dimanche 12 mai 2013

At home

Un pas, un pas, un pas...

Vu The Land of hope de Sion Sono. 希望の国 Ça se passe à Nagashima, une ville imaginaire, victime d'un nouveau cataclysme nucléaire. Nagashima, ça rime avec Fukushima... ça condense aussi Nagasaki et Hiroshima, autant dire que ça vient de loin. C'est toute l'histoire "nucléaire" du Japon qui est contenue dans The Land of hope. Comment survivre au nucléaire, après la catastrophe, quand les leçons du passé n'ont pas été tirées et que l'on continue de mentir aux populations? Pour Sono, la réponse c'est la famille. D'un nucléaire à l'autre, de l'atome à la famille. Famille éclatée, disloquée, dont il ne reste plus que le couple, la famille nucléaire, menacée elle aussi de désintégration. Soit trois couples, trois terres d'espoirs, aux espoirs différents. Quand on est âgés, qu'on est attachés à sa maison, tels les vieux arbres alentour, véritables empreintes familiales, qui ont vu passer tant de générations, le seul espoir c'est la mort, la mort à deux, consentie et consolante, qui permet d'échapper au déracinement d'une évacuation. Quand on est plus jeunes, qu'on s'est résignés à partir, pour toujours et le plus loin possible, le seul espoir c'est l'enfant à naître, qui permet (momentanément?) de surmonter sa peur. Et quand on est encore plus jeunes, qu'on n'a encore rien construit, qu'on navigue entre l'ici, dévasté, et l'ailleurs, incertain, le seul espoir, eh bien c'est d'avancer... pas à pas.

Résumé ainsi, on pourrait craindre du film qu'il ne cède au pire sentimentalisme, et c'est d'ailleurs ce qu'on lui reproche, son côté pleurnichard. Qu'est-il arrivé à Sion Sono se demandent les critiques, même ses plus fidèles admirateurs? Exit les explosions de sexe et de sang, le réalisateur sulfureux de Love exposure semble avoir été contaminé par la dimension mélodramatique de son sujet... Comme irradié d'amour et de compassion. Et alors? Le cinéma de Sono étant un cinéma de l'excès, n'est-il pas logique que sur le terrain de l'émotion celle-ci se retrouve exacerbée? La beauté de The Land of hope n'est-elle pas justement dans cette exaspération progressive qui voit le film se charger émotionnellement (principe du mélodrame), au même titre que l'artiste - fort de toutes ces images de villes fantômes qu'il a filmées, de tous ces témoignages qu'il a recueillis pour les besoins du film, voire de son amour pour Megumi Kagurazaka -, jusqu'au débordement, comme noyé par un trop-plein d'émotions. Démarrée doucement, dans le comique absurde (la délimitation de la zone de sécurité qui coupe une rue en deux - à l'instar du nuage de Tchernobyl s'arrêtant à la frontière), puis grinçant (la phobie de la radioactivité chez la femme enceinte, conférant au film un petit côté Bug), la poésie de The Land of hope glisse lentement (il y a des longueurs) vers le fantastique post-apocalyptique (très belles scènes d'errance) et un lyrisme aussi déchirant qu'apaisé (deux vieux Japonais s'embrassant pleine bouche, et par deux fois, au milieu des fleurs, avant de mourir), le tout soutenu par l'adagio de la 10e symphonie de Mahler (apparemment ce n'est pas ce lyrisme-là qu'affectionnent les Cahiers).

De Sion Sono, on a l'image du "fuck!", celle du doigt levé (le majeur). Dans The Land of hope, c'est un autre doigt (l'index) qui est dressé, pointé vers ceux qui dirigent et racontent des salades (contaminées, forcément), vers ceux aussi qui exécutent docilement les ordres, avalant sans broncher tout ce qu'on leur dit... Très bien. Mais la force du film n'est pas que là, dans ce doigt accusateur. Pour saisir le drame humain que constitue, inévitablement et durablement, toute catastrophe nucléaire, il faut pouvoir s'en approcher au plus près. Toucher le drame du doigt, autrement dit, intégrer au récit la douleur, parfois insupportable, qui tenaille les survivants. C'est la seule façon de comprendre ce drôle d'espoir qui demeure, malgré tout, lueur secrète et paradoxale, brillant au milieu des décombres, des doutes, des peurs et des séparations. C'est ce que nous montre The Land of hope et c'est magnifique.

8 commentaires:

mike a dit…

c'est surtout le pendant plan-plan de Himizu, raison pour laquelle il a été distribué, j'imagine.
C'était tellement ennuyeux et surligné que je me suis rendu directement à la fin pour m'apercevoir qu'il s'agissait d'un décalque de celle du film précité- en moins bien évidemment. Disons que Himizu, c'est Naked de Leigh, tandis que Land of Hope, c'en est une version fadasse qu'un réalisateur normalement commet en ses vieux jours. Tout ça, c'est la preuve du côté opportuniste, en partie inconscient, de Sono pour qui je conserve néanmoins beaucoup de sympathie.

Anonyme a dit…

c'est sono sion ou sion sono?

Buster a dit…

Plan-plan, fadasse... c’est ce qui ressort le plus souvent comme critiques, The Land of hope c’est peut-être un beau film de vieux, je ne sais pas. Après je comprends que les admirateurs de Sono soient déconcertés, le film est de facture très classique mais moi je l’aime beaucoup, d’autant que je ne suis pas très friand des habituels excès de Sono... Dans Guilty of romance c’est justement la première partie, "bunuélienne", que je préfère.
Sinon je n’ai pas très bien compris ce que vous avez vu du film, le début et la fin seulement? auquel cas "vous n’avez rien vu à Nagashima" :-)

C'est Sion Sono, je me trompe toujours (ici la faute à l'affiche), mais c'est corrigé.

LéoS a dit…

Les Cahiers préfèrent le lyrisme de Gondry à celui de Sion Sono.

Buster a dit…

Oui enfin je ne sais pas trop ce qu’aiment ou n’aiment pas les Cahiers… qu’on devrait appeler les Chevaliers du cinéma maintenant qu’ils sont partis en croisade pour sauver le cinéma français! :-)

Gondry, il doit correspondre à au moins une des dix tares du cinéma d’auteur, non?

mike a dit…

Je n'ai vu que le début, et une poignée de secondes de la fin. Mais vous aurez remarqué que ma réaction née du dépit de voir qu'on a choisi de distribuer The Land of Hope plutôt que Himizu, et la seule raison que je vois à cela, c'est que The Land of Hope est moins bon. On a presque l'impression de voir une pièce de théâtre lourdement didactique sur les effets du nucléaire parfois.

Buster a dit…

Pas vu Himizu donc impossible de comparer, mais il me sembait que Fukushima y avait été intégré dans l’urgence, pour "encadrer" le film, ce qui faisait d’Himizu un film "sous le choc". Ici c’est différent, mais ce n’est pas non plus didactique... Sono ne nous explique pas comment le pouvoir gère l’information, en quoi le discours est mensonger, etc, ça reste très général, protestataire… il s’attache plutôt à l’aspect affectif de la catastrophe.

Anonyme a dit…

Pour les Cahiesr, le lyrisme c'est Yann Gonzalez, l'héritier de Carax