jeudi 5 septembre 2013

Dites aaaah...

Tirez la langue, mademoiselle d'Axelle Ropert.

Il y a Dimitri, droit comme un i, voix claire et regard embrumé, et Boris, allure fatiguée, voix sourde et regard acéré. Ils sont frères, médecins, ne pensent qu'à leur métier, travaillant sans compter dans le même bureau (un bureau tout bleu), inséparables, jusqu'à faire leurs visites ensemble. Et puis ils rencontrent Judith (la maman d'une petite malade), beau cygne de la nuit aux couleurs rouges, dont ils tombent amoureux... On ne fera pas injure au personnage de Louise Bourgoin en disant que des deux histoires d'amour (amour au sens large), celle qui se noue (difficilement) entre la jeune femme et un des deux frères ne soutient pas la comparaison avec celle qui existe déjà, et se trouve pour le coup mise à mal, entre les deux frères. La force du film réside en premier lieu dans cette inversion du schéma habituel, qui voit l'intrigue amoureuse passer à l'arrière-plan (ce qui fait - bénéfice appréciable - que le "triangle amoureux" se limite à presque rien, juste quelques mots, quelques regards, et que ceux qui espèrent des scènes d'affrontement, eh bien, en seront pour leurs frais), le récit privilégiant le lien étrange qui unit les deux frères (c'est en ce sens que le film rappelle Faux-semblants de Cronenberg, mais l'analogie s'arrête là), et, plus généralement, ce qu'on appelle l'amour-amitié: la scène où Charles (Serge Bozon), l'ami commun atteint de sclérose en plaques, annonce soudainement - alors qu'il est en train de dîner avec les deux frères dans leur cabinet - qu'il s'est pissé dessus et que, se sentant sale, il préfère rentrer chez lui, est un petit miracle de tendresse et d'émotion contenue.

Tirez la langue... est empreint d'une douceur quasi ozuienne, au sens où ce qui prime, c'est moins la violence des sentiments - qu'on devine sans qu'il soit nécessaire de l'exacerber (on n'est pas chez Desplechin) - que toutes ces turbulences qui agitent les personnages, les faisant passer par tous les états (d'âme) possibles, de l'inquiétude à l'euphorie, de l'espoir à la désolation... Ozu donc, mais aussi les grands songwriters, le côté dénudé de leurs chansons d'amour, dénudé comme on dit d'un fil électrique (attention aux coups de jus!). A ce titre, Tirez la langue... prolonge Etoile violette, Tim Hardin ("Hang on to a dream") prenant le relais de Jackson C. Frank ("Milk and honey"). Soit un mixte de douceur et de douleur, la mélancolie sur sa pente la plus douce, et non au bord du précipice (on n'est pas non plus chez Garrel), une mélancolie qui trouve dans les lumières de la nuit ses plus beaux éclats. On pense encore à Ozu (les enseignes lumineuses, la géométrie des lignes - ça se passe dans le XIIIe avec ses tours et son quartier chinois), on pense aussi à Guiguet (Faubourg St Martin): même nuit bienveillante dans laquelle les personnages semblent trouver refuge (les deux frères se nomment Pizarnik, écho à la poète argentine?).

Simplicité et paradoxe. C'est, je crois, ce qui définit le mieux le cinéma d'Axelle Ropert. Simplicité hawksienne (on peut voir le film comme une variation de la Captive aux yeux clairs, sur le thème de l'amitié masculine et de la rivalité amoureuse) et paradoxe romanesque: le motif de l'alcoolisme - motif qui, lui, renverrait plutôt à Rio Bravo - se réduit ici à quelques réunions d'Alcooliques anonymes, comme si l'alcool coulait hors-champ, dans la solitude et le chagrin, espace de déréliction, trop intime pour qu'on s'y aventure; à l'inverse, l'amour et ses déclarations impromptues, à la Truffaut, témoignent d'un élan brutal, sans garde-fou, où l'on va droit au but, comme on va droit au cœur. La beauté du film repose sur cet équilibre, fragile et mystérieux, entre d'un côté: la rigueur de l'écriture, les codes (hérités du cinéma américain classique - pas question de céder aux effets de mode), une sorte de déontologie cinéphile; et de l'autre: les petites échappées, ces moments du tournage où, en plus de l'émotion, quelque chose se libère, moments de grâce et de magie (Judith seule dans son vestiaire, Dimitri découvrant Boris et Judith ensemble au bar du club, Boris tombant dans les bras de Dimitri, les deux enfants dans la boutique de bubble tea...). Il n'y a pas loin finalement entre l'attention que porte la cinéaste à ses personnages et celle d'un médecin pour ses patients. L'empathie oui, bien sûr... mais, plus encore, un même geste, celui qui relève du soin. Faire exister un personnage, c'est savoir en prendre soin...

Bonus: Mon Dieu mon amour, par Barbara Carlotti (en duo avec Philippe Katerine).

59 commentaires:

Lucie a dit…

Aaaaaaah...

Anonyme a dit…

La ba fait penser à Coeurs qui se passait dans le 13ème aussi.
Il y a une scène où Bozon se pisse dessus?
ça me fait penser à la scène où Jacques Nolot se chie dessus dans Avant que J'Oublie. Réminiscence ou pas alors?
La fille atteinte du diabète me fait penser à la petite fille sourde de Take Shelter, mais rien à voir.
Ce qui est amusant, c'est cette façon de faire de Roppert, d'écrire des films comme des recettes avec des ingrédients.

Lucas a dit…

Beau texte sur un beau film, très sensible, mais la fin est un peu ratée, vous ne trouvez pas?

Anonyme a dit…

Une hypothèse en passant : Bozon serait une sorte d'ami imaginaire inventé par les deux frères dans leur enfance (en dehors des deux frères personne d'autre ne le voit), et qui témoignerait de leur relation fusionnelle.

Buster a dit…

Lucas > la fin, je n’en parle pas dans mon texte, pour qu'on ne m'accuse pas encore de "spoiler comme un porc"!
Disons que cette fin est dédoublée, avec un versant heureux pour l’un des frères, happy end auquel on ne croit pas trop, et un versant malheureux pour l’autre, pour qui on craint le pire. Mais l’important c’est le fil renoué entre les deux frères, malgré la distance géographique. Et puis voir aujourd’hui quelqu’un écrire une lettre à son frère, à l’ère des téléphones mobiles et des SMS, une lettre où l’on souhaite le bonheur à l’autre, alors que ce bonheur fait votre propre malheur, je trouve ça magnifique... bon j’arrête, j’en ai déjà trop dit!

Anonyme de 14:20 > Hypothèse séduisante, qui collerait avec le sentiment d’étrangeté que le film dégage par moments.

valzeur a dit…

Hello Buster,

Bon,j'ai envie d'apporter un peu de contradiction, même si TLLM est un film plus que décent (ou disons décent) surtout au vu de la concurrence française (ce que Griffe a décrit du Solférino Macaigneux me donne envie d'y courir pour jubiler d'horreur). Je trouve toutefois que comme le disait Murielle (et non pas Mireille, désolé, Murielle, c'est le dommage collatéral de mes nouveaux - et premiers - verres progressifs) en parlant du traitement de l'alcooolisme, le corps dans tous ses états n'est pas forcément ce que Ropert filme le mieux (litote). La profession des frères Pizarnik (gag lassant des consultations à deux, hommage Farrellien oblige) les amène donc à croiser des cas pathologiques : une diabétique, une scléorse en plaques, un maniaco-dépressif (si je me souviens bien) - sans compter l'alcoolisme du frère - tous interchangeables dans leur inscription à l'écran. Je ne demande pas que TLLM soit Alabama Monroe (vu hier, par dépit l'avant-1ère de Tip-Top était complète et/ou VIP) où le cancer d'une enfant est traitée à grand coup de postiche en cheveux filasses et maquillage de mort avancé (ce film est d'ailleurs entré directement dans mon top 3 de l'horreur cette année - avec Elysium, désolé Albin...). Mais quand même, les personnages ropertiens n'ont pas beaucoup de corps. Ils flottent dans un XIIIème pas mal filmé, juste correct (comparer avec Un Petit Cas de Conscience de Marie-Hélène Treilhou, qui se passe dans le même quartier, et qui est un film absolument magnifique de culot fauché avec des acteurs - tous metteurs en scène - qui jouent à côté de la justesse mais sont pleinement vivants). Il y a une politesse feutrée chez Ropert qui la fait se refuser à tout sentiment violent (ou alors traité par la bande et la bande de la bande) et aboutit à un film-tisane tout à fait acceptable (tiens, de la mauve par exemple) supérieur à Wolberg, mais très inférieur à Etoile Violette (mauve en mieux) pour laquelle j'ai un goût inexplicable. J'ai l'impression que Ropert choisit des sujets qui ne lui conviennent pas (au moins pour ses longs), comme si elle voulait se malmener et renonçait finalement, se réfugiant dans une cinéphilie polie et quand même mieux "gérée" qu'au hasard Zlotowski. Mais ce cinéma qui filtre la vie à partir d'autres films pour n'en laisser qu'un arôme discret commence à devenir terriblement lassant.

Buster a dit…

Salut valzeur,
La cinéphilie de Ropert, on ne peut la nier, mais pour rester dans l’image de la tisane, elle infuse davantage ses films (de manière presque inconsciente) qu’elle n’y apparaît à grands coups de citations et de références manifestes. J’évoque Ozu dans mon texte parce que ça me plaisait de l’évoquer, j’aurais pu aussi évoquer Tourneur, le Tourneur nocturne, mais c’est davantage du côté de Naruse qu’il aurait fallu aller, les reproches qui sont faites au cinéma d’Axelle Ropert (discrétion, modestie, monotonie, demi-teinte…) étant précisément ce que disait la critique à propos des films de Naruse (Narboni parle je crois d’admiration diminuée).
Et puis c’est une question de goût et de sensibilité, c’est son antinaturalisme viscéral (à ce niveau, on n'est plus dans la demi-mesure) qui conduit Axelle Ropert à filmer ainsi les corps, qui fait qu’on ne verra jamais boire Dimitri (pas plus qu’on ne verra des ébats amoureux). Pour ma part, ça me convient, car je n’aurais pas supporter une approche davantage clinique de la maladie…
Pour Axelle Ropert, le cinéma c'est le cinéma, avec la part de rêve que cela suppose, ce n'est pas la vie.

PS. On est d’accord sur Un petit cas de conscience de Treilhou, un film que Ropert aime beaucoup d'ailleurs (si je me souviens bien)

valzeur a dit…

Hello Buster,

Vous avez tout à fait raison sur la façon dont Ropert évite la citation et sur son refus du naturalisme. Et l'ellipse sur la scène d'amour ente Kahn et Bourgoin est particulièrement bienvenue : pour tous les heureux qui n'ont pas vu Alabama Monroe, la malheureuse actrice principale doit jouir deux fois sur l'écran dont une en pleurant (sans commentaire). Mais rapprocher Ropert de Naruse - qui est IMMENSE - me paraît bien osé, Buster. Des films comme Nuages Flottants ou le Sifflement de Kotan vous laissent le coeur brisé, en miettes. Qui aujourd'hui peut arriver ça ? Personne... (cela me fait penser que l'une des plus grandes actrices du monde, Hideko Takamine, est morte il y a trois ans dans l'indifférence générale).
Oui, j'imagine aussi que Ropert aime Un Petit Cas de conscience ; Bozon en avait fait un des ses 10 meilleurs films des années 2000 (ce qui nous fait au moins un point commun).

confidential - trepor :-D a dit…

Ai donc vu "La langue", hier soir !

Eh bien, pour ma part, je suis plutôt emballé !

Loin d'être parfait, et tout, et tout, mais quand même, de la très bonne tenue !-D

En gros, ce que j'aime, contrairement à tout ce qui me hérisse dans le "cinéma hexagonal" (euh, Pierre, cette expression est encore pire que "cinéma français", non ?-], c'est qu'elle, au moins, ne singe pas (les aînés), ne triche pas (avec les sentiments), ne crâne pas.

Bon, il y a quand même un côté "propre sur soi", un peu trop voyant, mais, pour moi, c'est véniel. L'expression "film-tisane" de valzeur (ici, plutôt bien inspiré) colle assez, il faut reconnaître. Cepedant, j'y vois là plus de tact, qu'autre chose - genre, de la préciosité, ou quoi !-]

Par exemple, je songe à la façon (culottée ?-] dont elle a traité la "scène de lit", quasi obligatoire, pour le genre en question : Louise Bourgoin allongée, les cheveux défaits. Et lui, qui dit : j'aimerais te voir comme ça jusqu'à la fin de mes jours...

Moi, je trouve ça hyper-classe !!!-D

PS : bon, valzeur, même si ne nous accorderons pas sur le Blomkamp (pas bien grave, du reste), au moins, je vous suis en grande partie sur Jeûne & Jolie ;-D

Buster a dit…

Je parlais de Naruse en référence surtout à la réception critique de ses films, après c'est sûr, évoquer les maîtres c'est toujours un peu écrasant, c'est un réflexe de cinéphile, mais bon, il y a de ça quand même dans le cinéma d'Axelle Ropert, au niveau du tempo...

Salut Confidential trepor (j'imagine que tu fais allusion à Exella Trepor, le surnom que prenait Axelle Ropert à la Lettre pour signer ses chroniques Movie-clubbing), tu as raison de parler de tact... du coup ça me fait penser à Baisers volés, la différence entre tact et politesse dans la lettre envoyée par Seyrig à Léaud. Chez Axelle Ropert aussi il s'agit plus de tact que de politesse.

Buster a dit…

Oups, j'ai supprimé sans le vouloir le message de celui qui me parlait du dernier album de Paddy McAloon, I trawl the megahertz, comme quoi c'était peut-être l'album de l'année...
La réponse est que j'en sais rien vu que je ne l'ai pas encore écouté, mais j'ai quelques craintes, dans mon entourage on dit que c'est très pompier...

Au fait, comment elle va Lucie?, depuis son message agonisant qui ouvrait le fil, on n'a plus de nouvelles ;-)

Anonyme a dit…

Désolé pour le h-s, mais non, c'est un nouvel album de Prefab Sprout qui s'appelle Crimson/Red, où il joue de tous les instruments, avec des chansons relativement récentes contrairement au dernier, sorti en 2009 et qui datait de 1992.
Les chansons sont somptueuses, l'album est disponible sur le net depuis février, avant que quelqu'un n'en fasse la remarque sur un forum, personne ne l'avait vu, et un mois plus tard, on a annoncé qu'un album sortirait.
Toutes les chansons sont déjà sur youtube.

valzeur a dit…

Elle est très bien, la scène que vous décrivez, Albin (et puis, Louise Bourgoin n'a jamais été aussi belle et mieux filmée). Il y a des jolies choses dans TLLM, mais elles sont trop disjointes. Je me souviens notamment d'une très belle scène entre Bourgoin et Kahn, gâchée par un rire faux que Ropert fait prendre à Bourgoin en plein milieu (désolé de ne pas être plus précis, j'ai vu le film il y a deux mois).
Grand mystère quand même : le casting de Kahn - qui est plutôt bon acteur, par ailleurs. J'imagine que son cinéma représente tout ce que Ropert déteste.
Et Albin, il faudra m'expliquer ce que vous trouvez à Elysium. Ce mélange d'ultra-violence et de niaisierie culculine m'a porté sur le coeur. C'est quand même un film où on vous montre quasi en gros plan un visage explosé à la grenade et où s'on apitoie pendant de longues minutes sur une enfant- Mc Guffin cancéreuse qui existe autant qu'un ours en peluche. Les acteurs sont mauvais comme des cochons (principalement Foster, on dirait Michelle Alliot-Marie). Le scénario est tellement inepte qu'à côté, celui de Métropolis, c'est de la dentelle, du Marivaux. Et pour ce qui est de la "puissance visionnaire", Blonkamp est malheureusement un ver de terre à côté de l'étoile-Lang. De mon point de vue, le pire blockbuster de l'été (bon, je ne les ai pas tous vus, faut pas pousser quand même).

Buster a dit…

Ok anonyme, j’avais lu trop vite… j’ai écouté des extraits, quelques chansons m’ont déjà accroché, comme The best jewel thief of the world et surtout Mysterious, c'est bon signe.

En ce moment je suis en plein trip chillwave avec Paracosm de Washed Out.

Hé valzeur, si le rire de Bourgoin fout la scène par terre c’est pas la faute à Ropert! :-D
Cela dit je ne vois pas de quelle scène il s’agit…

Sinon il paraît que sur le tournage Cédric Kahn était assez pénible, ronchonnant parce qu’Axelle Ropert ne faisait que des plans séquences. D’ailleurs ce n’est pas lui qui devait jouer au départ (c’est comme François Damiens dans Wolberg, remplaçant au dernier moment Didier Bourdon qui avait fait faux bond), mais je ne me rappelle plus qui était prévu…

Lucie a dit…

Je vais très bien Buster, merci. Mon message n'avait rien d'agonisant, c'était un « aaah » d'admiration, et d'admiration totale pas « diminuée ». Pour moi « Tirez la langue, Mademoiselle » est le plus beau film français que j'ai vu cette année.

« Même nuit bienveillante dans laquelle les personnages semblent trouver refuge », la phrase est belle et si juste. Mais pourquoi dites-vous que vous ne croyez pas au happy end amoureux ?

§ a dit…

J'aime beaucoup le film, pour les mêmes raisons que vous, Buster. Mais je nuancerais : je l'aime malgré ses défauts, ses irrégularités, qui font que nous sommes quand même bien en dessous de Naruse, Ozu, Tourneur ou Truffaut (pour reprendre quelques noms cités ici de façon écrasante).

Le scénario est assez bancal, avec des rebondissements attendus et des dialogues parfois lourdeaux. Je n'aime pas tellement la photographie, qui me fait songer à celle des derniers Resnais (Coeurs, surtout).
Il me semble aussi que Bourgoin est une erreur de casting, elle a certes une présence (sa première apparition muette dans la rue est très belle) mais elle se contente d'appuyer les dialogues (en gros : elle souri quand c'est drôle, elle prend un air grave quand c'est triste, elle a l'air ému quand c'est émouvant). Elle gâche une scène sur deux, et empêche que son personnage apparaisse autrement que comme un faire-valoir à l'histoire très émouvante des deux frères. (Le fou-rire dont parle Valzeur a lieu dans le scène presque finale à l'hôpital, lorsqu'elle dit à Boris qu'il a besoin d'un médecin : effectivement, c'est pas futé de la faire rire à ce moment-là, ou en tous cas d'avoir gardé cette prise).
J'aime beaucoup certains personnages secondaires, et les acteurs qui les interprètent : Key, le patient alcoolique, la secrétaire, l'ami qui a la sclérose en plaques. Par contre, je trouve assez grossier que l'ex-mari de Judith soit d'emblée antipathique et peu séduisant, condamné d'avance par le scénario sans que l'on puisse comprendre le trouble de Judith au moment de son retour (erreur de casting, là aussi).
Le duo Stocker/Kahn fonctionne très bien, alors qu'il semble à priori très improbable, ou peut-être justement parce qu'il a la singularité de l'improbable (tandis que Bourgoin semble interchangeable avec n'importe quelle petite actrice française). Kahn n'est pas meilleur acteur que Bourgoin mais sa maladresse bourrue est rapidement assez touchante.

Deux scènes très belles : lorsque Dimitri déclare sa flamme à Judith pendant que Boris l'attend en bas (c'est d'ailleurs la seule scène dialoguée où Bourgouin est bien), et le formidable dialogue entre Key et Alice dans le bar à smoothies.

Je me suis demandé si Dimitri était réellement alcoolique ou s'il faisait croire qu'il l'était, notamment pour aller aux AA. Peut-être qu'il se vit alcoolique sans l'être réellement. C'est ça aussi le tact : maintenir une part de doute, de secret.

Malgré mes réserves, je me sens mille fois plus proche de ce film que de l'hystérie sociologique de La Bataille de Solférino. Sans parler de la dernière horreur de Claire Simon.

§ a dit…

Deux autres choses :
La musique de Benjamin Esdraffo, discrètement Deleruenne, est très belle, ainsi que son utilisation, transition Trufaldienne. (Par contre j'ai beaucoup de mal avec Carlotti, pour moi, c'est comme Bourgoin : je préfère quand elle se tait…).

Sur le corps, vous avez raison, il y a un refus de la trivialité qui me plait bien. Mais il ne faut pas oublier la peinture anatomique dans le cabinet des médecins, qui fonctionne comme une vanité. Une façon de dire : le corps c'est ça et pas autre chose, pas la peine d'en montrer plus. D'ailleurs, même entre les médecins et les patients passe bien plus qu'une histoire de corps à guérir. Cet attachement des médecins à leurs patients est très beau, si peu contemporain et si peu parisien ! On pense aux médecins des westerns ou des Americana (Stars in My Crown...), ça renforce le côté "village" du quartier qu'elle filme. Peut-être que cet écorché est aussi un autre "clin d'oeil" à Faux-semblants (au générique, notamment).

Buster a dit…

Lucie > vous me forcez à spoiler la fin, donc j’y vais mais j’ai prévenu:
des deux versants , il y a du côté du frère, comme un sentiment d’éternité, Boris et Dimitri ne se reverront sûrement jamais (la lettre a tout d’une lettre d’adieu), mais le lien n’en sera que plus durable. Du côté de Judith, les retrouvailles ont quelque chose d’un peu forcé, on n’a pas l’impression que l’amour est appelé à durer très longtemps. Son retour coïncidant avec le "départ" de l’ami commun, on peut y voir comme un passage de témoin, mais en termes d’intensité, les deux scènes ne coïncident pas, comme si l’amour-désir ne pouvait remplacer véritablement l’amour-amitié.

§ > Oui, il y a une maladresse dans le jeu de Bourgoin, c’est évident (son interprétation n’est pas très nuancée, mais ce n’est pas non plus miss météo, l’air gai quand il fait beau, l’air triste quand il fait mauvais), pour autant ça ne m’a pas trop gêné, peut-être parce que d’emblée son personnage ne m’est pas apparu comme le plus important du film. Pour moi, il n’est que l’élément nécessaire à l’éloignement des deux frères. C’est pourquoi je ne crois pas à la fin heureuse entre elle et un des frères (mais c’est vrai aussi que Bourgoin ne joue pas très bien la scène, quand elle dit "j’aime tes yeux, j’aime tes mains"... ça vient après l'éclat de rire (je me souviens maintenant), qu'on peut trouver maladroit parce que la scène fait suite à celle, très émouvante, avec Charles dans son lit d'hôpital (mais d'un autre côté, Judith n'est pas censée connaître la gravité de la situation, elle est toute à sa joie de retrouver Boris, d'où l'aspect presque infantile de sa blague).

Quant à la représentation du milieu médical elle est totalement idéalisée… on est dans une vision non seulement dédoublée mais quasi primitive de la médecine: la dimension sacerdotale, le dévouement, le serment d’Hippocrate respecté à la lettre… L’écorché peut-être vu aussi comme le contrepoint du personnage de Judith, la planche d’anatomie vs la belle femme…

§ a dit…

Effectivement, Bourgoin ne gâche pas le film, seulement quelques scènes. Et puis ce n'est pas que de sa faute, les dialogues ne sont pas toujours géniaux. Par exemple, la scène du restaurant est vraiment très moyenne en tous points, ou celle de la déclaration de Boris à Judith dans le bar. Alors que ce sont quand même, des scènes essentielles. Et vous ne trouvez pas dommage que Judith ne soit justement que "l’élément nécessaire à l’éloignement des deux frères", comme vous le dites bien ? Cette façon de moins s'intéresser à un personnage qu'à un autre me semble contradictoire avec le projet de Ropert, qui sait par ailleurs formidablement bien faire exister la plupart des personnages secondaires. Si ça avait été Déborah Kerr, on n'aurait certainement pas eu ce sentiment...

Ces imperfections ne m'empêchent pas de beaucoup aimer le film, alors que les "perfections" de tant d'autres me laissent froid, car elles sont inhérentes aux risques que prend la réalisatrice, assez précieux dans le cinéma français actuel.

Buster a dit…

On en revient toujours à ma distinction entre personnage principal et personnage central. Pour moi, il y a deux personnages principaux (Boris et Dimitri) et un personnage central (Judith), l’axe autour duquel s’organise le récit… Axelle Ropert s’intéresse à tous les personnages, forcément, mais il est clair que la relation entre les deux frères est beaucoup plus stimulante, déjà en termes d’écriture. Maintenant, j’ai cru comprendre que Louise Bourgoin était très angoissée sur le tournage, doutant en permanence d’elle-même, et cela doit transparaître à l’écran (je n’ai vu aucun de ses autres films)… La réalisatrice a dû jouer de ça (d'autant que diriger les acteurs et multiplier les prises, ce n'est pas son truc), ce qui donne un personnage mal à l’aise, hésitant, qui peut-être n’était pas exactement celui envisagé sur le papier, mais bon, on est d’accord, ça ne nuit pas à la grande qualité du film.

valzeur a dit…

Re,

Marrant, §, je ne parlais pas de la même scène que vous - même si dans celle que vous décrivez, le rire est un problème - mais d'une autre (où en fait de rire, c'était peut-être plutôt un bruit de gorge, quelque chose en tout cas de très "écrit" et avec lequel Bourgoin n'était pas à l'aise - certainement dans la scène de déclaration).
Pour, pour qui a vu la Fille de Monaco - une abomination - il est évident que Louise Bourgoin a fait d'énormes progrès, et qu'elle porte un personnage délicatement improbable, ce qui n'est pas simple.
L'usage de l'écorché en affiche est plutôt fort, même si le contrepoint se voit comme les sinus au milieu du crâne (je file la métaphore)
De même, le personnage de la secrétaire amoureuse qui est totalement sacrifié par le film. De même qu'il y a dans le rapport des frère quelque chose qui ne prend pas (peut-être que, dans leurs scènes, Stocker est trop au dessus de Kahn en tant qu'acteur - les scènes entre Bourgoin et chacun des deux frères fonctionnent mieux, si je me souviens bien).
Dans le fond, je me demande si le problème avec Mademoiselle, c'est de ne pas oser jusqu'au bout l'impossibilité de la rencontre (un thème qui me semble parcourir la filmo de Ropert). C'est un "Coeurs" brisé, mais d'une oreillette seulement. Le Resnais était totalement bouleversant (c'est un des rares films récents à qui je peux accorder le terme galvaudé de "chef-d'oeuvre"), le Ropert est estimable, un peu transi mais pas trop.

Anonyme a dit…

Si ça avait été Deborah Kerr, le film se serait appelé "Elle et eux".

Buster a dit…

Le titre anglais du film d'A. Ropert c'est "Miss and the doctors"!

Quand je dis que le personnage de Bourgoin n’est que l’élément nécessaire à l’éloignement des deux frères, c’est un peu restrictif, il est plus que ça bien sûr, mais par rapport à ce que nous montre habituellement le cinéma du triangle amoureux, le personnage est plus en retrait, presque effacé, et c’est justement ce que je trouve très beau dans le film. C’est pourquoi le jeu un peu limité de l’actrice ne me gêne pas finalement, il crée un malaise qui va avec la tonalité du film. Et puis c’est pas si mal que les trois acteurs aient des niveaux de jeu différents, à partir du moment où les écarts ne sont pas trop grands, ça crée des variations dans la partition, comme des altérations, voire des bémols, ça participe au charme du film.

informatique - a dit…

[A]

Mon bon valzeur… comme vous me le demandez, pas trop désagréablement d’ailleurs – je vous le donne, mon avis (sur Elysium !-D

D’abord, ça m’embête un peu les comparaisons (surtout quand elles sont écrasantes) avec les grands maîtres du passé. Du reste, je ne suis pas un fanatique de Metropolis – même si, le concevoir en son temps, était assez remarquable, il faut bien reconnaître !-]

Chacun son époque, chacun son style.

Ensuite, comme vous, j’y trouve aussi pas mal de « défauts », de « crétineries », ou de « facilités », comme vous voudrez. Pendant la projection, certaines scènes m’ont même atterré, je dois bien avouer : par exemple, lorsque le personnage de Matt Damon, blessé, se dirige une deuxième fois à l’hôpital, et qu’il se vautre sur le trottoir, en tombant pile à ce moment sur son amie infirmière qui traverse la rue, et l’aperçoit ! Ou encore, avec la séquence qui suit : celle-ci arrive à le traîner jusque chez elle, alors qu’elle habite loin, et que lui – en demi-cyborg – peut à peine marcher ?!! Il y a également le moment où les soldats chargés de retrouver le « criminel » (« Matt Damon », quoi !-] colle des baffes à la mère… puis embarquent tout juste après la gamine (cancéreuse, donc) dans le vaisseau spatial : on ne voit pas bien pourquoi, en dehors de l’utilité scénaristique ?!! De même que la scène de combat sur la passerelle à la fin est invraisemblablement longue ?!!

Bref, au moins quatre ou cinq séquences (allez, en incluant l’histoire du médaillon, pour vous faire plaisir !-] incontestablement « con-cons » – « cul-culs » ou débiles, si vous voulez. Mais, il me semble, pas tant que ça non plus ! surtout par rapport au projet d’ensemble. Je dirais même que le cinéaste a eu « raison » (euh, selon moi) de traiter ces séquences ainsi. Ou de jouer avec ce mélange de registres, pour dire vite : « violence » et « candeur » (allez, « niaise » même, pour vous faire plaisir !-D

Pour deux ou trois raisons. La première ne vole pas très haut, je l’admets volontiers : c’est un blockbuster (non, ce n’est pas une info, je sais !-D mais, justement, ce prétexte sert à merveille le projet – c’est la deuxième raison : c’est une allégorie politique, toute simple(tte), mais tout à fait pertinente !-] Bon, ça encore, vous me direz que c’est gros comme une maison ! Disons-le alors autrement : c’est un traité d’insurrection contre l’ordre dominant (excusez, si c’est trop pompeux !-] Une fiction, qui passe certes par des biais simplistes, niaisouilles, mais qui donnent des clés pour prendre les armes, euh, uniquement pour se défendre (hein ?!-D contre l’asservissement, l’exploitation, l’aliénation, etc. Le sujet est vieux comme le monde, mais il y a de nouveaux éléments dans le traitement.

[fin de la première partie]

- et libertés !-D a dit…

[B] (suite et fin)

En gros, il est très fortement question des sociétés de contrôle – nous devrions être d’accord là-dessus ? Bien. Et, pour le dire plus grossièrement : des « dérives » programmés du capitalisme. Oui, je sais : on connaît, il n’y a rien de nouveau. Okay, okay… Sauf que le film montre plus clairement que beaucoup d’autres les finalités de la robotisation, de la communication, de l’informatisation.

Robot = flic, pour faire simple. Oui, bon, Robocop, c’est pas nouveau, etc.

Sauf que… les robots, ici, sont traités comme des domestiques, suivant des ordres humains. Une programmation, mieux : un formatage. Ce formatage, c’est aussi celui de la classe dominante. Que c’est ce formatage qui produit et perpétue les inégalités sociales. Lutter contre ce formatage, c’est aller vers une société plus juste. Le formatage va de pair avec un travestissement du langage. Voir l’enjeu autour du mot « citizen ».

Bref, posséder le format, ou le code, c’est dominer. Mais surtout, le « code », c’est le vecteur d’aliénation. Il faut donc arrêter de diffuser le « code », si on veut une société plus égalitaire, plus libre, etc. Ce n’est pas souvent traité dans les films de SF, je crois.

De même que je n’ai pas vu souvent de corps « customisé » (si je puis dire), sur lequel on greffe… un exo-squelette « (very) hi-tech », avec des effets spéciaux extrêmement rudimentaires ?! le tout, en moins de cinq minutes, dans un garage ! Les drones, ça doit déjà être plus courant.

Le tout permettant de « décupler l'action », si je puis dire ?!

Pour finir, cette allégorie, chargée de tant de « niaiserie », ne prend sens alors que – c’est encore mon humble avis – par rapport à la petite fable racontée par la fillette à Matt Damon : celle du rhinocéros et de la grenouille (c’est peut-être une autre bestiole, je ne sais plus trop à vrai dire !-]

Bref, pour un « divertissement », c’est quand même pas mal, je trouve !-D

Anonyme a dit…

des acteurs aux niveaux de jeu différents, je ne vois vraiment pas ce qu’il peut y avoir de charmant là-dedans, c’est plutôt l’inverse.
ou alors nous n'avons pas la même définition du charme

Buster a dit…

Mouais… ici il s’agit d’un charme indéfinissable.

Buster a dit…

Tiens pour prendre un exemple musical, Mon Dieu mon amour, la chanson qu’on entend dans le film (la scène du bar), Philippe Katerine n’est pas au niveau de Barbara Carlotti, c’est le moins qu’on puisse dire, la voix de Carlotti, bien placée, à la diction claire, c’est un peu Laurent Stocker, la voix de Katerine, hésitante, limite fausse, c’est un peu Louise Bourgoin, pourtant ça fonctionne, il naît du duo un charme qui n’est pas celui de chaque interprète pris séparément.

Anonyme a dit…

bof, pas convaincu

§ a dit…

L'accord entre la maitrise et la maladresse fonctionne beaucoup mieux entre Kahn et Stocker. Disons que le jeu Kahn est gauche et celui de Bourgouin est laborieux, on sent l'effort qu'elle fait pour atteindre une forme de maitrise tandis que Kahn assume une gaucherie qui devient constitutive du personnage. Je ne trouve pas que la maladresse de Bourgouin apporte quelque chose au personnage, elle me semble souvent à côté de la plaque, comme dans un autre film. Mais je ne veux pas m'acharner sur elle, je l'évoquais juste comme l'un des éléments qui font que le film n'est pas totalement réussi à mes yeux. Je pense d'ailleurs que les acteurs est l'un des grands problèmes du cinéma français actuel, et ce que je dis de Bourgouin je le ressens face à quatre acteur sur cinq devant un film français.

Buster a dit…

En fait je fais le malin sur le jeu des acteurs, pour le plaisir de la discussion, mais j’y suis assez peu sensible quand je regarde un film. D’ailleurs j’en parle rarement. L’important pour moi est ce que dégage l’acteur. Louise Bourgoin a pour elle une présence, son jeu est peut-être laborieux mais ça n’altère pas l’image de la femme belle, fragile et un peu perdue qu’elle est censée incarner. A ce niveau l’actrice et son personnage ne font qu’un. Au risque de choquer, je dirais que Bourgoin me touche davantage que certaines actrices au jeu pourtant assuré, comme par exemple Binoche qui me laisse complètement froid...
Sinon Stocker est évidemment extraordinaire. Et j’aime beaucoup l’interprétation de Bozon.

§ a dit…

C'est moins une question de jeu que de croyance. Je ne crois pas beaucoup à ce personnage de Bourgoin, et il me semble que ça vient en grande partie d'elle. Sur Binoche je suis totalement d'accord, elle était bien jusqu'à Mauvais sang puis elle devenu complètement nulle. Après, je suis comme vous, en général les acteurs ne m'intéressent pas pour eux-mêmes. A quelques exceptions près (notamment les grands comiques, ou les "acteurs-personnages" comme Léaud), ils ne valent que ce qu'en font les cinéastes (par exemple, je trouve Bonnaire formidable dans quatre ou cinq films et moyenne, voire mauvaise, dans tous les autres). Mais Ropert, qui adore les acteurs, ne serait pas d'accord avec nous...

Louise Bourgoin a dit…

"Pourquoi vous dites n'importe quoi?"

§ a dit…

Louise (nous ferons comme si vous étiez la vraie), souvenez-vous que dans le film vous lancez cette réplique, et ça en fait tout le sel, à quelqu'un qui ne vous dit certainement pas n'importe quoi.

Et puis dire n'importe quoi c'est la façon la plus joyeuse d'exprimer son scepticisme.

Anonyme a dit…

l'édito de Bonnaud dans les Inrocks de demain:

http://www.lesinrocks.com/2013/09/10/cinema/ledito-frederic-bonnaud-tirez-langue-mademoiselle-melo-lo-fi-11424514/

Buster a dit…

Louise, c’est vous que j’attendais... :-)

Le jeu de l’acteur oui, je ne m’en soucie pas beaucoup, ce qui m’intéresse c’est son corps, comment il occupe l’espace, son regard aussi... des fois ça tient à pas grand chose, chez Louise Bourgoin, c’est son regard trouble (elle doit être myope) et en même temps malicieux, encore que dans pas mal de scènes on a l’impression qu’elle a pleuré juste avant, comme si elle venait de se moucher... c’est le genre de truc que j’aime bien.

Merci pour l’édito: le fait que le film d’Axelle Ropert n'ait été retenu dans aucune sélection du dernier festival de Cannes est quand même sidérant, surtout lorsqu’on voit toutes les bouses qui s’y trouvaient!

valzeur a dit…

Hello Buster,

Sachant que Ropert écrit aux Inrocks cet édito perd un peu/beaucoup de son charme, si vous me permettez.

Buster a dit…

C’est pour cela que je ne parle que du problème des sélections. Que le film ait été refusé un peu partout (semble-t-il) à Cannes ou à Venise, parce qu’il ne serait pas dans l’air du temps, je ne comprends pas, surtout quand on voit certains films, censés eux représentés le top du cinéma français actuel (Denis, Ozon, Zlotowski, Simon, Bercot, Triet…)

suggestion a dit…

À voir aussi (sorti le même jour que le Ropert), le singulier "Vic + Flo ont vu un ours", moins sympathique que "Curling", très déroutant, et qui vaut largement plus le déplacement que les navets français que vous citez (et un peu de la revenante Romane Bohringer pour échapper à l'overdose de Léa Seydoux).

Clémentine a dit…

Heureusement que vous citez Ozon sinon on aurait pu vous accuser de misogynie Buster !

valzeur a dit…

Hello Buster,

Pour rebondir sur un post précédent (que je n'avais pas lu, le film n'étant heureusement pas encore sorti - j'aurais du profiter de ces innocents moments d'insouciance) et sur un prochain, Tip Top a enfin chu sous mes yeux. Disons pour l'heure - et avant de lire votre prose éclairée dessus - que ce film m'a semblé repoussant et exécrable. Quelque chose comme une limace géante faisant des claquettes devant vous (et vous sommé d'apprécier ça et d'applaudir). Un cauchemar. A son aune, je revois à peu près tout à la hausse, des pires horreurs de l'année (même Elysium et Alabama Monroe, et peut-être même, LE DUMONT !!! : vous vous rendez compte ?????). Et à côté de Tip Top, Tirez la Langue, Mademoiselle est un mélodrame flamboyant, du Sirk roulant une pelle à Minnelli, mais vous me direz que ça n'a rien à voir, et vous n'aurez pas tort.
Précision toutefois ; on ne peut pas qualifier le dernier Bozon de nul, épouvantable convient mieux. C'est un film dévoré par la mort et la décomposition qui vous sourit d'une bouche édentée. C'est vraiment IGNOBLE. Je vous laisse sortir les violons dessus, et je reviendrai avec de vrais (?) arguments après.

PS : Griffe pense peu ou prou la même chose, même si pour lui, ce film a tout de l'indé-navet français de base (j'ai l'impression qu'il trouve ça un poil moins pire que moi, mais peut-être lui fais-je un mauvais procès !)

Buster a dit…

M'étonne pas que vous ayez été horrifié mon pauvre valzeur, c'était pas un film pour vous (quoique)...
Ce qui est sûr c'est que Tip top ne supporte pas les réactions tiédasses, on aime ou on n'aime pas, c'est oui ou c'est non, hip hip hourra (c'est mon cas) ou hop hop horreur (c'est le vôtre).
Je revois le film ce soir, à suivre donc, sur le billet adéquat...

PS. Ignoble? oui au sens ancien du mot, ig-noble, de la noblesse mal-polie...

Griffe a dit…

Pardon de vous contredire tous les deux, mais comme je le disais tout à l'heure dans un mail à valzeur, je ne déteste pas, mais je n'aime pas non plus, bref je suis tiède.

Pour moi, Tip Top vient tout droit du cosmopolitisme affiché et du mauvais goût assumé des Beaux Gosses de Sattouf, sauf que les Beaux Gosses c'était réussi alors que Tip Top est lourdement déséquilibré :

1) par une intrigue mockyenne bidon qui oblige Bozon à tout résoudre comme il peut dans une dernière demi-heure lourdingue,

2) par une opposition assez malheureuse entre Maghrébins (à qui Bozon a demandé d'improviser : cf. les scènes complètement foireuses du pique-nique et de la salle des fêtes) et Français (aux dialogues au contraire surécrits et au jeu hyper-précis),

3) par une tentative de faire vivre une mise en scène coincée (les cadres, la mise en place des comédiens) par un montage violent, une lumière et une bande-son agressives.

En résumé, je ne trouve pas ça nul, j'y trouve pas mal d'idées de toutes sortes, c'est assez généreux et plein de bonne volonté, mais je ne trouve pas ça bon car quand même très volontariste et systématique. Par contre je le vois comme un film de transition : Bozon va persister et sûrement s'améliorer.

§ a dit…

"Une limace géante qui fait des claquettes" ? J'y cours !

Anonyme a dit…

Plus ce film divise ... et plus je l'adore! :-D

Bravo Bozon + Ropert!!

Anthony Prunaud.

Anonyme a dit…

On peut remarquer aussi à propos de Tip Top que Samy Naceri ne s'est pas plaint de tourner dans un film islamophobe sorti exprès un 11 septembre !

http://www.lemonde.fr/culture/article/2013/09/12/voyage-sans-retour-au-c-ur-d-une-polemique-entre-samy-naceri-et-son-realisateur_3476396_3246.html

Ouf !

Anonyme a dit…

"Une limace géante qui fait des claquettes".Ca fait penser à "Damsels in Distress"!

(désolé Buster, je sais que vous adorez le film :)

Buster a dit…

Hum...

"une limace géante qui fait des claquettes", valzeur a vraiment de gros problèmes avec ses verres progressifs... :-)
A part ça, j'ai revu Tip top, le film est encore meilleur à la seconde vision.

valzeur a dit…

Hello Buster,

J'ai des problèmes avec mon ordinateur, et j'attends votre post sur Tip Top pour réellement dégainer (je vous préviens, je vais être très très vilain).

Buster a dit…

J'ai pas peur.

§ a dit…

Vous ne serez pas seul, Buster : j'adore Tip Top.

Buster a dit…

Hé hé... merci.

(le texte en principe dans la journée)

reality is only temporary a dit…

Bonsoir, je voulais dire que pour ma part je trouve que Louise Bourgoin est très bien dans ce film. Que je suis content qu'il y ait enfin un bon film dans sa filmographie jusque là désastreuse et que c'est une actrice très prometteuse qui me rappelle Catherine Frot en moins bourgeoise mais au potentiel comique comme émouvant certain.
Par ailleurs j'ai vraiment beaucoup aimé "tirez la langue sur le pianiste", quasiment autant que "la famille wolberg" et "étoile violette", peut-être un peu moins que "tip top". Oui il y a des irrégularités, mais elles ne m'ont pas tellement gênées. Je trouve juste bizarre que le personnage de Bourgoin ne se fasse pas plus draguer, emmerder que ça par exemple, dans le bar où elle est pourtant la miss Cocktail la plus canon qui soit. C'est comme si son éclatante beauté n'existait qu'aux yeux des frères médecins. Je n'y crois pas trop. La lettre de Stocker à la fin est un des plus beaux moments.

Buster a dit…

"Tirez la langue sur le pianiste", pas mal...

§ a dit…

Catherine Frot et Louise Bourgoin ont en commun une voix assez disgracieuse. C'est aussi pour cela que je ne peux pas supporter, entre autres, Cecile de France, Karine Viard, Anne de Consigny ou Carole Bouquet (sauf chez Bunuel, où elle est presque muette). La voix c'est quand même une chose essentielle pour un acteur. Mais je suis sans doute trop bressonien.

Reality..., c'est juste ce que vous dites sur le personnage de Bourgoin qui semble n'être vu que par les deux frères. ça explique en partie pourquoi je trouve que tout ce qui tourne autour d'elle est assez raté : à l'extérieur de chez elle, elle semble ne pas vraiment être dans le monde, être juste une figure qui n'existe que pour faire avancer l'histoire des frères. Et hop, elle apparaît ! Et hop elle disparait ! Et hop elle revient ! Ou alors, il aurait fallu pousser ça plus à fond, en faire une apparition un peu irréelle. Cela dit, je déteste dire "il aurait fallu". Le film est ce qu'il est, et il n'est vraiment pas rien.

Buster a dit…

C’est marrant parce qu’au début du fil un lecteur émettait déjà comme hypothèse que le personnage joué par Serge Bozon n’existait peut-être que dans l’imagination des deux frères, si c’est la même chose pour celui de Louise Bourgoin (quoique il y a quand même sa fille), la dernière scène à l’hôpital, qui voit Judith réapparaître alors que Charles est en train de disparaître, deviendrait complètement fantastique. Cela voudrait dire que pour que la relation fusionnelle entre les deux frères cesse, il faudrait que disparaissent non seulement l’ami commun Charles mais aussi leur fantasme (féminin) commun, incarné par Judith, ce qui est le cas si on considère que Dimitri finit par y renoncer alors que pour Boris le fantasme devient réalité.

reality is only temporary a dit…

J'adore la voix de Bourgoin et celle de Frot. Pas un grand fan de Cécile de France, Anne de Consigny et de Carole Bouquet, que je trouve plutôt fades et/ou énervantes, par contre Karine Viard...

Mais tout le film se situe dans une forme d'irréalité il me semble, le joueur de vielle à roue dans la cour, les frères médecins qui font les consultations à deux, la scène du bubble tea, la boîte de nuit qui passe que du Carlotti...
C'est ce qui fait la beauté et la marque des films de Ropert, comme le discours du maire dans "la famille Wolberg" qui s'enflamme sur Maxine Brown et la Northern Soul.

Buster a dit…

Vous avez raison sur l'aspect irréel qui se dégage des films d'Axelle Ropert, à commencer par Etoile violette, mais je me demande si cet aspect est véritablement recherché ou s'il ne découle pas, comme je le disais précédemment, de l'antinaturalisme farouche de la réalisatrice qui, en refusant toute vision (un peu trop) réaliste des choses, donne à ses films ce petit côté rêve éveillé... chez Ropert, the reality is only temporary :-D

reality is only temporary a dit…

C'est sûrement pour ça que j'aime tant ses films.
Je ne crois pas non plus que l'effet soit spécialement recherché, en tout cas j'imagine qu'elle en est bien consciente. Et c'est d'une audace magnifique que d'affirmer cet antinaturalisme farouche par des idées aussi belles, pour la beauté des idées...