jeudi 25 avril 2013

Cloud atlas

Retour sur Cloud atlas, un film fabuleux à tout point de vue. Pour en parler, rien de mieux que cette combinaison de notes, écrites par un certain Claude Altas et trouvées par hasard sur le net:

1. Transgenre: voilà, c’est dit, on peut passer à autre chose.

2. Cloud atlas est un film à la fois titanesque (Atlas) et aérien (cloud), une œuvre absolument unique - parce que des grosses machines capables de flotter dans les airs, j'en connais pas beaucoup -, un film qui n'a rien du pensum fumeux, comme le pensent les rabat-joie, ni du trip coq-à-l'ânesque, comme le croient les bigleux. Car Cloud atlas c'est d'abord ça: un pur plaisir de cinéma, l'antidote néo-babylonien aux dérives malickiennes, par la grâce d'une mise en scène constamment inventive, parfaitement cohérente et d'une souplesse inouïe, quasi élastique. Rien que ça? Bah oui...

3. Si Cloud atlas est composé comme un sextuor, celui de Frobisher qui donne son titre au film, quelle en est la figure? Pas vraiment celle d'un puzzle, ni celle d'un labyrinthe, il n'y a rien à résoudre dans Cloud atlas, aucune énigme à déchiffrer, ce qui d'ailleurs est un des atouts du film (on peut le voir une seconde fois - c'est même conseillé - avec un plaisir égal, voire supérieur, vu que ce plaisir ne réside pas dans l'attente d'un quelconque dénouement mais bien dans le déploiement des récits, à travers ce qui les relie). Ni puzzle ni labyrinthe, donc... la figure est plutôt celle d'un kaléidoscope.

4. Kaléidoscope. Direction Wikipédia: "Dans la mesure où il possède à la fois un nombre fini d'éléments dans un espace fini (clos) et où il autorise pourtant un nombre indéfini de combinaisons, il [le kaléidoscope] donne une illustration concrète, symbolique, de la façon dont on peut créer quelque chose de nouveau par un simple réagencement de ce qui existait déjà auparavant. Il donne ainsi une figure réconciliant les termes apparemment opposés de la permanence et du changement, de l'identité et de la différence. Cette image permet également d'illustrer un propos soutenant que ce ne sont pas les éléments qui font le tout, mais la forme que prend leur combinaison: le tout n'est pas réductible à la somme de ses parties. A partir d'un nombre fini d'éléments, on peut créer un grand nombre de figures différentes."

5. On pense au Manuscrit trouvé à Saragosse... Sauf que Cloud atlas n'est pas si vertigineux. Le principe d'emboîtement y est simplifié. Si le journal d'Adam Ewing (récit 1), sur sa traversée du Pacifique, est lu par Robert Frobisher (récit 2) dont les lettres (à son amant) sont lues par Luisa Rey (récit 3) dont le manuscrit (sur sa première enquête) est évoqué par Timothy Cavendish (récit 4) dont le film (tiré de son autobiographie) est vu par Soonmi-451 (récit 5) dont le destin (lié à son oraisonfait d'elle une déesse que vénère Zachry (récit 6), ce ne sont que des traits d'union, à l'image de la tache de naissance (en forme d'étoile filante) que porte chaque personnage. Les histoires communiquent entre elles, s'interconnectent même, mais ne se creusent pas les unes dans les autres. Pas de mises en abyme à proprement parler. Trop littéraire. Cloud atlas est un film de surfaces. La profondeur y est toujours à plat. Ainsi, dans le dernier récit, lorsque Halle Berry (Meronym), arrivée au sommet de la montagne "interdite", envoie des signaux vers d'autres planètes (pour qu'on vienne en aide à son peuple menacé d'extinction), et qu'ils prennent l'aspect de figures géométriques, leur disposition dans l'espace évoque Ruskin et sa perspective de... nuages ().

6. Wikipédia (suite): Schopenhauer utilise l'image du kaléidoscope pour montrer la forme de métempsycose qui caractérise l'histoire... "L'histoire a beau prétendre nous raconter toujours du nouveau, elle est comme le kaléidoscope: chaque tour nous présente une configuration nouvelle, et cependant ce sont, à dire vrai, les mêmes éléments qui passent toujours sous nos yeux." (Le monde comme volonté et comme représentation)

7. Que nous dit Cloud atlas (et son kaléidoscope aplati) qui ferait donc retour? "Our lives are not our own. From womb to tomb, we are bound to others. Past and present. And by each crime and every kindness, we birth our future." Ainsi parla... Soonmi-451. Au-delà du sens, sur lequel s'attardent ceux qui n'aiment pas le film, c'est le mouvement de la phrase qui importe. Les mots s'opposent, à l'image des personnages, des intrigues, des différents genres du film... mais l'essentiel est dans le rythme, l'harmonie qui s'en dégage, bref la poésie. Rimes, allitérations, isotopies... voilà ce qui fait la beauté de Cloud atlas. Et ça, on ne peut l'apprécier que si on appréhende le film dans sa globalité, à travers les motifs (celui de la chute, par exemple) qui courent d'une histoire à l'autre, les discours (empreints d'humanisme et/ou de spiritualité, que d'aucuns jugeront bébêtes, mais comme dans beaucoup d'œuvres de science-fiction - car Cloud atlas est une œuvre de science-fiction, même si on y mélange les genres), les discours, disais-je, qui se font écho tout au long du film.

8. Interpréter Cloud atlas n'est pas très compliqué mais n'a pas grand intérêt (je laisse ça aux autres)... Cela dit, rendre compte de sa propre expérience, de ce que le film a de saisissant, via sa richesse narrative, sa structure spiroïde et ses pouvoirs de réverbération, n'est pas très passionnant non plus (pour les autres, même ceux qui adorent le film). Cloud atlas, c'est comme pour la musique, on y adhère ou on n'y adhère pas. Le reste, dans le fond, n'est que littérature...

------------------------------------------------------------------------------------ Claude Altas

23 commentaires:

Claudius a dit…

"Interpréter Cloud atlas n'est pas très compliqué" vous avez de la chance, moi j'en suis incapable; le film étant une grosse bouse, y trouver du sens relève de l'exploit et j'aurais bien aimé que vous nous fassiez partager vos lumières; la note 8 laisse sur sa faim, j'ai l'impression que vous bottez en touche pour éviter le débat; ou alors c'est pour finir sur le même registre déceptif que le film.

Buster a dit…

Quel débat? Cloud atlas, il y a les pour et les contre, c’est comme le mariage pour tous… Je vous parle de beauté, vous me répondez "grosse bouse", à partir de là le débat est clos.

claudette a dit…

C’est quand même zarbi de défendre Cloud Atlas quand on aime Flammes.

Buster a dit…

Pourquoi zarbi? On peut très bien aimer l’un et l’autre.

Buster a dit…

Pour l’anecdote, c’est Sandrine Rinaldi (la réalisatrice de Cap nord, et grande admiratrice d’Arrietta) qui est fan de Cloud atlas et m’a donné envie de voir le film.

Anonyme a dit…

Comme quoi, on peut aussi aimer Cap Nord et Cloud Atlas ! :)

Buster a dit…

Ou détester Cap nord et Cloud atlas, comme aux Cahiers du lyrisme, euh pardon... du cinéma.

Anonyme a dit…

Les Inrocks ont aimé les deux, Buster

Buster a dit…

Oui je sais (Jacky?)

Anonyme a dit…

Non, c'est JBM!

Buster a dit…

Le JBM du Seigneur?

Anonyme a dit…

Non, le JBM du Saigneur!

Buster a dit…

OK je me sauve...

Anonyme a dit…

C'est ça, sauve-toi Buster

Anonyme a dit…

C'est quand que vous faites écrire Sandrine Rinaldi aux Inrocks, JBM ? ça nous changera de Serge Kaganski...

Anonyme a dit…

Il suffit donc de faire rimer des scènes ou des figures à l'intérieur d'un film ? Ou plus simple encore d'y "adhérer" ? Tout le reste n'est que littérature ? Sentiment en lisant ça d'un manifeste pour la paresse, un manifeste très paresseux (forcément me direz-vous).

Buster a dit…

"Adhérer", exactement, parce qu'il suffit de s’arrimer au film et de se laisse porter, par le flux narratif, les figures, etc... adhérer c’est croire à ce type de cinéma qui renoue avec ses origines de grand spectacle, un cinéma suffisamment puissant pour qu’on s’y abandonne totalement. Peu de films ont cette capacité, c’est ce qui fait pour moi la réussite de Cloud atlas, davantage que la thématique, les symboles… dont on peut parler mais qui appartiennent autant au film qu’au roman de David Mitchell.

Otar Iosseliani a dit…

C'est beau aussi la paresse !

défendu – par minou !-D a dit…

Une neuvième… note, peut-être ?-D

Allez !-]

9. On pourrait relever aussi le côté « New Age » du film - mmh, sa force… mais, à mon humble avis, également sa limite. Et qui donne l’impression de voir un film, euh, « anté-futuriste » (ahum) : fait dans l’esprit des années 70, et tourné avec des moyens actuels.

Accepter l’anachronisme. Accepter les sautes temporelles.

(euh, autrement dit : y adhérer, quoi !-D

Quoi qu'il en soit, j’ai bien aimé ce Cloud Atlas – un film qui ne méritait certainement pas l’accueil assez méprisant dont il a fait l’objet.

Tiens, ça va plaire à quelques-uns (n’est-ce pas, Fatty ?-] Ci-après le premier paragraphe de la section « Sources multiples », dans l’article consacré à l’entrée « New Age » sur la base Wikipedia :

Le New Age est un patchwork de croyances de sources diverses. Il a popularisé en Occident certains thèmes hindouistes ayant transité par la théosophie, comme la notion de vies antérieures et la métempsycose/réincarnation. Il est aussi le véhicule de concepts proches de certaines écoles philosophiques hindoues ou indiennes et du tantrayana comme l’idée d’une « biologie invisible », d’un corps énergétique subtil, dont font partie l’aura, le corps éthérique et les chakras, centres d’énergies. Le New Age met en avant la notion de guidance intérieure en mettant l’accent sur l’intuition, et parfois en l’accentuant avec des concepts comme celui de pouvoir personnel : « chacun crée sa propre réalité[2] », ou en ayant recours à des entités spirituelles mêlant les caractéristiques des « guides de lumière » traditionnels (les anges) avec des entités supposées issues d’autres plans de conscience, « Maîtres de Lumière » ou « Maîtres ascensionnés » (appelé « divinités » en Inde, les « bouddhas » chez les bouddhistes), etc. Dans ces derniers cas, la représentation populaire en occident de l’image du Christ est parfois utilisée bien qu’il soit devenu dans ce contexte un « principe » ou une « énergie » plutôt qu’une personne.

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Hé, hé ! le « grand JBM »… désormais, fidèle (lecteur de ce blog ?-D

On se demande ce qui a bien pu se passer, depuis l’autre fois !?!-DDD

Anonyme a dit…

D'accord, mais avec un mot comme 'puissant' on ne fait pas de la critique, ou alors c'est de la critique à la Morain, à coups d'adjectifs assénés comme des coups de trique. L'enthousiasme j'en veux bien, mais on dirait que c'est tout ce qui leur reste aux critiques, et au bout d'un moment on se dit quand même que tout ça c'est du cinoche, et du pas très marrant (cf. derniers Cahiers)

José Bénazéraf a dit…

C'est beau aussi la trique !

Buster a dit…

Salut minou (euh... minou, c’est un clin d’oeil à la scène, hilarante, où le jeune Cavendish est surpris au lit avec sa bien-aimée par les parents de celle-ci?)
Oui il y a du new age dans Cloud atlas mais ce n’est pas aussi massif que les détracteurs du film le disent, il n’y a pas de discours lourdement signifiant, la mouvance new age, qui est une réalité américaine, est prise dans le mouvement du film, de la contre-culture des années 60-70 (l’idéologie écolo-hippie est présente dans la partie Luisa Rey) au spiritualisme post-apocalyptique, s’intensifiant avec le temps et un consumérisme de plus en plus dominant, mais là encore, ça se confond avec la dimension holistique du film.

(sinon, le JBM en question est certainement un fake)

Anonyme (celui de 00.06), vous avez raison, il ne faut pas abuser des adjectifs… quoique parfois un bon adjectif (comme ici "fabuleux") en dit plus qu’une longue phrase emberlificotée.
Pour revenir à la note 8, je précise qu’elle se voulait à la fois non conclusive (à l’image du film) et un peu provocatrice (vis-à-vis de ceux qui rationnalisent les oeuvres en les passant au grill de l’interprétation à outrance et/ou de l’analyse idéologique).
Plus généralement je rappelle qu’ici il ne s’agit pas de produire de la pensée à la chaîne, une idée chassant l’autre (suivez mon regard) mais de témoigner, à travers de simples notes, du rapport forcément singulier que l’on peut avoir avec une oeuvre, elle-même singulière. Pas de critique proprement dite, juste un mix (plus ou moins digeste j'en conviens) où se mêlent l'approche critique, l'affirmation (toujours terroriste pour l'autre) de goûts et de dégoûts, et le billet d'humeur... mais j'ai déjà dit tout ça.

Buster a dit…

Otar et José: :-D