lundi 27 mai 2013

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"So long Rickie", Athanase Granson, 2012. Une jolie vidéo signée Marcos Uzal. [via Fauvel Tale]


L'album digital The shaking aspect of summer d'Athanase Granson sort le 27 mai 2013, c'est-à-dire aujourd'hui. Téléchargez, vous ne le regretterez pas...

Vénus bleue.

Bon alors, cette année "le plus grand cinéaste français" s'appelle Abdellatif Kechiche (la Vie d'Adèle). L'an dernier c'était Leos Carax (Holy motors), en 2011 Bertrand Bonello (l'Apollonide), en 2010 Xavier Beauvois (Des hommes et des dieux), en 2009 Jacques Audiard (Un prophète)... Ce qui est bien avec la critique, surtout à Cannes, c'est qu'il suffit d'un film pour faire d'un réalisateur un monument du cinéma. Cela dit, le Kechiche je n'ai rien contre, je ne l'ai pas encore vu, je ne me fierai donc pas aux extraits qu'on peut voir ici ou là et qui, eux, donnent plutôt envie de fuir... Ce qui est sûr, vu l'unanimité, c'est qu'on n'est pas chez Pialat - Pialat n'a jamais caressé le spectateur dans le sens du poil, qu'il soit bleu ou blond -, ce qui ne prouve rien, c'est entendu (on peut faire durer les scènes sans faire du Pialat). Et puis je suis assez curieux de découvrir la jeune Adèle Exarchopoulos dont la bouille me fait penser à Anne Wiazemsky dans les années 60. Bref, j'attends...

PS. Robert Aldrich n'était peut-être pas le plus grand cinéaste américain, mais l'Ultimatum des trois mercenaires (Twilight's last gleaming) est un très grand film. J'en reparle bientôt...

49 commentaires:

valzeur a dit…

Hello Buster,

Je lis votre billet et je bondis : quel cinéaste aujourd'hui fait plus l'unanimité que Pialat ? C'est une vache tellement sacrée qu'on considère automatiquement ses films comme des chefs-d'oeuvre ici, là, partout. Et - ma mémoire me joue des tours (bon, j'étais aussi fort jeune) - c'était déjà certainement le cas de son vivant ; je me souviens quand même de l'accueil délirant autour de Van Gogh, film qui m'avait semblé à l'époque d'une médiocrité sans nom (d'ailleurs, et pour aller dans ce sens, Assayas écrira à Pialat son admiration devant tant de beauté avec des formules à la c*n du genre "Vous nous montrez la voie"). On en est pas encore là avec Kechiche. Ceci dit, le peu d'Adèle entrevu (ou écouté à la radio plutôt) est assez affreux, mais peut-être est-ce à attribuer au matériau de départ probablement pas si glorieux que ça (une BD pour adolescent, si j'ai bien compris, pas du Flaubert, donc). J'ai encore un peu d'espoir, toutefois (deux des films de Kechiche me semblent des réussites)
Voilà, capital ce post, non ?

Sinon merci d'avoir parlé des films de Diourka Medveczky, une surprise vraiment singulière...

Buster a dit…

Salut valzeur,
Je parlais du Pialat à l'époque de ses films... Van Gogh, très beau film, le plus pictural de Pialat forcément, le plus... bleu, c'est un peu l'exception qui confirme la règle, au sens où c'est aussi le moins inconfortable. Je comparais plutôt l'accueil du Kechiche - critique + public... de Cannes - avec celui de Sous le soleil de Satan.
Vénus noire, sur la question de l'ob-scénité, est certainement le plus pialatien des films de Kechiche, je n'aime pas le film, mais lui c'est sûr ne caressait pas le spectateur dans le sens du poil...

Buster a dit…

Cela dit, la Vie d'Adèle est peut-être un très beau film, je n'en sais rien (j'écarte l'idée de chef-d'oeuvre vu les extraits), je me méfie seulement du discours cannois, toujours hystériforme.

Anonyme a dit…

l'ob-scénité, c'est quoi ce truc?

Vincent a dit…

Bonjour, Buster,

Pas vu le film mais d'accord avec vous sur les extraits visibles. De tout ce que j'ai entendu, la référence à Pialat, c'est surtout par rapport à "A nos amours" qui avait été dans mon souvenir de 1983 plutôt bien accueilli avec l'effet de découverte de Sandrine Bonnaire. Et puis il paraît qu'il a le même charmant caractère :)
Ceci dit, j'ai entendu Spielberg expliquer son choix, il en parle admirablement et je suis donc assez confiant.

Buster a dit…

La référence à Pialat, c’est presque devenu un cliché aujourd’hui, pour moi c’est surtout dans les scènes qui durent, cette fameuse "vie sur le vif"… (cf les scènes de repas chez Pialat), où le spectateur est vraiment mis à mal. Or montrer et faire durer des scènes de sexe, jouissance comprise, entre deux actrices, c’est loin de mettre à mal le spectateur, ce serait même plutôt l’inverse... Mais bon, je ne veux pas trop parler du film. Ni confiant, ni inquiet, j'attends... :-)

L’ob-scénité, c’est un truc à moi, ça renvoie à l’obscène au double sens du mot, qui conjugue à la fois l’ob-scène, ce qui est au-devant de la scène, offert à l’appétit de l’oeil, et l’obscenus, qui relève du mauvais présage (le mauvais oeil), qui leste le présent de la scène d’un devenir (à la différence du regard pornographique)… Pas facile à expliquer.

Anonyme a dit…

mais pourquoi parler absolument du film puisque vous ne l'avez pas vu

Buster a dit…

Je parle du film en tant que Palme d’or... je m’interroge sur son accueil dithyrambique par la critique française (excepté le neuneu off du Figaro). Qu’il y manque le recul nécessaire c’est normal, mais pourquoi si peu de retenue, on a vraiment l’impression, en lisant ou écoutant certains critiques, d’avoir affaire à des midinettes en pâmoison. C’est complètement délirant, et tous les ans c’est pareil... Et puis il y a ces deux extraits qui interpellent tant il paraissent franchement creux (la vide Adèle?) et surtout semblent avoir été déjà vus mille fois. Sont-ils le reflet du film?
C’est de ça que je parle... on a le droit d’être un peu circonspect devant tant d’enthousiasme, sachant que le cinéma de Kechiche n’est pas non plus exempt de roublardise.

Hélène a dit…

Sur le blog de Julie Maroh l'auteure de la BD dont s'est inspiré Kechiche :

Je tiens à remercier tous ceux qui se sont montrés étonnés, choqués, écœurés que Kechiche n’ait pas eu un mot pour moi à la réception de cette Palme. Je ne doute pas qu’il avait de bonnes raisons de ne pas le faire, tout comme il en avait certainement de ne pas me rendre visible sur le tapis rouge à Cannes alors que j’avais traversé la France pour me joindre à eux, de ne pas me recevoir – même une heure – sur le tournage du film, de n’avoir délégué personne pour me tenir informée du déroulement de la prod’ entre juin 2012 et avril 2013, ou pour n’avoir jamais répondu à mes messages depuis 2011. Mais à ceux qui ont vivement réagi, je tiens à dire que je n’en garde pas d’amertume. Il ne l’a pas déclaré devant les caméras, mais le soir de la projection officielle de Cannes il y avait quelques témoins pour l’entendre me dire « Merci, c’est toi le point de départ » en me serrant la main très fort.

Kechiche, humainement parlant, c'est un peu ce que disait Truffaut à Godard : une merde sur son socle.
Et puis qu'est-ce qu'il y connaît aux lesbiennes?

Murielle Joudet a dit…

Coucou à tous,

J'ai eu la chance de voir le Kechiche, qui est, de loin, le plus beau film vu en compétition officielle cette année, ce qui ne veut pas dire qu'il est parfait, il a ses grandes faiblesses.

Ceci dit, le travail de critique à Cannes pourrait se résumer en une phrase : le présent juge le présent. J'en parle un peu sur un de mes billets cannois, mais je crois qu'on doit se rappeler que même nos films préférés, ces films qui appartiennent à un autre temps que les films d'aujourd'hui, ont eux aussi des zones malades ; c'est totalement le cas des films de Pialat par exemple. Ce qu'il nous en reste, c'est le souvenir d'une belle totalité. La vie d'Adèle, comme totalité ne se fait pas manger par ses parties brisées : ces parties qui finissent par s'atténuer avec le temps, par être mises sur le compte des qualités du film - mais ce que je dis là est de l'ordre du pari, nous verrons bien, attendons la sortie du film.

Il me semble que certaines critiques dithyrambiques se doublent parfois de la volonté de dire aux autres, ceux qui ne sont pas à Cannes, "j'ai vu quelque chose de magnifique et vous ne pouvez pas encore le voir". Il y a un petit effet "Lourdes".

Et sinon, Tip Top c'est très bien, j'y retourne jeudi.

Cordialement.

Buster a dit…

Hélène > Kechiche c'est pas un monstre d'élégance, c'est le moins qu'on puisse dire, mais ça ne joue pas quant à la qualité ou non du film. On peut être une parfaite ordure et faire d'excellents films... De même, si Kechiche ne doit pas connaître grand-chose aux lesbiennes, et encore moins à la jouissance féminine (son regard ne peut-être que celui du mâle hétéro), là encore, ça ne préjuge de rien, le film, tout fantasmé qu'il est, peut être parfaitement réussi. En fait, de tout ce qu'on raconte autour du film, c'est l'incroyable masse d'heures tournées (l'équivalent d'un mois entier) qui m'interroge le plus… ça fait un peu mégalomaniaque, et c’est toujours étrange de se dire que le film est une "possibilité" parmi cinq ou six autres, très différentes, mais bon...

Salut Murielle, vous avez raison, laissons reposer le Kechiche, attendons sa sortie... ce que vous dites de nos films préférés est juste, parfois même la "belle totalité" repose sur presque rien, quelques scènes isolées, gravées dans notre mémoire... (mais l’inverse est vrai aussi)

Tip top, c’est prévu également... jeudi ou samedi.

Hélène a dit…

Bien sûr Buster, le comportement « inélégant » de Kechiche avec son équipe ne signifie pas que son film est exécrable, je comprends qu’on aime le film et Murielle en parle très bien, mais vu de l’intérieur il est très difficile d’apprécier de façon sereine les qualités d’une œuvre quand on a aussi peu de sympathie pour l’auteur.

Antoine a dit…

Je confirme, La Vie d'Adèle est un très beau film, de loin le meilleur de Kechiche, je crois qu'il vous plaira Buster.

Buster a dit…

Hélène > j’en déduis que vous faisiez partie de l’équipe, auquel cas je comprends votre ressentiment. J’ai relu le texte de Julie Maroh, on sent qu’elle en a gros sur la patate, et je trouve la fin du billet atroce, parce que, quand même, s’entendre dire "Merci, c’est toi le point de départ", après avoir été snobée comme elle l’a été, montre bien le dédain de Kechiche. Pour lui cette fille n’a été que l’élément déclencheur, une fois le film démarré, c'est fini, elle n’existe plus… Pas très classe tout ça.

Antoine > Vu tout le ramdam, c’est la moindre des choses que la Vie d’Adèle soit le meilleur film de Kechiche. Bon, c’est vrai je n’ai jamais été un inconditionnel, je ne fais pas partie du "club des kechichins" comme dirait Théophile… J’aime bien ses deux premiers films, la Faute à Voltaire et l’Esquive, surtout le premier... mais les suivants sont très surestimés. Dans la Graine et le mulet, la scène de la danse du ventre n'est pas si terrible, ça sent un peu l’esbroufe, et celle interminable avec le père de Kechiche qui court après sa mobylette volée, c'est d’une lourdeur insupportable… Quant à Vénus noire, si le film est plus intéressant au niveau de la mise en scène, le propos est vraiment trop malsain)

Vincent a dit…

C'est assez déstabilisant tout ce qui se passe autour du film, ce qui ressort et ce qui se dit ici et là. J'en viens à regretter de ne pas m'être forcé à y aller sur le moment pour pouvoir faire comme Spielberg, c'est à dire voir le film dégagé de toute influence, en particulier ce qui se joue en France en ce moment (à la fois le "mariage pour tous" mais aussi l'histoire de la convention collective des techniciens de cinéma).
Mais pour répondre à "Et puis qu'est-ce qu'il y connaît aux lesbiennes?", qui fait écho au ressenti de l'auteure sur les scènes de sexe, il me semble que c'est un faux problème. Un artiste c'est d'abord un point de vue et une sensibilité. Kechiche a d’ailleurs déclaré qu'il avait volontairement évacué tout qui pouvait être trop "militant", sans doute conscient qu'il n'était pas le mieux placé pour cet aspect de choses. Il semble que ce soit l'histoire d'amour et de passion qui l'a intéressé. Et c'est sans doute pour cela que son film touche des gens très différents.
Et puis Hawks a bien fait "la rivière rouge" sans s'y connaître en vaches, et "terre des pharaons" sans s'y connaître en égyptiens.

Anonyme a dit…

Ce que vous trouvez insupportable chez Kechiche, vous le trouvez peut-être génial chez Pialat. Pourtant c’est pareil toutes ces scènes qui semblent interminables, non ?

arf a dit…

Allez, faisons preuve d'un peu de condescendance pour voir si ça marche.
C'est vachement bien La Grande Bellezza. C'est vulgaire à souhait, c'est beau, c'est répugnant, c'est italien, c'est ultra-référentiel, contre son gré ou pas. Mais c'est vraiment pas négligeable, ça n'a rien à voir avec une critique, mais le mépris tellement facile de la critique, je suis étonné qu'il ne s'applique pas au sujet du Malick mais quand il s'agit de Sorrentino, c'est juste pratique. Les films sont jumeaux, sauf que l'un est bien et pas l'autre.
Devinez lequel, ce n'est pas très difficile. Cela n'engageant que moi bien sûr,

Anonyme a dit…

Kaganski dans les Inrocks:

S’il y a un film, une forme à retenir selon moi, c’est le réalisme expérimental d’Abdel Kechiche, sa manière de scruter les visages, comme s’il filmait sous l’empire de Bergman, Manet et Lévinas. Maintenant qu’il est adoubé par la quasi-totalité de la critique et par sa palme d’or, Kechiche va sans doute essuyer le proverbial retour de manivelle. Il parait que ça a commencé en divers lieux de la blogosphère. Sur Mediapart, Emmanuel Burdeau défend le film avec des pincettes, tenant ce propos qui me laisse abasourdi : « On gardera toutefois la tête froide, ce dont la critique semble n’avoir jamais été capable avec Kechiche. » Mais c’est dingue ça ! Il faudrait cacher sa joie, se retenir de jouir, ne surtout pas vibrer, ça pourrait salir la tenue impeccable du critique-penseur. M’enfin, le cinéma n’est pas un cadavre à disséquer, c’est une chose vivante, mouvante, génératrice d’élans et d’affects. Il faut certes l’analyser, le penser, mais l’exégèse ne doit pas empêcher de vibrer, de ressentir, de s’abandonner. Rester froid ? Non, mille fois non, si les films le commandent, il faut être chaud bouillant, brûler avec. Le ressenti incandescent n’est pas moins noble que la réflexion glaciale.

Donc, Kechiche palme d’or. Quand un jury cannois s’accorde au goût critique, il y a lieu de s’en réjouir. Steven Spielberg et ses huit jurés ont fait très fort. Ils ont choisi le meilleur film. C’est déjà pas mal, mais ce n’est pas tout. En couronnant un cinéaste franco-tunisien et un film d’amour entre deux femmes, ils envoient (involontairement ?) un signal fort et pacifique contre l’homophobie des Boutin, Bourges et consorts, contre le racisme des Copé, Hortefeux et consorts (non, on n’a pas oublié les Auvergnats et autres pains au chocolat), et pour l’exception culturelle. Identité nationale ? Ouais, prenez donc cette Vie d’Adèle dans la tronche. Encore plus fort : en convoquant aussi sur scène Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux, Spielberg entérine la politique des acteurs, inaugurant un axe inattendu Spielberg-Moulet. Et il répond aussi au collectif La Barbe et aux féministes les plus pugnaces : après une palme d’or féminine en 65 éditions, bang ! Deux palmes d’or féminines en une seule soirée. Trop classe et trop fort, le Steven. De quoi clore de façon exceptionnelle un splendide millésime cannois.

Anonyme a dit…

"Bergman, Manet et Lévinas"

rien que ça, ah ah...

Buster a dit…

Hé hé... Kaganski prix Gérard-Lefort 2013: Qui ne jouira pas à la vision de la Vie d'Adèle peut être raisonnablement traité de con.

Cela dit, Léa c'est doux... :-)

Buster a dit…

"Bergman, Manet et Lévinas" c'est l'âme, la beauté (Victorine Meurent) et l'épiphanie du visage, ça veut juste dire qu'il y a des gros plans dans le film...

AK a dit…

Très drôle Buster.

Vous vous moquez de Kaganski, mais le texte de Burdeau vaut pas mieux.

Anonyme a dit…

Des gros plans comme ceux-là ?

http://www.youtube.com/watch?v=zIb8Y0uG0o0

ça promet...

Buster a dit…

AK, c’est qui? Abdellatif Kechiche, Abbas Kiarostami ou le fantôme d’Akira Kurosawa? :-)

Le texte de Burdeau je ne l’ai pas lu, c’est sur Mediapart, en plus je n’ai pas vu le film, et puis je m’en fous, Kaganski ou Burdeau, c’est comme se demander qui de Kechiche ou de Beauvois est le plus grand cinéaste français actuel...

Anonyme de 17h43 >
Tout n’est pas réussi chez Pialat évidemment, d’ailleurs l’intensité de ses films naît aussi de la tension entre scènes réussies et scènes ratées... Ce qui rapproche Kechiche de Pialat c’est, à travers la question de la durée des scènes, la place que chacun occupe, en fait s’octroie, en tant que spectateur singulier, de son propre film en train de se tourner, lorsqu’une scène s'étire ainsi, le plus longtemps possible... Chez Pialat c’était jusqu’à la fin de la bobine, comme dans les films Lumière, mais aujourd’hui avec le numérique, l’enregistrement est sans limite... En cela Kechiche est plus proche de Malick: accumulation d’un matériau monstrueux dans lequel on va prélever des blocs, monter et finalement reconstruire la "vérité" du plan-séquence, ce qui n’a plus rien à voir avec Pialat et cette vérité qui surgissait live, au tournage, dans l’épuisement d’une scène (cf. la scène du cabaret dans Van Gogh)...

Anonyme (17h43) a dit…

Oui mais à l'arrivée, cela ne change rien, c'est le résultat final qui compte, la "vérité" du plan-séquence est la même, non ?

Buster a dit…

Ce n'est pas pareil car ce n'est pas la même "vérité" ou, plus simplement, la même émotion. Entre celle qui surgit du dérèglement d'une scène et/ou de son étirement, comme chez Pialat, et celle qui finit par naître d'une longue scène, scène qu'on a retenue au montage parmi plein d'autres parce qu'on estime que c'est la mieux "réglée", en termes de mise en scène, d'éclairage, de jeu d'acteurs, etc, comme chez Kechiche, il y a une différence. N'oublions pas que Pialat vient de la peinture et Kechiche du théâtre...

Christophe a dit…

camarade Buster, pourriez vous nous expliquer on "reconstruit" un PLAN-SEQUENCE après le tournage?

Hélène a dit…

Vincent, vous avez raison, pas la peine de s’y connaître en lesbiennes si le sujet n’est que la passion amoureuse, mais d’un autre côté, si l’idée est seulement de nous montrer que la passion entre deux jeunes femmes évolue comme n’importe quelle passion, je ne vois pas l’intérêt. C’est comme si un réalisateur qui ne connaîtrait rien aux problèmes du Maghreb choisissait comme sujet le printemps arabe en Tunisie et nous disait que c’est comme n’importe quelle révolution. Je crois en fait que Kechiche s’intéresse bien à l’homosexualité féminine mais que, faute d’une réelle sensibilité, il ne peut la traiter que comme n’importe quelle sexualité, avec ses passions et ses ravages, un truc excitant, mais aussi très balisé.

Buster a dit…

Christophe > c’est pas le plan-séquence qu’on reconstruit (ce qui ne veut rien dire en effet), mais la vérité qui s’en dégage, terme un peu pompeux que je remplace par émotion, ce qui est différent puisque cette vérité/émotion, on peut la retrouver au montage, par le choix du bon plan, le rapport entre les plans, éventuellement quelques plans de coupe (OK ce n’est plus un plan-séquence)... enfin bref, ce que je voulais dire c’est que, même s’il y a du montage chez Pialat, l’émotion vient le plus souvent directement du tournage, c’est son côté Lumière, alors que chez Kechiche il faut passer par le montage pour que l’éventuelle émotion surgie lors du tournage ne reste pas étouffée sous la masse des innombrables prises. Chez Pialat l’émotion est brute, chez Kechiche elle a toujours besoin d’être taillée.

Hélène > vous voulez dire que Kechiche aurait mieux fait de nous parler du salafisme en Tunisie que du saphisme en Nord-Pas de Calais? :-D

Vincent a dit…

Hélène, mais ce n’est pas n’importe quelle passion, c’est celle de ces personnages là en particulier avec leur histoire particulière dont l’homosexualité fait partie mais qui ne saurait les définir entièrement. Il y a eu des centaines d’histoires de passion et ce qui fait leur différence, éventuellement leur qualité, c’est le regard du réalisateur, la mise en scène, le traitement et le travail sur les personnages. C’est d’abord une question de point de vue et c’est ce qui compte. Un film n’est ni un reportage, ni une leçon d’histoire ou de chose, c’est une œuvre avec sa sensibilité et ses parti-pris, que l’on peut ne pas partager. On pourrait tout aussi bien reprocher, puisqu’i l s’agit aussi de l’évolution d’une jeune femme, dire que Kechiche n’étant pas une jeune femme, il ne saurait la filmer. Ce qui réduirait de beaucoup le champ des films possibles.
Moi, je suis un peu choqué quand je lis le passage de l’auteure de la bande-dessinée qui parle des positions amoureuses. Comme s’il y avait des positions standards ! Qu’elle ne les trouve pas crédibles c’est une chose, mais elle me fait penser à ces experts en armes qui sévissent sur le western et qui expliquent que telle arme n’est pas de la bonne année, qu’elle ne se tient pas de telle façon… comme si c’était ce qui fait un bon western. Qu’il y ait un travail de recherche pour nourrir la fiction, que ce travail soit plus ou moins bien fait, d’accord, mais après il s’agit de faire un film.

buzz - a dit…

[A]

Euh, coucou à tous également !-]

Aïe ! me voilà pris, moi aussi, à participer au bourdonnement général, provoqué par cette « grande manifestation culturelle » (mais, pas… « pour tous », hein !-D – à Cannes.

Juste pour objecter une ou deux choses…

Mais auparavant, je tiens à signaler que, comme beaucoup d’entre nous ici, je n’ai pas encore vu le film en question – la Palme d’or de cette année. Euh, moi, là-dessus, je n’ai aucun problème avec « (comment) parler des films qu’on n’a pas vus », comme dirait l’autre !-] tiens, d’ailleurs, à l’inverse, on peut noter à ce propos qu’il y en a un paquet, qui feraient mieux de se cacher, quand on les entend parler des films qu’ils ont vus ! alors, l’un dans l’autre, je ne vois pas trop ce que ça change !-DDD

En revanche, le texte de Burdeau – sur la Vie d’Adèle –, eh bien… je l’ai lu (en passant, merci à L. S. !-]

Donc, Buster, c’est surtout pour répondre au passage de ton comm du 29 mai, à 01h 57 :

« […] c’est sur Mediapart, en plus je n’ai pas vu le film, et puis je m’en fous, Kaganski ou Burdeau, c’est comme se demander qui de Kechiche ou de Beauvois est le plus grand cinéaste français actuel… »

- Hum… bon, je vois bien que tu embrayes sèchement sur notre « AK » (Anna Karina ? Adriana Karembeu ? Alicia Keys ? -D venant tranquillement déposer, euh, sa « bave » (ahum)… mais quand même ?!-D

Donc, quoi ?

Bah, ton parallèle Kaganski/Burdeau avec Kechiche/Beauvois, il est un peu poussé, je trouve !-] (euh, pour rester courtois, ahum !-]

Des deux critiques (si, si), il ne faut exagérer ! L’un est quand même nettement plus intéressant que l’autre ; et de loin ! Pour tout dire, Burdeau, pendant longtemps, je l’ai trouvé assez imbitable ! Mais, là, depuis quelques temps, il s’est nettement amélioré, sans forcément être cependant irréprochable, non plus !

Peut-être parce qu’il se trouve bien à Mediapart, je ne sais pas… ou parce que ses affaires fleurissent à Capricci (ahem ?-D en tout cas, il est nettement plus lisible qu’autrefois, et certainement plus pertinent, plus inspiré même – et assurément moins gogo – que l’autre ! mmh, et il n’en faudrait pas beaucoup pour que j’ajoute… plus lyrique (mouarf !-DDD

- palladium :-D a dit…

[B]

Tiens, ci-dessous, deux paragraphes de son papier [mitigé] de deux pages, sur le dernier Kechiche…

Deuxième paragraphe du texte :

« A cela s’ajoutait le souvenir douloureux de son précédent long métrage, Vénus noire (2010) : près de trois heures, déjà, pour narrer le calvaire de la « Vénus Hottentote », offerte en spectacle sur les planches des bas-fonds londoniens puis sur les parquets des salons parisiens du début du XIXè siècle. On eût dit que Kechiche avait tenu cette fois à aller trop loin : dans la durée, dans l’exhibition, dans l’outrance. Vénus noire était un film réalisé pour malmener le spectateur ; pour le traiter de traître, de voyeur, de cochon ; un film faisant insulte à ceux ayant eu le cran d’entrer dans une salle pour assister à un spectacle aussi difficilement soutenable. »

Et là, dans la dernière partie du texte, le premier paragraphe :

« Kechiche n’est pas Renoir. Ce n’est pas un cinéaste vitaliste, peut-être pas même un cinéaste sensuel. Ce qui importe chez lui est l’inquiétude de la chair. Non pas la venue d’un corps à l’image dans la plénitude d’un gros plan, mais le moment où le triomphe de cette venue pourrait se transformer en défaite. L’objet de Kechiche est l’obscénité. Bonne et mauvaise, excitante et repoussante. Les baisers et la morve, les râles de plaisir et les giries des copines. Pas l’improvisation, pas la jeunesse, pas la fraîcheur : l’obscénité. C’est le plan trop gros ou la scène trop longue, le naturel tellement mis en avant qu’il en devient monstrueux. La jeunesse pourchassée non pas comme une nature, mais comme un gibier, un animal. »

Well… ça recoupe quand même pas mal de préoccupations sur ce fil, non ?-]

WKW a dit…

"l'incroyable masse d'heures tournées (l'équivalent d'un mois entier)"

Bah, quel petit joueur ce Kechiche ! Moi j'ai fait répéter Tony Leung pendant trois ans pour The Grandmaster !

Anonyme a dit…

Pialat on s'en fout, Kechiche c'est beaucoup mieux. Avec Adèle l'élève a dépassé le maître.

Anonyme a dit…

Le point de vue d'un spectre :

http://spectresducinema.1fr1.net/t1531-la-vie-d-adele-a-kechiche#40452

? and the Mysterians a dit…

Buster: "N'oublions pas que Pialat vient de la peinture et Kechiche du théâtre...", ça change quoi ?

Anonyme a dit…

Kaganski suite, absolument consternant !

http://www.lesinrocks.com/2013/05/29/cinema/stop-au-kechiche-bashing-11399226/

§ a dit…

Y en a marre de cette comparaison systématique entre Pialat et Kechiche ! Bien sûr, ils semblent être de la même famille, mais leurs différences sont plus flagrantes que leurs points communs. Du dernier Kechiche je ne connais que cet extrait sans intérêt qui est diffusé partout. Or Pialat filmait très rarement si près des corps et des visages, et lorsqu'il le faisait, il évitait cet effet "caméra à l'épaule" qui n'est qu'un trucage vériste. Pialat n'aurait jamais utilisé ces rebondissements scénaristiques, ce suspens accablant qui rendaient La Graine et le mulet si démonstratif. Car Kechiche est, contrairement à Pialat, un cinéaste "à thèse", ses films sont des démonstrations sociologiques auxquelles les trajectoires des personnages sont soumises. Pas de thèse chez Pialat, le contexte sociologique y est un point de départ pas le but d'une démonstration, ses personnages sont irrécupérables. Et puis Pialat est aussi un vrai formaliste, je me souviens de plans quand je pense à ses films. De Kechiche, il ne me reste en tête qu'une bouillie pleine de grumeaux.

Buster a dit…

Buzz palladium > le problème c’est que les critiques de Kaganski je ne les lis quasiment jamais alors que celles de Burdeau, je les lirais bien mais je n’y ai pas accès, donc je ne peux rien en dire... Après, si je donne l’impression de les renvoyer dos à dos c’est parce que j’ai lu que Burdeau considérait Beauvois comme le plus grand cinéaste français actuel alors que pour Kaganski ce serait donc Kechiche, ce qui est marrant puisque Beauvois et Kechiche sont justement les deux principaux disciples (déclarés) de Pialat...

Sauf que, et là je réponds à Question Mark :-) et surenchéris à ce que dit §, le fait que Pialat vienne de la peinture et Kechiche du théâtre, eh bien ça les oppose plus que ça les réunit (au niveau dramaturgique). Chez Pialat on est dans le geste, celui du peintre, chez Kechiche on est dans l’acte, comme au théâtre (acte 1, scène 1 etc) ou chez le notaire (l’acte "authentique", le document qui fait foi...)

§ a dit…

Il a dit ça Burdeau ? J'ai vu Des Dieux et des hommes l'autre jour à la TV, c'est atroce, encore pire que Petit Lieutenant. Après j'ai dû revoir immédiatement Nazarin pour retrouver goût au cinéma !

Buster a dit…

Oui il a dit ça... peut-être pas exactement en ces termes. Il faudrait que je retrouve le texte.

Hélène a dit…

Vincent, mes propos étaient volontairement caricaturaux, bien sûr que l’homosexualité féminine est vue à travers le regard de Kechiche. Le regard de Kechiche, c’est le vrai sujet du film. Personne ne lui reproche d’avoir trahi l’esprit de la BD de Julie Maroh, il ne manquerait plus que ça. Kechiche fait ce qu’il veut, c’est son film. Ce qui me gêne c’est le contexte pédago-érotico-socio-culturel dans lequel baigne le film, qui rend cette passion amoureuse très convenue. Par moments, le film est même très lourdingue. C’est ce côté appuyé du regard qui est déplaisant chez Kechiche. Et vous imaginez bien que si, en plus, ce regard est celui du mâle hétéro sur des lesbiennes, une telle lourdeur soit pénible à supporter.

Petit lieutenant a dit…

La phrase exacte de Burdeau c'est "Le jour n’est plus lointain où Beauvois sera reconnu comme le plus grand cinéaste français des années 2000", à la fin de son texte "Xavier Beauvois l'indomptable"

Le texte: http://cinematheque.qc.ca/fr/programmation/projections/cycle/xavier-beauvois-lindomptable

Buster a dit…

Merci Petit Lieutenant :-)

Hélène, vous êtes la seule ici semble-t-il - avec Murielle Joudet - à avoir vu le film... il est donc difficile de vous répondre, disons simplement que ce que vous exprimez ne me surprend pas.

A part ça, elle est hyper vulgaire la petite Exarchopoulos:

Si Léa c'est doux, Adèle c'est hard!

Christophe a dit…

le commentaire du nommé 00ben sous le minable article de Kaganski mérite d'être lu dans son intégralité.
C'est vraiment bien envoyé.

Buster a dit…

ici

valzeur a dit…

Hello Buster,

Le post de 00Ben était une jouissance (et vous savez qu'il m'en faut beaucoup).

Le Serge July des salles obscures a récidivé sur son blo(g)b pour affiner sa "pensée" avec l'aide d'une pigiste (trop dur, sinon), cela donne ceci :
http://blogs.lesinrocks.com/kaganski/2013/05/31/kechiche-bashing-slight-return/

Evidemment, c'est toujours aussi nul, contrairement à certains commentaires ; de l'un, j'isole ceci (lisez-le à jeun, c'est préférable) :

"Il y aurait adéquation entre son réel et le « réel » de son cinéma. Kechiche, qui oublie de citer son équipe ou Julie Maroh, n’oublie pas une spéciale dédicace aux jeunes Tunisiens qui ont fait la révolution. De la part d’un type décoré par le régime de Ben Ali, ça fait chaud au coeur :
http://www.tunisia-today.com/archives/11721
Attitude de tartuffe, cinéma de tartuffe."

Glorieux, non ?

PS : pour rebondir sur du cinéma en salles, vous avez vu le nouveau Rodrigues (qui semble surfer sur la vague "Tabou") et le dernier Kurosawa (pour moitié, assez passionnant) ?

Anonyme a dit…

00ben, ce serait pas valzeur par hasard ?

Buster a dit…

Salut valzeur,
c'est vrai que sur le papier le Rodrigues m'inquiète un peu (moi qui avait adoré, comme vous je crois, Mourir comme un homme), mais peut-être que le film déjoue les pièges dans lesquels était tombé Gomes...

00ben = valzeur? à cause de la longueur de la tartine? ça m'étonnerait, j'ai pas reconnu le style :-)