lundi 3 juin 2013

Tip top (2)




"Ve ölüm", Uç Hürel, 1970. [via Faruk Bulunmaz]


Tip...

Dans Tip top de Serge Bozon, pas de garage américain ni de popsike anglaise, c'est le film lui-même qui est rock. Rock au sens de rupture:
- pas tant d'ailleurs avec les précédents films de Bozon (Tip top marque plutôt une inversion: le sentiment d'inquiétude qui imprégnait Mods et la France - l'humour ne surgissant que par accrocs, lors d'une réplique ou d'une situation, toujours cocasse, à la limite du nonsense -, se retrouve ici comme refoulé par toute cette énergie, nourrie de burlesque, de clash, claques, chocs et autre corps à corps, qui éclate la mise en scène, à grand coups de marteau évidemment, l'inquiétude se révélant, du coup par à coups, sous des formes très diverses: des poses alanguies sur un lit, le visage d'un enfant ou encore cette belle séquence de rock anatolien (c'est la seule musique rock du film et elle est turque!) au fond d'un bistrot.
- qu'avec un certain type de polar français - les "polars-gonflette", comme les appelle Bozon -, Tip top s'inscrivant, à ce niveau, davantage dans la lignée chabrolo-mockyenne, à travers son couple de femmes flics (Huppert/Kiberlain) autour duquel circule François Damiens en électron libre (lors de sa première confrontation avec Huppert, il nous fait un numéro à la Piéplu)..., selon une esthétique très seventies (cf. la lumière blafarde, délavant les couleurs, dans les scènes de commissariat, jusqu'aux gros plans de face, projecteur en pleine gueule, comme s'il s'agissait d'un interrogatoire).
- voire un certain cinéma d'auteur, pas loin du cinéma filmé dont parlait Biette, qu'il appelait aussi corned-beef culturel, ces "beaux films"... "où le travail du cinéaste consiste à prélever les effets des vieux films, à tenter de les reproduire, à leur donner un vernis moderne en les barbouillant d'une lumière ostentatoire, à accrocher des grelots culturels aux basques des personnages, à faire la tambouille scénaristique et dramaturgique avec de vieux restes abandonnés par l'ancienne colonie germanique à Hollywood, et à photographier avec une caméra cette soupe synthétique servie sur un plateau."
- pour retrouver - au-delà des signifiants "policiers" (ça tape et ça mate), incarnés par Huppert et Kiberlain, et de tout ce que le film détruit, non sans jubilation pour mieux repartir à zéro - une sorte de secret perdu, celui de la série B, qui va de Fritz Lang (cf. la scène SM entre Huppert et Naceri, scène appelée à devenir culte, qui prolonge celle de la grange dans la France, évoquant Gary Cooper et Marc Lawrence dans Cape et poignard) à Robert Aldrich (dont Chabrol justement vantait, à propos de Baby Jane, "ce goût du théâtral qui divise un scénario en actes, ces plans envoyés sur l'écran à la truelle, cette cruauté bien personnelle qui fait appeler un marteau, un marteau - tiens, encore un marteau - et une vieille peau, une vieille peau, cette hystérie parfois, ces hurlements - on pense au personnage, magnifique, de Négret -, ces effets tellement énormes qu'ils en deviennent splendides..."), en passant par la petite ligne: tourneurienne (le gag de la goutte de sang sur le nez d'Huppert apparaît à la fois comme un manifeste anti-gore et un écho au filet de sang s'écoulant sous la porte dans The Leopard man), voire lupinienne (le gag de la visite touristique en bus n'est pas sans rappeler la séquence des movie star homes à Beverly Hills dans The Bigamist, elle-même d'esprit très maccareyien...)

Top (en septembre, où l'on parlera d'Algérie et de protocole)   

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Complètement marteau!!! :-D

On a rarement vu de films ... aussi frappé ! :-D

A la limite,il faut le voir , au moins une fois, rien que pour ça !

Anthony Prunaud.

Anonyme a dit…

Buster qui aime le dernier film de Bozon, quelle surprise !

igor a dit…

La fin est tonitruante !

Anonyme a dit…

Tip Top, des tics et des tocs :

http://www.filmdeculte.com/cinema/actualite/Tip-Top-17549.html

igor a dit…

Sa critique au mec de Film de culte, elle est nulle !