse du film), les Françaises sont mariées à des Arabes, etc., il y a là comme un contrepoint à la violence des rapports que le film figure par ailleurs (entre Français et Arabes, mais aussi dans une même population - cf. les émeutes algériennes à la télévision), qui voit les espaces non seulement s'entrechoquer, mais surtout s'interpénétrer, de façon à la fois ridicule et touchante, à l'image du lien qui unit Huppert, la petite qui tape, et Kiberlain, la grande qui mate. C'est que le film, heurté et "heurtant", sait aussi être émouvant. Tip top c'est ça finalement: de l'émotion brute. Et c'est génial.   

42 commentaires:

Anonyme a dit…

Vous en avez encore plein la bouche!
Je parle bien sûr du gâteau au chocolat de midi.

Jean-Stéphane Delessé a dit…

Bah mon vieux, vous êtes pas prêt d'écrire aux Cahiers!

Buster a dit…

Merci.

Jean-Emmanuel Burdon a dit…

Jean-Steph', ça fait déjà quatre ans que t'es aux commandes des Cahiers. Normalement, d'ici trois-quatre ans grand maximum, tu sautes. Profites en bien mon loulou.
Bises,
ton Jean-Manu

§ a dit…

Très beau texte, Buster. Je suis entièrement d'accord.

valzeur a dit…

Hello Buster,

Tout d'abord, j'ai lu votre post avec infiniment de plaisir, un plaisir qui n'avait évidemment rien à voir avec l'intense déplaisir, à peu près constant, que j'ai pu prendre à la vision de Tip Top (et ce, malgré l'usage du mot "axone" - pourquoi pas "obvers" ou "hagiasme" ? tiens, réservez nous le premier pour l'oeuf mollet "Jimmy P." - je parle évidemment là de votre post, ce lexique - "axone" - n'étant pas assez populaire pour le sieur Bozon, au sens de "cinéma populaire", catégorie à laquelle Tip Top appartient peut-être dans un univers parallèle qui n'est heureusement pas le notre).
Reprenons… D'un côté, je me rends à vos arguments, vous décrivez parfaitement le film, les références, etc - même si l'entame sur la définition de "génie" sent l'hypertrophie rhétorique. D'un autre côté, mon ressenti devant Tip Top est l'inverse du votre - en tout point.
Ce film m'a à peu près mis hors de moi.
Et derrière son incessante culture et sa monomanie du "décalé", je sens une froideur mortifère et une inanité profonde. Je ne comprends pas le début du commencement de Tip Top (et je sens paradoxalement que Bozon n'y comprend pas plus lui-même). Voilà un film qui semble bâti sur des idées aléatoires surgies dans un esprit volontairement (?) autiste, étayé avec plus ou ou moins de bonheur par des citations partiellement déchiffrables.
Je m'arrête juste sur une, la goutte de sang huppertienne que vous rattachez à Lupino dans un post précédent (si je me souviens bien). J'y vois, pour ma part, un détournement du Boucher, la fameuse goutte de sang sur la tranche de pain beurré, qui marquait la contamination du mal et de l'effroi. Chez Bozon, elle n'illustre plus, avalée, que l'horreur du circuit fermé, qui fonde quoiqu'on en veuille, le paradoxe de son cinéma - ce que Griffe a bien vu en citant sur un autre forum cette inénarrable formule de Serge B. himself "Je déteste le cinéma de l'entre-soi" (ouah !).
Prenons Tip Top, au pied de la lettre, c'est tout sauf de l'entre soi : série B (censément populaire), genre indéfini (comédie ?, sociale ou romantique ?, polar ? , film noir ?, film d'horreur ?, film POLITIQUE ?), casting grand écart : star du cinéma d'auteur (Huppert), du cinoche (Nacéry), de l'entre deux (Kiberlain), actrice près de chez nous (Karole Rocher), comique télévisuel (Damiens), inconnus, débutants, amateurs, etc. On trouve de tout dans Tip Top, et pourtant, on ne sort jamais de l'entre-soi. On crache souvent - à raison - sur l'infâme penchant naturaliste plan-plan du cinéma français. Mais la stylisation jusqu'au-boutiste telle que pratiquée par Bozon dynamite toute idée de "partage et d'"ouverture" (pardonnez-moi ces deux gros mots, je corrige "d'accès au sens"). Tip Top est un film ouvert fermé comme une huître paranoïaque. Rien ne s'y déploie vraiment - d'où le renfort d'écrans télé diffusant des images d'émeutes en Algérie, qui agit comme une perfusion de réel, évidemment sans effet - le film est mort depuis longtemps. Disons que ces extraits agissent comme un signe (il y a du politique dans ce film), ce dont on convient évidemment à voir l'accumulation de couples mixtes, et - notamment - la piteuse et symptomatique scène où Damiens s'emmêle les pédales dans son arabe. Tip Top ressemble à un lapsus, mais à un lapsus médité et qui ne voudrait rien dire par surcroît. Les sujets potentiels se télescopent, sans que rien de visible n'en ressorte. C'est du binaire (tip/top, sado/maso, français/arabe, homme/femme, meurtrier/victime) jeté dans un trou noir.

(Fin de la 1ère partie)

valzeur a dit…

Pfff, Buster, votre truc m'a obligé à couper mon post : la suite....

Visuellement, le film m'a rappelé l'espèce de froideur terne qu'on trouvait dans le dernier Achard, avec un petit quelque chose de la mocheté emblématique du premier Mazuy (le découpage de Peaux de Vaches, dans mon souvenir aussi effarant que ça).
Les acteurs ne font pas ce qu'ils peuvent, c'est le jeu. Engoncée dans les mécaniques mortifères qu'elle réclame comme du nanan, Huppert est prévisible au dernier degré. Damiens joue le blaireau tourmenté deux crans au dessus des autres. Les seconds rôles ont des trognes kaurismakiennes ou ressemblent à des tableaux d'Otto Dix (googlez le portrait de Johanna Ey et vous reconnaîtrez le personnage de Rachida Belkacem, sans son top-typage du clignement d'oeil involontaire, quelle belle écriture, vraiment !). Ne surnagent guère à mes yeux (sans clignement) que Nacéry, pâteux/pataud, bizarrement émouvant dans un rôle débile/impossible, et surtout Sandrine Kiberlain dont je guettais chacune des apparitions, alors qu'elle refaisait plus ou moins Pauline Détective, film à l'ambition médiocre voire stupide, mais presque supérieur dans son résultat (c'est dire). Petit sarment de poésie dans le régressif empoissé (ça ressemble à du JBM ou c'est trop ?), Kiberlain est bien le seul corps vivant du film. Je sais qu'il est de bon ton de cracher sur le cinéma de Yorgos Lanthimos, mais Canine, et même Alps, dans des registres cousins, c'est mille fois mieux que tout Bozon. Tiens, parce que je suis bon, je sauverai le plan rapproché sur le visage de l'indic dans la deuxième moitié de la scène de danse solitaire (c'est contractuel, depuis Mods ?, ça vient d'où déjà, Bande à Part ?, avant ?).
Bon, apaisons-nos, ce film sort sur 100 copies alors que son public idéal, celui qui se languit inconsidérément d'un remake de Tourneur réalisé par Rain Man lui-même (Buster, gros coquin !) remplirait deux séances hebdomadaires de l'Entrepôt. C'est beau, le carnet d'adresses, le bouche à oreille et le chic fin-du-fin.
Une chute ? Genre "un film brillant de douceur et de toxicité" à la poésie inrocks si particulière (ils parlaient du Ozon) ?
"Tip Top, un film à la singularité aussi éclatante que le fessier d'un mandrill."
On ne peut qu'applaudir….

Buster a dit…

Merci § et vous aussi valzeur, pour le début de votre message (au passage, "axone" c’est une petite coquetterie, c’est à cause du x, pour raccorder avec immixtion et mixité... quant à Lupino, je ne l’évoquais pas à propos de la goutte de sang, mais de la visite touristique en bus, qui me faisait penser à The Bigamist - la séquence de la visite des movie star homes à Beverly Hills)

Bon après ça se gâte…
Je n’insiste pas sur vos dégoûts, ça ne se discute pas, même si par moments je me demande si vous ne boudez pas un peu votre plaisir. Là où on peut polémiquer c’est sur la question de l’entre-soi. D’abord moi le cinéma de l’entre-soi je ne le déteste pas en tant que tel. Il existe de très beaux films de l’entre-soi, qui d’ailleurs sont souvent associés à une pauvreté de moyens (pensons simplement à Tam Tam d’Arrietta et plus récemment Cap Nord de Sandrine Rinaldi). Concernant Tip Top si j’ai bien compris vous reprochez à Bozon de faire croire qu’il en est sorti (de l’entre-soi) tout en y restant, sous prétexte que son film a priori "ouvert", notamment sur la question de l’immigration algérienne et de l’intégration, se refermerait aussi sec, faute d’y apporter du sens. Je ne suis pas d’accord. Ce n’est pas parce que le film cultive une forme d’absurde qu’il ne dit rien (ou n’importe quoi) sur la question. Le comique, même extrême, "produit" du sens. Et à ce niveau ce que le film montre de la mixité me parle beaucoup plus que bien des films à prétention sociologique et aux messages plombants. L’Algérie c’est vraiment quelque chose qui travaille Bozon, déjà La France, au stade de projet, devait se dérouler pendant la guerre d’Algérie, mais c’était trop casse-gueule, peut-être n’était-il pas assez prêt. En tous les cas on sent chez lui, sur cette question, une réelle sensibilité qui d'ailleurs dans Tip Top passe davantage par le côté inquiet du film que comique, à travers le personnage de l’indic (la scène de danse mais aussi toutes les scènes dans la voiture) et surtout de l’enfant (la scène où celui-ci regarde en énumérant le nom des portraits de chefs d’état français que son père avait accrochés au mur est très belle).

Anonyme a dit…

Vous êtes fort Buster, vous arrivez à parler de Tip Top sans jamais utiliser le mot "marteau"!

valzeur a dit…

Hello Buster,

Le comique "vecteur" de sens reste pour moi ici sans effet, pour la raison bien simple que je trouve le film tout sauf comique (à l'exception de la réplique sur le tact et les Algériens, ce qui fait peu).
Sur le fait que Bozon soit "concerné" par la question franco-algerienne, mais certainement !, on ne voit que ça, mais le travail est loin d'être fini, le film est complètement opaque là-dessus (je rejoins parfaitement Griffe sur son analyse précédente).
En fait, Bozon me fait l'effet de procéder par additions successives de petites couches d'absurdes qui l'éloignent de plus en plus d'un sens quelconque. C'est un pur et simple écran de fumée qui ne cache à mon avis qu'un vide béant.
Enfin, on peut rêver de la petite Zlotowski utilisant les mêmes ficelles pour "animer" son Grand Central : pourquoi pas Gourmet/Ménochet en couple de bears, Rahim collectionnant les crapauds, Seydoux avec un accent slovaque et de la morve lui coulant à toutes les scènes impaires ?, ça permettrait de mieux comprendre le ressenti de Rebecca Z. sur lea délicate question du nucléaire, non ?
(Et pendant ce temps, Bozon se vautrerait avec une passion impossible entre Kiberlain et l'indic, Damiens ferait visiter les bas-fonds de Villeneuve en expliquant à Huppert tous les codes du milieu, François Négret jouerait de la guitare lors d'une soirée CE de la préfecture, comme ce serait beau !)

Buster a dit…

Sauf que ce que vous nous décrivez c'est le Zlotowski à la sauce valzeur, qui n'a rien à voir avec Bozon, c'est un comique plus besogneux que bozonien... c'est bien ça le problème, vous vous complaisez dans le rejet, la critique sarcastique, tout ça parce que vous dites n'avoir rien compris au film. Evidemment si on réduit Tip Top à sa seule dimension absurde il n'y a rien à comprendre, c'est le principe même de l'absurde, mais le film n'est pas que ça, il est traversé d'instants plus inquiétants où dominent la peur, le mal-être, quelque chose d'un peu obsédant qui donne un éclairage différent aux scènes de pure comédie. Et ça c'est typique du burlesque, c'est par là que le sens arrive, non pas que ça rende les scènes absurdes plus "compréhensives", puisqu'il n'y a rien à expliquer, mais que ça rende le côté absurde des personnages plus humain, plus émouvant... C'est ainsi que la question franco-algérienne est évoquée (je n'ai pas dit traitée).

Buster a dit…

Anonyme de 16h46, le mot marteau était largement présent dans mon précédent texte sur Tip top, si je ne l'utilise pas ici c'est pour pas me répéter (sinon ça tape sur le système!)

valzeur a dit…

Buster, depuis trois posts vous nous décrivez un film de Quentin Dupieux où la tétralogie - peur, absurde, mal-être, comique - est quand même infiniment plus opérante (du moins dans Wrong, son dernier). Vous vous emmêlez dans vos séances ou quoi ?
Je sais évidemment qu'il n'y a rien à comprendre chez Bozon, mais j'ai également remarqué qu'il y a bien peu à ressentir - à part, le dressement de deux poils, mais pas plus, quand le flic ripou se retourne vers l'indic dans la voiture, et mettons quand même un mal-être prégnant que l'on perçoit assez facilement à travers le mal-fichu du tout.
Je ne demande pas à comprendre un film, Buster, si vous voulez que je mette les points sur les i (vous me prenez pour Kaganski ou quoi ?), mais face à Tip Top, je n'ai approximativement rien ressenti de marquant/durable/valable. Et à propos de votre précision sur le burlesque, une question : un film peut-il être intégralement burlesque, congédier la réalité de scène en scène par d'abrupts ou subtils décalages, sans congédier également le spectateur (ce qui m'est arrivé face à Tip Top) ? (merci de ne pas citer Bunuel dans votre réponse !)

Buster a dit…

Le burlesque à la Sennett c'est un peu ça, non?
Maintenant vous dites n'avoir rien ressenti de marquant, durable, valable... mais vous m'avez l'air
quand même d'avoir été pas mal bousculé. C'est peut-être ça que vous avez du mal à digérer!

valzeur a dit…

Sennett, ça dure 1h45 ?

Uniquement parce que je vous fais rebondir dessus. Je l'aurai déjà oublié (ou disons plutôt : remisé) sinon.

Beaucoup plus dur à digérer, glaçant, comique, magistral (même si un peu mal fichu) et "génial" (ce terme que vous osez galvauder, Buster, fi !!!), Fedora que j'ai revu à la suite - en voilà un film qui fait du mal et qui poursuit !

(Le Jimmy P. est pour sa part de la soupe tiède, et le dernier Bertolucci, une petite chose curieusement touchante bien qu'adaptée d'un livre qui n'a pas l'air bien terrible)

Anonyme a dit…

Dans Tip Top, la question franco-algérienne est aussi l'écho (sur un plan socio-politique) d'une question centrale qui est celle du couple, donc de l'altérité (cf. la réplique essentielle d'Isabelle Huppert dans la cuisine, "il n'y a que des couples heureux dans cette histoire", je cite de mémoire)

Buster a dit…

valzeur > Fedora est très beau en effet, supérieur à Sunset Boulevard... Pas encore vu le Jimmy P.

anonyme > eh oui, le binaire ça donne le beat mais ça produit aussi du sens.

Renaud a dit…

Serge Bozon aime beaucoup Quentin Dupieux mais chez Dupieux le burlesque est plus poétique.

Buster a dit…

Oui, le burlesque de Dupieux c'est un burlesque lunaire, somnambulique, c’est le côté Langdon du burlesque, ou Laurel sans Hardy (et non s’enhardit). Chez Bozon c’est plus destructeur, c’est Laurel et Hardy, Huppert-Hardy et Kiberlain-Laurel (avec Damiens en Finlayson?), la goutte de sang sous le nez d’Huppert c’est comme un reste de tarte à la crème...

Sinon j’en profite pour préciser ce que j’ai écrit hier soir, c’était un peu confus (la faute à valzeur et ses salves qui m’embrouillent les méninges, ça m’empêche de penser droit).
L’inquiétude du film ne correspond pas à cet aspect somnambulique du burlesque. En fait Tip top c’est une bonne couche de burlesque agressif, rock, combiné à la trivialité d’un Aldrich ou d’un Mocky, et une sous-couche qui transparaît par endroits (on la perçoit davantage à la seconde vision) et correspond à quelque chose de plus doux, de placide (ce à quoi s’oppose Damiens), qui donc ne renvoie pas directement au versant lunaire du burlesque, mais plutôt à certains Chabrol ou à Kaurismäki.

Anonyme a dit…

Dites Buster, vous prenez combien sur les recettes du film?

Buster a dit…

0,5% pourquoi?

Anonyme a dit…

De rien

François Damiens a dit…

Toujours rien compris, moi !

Anonyme a dit…

C'est vrai que vous prenez 0,5 % ?

Pierre Léon a dit…

Difficile de faire pire que Cent sept boules noires. Si : Fedora. O égarés

un spectateur désabusé quant au mauvais goût qui règne. a dit…

Bon le film est une véritable abomination, l'esprit n'y souffle pas.
Merci de ne pas envisager ce point de vue tandis que je conçois très bien que vous puissiez l'aimer.
Cela dit, quelques choses me laissent perplexes:
- deux fonctionnaires de police utilisent l'expression "au jour d'aujourd'hui", est-ce une façon de typer?
- deux femmes, Belkacem et Virginie, utilisent le mot "empêchement", est-ce une façon de typer.
- était-il bien nécessaire de situer le film parmi des familles algériennes de la banlieue lilloise quand cela n'apporte strictement rien au film mais n'est qu'un d'embarrassement. Heureusement que Bozon reconnaît qu'il ne connaît rien aux algériens (et préservez mon coeur fragile, ne me parlez pas de "question algérienne"), mais alors pourquoi, pourquoi?
- A quoi riment ces discussions stupides sur Rachida Dati?
- peut-on dire que le film est raciste?

On a droit en fin de compte à un sous-sous épisode de Jean-Pierre Mocky présente, même diction artificielle, même volonté de colorer le dialogue, sauf que Mocky a quand même plus d'oreille, avec un peu d'Hadjewich "thrown in"; les multiples plans de la butte peuvent y faire penser, tout comme la mise en scène "frontale". On pourra noter l'absence TOTALE de montage, Bozon coupe presque quasiment toujours en fonction des dialogues, à de rares exceptions près (quand Kiberlain vient frapper à la porte d'Huppert), ce qui a dû considérablement faciliter le travail sur le son. On peut aussi penser au gag de "l'Ibis Rouge", avec Michel Simon et son fils noir. Puéril et stupide, j'ai mal à mon cinéma français.

Buster a dit…

"Si Fedora"... fa-ré-do-si

Deux Rémi deux... do-ré-mi-do ;-)

Anonyme 1 (crédule) > c'est aussi vrai que je m'appelle Delorme

Anonyme 2 (désabusé) > ce film je conçois très bien que vous ne puissiez l'aimer (j'y reviendrai)

Lucie a dit…

Bonsoir Buster,

J'adore "Tip Top" et "Tirez la langue, Mademoiselle". Les deux films sont complètement différents mais ils se répondent, comme s'ils étaient inversés l'un par rapport à l'autre.
Chez Ropert: 2 hommes/1 femme, le folk, Paris, le quartier chinois.
Chez Bozon: 2 femmes/1 homme (Damiens), le rock, la province, la communauté algérienne.
Le contraste est saisissant quand on voit les deux films l'un après l'autre, mais ça donne aussi plus d'éclat à chacun.

Buster a dit…

Merci Lucie, tout ça est bien vu. On peut pousser plus loin en comparant la relation fusionnelle qui existe entre les deux frères de Tirez la langue et l’effet de mimétisme que produit Huppert sur Kiberlain dans Tip top, deux mouvements qui s’opposent en termes d’espace, espace commun, fusionné, se scindant en deux espaces autonomes dans le film de Ropert, l’inverse dans le film de Bozon. Dans Tirez la langue la "libération" des deux frères doit passer par la rivalité amoureuse, alors que dans Tip top, c’est l’admiration qui est le moteur de la "transformation" de Kiberlain en Huppert. Il y aussi des éléments communs aux deux films: Younès l’indic de Tip top est diabétique comme la fillette de Tirez la langue, et je trouve le petit garçon franco-algérien du film de Bozon assez proche de l’ado asiatique du film de Ropert. Tiens un quiz… Dans les deux films il y a un rapport à la Turquie. Dans Tip top c’est la chanson rock sur laquelle danse Younès, mais dans Tirez la langue?

Anonyme a dit…

"je trouve le petit garçon franco-algérien du film de Bozon assez proche de l’ado asiatique du film de Ropert."

voilà résumé en une phrase ce qui m'embête dans Tip-Top (entre autres choses, n'sxagérons-rien).
Peut-être que je suis influcencé par cette interview faite à Cannes, où Bozon parle du "petit arabe" dans Hadjewich.
Honnêtement, je ne veux pas chercher d'esprit, et s'il y a bien quelqu'un qui va être emporté dans ses paroles, c'est bien Bozon, n'est-ce pas?
Mais dirait-il "petit français", "petit africain", qu'est-ce que cette expression vient faire là.
Voir sur youtube donc.

Lucie a dit…

La Turquie dans "Tirez la langue..."? Franchement je ne vois pas.

Buster a dit…

Rien de dénigrant dans ma phrase, je rapprochais seulement la tristesse qui se dégage des deux personnages.
A vrai dire j’ai du mal à comprendre ce qui vous indispose dans cette représentation. Le regard de Bozon n’est pas neutre, fort heureusement, il témoigne seulement d’une réalité sociale qui touche à la question de la mixité. Bozon ne juge pas, ne stigmatise évidemment pas, mais son film n’est pas non plus empreint d’angélisme gnangnan, il intégre simplement la présence arabe, et plus précisément algérienne, dans la société française, comme la composante d’un paysage, marquée par l’Histoire, la violence, l’incompréhension mais aussi la séduction... dans le cadre d’un polar qui plus est burlesque. Ca relève de l’absurde, mais absurde ne veut pas dire stupide (on peut raisonner par l’absurde). S’il y a quelque chose d’absurde dans le fait, par exemple, que le contrôleur général de la police soit joué par un Arabe à l’accent prononcé ou que les femmes françaises du film aient toutes des compagnons arabes… ça ne veut pas dire que les Arabes sont partout, point de vue raciste, ça ne veut pas dire non plus que les Arabes sont aujourd’hui comme n’importe quels Français, point de vue simpliste voire démago, mais que la place de l’Arabe dans la société française reste toujours un sujet sensible qui exacerbe les passions (quelles qu’elles soient).
A partir de là, on peut interpréter le film comme on veut, mais pour moi l’idée est qu’en plaçant l’Arabe aux deux extrémités de la hiérarchie de la police (tout en bas l’indic, tout en haut le chef) Bozon ne se contente pas de malmener les codes, il casse aussi du cliché. Car si un Arabe indic ça relève du cliché, un commissaire divisionnaire arabe c'est l'inverse, ça annule en quelque sorte le cliché. Idem quant aux relations conjugales: le cliché de la femme "soumise" à son époux arabe, volontiers machiste, se trouve démoli (à coups de marteau?) par le rapport inversé qui existe entre le personnage d’Huppert et son Gerald, joué par Nacéri… On peut trouver la représentation grossière, grotesque, mais c’est justement ça le burlesque.
(et si on me dit que j’enfonce des portes ouvertes, je répondrai que ça aussi c’est burlesque)

Lucie > un indice: le rapport à la Turquie est médical dans le film d’Axelle Ropert.

Anonyme a dit…

Buster, vous enfoncez des portes ouvertes et ça n'a rien de burlesque.

... a dit…

Rendons les choses plus compliquées, on sait qu'en France, il y a beaucoup de français d'origine non seulement algérienne, mais kabyle.
Est-ce que parler d'"arabe" n'est pas du simplisme, voire même de l'ignorance pure et simple dans ce cas-là? Enfin, votre définition d'arabe me semble à la fois erronée et excessivement lâche.
etc

Buster a dit…

OK, mais c’est justement parce que je parle des clichés, qui amalgament arabe et musulman, arabe et maghrébin, arabe et algérien, etc, que je m’en tiens au terme très général d’Arabe...

Lucie a dit…

En tous les cas, je n'ai rien vu de turc dans le film de Ropert ?

Avez-vous vu le Desplechin, Buster ? Il faisait partie de votre liste de films attendus. Moi j'ai beaucoup aimé.

Buster a dit…

Hé hé... Tirez la langue mademoiselle, pour que je puisse la donner au chat :-)

J'ai vu le film de Desplechin, je l'aime bien aussi, ce qui n'est pas le cas du Woody Allen, très mauvais, et du film de Justine Triet, du cassavétisme mal digéré, encore que je m'attendais à pire (les acteurs sont pas mal), et puis c'est un premier film, on peut être indulgent...

Griffe a dit…

On se rejoint valzeur, vous et moi : valzeur a détesté le Woody Allen et moi j'ai beaucoup aimé le Desplechin ! Vous allez écrire quelque chose sur Jimmy P. ?

Lucie a dit…

Oui je donne ma langue au chat (il n'y a que moi que cela intéresse, apparemment. ;)

Il est si mauvais que ça le Woody Allen ?

Buster a dit…

Le Woody Allen est épouvantable, mal écrit, sans inspiration, Cate Blanchett en fait des caisses, jasmin fâné, bref le film est totalement creux, c’est Un tramway nommé désert.

Oui Griffe, je compte écrire sur Jimmy P. peut-être ce soir…

PS. Lucie, la Turquie dans le film de Ropert, c’est la maladie de Behçet (il en est question dans le passage où Kahn enregistre un courier au dictaphone, Behçet était un grand dermatologue turc), cela dit, en parler n’a aucun intérêt, c'était juste un clin d'oeil.

Anonyme a dit…

Vous avez lu ? Skorecki a aimé Tirez la langue et détesté Solférino : http://skorecki.blogspot.fr/2013/09/skorecki-va-au-cinema.html

Buster a dit…

Ha ha... je ne suis pas surpris.

Plus étonnant par contre le fait que Skorecki qui ne va quasiment jamais au cinéma ait eu envie d'aller voir Solférino, juste pour vérifier à quel point le film était "horriblement mauvais".