lundi 4 février 2013

Achab Lincoln

Vu Lincoln de Spielberg. Quel beau film! Après Tintin et Cheval de guerre, Spielberg reprend son souffle, pour nous offrir un film gigantesque et magnifiquement traînard, à l’image de son héros (qui paraît-il été atteint du syndrome de Marfan, ce qui expliquerait sa grande taille, ses longues mains - d’où sa difficulté à enfiler des gants, qu’ils soient blancs ou noirs - sa maigreur, sa démarche voutée, etc., bref sa lenteur... tout ça n'a pas grand intérêt, c'est juste pour expliquer le jeu monolithique de Daniel Day-Lewis). Grand film sur le génie politique d’un homme et son pari insensé: faire voter à tout prix, c’est-à-dire par tous les moyens (disons moralement "acceptables"), l’abolition de l’esclavage avant la fin de la guerre civile, pourtant imminente, seule façon pour lui d'obtenir le nombre de voix nécessaire (il lui en manque 20 au départ, à récupérer dans le camp des démocrates, sous réserve que tous les républicains le soutiennent, ce qui est loin d'être acquis) sans compromettre les chances de paix (et de permettre aussi, par la même occasion, au fils aîné fraîchement engagé de ne pas risquer sa vie trop longtemps). D’où cette bataille politique, à la Chambre et surtout dans les coulisses, génialement rendue par Spielberg, en lieu et place de ce qui se passe au-dehors, sur les vrais champs de bataille, entrevus seulement au début (une boucherie entre les confédérés et un régiment noir) et à la fin (un paysage désolé après le siège de Petersburg). Alors oui, esthétiquement parlant, c’est pas toujours du meilleur goût, Spielberg abuse des contre-plongées pour magnifier Lincoln, et la musique de John Williams, un rien pompeuse, est assez pénible, mais ça passe et même admirablement... Pourquoi? Parce que c’est en accord avec le goût officiel, académique, d'une nation, qui est aussi le goût de Spielberg, proche en cela de la peinture réaliste américaine de l’époque. Ça passe, surtout parce que Spielberg crée et maintient une tension de tous les instants, à l’égal des meilleurs films d’aventure, qui alimente le récit, de l’espace public à la sphère privée (où Lincoln se révèle moins glorieux, forcément), jusqu’au point d’orgue que constitue la séance du vote, avec en montage parallèle Lincoln à la Maison Blanche, jouant avec son jeune fils dans l’attente du résultat. Puis, comme il se doit après un climax, le mouvement de relâche, magnifique, qui voit Tommy Lee Jones (Thaddeus Stevens, le plus anti-esclavagiste de tous) récupérer l'acte officiel du vote et rentrer chez lui pour l'offrir à sa domestique noire qui se révèle être sa compagne. Et, point final: la mort de Lincoln, vécue off dans un autre théâtre, déclenchant les cris du fils (bah oui, le fils et le père, comme toujours chez Spielberg, analyse sans fin...). En termes d'émotion, il est difficile de faire plus fort. Lincoln n'est peut-être pas un chef-d'œuvre (j'en sors, je manque de recul) mais c'est un grand film assurément, par la puissance de son récit qui compense, voire efface, les habituels défauts du cinéaste (sentimentalité, incarnée ici par Sally Field, pompiérisme...). A un moment du film, Lincoln compare son combat à celui d'un baleinier, écho au rêve du début où il apparaissait à la proue d'un navire, fixant l'horizon... Impossible de ne pas penser à Moby Dick, d'autant que dans le film qu'en a tiré Huston, Gregory Peck a la tête de Lincoln. Juste retour des choses. Ici l'horizon n'est plus Moby Dick mais l'abolition de l'esclavage. La grosse masse blanche n'est plus celle d'un cachalot mais celle des Etats du Sud... Et Lincoln en Capitaine Achab, fonçant à travers les flots, ceux de l'Histoire, bravant tous les dangers, ceux de la politique, pour atteindre son objectif: sauver l'Union. Lincoln, un grand film melvillien?

45 commentaires:

Anonyme a dit…

Lincoln, un grand film politiquement correct, bien comme il faut!

Anonyme a dit…

"La grosse masse blanche n'est plus celle d'un cachalot mais celle des Etats du Sud..." Il fallait l'oser celle-là !

Anonyme a dit…

Melville était unioniste?

Buster a dit…

Oui, et Achab unijambiste!

anonyme a dit…

Borges ne vous loupe pas, Buster (cf lien sur "anonyme")

Et s'il avait raison, pour le coup ?

Frank Néron a dit…

Hé Buster, Môssieu le Pr. Borges a corrigé vos deux textes sur Django et Lincoln. Il a rajouté la pensée qu'il y manquait, c'est beaucoup mieux !! (je rigole bien sûr)

Buster a dit…

Ah Borges, "un borges piccolo piccolo", un pauvre sniper pas très finaud en fait - comme quoi ça mène à rien le bac philo :-)

A part ça, il a raison sur Moby Dick, pas la peine de convoquer Deleuze... la différence c’est que je ne m’intéresse pas au roman de Melville mais au film de Spielberg, et dans Lincoln ce qu’il y a de melvillien ce n’est pas l’entreprise de mort mais la ligne obsessionnelle, ça me semblait évident, mais bon, faut croire que non...

C’est le problème de Borges, il est tellement préoccupé à "produire de la pensée" en étalant sa science que rapidement ce qu’il dit ne raccorde plus avec l’objet de départ, en l’occurrence le film, comme si cet étalage n’était là finalement que pour masquer son incapacité à faire la critique d’un film (bon ce n’est qu’une supposition car je ne lis plus les Spectres depuis longtemps et je ne fous jamais les pieds sur Facebook, et si quelqu’un trouve un texte de Borges qui soit au moins l’approche critique d’un film, qu’il n’hésite pas à me l’envoyer).

Sur ce je file, la Fille de nulle part m’attend, et de toute façon je n’ai pas que ça à foutre.

Frank Néron a dit…

Je pense tout pareil.

(Quant à la critique d'un film par Borges vous pouvez attendre longtemps)

Anonyme a dit…

il y a quand même la mort au bout de Lincoln.

Buster a dit…

Vous avez raison, la référence aux baleiniers survient au milieu du film, d’un côté elle renvoie au rêve du début, c’est l’obsession (et son côté mortifère), la ligne d’horizon à atteindre coûte que coûte, et de l’autre, elle anticipe le finale, le paysage de Petersburg, l’assassinat de Lincoln, la mort comme le résultat de cette obsession. Melville était pour l’abolition de l’esclavage mais l’idée qu’on soit obligé de s’entretuer pour y parvenir lui était insoutenable. Cette idée de la mort au bout, je ne la méconnais pas, et quand je dis - ce qu’on m’a reproché - que la masse blanche de Moby Dick est devenue celle du Sud esclavagiste, c’est dans ce sens. Donc oui, l’entreprise de mort est bien présente.

En même temps, le film est plus complexe, moins linéaire, ce n’est pas Jaws. L’horreur de la guerre de Sécession est littéralement mise entre parenthèses, si l’on excepte la scène avec les morceaux de bras et de jambes dans la brouette, encore que cette scène évoque moins la réalité de la guerre que des corps déchiquetés par… un requin! Le film repose sur un double pari, celui de Lincoln. 1) Trouver les voix qui manquent, dans le peu de temps qui reste, pour que l’amendement soit voté. 2) Faire absolument passer l’amendement avant de signer la paix, car sinon l’abolition ne sera pas votée, beaucoup d’abolitionnistes redevenant anti-abolitionnistes. L’obsession est donc aussi à ce niveau, au niveau politique.

Lucie a dit…

Pour moi c'est un des plus grands Spielberg. Je ne comprends pas les arguments de ceux qui descendent le film. On a l'impression qu'ils ne l'ont pas vu,ou qu'ils cèdent à une sorte d'anti-spielbergisme primaire.

(ps. la scène de la brouette est quand même impressionnante)

Buster a dit…

Entièrement d’accord avec vous.

Sinon j’ai un peu de mal avec la scène de la brouette, je trouve l’image assez lourde (j’ai parlé de corps découpés par un requin, c’était un clin d’oeil bien sûr, ça se veut avant tout une métaphore: guerre civile = boucherie), et cette couleur bleutée, froide, me fait penser à certains Tim Burton...

Anonyme a dit…

un texte (pas une critique) sur le film de Hawks "Man's favorite sport?" par borges

http://www.spectresducinema.org/?p=757

un spectre a dit…

C'est le texte de Borges qui vous laisse sans voix? ;)

Buster a dit…

Non, pas encore lu... en fait plus trop envie, tout ça commence à me fatiguer, même le blog...
Je voulais annoncer ma renonciation mais un type à Rome m’a devancé…

Anonyme a dit…

Avouez-le Buster que le prochain Pape... c'est vous !

Anonyme a dit…

vous n'arrêtez pas votre blog quand même?

Vincent a dit…

L'allusion à Melville est bien vue, le plan du rêve magnifique, mais peu a^près un personnage dit "il n'a jamais vu une baleinière".
Ceci dit, c'est un film magnifique.

Bruce a dit…

Pas terrible ce texte de Borges. De la part d'un mec qui passe son temps à fustiger les critiques, c'est plutôt décevant.

Buster a dit…

Bruce > c'est plutôt décevant... ou rassurant, pour lesdits critiques :-)
Bon allez, j’ai fini par le lire ce texte, c’est vrai que c’est pas une critique vu que le père Borges il se rappelle plus du film... sinon ça se lit facilement, c’est pas déplaisant, mais ça vole pas très haut non plus, c’est de la pensée rase-mottes... pas pire pas mieux que ce qu'on peut lire ailleurs sur les blogs.

Vincent > oui, il n’y a que Lincoln dans le bateau, il est tout seul... Après, Jaws c’était déjà Moby Dick et de façon plus évidente encore, presque littérale... Mais là ça va plus loin, et c’est peut-être plus proche de Melville, car si le mal c’est l’esclavage et le bien son abolition, la guerre civile, elle, tend à tout confondre, blancs et noirs, gris et bleus...

Vincent a dit…

D’où ce superbe plan de bataille, cette empoignade sauvage ou les noirs en bleu et les blancs en gris s'écharpent dans le boue et brume, magma sauvage assez saisissant même après les scènes d'apocalypse dont Spielberg a déjà été capable.

Buster a dit…

Absolument, ce plan où se confondent les couleurs et les uniformes est finalement très melvillien, au sens où on ne distingue plus ce qui symboliserait le bien de ce qui symboliserait le mal. Melville était unioniste, car contre l’esclavage, mais pas foncièrement opposé à l’esprit sudiste. (peut-être existe-t-il des correspondances avec son recueil Tableaux de bataille et Aspects de la guerre)

Anonyme a dit…

hello buster, une petite leçon de papa borges:

(Buster)

-pour ce qui est de mon texte (rendu célèbre par JB Morain) sur le HH, dont je me fous assez (je parle du texte bien entendu, et aussi du film) : je dois dire que j'ai une telle opinion de ma valeur que seules les critiques d'un derrida ou d'un deleuze pourraient me faire douter de l'intérêt de l'un de mes "textes"; y a des idiots qui trouvent idiot "être et temps"...aux simples, qui rêvent de survols et de voyage en ballon, tout est rase-mottes; on n'y pourra jamais rien.

-mais mon pauvre Buster, le film de SS est inséparable du livre de Melville; t'as pas d'un côté le film et de l'autre le livre; le livre est dans le film; les séparer, c'est ne rien comprendre à rien; tu verras mille fois mieux, et autrement (au-delà des banalités qui s'écrivent banalement) le film si tu le branches sur ce livre (t'es pas obligé de le lire), mais aussi sur Hamlet, Faust, ou Jules César (c'est la configuration de ces figures de néant, de mort, de suicide, qui est intéressante); tu laisses l'obsession (Achab, c'est d'abord une histoire de vengeance, comme "munich") à ceux qui savent pas ce qu'elle est, et tu t'intéresses à la figure du génie, de l'acteur et de la mélancolie, autrement dit au néant et à la mort; ce sont les sujets de lincoln, dont il faut pas oublier le prénom (abraham); si tu fais attention tu verras l'histoire biblique réécrite dans le film (avec les fils sacrifiés, et pas sacrifiés; c'est même prodigieux, si on lit cet inconscient du film).

-Lincoln n'est pas dans le réel, dans l'histoire, il est un être de parole, de mots, de théâtre, d'imaginaire, c'est un comédien, qui semble ne rien connaître du monde, de la guerre par exemple; il s'identifie aux baleiniers sans avoir jamais vu une baleinière; quand sa "servante" lui dit ce qu'il pense des Noirs, il lui dit ne pas connaître son peuple... l'égalité pour lui est un truc géométrique, euclidien (sa femme lui reproche de ne rien sentir)

-il faut toujours convoquer deleuze, faut toujours convoquer tout ce qui peut rendre plus intelligent...

- à ceux qui n'ont pas encore pigé : je fais pas de "critiques", ça n'a aucun intérêt; la manière neuve, intéressante, d'écrire "sur" le cinéma n'a pas encore été inventée, mais je pense que le mode "forum" est ce qui s'en rapproche le plus...

Anonyme a dit…

on comprend que vous soyez fatigué de ne parler que des gros films à l'affiche dont tout le monde parle déjà partout ailleurs...

Buster a dit…

Glubs... mais moi j’aime bien les leçons, je n’ai jamais été aussi heureux que sur les bancs de la fac, à condition que le prof ne soit pas trop odieux (parce que si les meilleurs profs sont souvent odieux, il y a quand même des limites! :-)

Anonyme de 10h56, c’est plutôt les commentaires comme le vôtre qui me fatigue... tiens pour le coup je vais répondre à Borges sur Lincoln.

Buster a dit…

Donc...

Borges a raison, je sous-estime un peu trop la part sombre du film qui est aussi celle de Spielberg... cela dit je ne sépare pas le livre de Melville du film de Lincoln, sinon je n’aurais jamais évoqué la figure d’Achab, je dis seulement que l’un, le livre, ne doit pas prendre le pas sur l’autre, le film, le sous-texte c’est bien à condition de garder un oeil sur le texte... Que Moby Dick soit une histoire de vengeance, d’accord, mais dans Lincoln où se situe la vengeance? La question qu’il faut se poser parce qu’elle commande en partie la lecture du film c’est pourquoi l’assassinat de Lincoln n’est pas montré, qu’il n’est "vu" qu’à travers les yeux et les cris de l’enfant? On dira parce que le film n’est pas un biopic, que le sujet c’est le 13e amendement, que c’est Spielberg dans son rapport au père, etc, etc... peut-être, mais si la mort n’est pas montrée c’est surtout parce qu’elle est déjà là quelque part dans le film, à travers la figure d’Achab, OK, mais aussi celle de Jules César. Car à quoi renvoie ici la figure de Jules César? A Shakespeare que Lincoln appréciait mais surtout à Booth, son assassin, acteur shakespearien qui d’ailleurs interpréta la pièce Jules César (dans quel rôle? un de ses frères se prénommait Junius Brutus, autant dire que chez les Booth Jules César ça devait être aussi une obsession). Achab et Jules César sont des figures prémonitoires. Donc la mort, oui, mais la vengeance? Pas du côté d’Achab se vengeant de Moby Dick car Lincoln n’a à se venger de rien, mais du côté de Jules César, via Booth, sudiste fanatique se vengeant de la défaite, du 13e amendement, de l’émancipation des Noirs... La figure tyrannique si elle évoque l’Achab de Melville, dans le film de Spielberg ça renvoie plutôt au fanatisme de Booth et de certains sudistes qui voyaient en Lincoln un tyran (entre autres parce qu’il s’arrangeait un peu trop avec la constitution). "Sic semper tyrannis" ou "I have done it, the south is avenged", ce sont les mots qu’aurait prononcés Booth après avoir tué Lincoln. Tout ça pour dire que la question de la vengeance dans Lincoln me paraît, au contraire de celle de la mort, beaucoup plus périphérique...

Sinon pour revenir à l’obsession, ne pas se méprendre, celle de Lincoln c’était de sauver l’Union, pas d’abolir l’esclavage (il y a dans l’image d’Achab un renversement, tuer la baleine = sauver l’Union), et ça le film le montre très bien, Lincoln est dans une logique supérieure (comme Borges, hé hé) qui échappe aux autres, qui crée comme un double langage permanent, Lincoln est le seul à savoir où il va...

abdel a dit…

pourtant on la voit la mort de Lincoln?

Buster a dit…

Vous pensez sûrement à Lincoln mort sur son lit, mais ça c'est la mort-tableau, Lincoln déjà dans la postérité, moi je parlais plutôt de la mort annoncée.

Vincent a dit…

"Munich" n'est pas tant une histoire de vengeance qu'une réflexion sur l'usage de la violence en politique. Sur le prix à payer et les conséquences autant morales que pratiques qu'elle implique. Le modèle, ça serait plutôt "L'homme qui tua Liberty Valance" (chacun ses obsessions).
Je vois dans "Lincoln" le prolongement de cette réflexion, axée sur l'idée de compromis. C'est un grand film politique qui montre la politique en action, de façon très concrète. Je ne pense pas qu'il y ait une dimension mystique chez Spielberg, sa "face sombre" l'en empêche et pour ce qui me concerne, tant mieux. Du coup je ne suis pas d'accord avec cette idée d'un Lincoln "hors du monde". Au contraire, c'est un pragmatique qui a le recul nécessaire pour l'analyse et une action de long terme qui va influencer l'Histoire. l'Histoire il est en plein dedans, ce sont des hommes comme lui qui l'écrivent et, éventuellement le payent cher (C'est peut être là qu'il y a du Shakespeare, auteur de chevet de Ford, tout ça se tient bien).

Vincent a dit…

"Lincoln est le seul à savoir où il va'" c'est tout à fait cela. Il sait aussi ou le pays doit aller et, de mes souvenirs de lecture, il était persuadé que la sauvegarde de l'Union était liée à l'abolition. Il y a eu ce discours où il a dit qu'il pourrait se passer de l’abolition, mais je crois que c'était pure tactique (c'est dit dans le film à un moment). mais moralement, il ne pensait pas la démocratie américaine compatible avec l'esclavage.

Buster a dit…

Oui c'est vrai, en même temps il semble que Lincoln n'a jamais été viscéralement abolitionniste comme l'était par exemple Thaddeus Stevens. C'est toujours au nom d'une cause supérieure, l'Union, la démocratie, qu'il se prononçait contre l'esclavage. Il y avait même quelque chose d'abstrait dans sa manière d'aborder le problème (c'est ce que veut dire Borges, je pense), il ne condamnait pas directement l'esclavage, il se contentait de démontrer, d'un point de vue purement logique, que ce n'était pas défendable.

Vincent a dit…

Je ne suis pas certain que l'on déploie une telle énergie si elle n'est pas soutenue par une intime force de conviction. Dans le film, il raconte qu'il a assisté étant jeune à une vente d'esclaves et que ça l'a traumatisé. Lincoln a travaillé dans le sud, il me semble vraisemblable que l'esclavage a été une expérience plus concrète que ça, d'autant que candidat à plusieurs élections, il devait parcourir le pays. Ça donne envie de trouver une bonne biographie pour avoir des choses plus précises à avancer.

Buster a dit…

Possible mais comme vous le dites vous-même, il n’est pas toujours facile de démêler chez Lincoln conviction profonde et discours de circonstance, la vérité est d’ailleurs peut-être entre les deux… Le film s’intéresse au génie politique de l’homme, c’est du moins le scénario de départ, sur lequel Spielberg a greffé ses propres obsessions, ce qui rend le film beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît.

Par rapport au côté abstrait je pensais à un texte de Lincoln dans lequel il expliquait que quels que soient les critères retenus pour justifier l’asservissement d’un homme par un autre (couleur de peau, intelligence, intérêt...) il se trouvera toujours un homme pour appliquer ces mêmes critères à celui qui asservit, donc pour l'asservir à son tour... (pas sûr d'être très clair ;-)

Vincent a dit…

Si, ça me semble clair :)
Bon, du coup j'ai ressortit le bouquin de James M. McPherson sur la guerre de sécession qui aborde le sujet qui nous occupe. Pour Lincoln, l'esclavage était la base de "la maison divisée" thème sur lequel il fit campagne en 1858. Mais dès 1847, il estimait l'esclavage en contradiction absolue avec les textes des pères fondateurs. Ailleurs, il le traite de tumeur. En 1860, il a cette phrase "Le noir est un homme. Il ne peut y avoir aucun droit moral lié à l'asservissement d'un homme par un autre".
J'insiste un peu (en attendant mon texte n'avance pas !) parce que je crois que c'est le cœur du film : les discours et les actes de circonstances ne pèsent pas tant face aux convictions profondes.

Buster a dit…

OK, si vous sortez les bouquins, je ne peux pas lutter! :-)

Disons que dans mon souvenir Lincoln n’était pas un abolitionniste acharné, et que s’il l’est devenu, c’est autant pour des raisons éthiques que pour offrir une meilleure image des Etats-Unis, et de sa démocratie, à l’Europe, notamment l’Angleterre… Cela dit ses raisons étaient sûrement plus sincères que celles de beaucoup d'unionistes, qui eux étaient contre l'esclavage pour des raisons surtout économiques.

Jeff McCloud a dit…

Et finalement, grâce au film de Steven Spielberg, l'Etat du Mississippi vient d'abolir l'esclavage, ce 7 février 2013...

http://www2.lactualite.com/blogue-geopolitique/2013/02/21/le-mississippi-et-l%E2%80%99abolition-de-l%E2%80%99esclavage%E2%80%A6-en-2013/

Buster a dit…

Hum… C’est pas trop tôt, et le film de Spielberg a sûrement plus joué que celui de Tarantino! :-) Cela dit, si j’ai bien compris, l’amendement avait été adopté en 1995, seulement il n’avait pas été enregistré (on ne sait pas pourquoi). J’ai recherché quel film aurait pu favorisé cette adoption en 1995, mais je n’ai rien trouvé (Amistad est postérieur) sinon un téléfilm sur Frederick Douglass, figure importante de l’abolitionnisme, lui-même ancien esclave (il était le fils d’une esclave noire et d’un Blanc), journaliste, réformateur et orateur célèbre.

Pour Vincent: le texte de Douglass à la mémoire de Lincoln, un texte qui lui donne raison sans me donner tort ;-)

Frank Néron a dit…

Borges: "à ceux qui n'ont pas encore pigé : je fais pas de "critiques", ça n'a aucun intérêt; la manière neuve, intéressante, d'écrire "sur" le cinéma n'a pas encore été inventée, mais je pense que le mode "forum" est ce qui s'en rapproche le plus..."

Le forum des spectres, ce qui se rapproche le plus d'une manière neuve d'ECRIRE SUR LE CINEMA? J'en rigole encore!

Buster a dit…

Pas trop fort... Borges voit pas très clair mais il a de grandes oreilles!

Vincent a dit…

Merci pour le lien, Buster. "Though the Union was more to him than our freedom or our future" c'est peut être la clef, avec une si haute idée de son pays qu'il ne pouvait l'accepter marqué d'une telle infamie. Qui sait tout au fond pourquoi les gens font ce qu'ils font ? Ça rejoint le geste de Wayne - Doniphon qui agit contre Liberty Valance par dépit amoureux et construit ce-faisant l'action politique de Stewart - Stoddart (et son avenir).
Bon, j'ai profité de mes congés pour mettre en ordre mes idées sur le film et terminer mon texte.
Et pour rebondir sur votre commentaire à propos du De Palma, j'espère votre "crise" passagère :)

Buster a dit…

Les crises on sait quand elles commencent, jamais quand elles finissent! :-) En tous les cas, rien de tel pour les surmonter que de se couper de tout, à commencer par internet. Je pars donc là où je suis sûr de débrancher, c'est-à-dire loin!

(bon je vais quand même essayer de lire votre texte avant le départ, d'autant que Lincoln n'a pas beaucoup de défenseurs sur le web ;-)

Lord Galean a dit…

pas beaucoup de défenseur sur le web, oh ben si quand même :

http://www.capturemag.net/cetait-demain/lincoln-de-ford-a-spielberg/

http://www.filmdeculte.com/cinema/film/Lincoln-4179.html

http://www.cloneweb.net/critiques/critique-lincoln/

d'accord c'est peu, face à cette meute de loup sanglant, dont les abrutis de Spectre de Cinéma font quasiment office de leader, mais quand même ;)

Buster a dit…

Eh bien merci, je lirai ça à mon retour!

Anonyme a dit…

L'important pour Lincoln c'est que la presse généraliste le défende, or c'est le cas et très majoritairement. Le web, c'est quelques pelés et tondus, rien de gênant pour M. Spielberg. Les "loups sanglants" ne sont pas ceux que l'on croit.

Anonyme a dit…

Et si par hasard Lord Galean est le tenancier de ce blog :

http://fantasydo.over-blog.com/

disons gentiment que la poutre dans son oeil l'empêche de bien voir les films...