vendredi 5 juillet 2013

Divin Monteiro




L'alchimiste des mots. [via SigismundusEditrice]

"Il convient néanmoins que soit bien clair ce qui suit: je suis un type férocement individualiste qui se prend lui-même pour le centre du monde et qui est profondément convaincu que ces choses de cinéma, ou de ce que vous voulez, se traversent tout seul." (O Tempo e o Modo, n°69-70, mars-avril 1969, repris dans Morituri te salutant, 1974)

"Le cinéma n'apporte aucune consolation. Car il s'agit de pellicule, et la pellicule est loin d'être aussi savoureuse qu'une glace. C'est une matière physico-chimique, plus salé du côté de l'émulsion à cause des acides - lorsqu'on y passe la langue. Je ne sais pas s'il procure une meilleure santé. Mais il ne fait pas le bonheur. Qui plus est, à mon âge, il n'excite plus vraiment mon petit ego. Ce que j'aurais voulu? J'aurais voulu ne pas être cinéaste, ne pas être artiste, être quelqu'un d'ordinaire, traversant imperceptiblement le grand magma social. Cela suppose une certaine jalousie: ce n'est pas la jalousie de ne pas être un grand cinéaste comme Murnau, mais la jalousie de ne pas être affable et sympathique comme le mari de ma concierge. Je n'y arrive pas. Parce que je touche à des choses qui ont à voir avec la création, avec l'art." (Público, 1995)

"Si Dieu a créé le paradis pour que nous le perdions, Jean de Dieu a créé la glace Paradis pour que nous la sucions - preuve irréfutable que, à l'inverse de son prédécesseur, il était de bonne foi." (J. C. Monteiro, à propos de la Comédie de Dieu, 1995)

"L'anarchie est une chose très ordonnée." (Diário di notícias, 1997)

Cette mystérieuse rumeur nocturne.

Lundi 8 juillet
Les culottes de la fille de Madame Assomption ont disparu de la corde à linge.
Mardi 9 juillet
J'oublie toujours d'acheter un vase pour planter quelques petits pieds de persil.
Mercredi 10 juillet
Il y a des jours où un homme ne peut pas sortir de chez lui.
Jeudi 11 juillet
L'obstination de Stavroguine m'échappe quand il assure à Chatov, les yeux dans les yeux, qu'il n'a jamais abusé d'enfants.
Vendredi 12 juillet
Le tremblement de terre de 1755 ne suffit pas à expliquer cette mystérieuse rumeur nocturne.
Abyssus abyssum invocati...
Samedi 13 juillet
J'ai passé cette âpre journée sans aigreur d'estomac. Bénis soient les petites épinoches avec le riz aux poivrons.
Dimanche 14 juillet
Branlette? Soit! Eh oui!
A ce propos: les culottes de la fille de Madame Assomption sont réapparues sur un amas de décombres. L'honneur du couvent est sauf.

("Journal intime de Jean de Dieu")

En 1999, João César Monteiro envisageait de porter à l'écran La philosophie dans le boudoir du marquis de Sade, un projet qui n'aboutira pas mais donnera naissance à un livre, Uma Semana noutra cidade, diário parisiense, publié la même année et dans lequel on trouvait, outre le journal tenu par Monteiro lors de son séjour à Paris, "Journal intime de Jean de Dieu", "Lettres à Belisa, 1970" et un ensemble, "Sade à la grâce de Dieu", sur le projet en question. La traduction française (Une semaine dans une autre ville, Journal parisien & autres textes) vient enfin de paraître (aux éditions La Barque), enrichie d'autres textes de Monteiro, ainsi que d'hommages, signés Margarida Gil (qui fut la compagne de Monteiro, elle-même réalisatrice) et Vítor Silva Tavares (qui dirigea la première édition), et d'une postface d'Olivier Gallon.

"L’être humain, ou ce qu’il en reste, doit être capable de vivre avec l’insolubilité de sa propre vie." (João César Monteiro, dans Va-et-vient, 2003)

NB. Les citations sont extraites du livre, et du blog Quæ sunt Cæsaris, Cæsari de Pierre Delgado - qui a traduit le livre -, un blog consacré à Monteiro. A lire aussi Monteiro au détour sur Le dernier coquelicot, un autre blog (excellent).

6 commentaires:

Topkapi a dit…

Scoop : rétrospective João César Monteiro prévue à la Cinémathèque d'ici à la fin de l'année.

Buster a dit…

Oh la vache... Topkapi c'est Toubiana! :-)

Tristan Tropique a dit…

A lire aussi, son merveilleux Journal d'une autre ville (et autres textes), paru il y a quelques mois aux éditions La Dernière Barque.

Buster a dit…

Merci Tristan, mais j'ai l'impression que vous n'avez pas lu ma note jusqu'au bout... ;-)

Tristan Tropique a dit…

J'ai bien peur d'avoir malencontreusement sauté un paragraphe, en effet. Puissiez-vous, vous et lui, m'en excuser...

Buster a dit…

C'est fait (en ce qui me concerne).