mercredi 9 janvier 2013

L'ordre du chaos

Portrait de Maria Lani














Dalí et le surréalisme, bof... je n'ai jamais aimé. Trop technique, trop onirique, trop cosmique. Pour autant la grande expo Dalí, actuellement à Beaubourg, a son intérêt. Pendant que les gens s'y agglutinent, laissant croire que les Français aiment la peinture, alors qu'il s'agit surtout de grand-messe culturelle, ce qui n'a rien à voir, oui, eh bien, pendant ce temps-là, on peut aller voir d'autres expos sans se faire (trop) marcher sur les pieds... Et quelle expo voir en ce moment sinon celle consacrée à Soutine au musée de l'Orangerie - Chaïm Soutine: l'ordre du chaos -, nouvelle occasion, après l'expo organisée il y a cinq ans à la Pinacothèque, de redécouvrir l'un des plus grands peintres du XXe siècle (en tous les cas mon préféré avec Bonnard - Soutine me bouleverse là où Bonnard me met en joie). Et dépêchez-vous, il ne reste plus que quelques jours!

Réflexion à creuser... Un ami, tout en me souhaitant la bonne année, me reproche (gentiment) de ne pas avoir été assez méchant avec Tabou, de m'être simplement demandé si tout ça n'était pas un peu bidon, sans aller plus loin et repérer ce qu'il y avait en effet de toc dans ce film. Bah oui, c'est le problème... Je doute, et tant que je n'aurai pas revu le film je resterai dans le doute. Attention, quand je dis que je doute, je ne parle pas de mon sentiment vis-à-vis du film. Pour moi Tabou est juste un beau film, qui se regarde sans déplaisir, mais sans réelle passion non plus, car limité par une vision très consensuelle, et en même temps très passéiste, du cinéma (autour de la question de la croyance et d'un supposé âge d'or), que ne compensent pas tous ces petits effets de modernité (visuels ou sonores) que Gomes parsème habilement pour donner le change, sauf que ça sonne souvent faux... Pire, le film repose sur des enjeux (théoriques, esthétiques...) tellement simplistes que sa puissance romanesque s'en trouve considérablement réduite (quid de l'aventure?), le film passant même à côté de pas mal de choses (ainsi du colonialisme). Seulement voilà, si je suis certain de ne pas vraiment aimer Tabou, je ne suis pas sûr que les arguments avancés soient suffisants. Mon doute est là, entretenu par le fait que la quasi totalité de la critique a encensé le film, un film dont elle n'a, en général, retenu que la seconde partie, la plus séduisante (ce qui est symptomatique)... Revoir Tabou s'impose donc pour mieux comprendre à la fois ma non-adhésion au film et l'engouement qu'il suscite chez les autres...

59 commentaires:

§ a dit…

D'accord sur Soutine, cent fois mieux que Dali, et parfois tellement plus Bunuelien !

(Précision : l'expo n'est pas à Orsay, mais juste à côté, à l'Orangerie.)

Buster a dit…

Oups... oui bien sûr à l'Orangerie, qui possède déjà une vingtaine de Soutine... (c'est corrigé)

Guillaume a dit…

Décidément vous n'avez rien compris à Tabou. Ce film est un chef d'oeuvre magnifique de bout en bout; je considère même la première partie supérieure à la seconde que j'aime pourtant énormément.
Quant à prétendre que Soutine, bon petit peintre, est plus important que l'immense Dali, c'est d'un ridicule. Votre snobisme est sans limite.

Buster a dit…

"Soutine, bon petit peintre" il y a longtemps que je n’avais pas lu quelque chose d’aussi con... (j'imagine que vous, votre peintre préféré, c’est Bernard Buffet!)

J’ai parfaitement compris Tabou, il n’y a pas plus simple comme film, du moins à première vue (c’est pour ça que je veux le revoir), un film aux allures de roman-photo au temps du colonialisme, qu’une première partie contemporaine devrait normalement éclairer sous un angle différent, plus complexe, disons historique… sauf que non, tout le monde est resté scotché sur la seconde partie et sa poésie de pacotille, jolie mais de pacotille, comme quoi la première partie n’est pas fonctionnelle, le point de vue du film devenant celui de la seconde partie, superposable donc à l’imagerie de l’époque… Ce que je veux savoir c’est si, comme je le pense pour l’instant, Gomes fait simplement preuve avec ce film de maladresse voire de légèreté, en ramenant tout, de façon inconséquente, à l’innocence perdue d’un certain cinéma (surtout hollywoodien), ménageant ainsi une sorte de "flou artistique"… ou si au contraire, il laisse deviner, sans oser l’avouer, derrière cette histoire d’amour et de meurtre, une vraie nostalgie de l’Afrique coloniale, sachant que, pour lui, cela touche aussi au roman familial...

Ce qui est étonnant c'est que ce film ne fasse pas plus débat. Où est passée "la critique"?

tab(o)u - la tasse ?-D a dit…

Euh… coucou, je suis là !-D

Grr, dire que j’ai failli réussir à rester hors du coup pendant tout ce temps-là !!!-D

Bon, voici, ce que j’en dis (écris) à peu près dans mon entourage, de… ce « chef d'oeuvre magnifique de bout en bout » :

« Tabou, de M. Gomes : hum, en ce qui me concerne, ce film, c’est de la gonflette ! Que je n’écarterais cependant pas d’un revers de la main !

Film de non-dupe, pour non-dupes, qui fait du pied (ou du coude), à toutes les séquences aux cinéphiles-critiques. Pas mauvais en lui-même, mais, au fond, roublard (dans sa construction formelle, etc.), prétentieux, et quand même assez lâche, notamment sur les questions politiques, en particulier, sur la colonisation, auquel il substitue un exotisme de mauvais aloi, je trouve ! »

Voilà, encore un désaccord profond avec l’accueil général – euh, y compris l’article (euh, exagérément) enthousiaste de notre camarade Joachim, aux Cahiers (ahem !-DDD

PS : il faudra que tu me présentes ce sympathique ami – que je lui paie un pot, un de ces jours !-D

Buster a dit…

C'est toi "la critique"? :-D

Sinon c'est à peu près ce que je pense... la reconnaissance artistique c'est terrible, qu'est-ce que ça peut faire comme ravages... je voudrais quand même vérifier deux trois trucs, notamment sur l'utilisation de la voix off dans le film, des exemples précis qui permettent de démontrer, preuves à l'appui, que le film n'a pas été "vu" comme il aurait dû l'être...

PS: l'ami en question c'est top secret :-)

Zabou a dit…

Sur la page facebook de Jean-Louis Comolli :

Il y a deux semaines environ, l'un de mes correspondants dont je ne retrouve pas la trace, me demandait aimablement ce que je pensais du film "Tabou" de Miguel Gomes, sorti ces temps-ci à Paris et en France. Je lui répondais que je n'avais pas encore vu ce fim, annoncé déjà par la grande critique de cinéma comme un chef-d'oeuvre. Je réponds donc aujourd'hui à cette question. J'ai vu "Tabou". Je ne l'ai pas aimé du tout. Pire : je l'ai traité de "bidon". Tout est faux dans "Tabou", non pas tant la vérité historique dont le film se fiche éperdument (désigner le crime passionnel d'une héroïne de BD comme relié à l'insurrection d'un Front de libération luttant contre la colonisation portugaise est simplement grotesque) que le geste cinématographique lui-même. C'est épater le bourgeois que de tourner dans un Noir et Blanc délavé pour décaler l'oeuvre des normes du marché. Mon Dieu, que Gomes aille voir "Film, socialisme" de Jean-Luc Godard! Mais à part ça, le parti pris narratif qui veut que l'essentiel du récit fictionnel soit l'affaire d'une voix narratrice, alors que les images n'ont plus dès lors qu'un rôle "illustratif", c'est-à-dire nul, ce parti-pris cautionne l'évitement systématique par le cinéaste de toute scène devant rendre des comptes au réel du tournage. Nous sommes toujours dans une narration qui repousse l'ici-et-maintenant de tout enregistrement cinématographique dans une zone à la fois passée et floue. Cette mise à distance plaît au spectateur dans la mesure où elle lui évite tout simplement de s'impliquer dans la scène dont il devient tout simplement, tout tristement, un spectateur et non un "acteur" imaginaire. J'arrête là. La fausse-monnaie passe toujours pour vraie. JLC.

Dans les commentaires on trouvera aussi un texte de MC Loiselle (critique à 24 images, revue québécoise de cinéma)

Buster a dit…

Merci Zabou :-)

Il y a donc quelques réactions négatives (en plus de celles exprimées ici lors d’un précédent billet - vive le web!). Après il y a aussi différentes manières de refuser le film, je l’ai déjà dit. On peut le rejeter violemment, en se gardant quand même de ne pas trop exagérer sa réaction sous prétexte que le film 1) n’est pas politiquement irréprochable (j’ai pas dit correct) 2) a été aveuglément défendu par la critique. Ce qui me plaît dans ce que dit Comolli, c’est que pour lui le film est également discutable sur le plan esthétique et narratif (le geste cinématographique). Là on se rejoint complètement, et on parle bien du film, non de ce qu’il ne montre pas ou ne veut pas montrer… Donc oui il m’apparaît de plus en plus clairement que Gomes, sans avoir fait un film inepte (n’exagérons rien), s’est quand même largement fourvoyé…

Anonyme a dit…

Si autant de critiques aiment Tabou c’est qu’il doit bien y avoir une raison.

Buster a dit…

Ah bon?

Laurent a dit…

Cher Buster,
Désolé mais vous n’arriverez pas à me convaincre. Vous reprochez aux autres de s’être laissés envoûtés naïvement par le film, mais vous, je crains que vous soyez surtout passé à côté. C’est pas grave, ça arrive, il nous arrive tous de passer à côté d’un film. Nul snobisme de votre part, je vous crois sincère, c’est d’ailleurs une des grandes qualités de votre blog, que je suis assidument, vous dites les choses telles que vous les ressentez, vous posez souvent les bonnes questions, même si vous n’avez pas toujours les bonnes réponses (mais qui les a ?), et quand vous bloquez sur un film -je me souviens de votre accueil du film de Cronenberg, A dangerous method- vous le dites tout simplement. Pour Tabou, le fait d’y revenir, de vouloir le revoir, montre bien que le film vous importe malgré tout, qu’il n’est pas si « bidon » que ça. Et j’ai hâte de savoir si une seconde vision modifiera votre opinion.
Cordialement,
Laurent

totems - et tabous !-D a dit…

Holà, Anonyme de 16h 19... pas une "seule" raison, mais tout plein de mauvaises (raisons !-D

C'est un film qui flatte leurs petits egos de bourgeois "(en)culturés", bourré de signes extérieurs de reconnaissance, de clins d'oeil ostentatoires à ce qui voudrait tenir lieu, pour eux, de "culture" - c'est bien entendu la leur surtout (et la vôtre, sans doute), cinéphilique et même "littéraire" (euh, plus vaguement, il faut dire) :

- citations de films (les auspices écrasants de quelques grands classiques du cinéma), ou de tubes musicaux...
- références à des types de récit aux codes bien repérables (le polar, le genre romanesque, voire d'aventures...)
- tics grossiers de la modernité
(traitement du grain photographique, découpage formel, mélange des genres...)

Le tout mâtiné d'une légère nostalgie et un peu d'exotisme, et le tour est joué !-D

Tenez, il y a eu un film, qui a raflé là aussi tous les suffrages (de la critique et de la blogociné), sur des principes assez similaires, il y a quelques années, c'est... Mulholland Dr ! (euh, quoique déjà plus estimable, cependant !-D Et, comme par hasard, quand Lynch fait ensuite son film le plus audacieux et le plus intéressant, ces mêmes spécialistes se font étrangement beaucoup plus discrets ?!-D

Ou encore, et là, avec nettement moins de recherche, il y eut aussi le film assez creux de WKW : In the mood for love.

Et, remontons encore plus loin, il y a cinquante - là, c'est l'ex-cel-lent Michel C. qui va être content -, les "(autant de) critiques" avaient fait le même coup (ou presque) avec L'Avventura, d'Antonioni...

Pour le dire autrement, l'histoire de la fausse monnaie (au cinéma) n'est pas nouvelle : elle ne cesse pas de se répéter !-D

Anonyme a dit…

Lu sur la luxuriante page facebook des Spectres du Cinéma :

"Ceux qui n'existent pas" par Marie-Claude Loiselle (rédactrice en chef de la revue 24 images)

[extrait]

"Lorsqu'un cinéaste vient s'adresser au public en disant : « Vous savez, je ne suis pas très intelligent, je ne comprends pas vite les choses… », on se dit qu'il doit y avoir un peu de vrai dans cette fausse modestie. Pour ce qui est de Miguel Gomes, qui a fait cette déclaration avant la présentation deTabu au dernier Festival du nouveau cinéma, on se rend compte que cette naïveté feinte est davantage une manière de s'autoriser un regard nostalgique sur l'histoire coloniale du Portugal sans avoir l'air d'y toucher. Elle permet d'enfouir toute responsabilité collective sous une forme qui se veut comme une ode innocente et simple à un temps révolu. « Je crois bien, a-t-il rajouté, que mon film parle de la mémoire et de toutes ces choses qui disparaissent. » L'époque coloniale serait-elle devenue à ce point une abstraction, 50 ans après le début des indépendances, qu'on puisse ainsi exalter la mémoire de ce « paradis perdu » sur un mode badin ?

Lorsque l'on sait que la colonisation portugaise en Afrique a sans doute été la plus violente, la plus sanguinaire de toutes, mais aussi une des plus longues (occupation maintenue jusqu'au milieu des années 1970), comment occulter l'effroyable tragédie qu'elle a engendrée pour simplement faire de cette Afrique le décor d'un petit drame personnel ? Banale histoire d'adultère qui place, certes, la culpabilité au cœur du récit, mais pas celle que l'on croit : plutôt celle de l'amant face à la femme qu'il a séduite puis abandonnée. Et comment nous servir encore aujourd'hui une représentation du « bon nègre » dévoué, appliqué à travailler pour les Blancs (frotter les meubles et le parquet, faire la récolte aux champs presque avec le sourire aux lèvres) sans que ne pointe chez lui la moindre trace de résistance ? Serait-ce pour faire la paix avec le passé familial (la mère de Gomes est née en Angola) ? Et cette soumission du « bon nègre », le cinéaste la reproduit jusque dans le (non) personnage contemporain de la servante noire, auquel il n'accorde d'ailleurs aucune existence réelle. Ce que tout le film dit en fait aux Africains, c'est : « Restez à votre place ». Il n'y a bien sûr pas chez Gomes de volonté de les ridiculiser ou de les avilir, mais c'est justement cette absence de volonté affirmée, cette désinvolture avec laquelle il traite l'histoire qui fige l'Afrique dans la position de l'éternelle colonisée.

Anonyme a dit…

(suite)

Mais, nous dit-on, il ne faut pas prendre tout cela au sérieux, il faut voir l'ironie avec laquelle ce récit est abordé – en témoigne le caractère dérisoire du groupe de rock américain. On a toujours beau jeu de faire de l'ironie lorsqu'on se tient du côté de ceux qui ont écrit l'histoire, et d'envisager celle-ci avec un regard détaché. Comme quoi l'Afrique n'est pas seulement une source inépuisable de matières premières, mais une source tout aussi riche de déni et de divertissement à bon compte : liquider l'Histoire pour en tirer une historiette insipide et mièvre de roman-photo. Car même dans sa forme, le film, qui reflète assez fidèlement l'imagerie coloniale, ne cherche jamais à contredire ce qui est montré. Celle-ci est lisse et sans invention, bien qu'elle ne cesse de se vouloir « poétique », et présente de façon ennuyeuse le soi-disant désir qui consumerait les amants, sans folie, sans liberté, sans déraison qui jamais ne surgit dans l'image, et encore moins dans le regard que Gomes porte sur cette histoire. Combien nous sommes loin de la fulgurance poétique qui traverse L'aurore de Murnau, qui aurait, paraît-il, inspiré le cinéaste ! Il s'agit donc avant tout de reconduire l'imagerie coloniale mais en créant, notamment par une voix hors champ aux accents mélancoliques et suaves propres à la langue portugaise, une sorte d'envoûtement… à la portée beaucoup plus idéologique qu'on le croit. Produire ainsi une « perle » culturelle (ce film a été presque instantanément sacré chef-d'œuvre) en la plaçant sous le label noble de cinéma d'auteur, mettant du coup le spectateur en confiance, participe de façon plus subtile encore à cette liquidation de l'histoire, où il n'est plus question de l'affronter, de l'interroger et encore moins de créer quelque lien entre hier et aujourd'hui – et ce, malgré ce qu'aurait pu permettre la première partie qui se situe à l'époque actuelle. Car relier ces époques, ce serait voir que, à l'heure où les anciennes puissances colonisatrices européennes sont en train de perdre leur position hégémonique en Afrique au détriment notamment de la Chine, tout un courant de pensée s'élève pour rappeler la grandeur passée de l'Europe et les « effets bénéfiques de la colonisation » ; ce serait savoir que nous avons plus que jamais besoin de résister sans fléchir à ce retour nostalgique sur un passé moins révolu qu'il n'y paraît. Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à entendre tous ceux qui s'indignent aujourd'hui du fait que des États européens acceptent de reconnaître les violences qu'ils ont infligées aux peuples africains asservis. Or le film de Gomes apparaît précisément comme un baume servant autant à rappeler que la période coloniale était quand même une belle époque que pour faire oublier la crise qui dévaste aujourd'hui l'Europe (et le Portugal en tête de liste, aux côtés de l'Espagne et de la Grèce). Juste un film en passant, rien de sérieux, un caprice, une fantaisie… comme une chanson de Maurice Chevalier sous l'Occupation."

valzeur a dit…

@totems - et tabous :

Je vous cite :

"C'est un film qui flatte leurs petits egos de bourgeois "(en)culturés", bourré de signes extérieurs de reconnaissance, de clins d'oeil ostentatoires à ce qui voudrait tenir lieu, pour eux, de "culture" - c'est bien entendu la leur surtout (et la vôtre, sans doute), cinéphilique et même "littéraire" (euh, plus vaguement, il faut dire) :

- citations de films (les auspices écrasants de quelques grands classiques du cinéma), ou de tubes musicaux...
- références à des types de récit aux codes bien repérables (le polar, le genre romanesque, voire d'aventures...)
- tics grossiers de la modernité
(traitement du grain photographique, découpage formel, mélange des genres...) "

Vous parlez de Holy Motors, là ? Tout y est (sauf, peut-être le grain)...

§ a dit…

La critique de Comolli est assez conne, tout de même : il ne s'intéresse pas à la singularité du film mais la critique par principe, au nom de sa conception du cinéma. 3 exemples :
1) Dire que les images "n'ont plus dès lors qu'un rôle "illustratif", c'est-à-dire nul" est une double erreur. C'est ne pas voir ce qui s'y passe et que la voix ne dit pas, et c'est revenir au vieil écueil (étonnant de la part de JLC) du texte qui "empêche de voir". Puisqu'il conseille à Gomes de revoir Film Socialisme, conseillons-lui de revoir Le roman d'un tricheur.
2) "Nous sommes toujours dans une narration qui repousse l'ici-et-maintenant de tout enregistrement cinématographique dans une zone à la fois passée et floue"... Je me souviens que certains ont aussi reproché ça à Marker à la sortie de Sans soleil, sans essayer de comprendre quel temps cherchait à trouver ou inventer cette mise à distance de l'ici-et-maintenant. Or, c'est tout de même l'une des choses les plus intéressantes et risquées du film de Gomes.
3) "Cette mise à distance plaît au spectateur dans la mesure où elle lui évite tout simplement de s'impliquer dans la scène dont il devient tout simplement, tout tristement, un spectateur et non un "acteur" imaginaire." Merde alors, l'auteur de Vivre le cinéma reviendrait-il prendre la place de l'ancien brechtien ?

§ a dit…

Correction :
Le texte de Comolli auquel je fais référence s'appelle "Vivre le film".

Buster a dit…

Cher Laurent, merci pour votre message… je ne sais pas si je suis passé à côté du film, disons surtout qu’il n’y a pas eu de rencontre, et si je désire le revoir c’est moins pour le réévaluer (une hérésie disait Skorecki, un film n’existe qu’une fois) que pour mieux comprendre ce qui n’a pas fonctionné, d’autant que j’étais prêt à l’aimer ce film, ayant beaucoup aimé les deux premiers Gomes…

Totems et tabous, c’est marrant de citer Mulholland Dr et In the mood for love car ce sont justement les deux seuls films des années 2000 présents dans la liste des 50 plus grands films de tous les temps établie par le BFI. Alors… Tabou dans le classement 2022?

Au fait valzeur, je viens de m’apercevoir que Tabou figure dans votre liste des meilleurs… enfin des moins pires films de l’année, et même bien placé. Dites donc, le film s’est drôlement bonifié avec le temps si on compare à ce que vous en disiez à chaud et surtout avant de l’avoir vu (j’ai retrouvé la perle): "Rattrapez-vous en adorant la prochaine niaiserie autorisée globale (je parie sur Tabou - que, précisons, je n'ai pas vu, mais rappelez-vous, je suis devin, et le futur m'habite)." Comme quoi le futur vous habite pas tant que ça… :-D

§ > Comolli est toujours pris dans ses dogmes des années 70 sur la question du réel au cinéma. Cela dit, quand bien même on ne le suivrait pas sur ce procès de la fiction, déréalisante, qui a dû d’autant plus l’agacer qu’elle évoque cette autre apparence du réel qu’a toujours été pour Comolli le cinéma hollywoodien, je ne trouve pas la narration du film très opérante, au sens où elle ne crée pas cette espèce de temporalité particulière, telle qu’on la trouve chez Marker, dans Tabou ça se limite à un jeu d’échos présent/passé, ça donne de jolis anachronismes mais ça ne va pas au-delà, le film n’ouvre pas sur un troisième temps, ni passé ni présent, qui serait comme un temps mythique et non plus historique…

Anonyme a dit…

Pourquoi le film devrait-il représenter un temps mythique, vos désirs ne sont pas forcément ceux de Gomes.

Buster a dit…

Pas représenter mais ouvrir, convoquer... ce ne sont pas mes désirs, c’est ce que vise le film à travers notamment son prologue.

Sur la voix off, je suis d’accord avec ce que dit § par rapport à Comolli, mais ça ne remet pas en cause mon approche du film. La voix off est aussi la grande affaire des années 70 dans le cinéma d’auteur (surtout français), qui sont peut-être les années "intimes" du film, celles de la décolonisation, en même temps que celles de l’enfance de Gomes… Mais bon, ça ne ferait qu’un temps de plus dans la multiplication des temps du film, pas ce fameux temps dont je parle, quelque chose qui finalement dépasse tous les temps, quasi intemporel. Tabou de Murnau c’était ça... Si la voix off dans le film de Gomes est le support du récit (et les images n’en sont pas, bien sûr, la simple illustration), il y manque cette dimension réellement envoûtante qui est le propre des grands récits... Je pense tout d’un coup au sublime Vaudou de Tourneur, qui voit la voix off passer progressivement du simple souvenir (celui de l’infirmière... I walked with a zombie…) à quelque chose de plus diffus (qui parle?) pour atteindre l'infini à travers l’image du zombie devant la mer, la voix off devenant celle de tout le peuple noir.

valzeur a dit…

Hello Buster,

Je suis un bien piètre devin, vous avez raison. Et puis, il ne faut jamais dire "Fontaine, je ne boirai pas de ton eau"... etc

Par ailleurs, très juste, le post de §.

Buster a dit…

Ouais, ce que dit § est toujours très juste...

Laurent a dit…

Buster, évoquer « Vaudou » de Tourneur, c’est de la triche ! ;-) Et puis je vous rappelle que la seconde partie est sans dialogues, la voix off a aussi valeur d’intertitre comme dans les films muets, à la seule différence que ce que nous voyons ne correspond pas exactement à ce qui nous est raconté.

Milan a dit…

"Conne", la critique de Comolli ?

Comolli dit (sans le démontrer, certes) que le rapport image/voix off est illustratif dans le film de Gomes. Il ne dit pas que par principe, ce rapport est toujours illustratif. Inutile donc de lui conseiller de revoir Guitry.

Comolli ne parle pas de Marker sur l'Ici-et-maintenant, ni de Brecht sur la distanciation. Il dit juste que le rapport au présent ne joue pas dans ce film en faveur d'une expérience intéressante pour le spectateur. Que tout le dispositif de Gomes est une sorte d'évitement du réel (définissez-le comme vous voulez), et de la poudre aux yeux.

C'est donc § qui fait des généralités, et non Comolli. À ce compte, pourquoi ne lui reproche t-il pas de critiquer le noir et blanc en l'envoyant voir un film muet ?

Comolli essaie de restituer son expérience de spectateur et résume rationnellement ce qui pour lui ne fonctionne pas dans ce film. Ne pas être d'accord avec lui est légitime, les insultes gratuites, beaucoup moins (ah, le Net !).

Et si l'on veut à tout prix que sa critique repose sur des principes esthétiques (ce que je ne pense pas), je préfère encore ça à tous ces gens qui écrivent selon leur humeur et avec des bouts de théorie glanés à droite à gauche sans qu'on n'en comprenne jamais ni l'enjeu ni la nécessité.

Anonyme a dit…

Merde, Ourasi est mort.

poll - a dit…

Euh, bonjour valzeur…

Ah, j’vous retiens, vous aussi !!!-D

Grr, Holy motors, voilà l’autre « grand film de l’année » (il faudrait encore pas mal de guillemets, ahum !-D, sur lequel non plus je ne tenais pas particulièrement à m’étendre !!!-DDD

Bon, il est vrai que le passage de mon comm que vous citez, colle un petit peu – mais, pas tant que ça non plus, il ne faut pas exagérer (oui, je sais, c’est à vous que je demande ça ?!!-D

Par ailleurs, je me rends compte qu’il colle bien mieux, par exemple, au « triomphe » de l’an passé (ahum) –je veux dire, au film de Donzelli : La Guerre est déclarée ; ou encore, plus généralement, aux films de Tarantino, voire au dernier Resnais : Vous n’avez encore rien vu ?! Teneurs artistiques variables, ces reproches (ainsi formulés) ne disqualifient pas systématiquement ce type de productions ; autrement dit, c’est toujours le talent du cinéaste qui fait la différence.

Ainsi, des deux baudruches ('critiques', pour dire vite) dont on parle ici, j’ai quand même plus d’indulgence pour celui que vous mentionnez perfidement – sans être, je l’ai déjà dit je crois, totalement emballé. Loin de là, même !-D Surtout quand on devine que Carax l’a sciemment « calibré » – c’est pire que « calculé » – pour une certaine critique « branchée » (c’est quasiment affiché, même) : les Inrocks en particulier, Libé, Les Cahiers…

Je parviens à le repêcher, car, on le sent, malgré tout, nettement plus sincère, assez naïf par endroits, et aussi carrément tarte à d’autres (je pense à la scène dans le parking de « cars » !-D Egalement, plus personnel, plus autobiographique – même si ça reste d’une triste pauvreté (artistique ou intellectuelle). Et enfin, plus « casse-gueule », « expérimental » (oui, bon, complètement « bricolé », si l’on préfère).

Le Tabou, de Gomes ne me touche pas, à aucun moment : il est trop roublard de bout en bout, et trop lâche sur des questions qui me paraissent cruciales (voir l’extrait de MC Loiselle & merci Anonyme/Zabou ?-)

- positions !-D a dit…

Aah, Buster ! Quelle patalonnade, ce sondage de Sight & Sound – on n’a pas fini d’en rigoler !-DDD

Bon, d'abord, relevons que Godard est quand même, parmi les cinquante premiers titres mentionnés, le cinéaste le plus cité : quatre fois. Jusque-là, ça me va. Mais, là où on peut commencer à rire, par exemple, c’est qu’A bout de souffle arrive 13è, Le Mépris est classé « 21b », Pierrot le fou « 42b » – ces trois films venant bien avant... Histoire(s) du cinéma (en « 48b ») ?!!

Autres gags :

- Le seul film retenu de l’immense Fritz Lang arrive en « 35 (a) », et c’est... Metropolis ?!!

Continuons... et on trouve :

- Voyage en Italie, de Rossellini en « 41. », Histoire(s) du cinéma en « 48 (b) » (donc) et Contes de la lune vague après la pluie (Ugetsu monogatari), de Mizoguchi en « 50 (b) »... qui sont (allègrement) devancés, entre autres, par :

- 20. Singin’ in the rain, de Donen-Kelly
- 24 (b). In the mood for love, de WKW
- 33. Le Voleur de bicyclette, de De Sica
- 39 (a). Les 400 coups, de Truffaut ?!!

Et enfin, où sont donc passés les très grands cinéastes, des gens comme : Buñuel, Stroheim, Hawks, Minnelli,(Max) Ophüls, (pour les « classiques »), Rohmer, Straub-Huillet, Oliveira, Duras, Skolimowski, Cronenberg, etc.

Euh, c’est à se demander si les chefs-d'oeuvres sont bien vus ?-D pour ne pas dire, vus... tout simplement ?-D

Les petits malins vous répondent toujours que c’est un jeu, qu’il ne faut pas tout prendre au sérieux. Eh, oui ! C’est ça aussi le divertissement culturel ?!!-DDD

PS : Tabou de Gomes dans le poll 2022, oh sûrement : et pour bien rire, on y trouvera toujours pas celui... de Murnau ?!-DDD

§ a dit…

Je ne pense pas que Tabou soit un chef-d'oeuvre et je trouve sain qu'il y ait des réactions dissonantes face à l'enthousiasme général, mais ce n'est pas une raison pour en parler n'importe comment, comme le font Comolli ou Loiselle.
Ce que je reproche à Comolli c'est de mal considérer les partis-pris esthétiques de Tabou, de leur trouver des raisons injustes par rapport à ce que cherche Gomes. Il est évident que le noir et blanc et l'absence de son de la seconde partie ne se limitent pas à ce qu'il en dit au nom d'une idée préconçue du cinéma. C'est vraiment prendre Gomes pour un con. Il suffit de revoir le très beau Ce cher mois d'août (que je préfère à Tabou) pour constater ce qu'il est capable de faire avec l'ici et maintenant du tournage lorsqu'il le désire. Quant aux critiques idéologiques du type de celles de M-C Loiselle, elles me semblent totalement à côté de la plaque. Je trouve au contraire que la présence des africains est extraordinaire, ils sont au-dessus du drame. C'est même ce qui m'a le plus touché dans le seconde partie, la façon dont cette romance ne semble pas les atteindre et l'évidence avec laquelle ils sont présents dans chaque plan où ils apparaissent. Je ne parle pas du scénario mais bien de la place qui leur est assignée dans les plans. Et il ne faut pas confondre le rôle que leur donnent les colons (celle de serviteurs, montrer le contraire n'aurait-il pas été plus contestables ?) et celui que leur accorde le film. ça me fait penser à ce que disait Tesson des indiens chez Ford : ils sont omniprésent dans l'espace d'une façon si évidente que l'on sait qu'ils sont chez eux, que ce territoire est d'abord le leur. Revoyez la seconde partie en ne vous fixant que sur eux et vous constaterez que c'est bien plus complexe que ce que croit y déceler une certaine bonne conscience.

à Poll-position :
L'intérêt de l'enquête Sight & Sound n'est pas la liste finale, synthèse consensuelle, mais les listes individuelles de cinéastes et de critiques, consultables ici : http://explore.bfi.org.uk/sightandsoundpolls/2012/voter

Buster a dit…

On ne peut nier en effet que Comolli critique Tabou à l’aune de sa propre conception du cinéma et son rapport au réel, ce qui est un peu logique, et puis ce n’est pas un texte critique, c’est juste une impression générale sur le film, un film qu’il n’a pas aimé parce qu’il représente finalement tout ce qu’il déteste au cinéma. La plupart des détracteurs condamne le film d’un point de vue idéologique, Comolli déplace aussi le problème sur le plan esthétique, ce qui est plus intéressant que l’approche de Loiselle, sauf que ce qu’il dit de la voix off reste quand même très théorique. La voix off ne se contente pas de commenter ce qu'on voit à l'écran, d’autant que c’est l’histoire d’amour racontée par Ventura mais à travers semble-t-il le regard de Pilar. Le dispositif du film c’est d’abord ça, le rapport entre le narrateur et son destinataire, le cinéaste et son spectateur (c’est le côté métafilm du film)…

Au passage, Laurent, la voix off n’a pas non plus fonction d’intertitre, à quelque niveau que ce soit, elle vient combler un silence (le secret d’un crime ancien, l’amour perdu...), ce qui serait aussi le silence d’un pays sur son passé colonialiste… En fait le problème du film est plus d’ordre rhétorique, Gomes recourt à la métaphore ou à des figures de substitution (un crime pour un autre) pour ne pas se confronter directement au colonialisme. Dans une interview, il dit qu’il a voulu montrer Hollywood comme du colonialisme raté, formule étrange et paradoxale, qui pour moi cerne bien les limites du film.

J’en reste à cette idée première que le film dans son ensemble s’inscrit sur un profond refoulement (notamment du problème colonial) par la mise en oeuvre de tout un arsenal fictionnel et formel, beau en soi, mais dont on ne peut se satisfaire. Ceux qui aiment le film ne s’arrêtent bien souvent qu’à la surface, et pour cause, le reste est complètement enfoui, noyé, à l’image de l’explorateur au début, où finalement tout s’amalgame, tout se confond, l’individuel et le collectif, la romance et le colonialisme, en termes de culpabilité et de mélancolie… On me dira que Gomes exprime-là une certaine confusion des sentiments par rapport à une époque. C’était certainement son intention et j’aurais parfaitement accepté qu’il exprime ainsi une sorte de tiraillement intérieur (l’aspect bipolaire du film qui reste malheureusement à l’état d’idée), sauf que lorsqu’on voit le film ça donne surtout l’impression d’un discours édulcoré (le recours au muet c’est aussi une forme de non-dit), via la mémoire, Hollywood, le temps, conférant au film un côté exercice de style, impression renforcée par le fait que la première partie ne fonctionne pas comme elle le devrait, qu’elle fait trop fabriquée, placée là pour créer justement la distance nécessaire par rapport à l’autre partie… Cette façon de jouer avec les points de vue, qui d’ordinaire fait la force des films de Gomes, ici n’est pas convaincante, du fait même du sujet abordé, trop vaste, trop sensible aussi (même si, évidemment, c’est toujours préférable à la démagogie pesante d’un Loach). Cela dit, je n’ai toujours pas revu Tabou :-)

Milan a dit…

L'acharnement de § sur Comolli laisse perplexe. Pourquoi lui reprocher son angle d'attaque ? § n'en a donc pas ? Pourquoi serait-il plus "juste" que celui de Comolli ? En quoi lui permettrait-il à lui de voir le film de Gomes dans sa vraie singularité ?

Par exemple : § écrit sur les africains dans le film : "il ne faut pas confondre le rôle que leur donnent les colons (celle de serviteurs, montrer le contraire n'aurait-il pas été plus contestables ?) et celui que leur accorde le film." Or, 1) les filmer dans le rôle de serviteurs empêche t-il de les filmer comme des personnes ? Aucun plan ne les fait exister comme personnes. Car le film épouse le point de vue des colons. 2) En quoi ne pas les filmer comme ceux qui font la guerre pour leur indépendance n'est-il pas contestable ? C'est pourtant la réalité qui sert de toile de fond au film, tout aussi bien que leur rôle de serviteur.
Si § adhère à cette vision des africains dans le film, c'est qu'il trouve juste de ne pas les filmer comme des personnes ou comme des révolutionnaires (la présence dont il parle est parfaitement anecdotique en comparaison de celle dont bénéficie les personnages principaux). C'est à dire qu'il adhère au point de vue des personnage, du film, et du cinéaste. Libre à lui. Mais c'est aussi un point de vue idéologique qui ne dit pas son nom, et qui, sans doute, est aussi le confort d'une certaine bonne conscience.

Quant à Ford, son rapport aux indiens a évolué au fil des films, non ? Et je serai bien étonné que Gomes décide de faire un film comme Les cheyennes ou Le sergent noir.

§ a dit…

Milan, je discute, c'est tout. Et les premières phrases de votre réponse sont une négation du principe même de toute discussion...
Je ne suis pas d'accord sur un point essentiel : le point de vue de Gomes sur les africains n'est pas celui des personnages. Tous les plans où ils apparaissent, regardés par lui et pas par les colons le prouvent. Et c'est suffisamment fort pour ne pas être anecdotique. En ce sens, je ne pense pas qu'il refoule totalement la question du colonialisme.
Ce qui pose problème à beaucoup c'est que le colonialisme et les guerres d'indépendance ne sont pas ses sujets. C'est un contexte, un décor que je vois surtout comme une référence à un certain cinéma hollywoodien. Je peux admettre que ce que l'on accepte dans Mogambo ou Hatari gêne dans un film de 2012, mais alors si l'on veut critiquer cela il convient de ne pas faire de raccourci : ce n'est pas parce que le film n'est pas explicitement anti-colonialiste qu'il est néo-colonialiste. A moins de tomber dans une critique purement idéologique où ce qui n'apparait pas est forcément considéré comme du refoulé. C'est au nom de telles lectures que certains considèrent Ford comme raciste ou Hawks comme misogyne. (C'est d'ailleurs, un peu le même raccourci que vous faites à mon propos lorsque vous semblez trouver très douteuse ma contestation d'une critique schématiquement idéologique !) Dire que les africains ne sont pas ici filmés "comme des personnes" c'est quand même très caricatural et surtout injuste lorsque l'on regarde les plans au lieu de s'arrêter au scénario.

en passant... a dit…

@ § : précisément, si on REGARDE les plans au lieu de s'en tenir au scénario, on voit que Gomes met ses héros aux premiers plans et garde les Africains au second, sauf pour filmer leurs regards menaçants. Les Africains sont des fantasmes, des signes, des symboles, tout ce que vous voulez, mais pas tellement des "personnes". Quant au colonialisme, c'est pas LE sujet du film, parce que le film n'a pas vraiment de sujet, mais c'est évidemment UN des sujets du film, à prendre au sérieux donc. (Mais est-ce que Valzeur et Griffe n'avaient pas déjà réglé toutes ces questions dans votre précédent billet ??)

Milan a dit…

Je ne pensais pas donner l'impression de ne pas vouloir discuter. Désolé, j'ai dû raidir ma pensée. Mais cela n'aurait pas dû effaroucher quelqu'un qui manie l'insulte comme vous, §. Passons.

Il semblerait que nous soyons quelques-uns à trouver que les africains ne sont pas dans Tabou, filmer comme des personnes, c'est à dire comme des êtres doués d'une autonomie. Ni dans la danse du prologue, ni dans les arrière-plans où ils font briller les voitures, ni dans la liesse qui accompagne la naissance de l'enfant de l'héroïne (ah, ils participent quand même bien, et gentiment, à la romance de leurs maîtres...), ni dans les portraits lors de la réunion sur la situation politique, ils ne semblent obéir à une individualité propre, et ne se révèlent jamais une puissance de contradiction. Ils sont filmés à travers les yeux aveuglés des héros blancs dont le cinéaste, d'une manière ou d'une autre fait l'éloge, et ceux qui aiment le film devraient défendre ce parti-pris esthétique. Moi, il me gêne, même si le colonialisme n'est pas le sujet premier du film (car cela, je veux bien l'accepter, contrairement à ce que vous dîtes), car il s'agit d'abord d'un rapport sensible aux êtres, bien plus que, directement, d'idéologie politique. Cela devient de l'idéologie politique dans un deuxième temps : qu'est-ce ça veut dire de filmer pour un blanc les anciens colonisés africains de cette manière ?

Je sais que je ne vais pas vous convaincre, et ce n'est pas grave. Au fond, ce qui nous sépare, c'est la formulation même de votre phrase : " Je peux admettre que ce que l'on accepte dans Mogambo ou Hatari gêne dans un film de 2012". Vous "pouvez admettre". Mais cela ne semble pas vous gêner. Comme si nous pouvions en rester à des représentations qui, déjà en leur temps, étaient très contestables.

Hypothèse gratuite : je crains que votre amour du cinéma classique américain, que je le partage, ne vous aveugle sur Tabou qui tente de la restaurer. Car il s'agit bien dans ce film de restauration, esthétique et politique. Et c'est peut-être pourquoi tant de gens l'aiment.

Milan a dit…

Oups, pardon, il manque un bout de raisonnement !

u fond, ce qui nous sépare, c'est la formulation même de votre phrase : " Je peux admettre que ce que l'on accepte dans Mogambo ou Hatari gêne dans un film de 2012". Vous "pouvez admettre" que certains soient gênés. Mais vous ne semblez pas, vous, en être gêné. Comme si nous pouvions en rester à des représentations qui, déjà en leur temps, étaient très contestables.

Buster a dit…

Milan, n’exagérons rien, § a juste écrit que la critique de Comolli était assez conne, et a expliqué pourquoi selon lui. On ne peut pas parler d'insulte...

Buster a dit…

Tiens pour "détendre" l’atmosphère...

L’interview où Gomes dit que dans Tabou il a voulu "montrer Hollywood comme du colonialisme raté" est dans le bouquin Au pied du mont Tabou (entretiens avec Cyril Neyrat). Pour l’anecdote, on y apprend aussi que dans la scène de chasse, c’est l’actrice Ana Moreira elle-même qui tue le buffle, sous prétexte que, puisque son personnage (Aurora) tue le buffle, elle devait le tuer réellement... Bigre! Quand on sait que la même Aurora tue aussi le personnage de Mario, l’ami de Ventura, on se dit que l’acteur qui l’incarne a eu très chaud! :-D

Milan a dit…

Vous avez sans doute raison, Buster : on peut trouver ce que dit l'autre tout à fait con sans qu'il se sente insulté pour autant. J'imagine que Guillaume avec son "Soutine, bon petit peintre" a dû même vous trouver super sympa !

Buster a dit…

Ah tiens, je l’avais déjà oublié celui-là... mais c’était mérité!
Après je ne sais pas si vous lisez régulièrement ce blog, mais en matière d’insultes, considérer qu’une critique est assez conne, c’est vraiment du pipi de chat. Certes c’est pas très gentil mais si § a réagi de cette manière c’est peut-être tout simplement qu’il trouvait que ce que disait Comolli n’était pas très malin, que c’était même insultant pour Gomes... Et puis je préfère encore quelqu’un qui dit c’est con et argumente derrière que quelqu’un qui se contente de dire "pas terrible" sans la moindre explication.
De toute façon § vous répondra lui-même (s'il en a envie).

§ a dit…

(C'est justement parce que je suis loin de penser que Comolli soit un con que le mot "conne" m'a échappé à propos de son post... )

Au fond, ce qu'on reproche à Gomes, n'est-ce pas de ne pas avoir voulu montrer réellement l'Afrique coloniale, mais d'en avoir fait une sorte de fantasme cinématographique ? C'est ça qui "ne me gêne pas" particulièrement, dans le sens où à aucun moment le film ne cherche à cacher qu'il réinvente une Afrique fantasmatique : un souvenir, un flash-back, un "paradis perdu" (Gomes a souligné combien la formule est ironique), un hommage à Hollywood...
Dans le prologue c'est encore plus évident : en quoi cela peut il choquer tant il est clair que nous sommes dans une citation de Tarzan ou de Tintin ?

Pour le reste, il faudrait que nous revoyions le film ensemble car je n'ai pas l'impression que nous ayons vu le même. Je n'ai pas souvenir du "regard menaçant" des africains. Et le fait qu'ils ne soient pas au centre de la plupart des plans ne prouve pas que leur présence est négligée.
Gomes dit une chose importante dans l'entretien du Monde : "Inventer des personnages qui se faisaient des films, qui vivaient une sorte de Out of Africa dysfonctionnel, en niant la réalité des choses."
J'ai été touché par beaucoup de plans des africains dans la seconde partie, justement parce qu'ils représentaient la part de réel dans une histoire qui n'est faite que d'illusions. Gomes n'est pas contre ses protagonistes (heureusement) mais en même temps il ne cesse de suggérer qu'ils ne voient rien du monde qui les entoure. Pour moi, la présence des Africains représente cette réalité "indifférente" qui vient régulièrement troubler le mélodrame. C'est ce que j'ai ressenti en voyant le film, voilà pourquoi ce débat m'étonne.

Milan a dit…

Merci de votre précision sur Comolli, §...

Mais je crois que ce débat va tourner en rond... Peut-être une dernière fois, donc :

Il est vrai que je suis personnellement gêné par des représentations d'africains dignes de Tintin ou Tarzan, ou d'une imagerie hollywoodienne. Je suis gêné car j'y vois beaucoup de complaisance (Gomes aime visiblement un peu trop ça), et parce que j'y vois aussi un geste politique : qu'est-ce que ça signifie de faire ça aujourd'hui, en le qualifiant de Paradis perdu (je ne crois pas à l'ironie de ce titre) ? Posez vous la question de ce que cela signifie pour un portugais vis à vis d'un angolais aujourd'hui, vu la situation respective des deux pays.

Ensuite, je ne vois pas en quoi on ne pourrait pas critiquer Gomes dans ses intentions mêmes. Ce n'est pas parce qu'il veut faire ça que c'est bien et que je doive l'accepter. Pourquoi devrais-je accepter la "singularité" d'un film si elle me parait contestable ? Moi, c'est l'absence de critique politique qui m'étonne aujourd'hui.

Enfin, je constate que, pour tenir votre position, vous êtes obligé de jouer sur tous les tableaux à la fois : vous dites que Gomes n'épouse pas le point de vue de ses personnages et en même temps qu'il les filme à travers l'imagerie hollywoodienne qu'ils ont dans la tête. Vous dites que les africains sont très visiblement chez eux, qu'ils sont la part de réalité du film et aussi qu'ils sont filmés comme dans un Tintin. Etc. Je ne crois pas que vous puissiez tenir tous ces termes à la fois. Et je ne pense pas que Gomes, tout malin qu'il soit, réussisse à les faire tenir ensemble, tout enfermé qu'il est dans son propre dispositif et sa nostalgie cinématographique, pour ne pas dire politique. Et c'est pourquoi la manière de filmer les africains fait ici symptôme car, seule, elle aurait permis de dialectiser le propos d'une romance coloniale.

(sinon, Buster, je comprends très bien ce que vous dites : votre blog est très courtois par rapport à bien d'autres, et c'est très agréable. Mais tout de même, je n'ai jamais eu aucun goût pour le "pipi de chat", ça ne sent vraiment pas bon !)

en repassant... a dit…

@ § : il y a des plans de visages menaçants ou au moins très durs, dans une grande salle (une église ou un temple) au milieu de la deuxième partie, et d'autres que j'ai un peu oublié.
Tout ce que vous dites revient à dire que le colonialisme, ou son refoulement, est bien un des sujets principaux de ce film, mais c'est justement pour ça que certains dont moi, nous attendons un peu plus qu'une présence des Africains comme "monde qui entoure". Justement parce que Gomes prétend ne pas les oublier il aurait fallu qu'il en fasse quelque chose de plus. Sinon leur présence en tant que "réalité indifférente" devient comme une excuse maligne pour éviter de faire un film sur eux, d'où ma gêne.

§ a dit…

Je ne conteste pas que les partis-pris de Gomes vous gênent mais il ne faudrait pas non plus lui reprocher de ne pas avoir fait un tout autre film que celui qu'il a imaginé. On risquerait de tomber dans des reproches du type de ceux que faisait Tessé à Havre de Kaurismaki, c'est-à-dire au nom du respect de la réalité nier au cinéaste son pouvoir de réinvention, de sublimation. Surtout qu'ils me semblent ici assumés comme tels.
Bien sûr, je comprends que le contexte choisi par Gomes est plus problématique qu'un autre.
Et je me demande s'il aurait moins gêné en ne montrant pas du tout les africains. C'est leur place indécise qui dérange, et sur laquelle nous ne sommes pas tout à fait d'accord. Par exemple, reprocherait-on à India Song d'être un film colonialiste ? Vous me direz qu'il y a le chant de la mendiante. Mais si l'on suit une lecture purement politique, on pourrait trouver contestable de résumer les colonisés et leurs luttes à une mendiante...
Comprenez que je ne rejette pas en bloc toute lecture politique, mais je m'en méfie lorsqu'elle tend à faire du film le symptôme de quelque chose de bien plus vaste que lui. En ce sens, la critique de Loiselle me parait absolument caricaturale. Elle écrase la singularité du film et de l'auteur sous le poids de l'Histoire et finalement parle de tout autre chose que du film lui-même. Du point de vue de l'analyse cinématographique, c'est totalement imprécis et sophiste.

Peut-être continuerons-nous cette conversation avec le prochain Tarantino qui autorise ce dernier à traiter Ford de raciste tandis que Spike Lee lui rétorque que l'histoire de ses ancêtres n'est pas un western spaghetti...

Buster a dit…

Pour ma part je serais bien incapable de dire si dans la seconde partie les Africains apparaissent menaçants ou pas… ils sont présents mais, mis à part le personnage du vieux serviteur (renvoyé par l’héroïne), ils n’existent pas vraiment… car c’est un fait, la seconde partie nous montre une Afrique coloniale totalement fantasmée (les souvenirs de Ventura "vus" à travers l'imagination de Pilar, la spectatrice-type pour cette machine à rêves qu’était Hollywood).
S’il n’y avait que cette seconde partie (une rêverie qui relègue donc le problème colonial dans les marges) le film serait difficilement défendable, mais il y a la première partie (qui n’intéresse pas grand monde), censée mettre la seconde en perspective. Or c’est là que le film échoue dans la mesure où cette première partie ne fonctionne pas, en tous les cas pas dans le sens attendu, elle apparaît comme une sorte de caution morale - le militantisme nunuche de Pilar - pour justifier, sans que ça paraisse réactionnaire, la vision nostalgique de la seconde partie. Pire cette partie est tellement austère, sinon déprimante (Aurora est une vieille folle aigrie et parano, Pilar une vieille fille solitaire et l’image de la femme de ménage capverdienne perpétue les clichés de l’époque coloniale), que le présent ainsi représenté ne peut que faire regretter le passé (colonial) et pour le coup le préparer positivement (au niveau du récit). Gomes a beau jeu ensuite de faire se répondre présent et passé ou de mettre en avant l’ironie du dispositif, pour compliquer le tableau et noyer l’ensemble, ça ne change rien... son film laisse entendre, quoiqu’il en dise dans les entretiens, que c’était mieux avant, et pas qu’au cinéma... N’est-ce pas ça finalement le vrai "tabou" du film?

PS. Milan, je n’aurais pas dû écrire "c’est du pipi de chat" mais "il n’y a pas de quoi fouetter un chat" (même pour un pipi!)

Milan a dit…

Très d'accord avec vous, Buster.

§, je ne reprocherais pas à Gomes d'avoir fait le film qu'il a voulu faire, mais de l'avoir mal fait, de ne pas être convaincant. Ce qui, du coup, amène à critiquer ses intentions, et parler de la signification de son geste esthétique (et politique).

D'une façon générale, je peux aimer un film avec lequel je suis en désaccord idéologique. C'est parfois dur à avaler mais c'est comme ça. Un cinéaste peut être un grand cinéaste et un ennemi idéologique. Dans le cas de Gomes, le problème ne se pose pas ainsi : son film est pour moi esthétiquement raté, et en plus, politiquement contestable.

Daniel a dit…

Bravo à § (avec qui je ne suis pas toujours d'accord...Le Havre me fait fuir) d’avoir patiemment tenu l’équilibre argumentatif pour répondre à Milan-Comolli (tout aussi patients). Je ne parlerai pas de Loiselle dont le texte est d’un simplisme consternant (mon dieu, qu’en 2012 on tienne encore ce discours tout idéologique au risque de tordre comme bon nous semble ce qui se passe à l’écran) … Buster : merci de parler enfin un peu plus dans votre dernier post de la première partie, qui pour moi est loin d’être aussi déprimante et ratée que vous ne le dites :
D’abord grâce à ce personnage de Santa qui est un roc assez énigmatique (femme à qui il ne faut pas trop en demander ? obéissant consciencieusement à distance aux ordres de la fille ? lasse et mal intentionnée ? ou tout simplement femme qui sait tenir ses distances pour pouvoir encaisser les remarques racistes de sa patronne?). Le plan où on la voit après l’enterrement suivre la dernière le petit cortège est tout aussi énigmatique (domestique noire mise à distance par les bons petits blancs? Ou bien distance choisie par elle ?). Le personnage semble d’un caractère trempé et d’une patience à toute épreuve. Que ce soit également une analphabète qui commence à lire R. Crusoe paraitra d’une ingénuité confondante à certains, pour moi c’est une idée à la naïveté audacieuse et salutaire (comme quand on parle de peinture naïf).
Ensuite on ne peut pas dire que Pilar soit une nunuche à l’engagement sans intérêt, sa prière-litanie évoque plus une femme seule à l’action vacillante et fatiguée, capable d’être submergée par un film (rupture surprise de son « premier plan » en larmes face à l’écran!) ou l’histoire de ses voisines…
Et comme vous le laissez entendre Buster (même si c'est pour dire le contraire) cette première partie prend une épaisseur imprévisible avec la 2ème partie : les solitudes de Pilar et Santa (pour moi au même plan les 2), la folie pathétique et le masque mortuaire de Aurora (plan incroyable), les yeux vitreux de Ventura nourrissent ce que vous trouvez par la suite de la gonflette… Bref là ou vous n’avez vu qu’images de pacotille et roublardes (tous ces adjectifs vous vous doutez bien me semblent d’une facilité et d’une injustice criardes), j’ai vu et entendu une histoire incarnée (en plus vous passez outre la dimension littéraire de cette voix off incroyablement tenue).
Quant aux noirs dans cette 2ème partie : non, dans la scène de l’église les regards ne sont pas
« menaçants » (genre les méchants noirs révolutionnaires qui vont passer à l’attaque !), de grâce Gomes n’est pas abruti à ce point (dans mon souvenir c’est un plan aux regards parfois durs mais aussi souriants et qui résonnent avec la voix off : ce sont ces mêmes regards qui libèreront leurs pays). Par ailleurs, on voit bien que c’est un petit royaume de blancs capricieux (Aurora est une jeune femme capricieuse et pourtant son histoire n’en n’est pas moins bouleversante)et fous(à l’Apocalypse now redux).
Ce qui me touche le plus dans le film c’est cette envie de parler de gens qui s’intéressent aux histoires des autres, et que ces mêmes inconnus nous ouvrent sur un romanesque qui tient en équilibre âge d'or hollywoodien et BD de l'époque, histoires intimement vécues et histoire coloniale (qui déboule par surprise, oui et c’est d’autant plus fort)…Voilà Buster, je continue à vous lire, sans trop trouver le temps d’écrire, mais là sur Tabou, ça me tenait à cœur.

Milan a dit…

C'est intéressant ce que vous dites, Daniel, et vous semblez très passionné. Vous donnez envie de vous répondre.

Je crois avoir vu et compris ce que vous dites.Mais s'en tenir là, c'est faire le crédit maximum à Gomes parce que c'est ce qu'il veut faire et ce qu'il dit avoir fait.

Car le problème est dans sa manière d'incarner, de filmer toutes ses intentions. C'est là qu'il m'a semblé quasiment en contradiction avec lui-même, et révéler des désirs plus puissants, et peut-être moins glorieux.

Sa première partie montre que dans le Portugal d'aujourd'hui, personne n'est heureux. Ni les domestiques ni les patrons ni les militants ni les croyants. Le constat est terrible et peut-être réel.
La deuxième partie dit, elle, qu'il y a eu un Paradis qui a existé avant, au temps des colonies. On y était insouciant, on y était amoureux, on y vivait des passions. Hélas, ce Paradis reposait sur un volcan : les guerres d'indépendance ont mis un terme à tout ça (avec des milliers de morts).

Seulement voilà : Gomes entend bien montrer un " un petit royaume de blancs capricieux" mais il ne peut jusqu'au bout en faire une satire (on n'est pas dans "La victoire en chantant"). Il veut aussi l'exalter ce petit royaume parce qu'au fond, il l'aime, il s'y sent bien, parce que finalement, c'était cool, cette chaleur, ces chasses et ce rock au bord des piscines, c'était quand même plus sexy que le Portugal d'aujourd'hui. Du coup, il ne sait pas comment filmer les africains qui gâchent un peu la fête, ne parvenant ni à les exclure du champ tout à fait, ni à leur donner une individualité propre, c'est à dire un statut de personne. Cette impuissance le fait osciller sans cesse entre Tintin comme disait §, et Hollywod (même ces plans de l'église semblent sortir d'un film de John Ford, énième citation formolisée qui annule leur possible puissance de contradiction vivante). Bref, Gomes se retrouve finalement embarrassé avec la réalité des colonies tout comme il était embarrassé dans la première partie avec ses personnages (toutes vos interrogations sur eux le prouvent assez : c'est l'auberge espagnole, on y voit ce qu'on veut).

Et tous ces embarras et cette impuissance montrent qu'au fond, c'est le principe théorique du film qui l'intéresse (le jeu des deux parties) et son glamour cinématographique. Ce qui fait qu'on aboutit à un film maniériste, où Gomes se fait plaisir en reproduisant le cinéma qu'il aime, un film vraiment difficile à aimer aussi bien cinématographiquement que politiquement.

D'accord encore avec vous, Buster : Tabou d'Oshima est un film extraordinaire, très négligé.

Buster a dit…

Daniel, nous ne sommes pas vraiment d’accord, mais peu importe, c’est très bien qu’il y ait un débat contradictoire autour du film... Je n’ai pas du tout été sensible à la première partie qui m’est apparue très laborieuse, comme un passage obligé pour accéder à la romance. Peut-être suis-je trop sévère, je ne sais pas, mais quand bien même elle m’apparaîtrait moins rébarbative la seconde fois, il restera la déception éprouvée lors de la première vision. Vous trouverez peut-être l’argument spécieux mais le simple fait qu’il faille revoir un film pour éventuellement corriger le tir est déjà pour moi, quelque part, le signe d’un échec... Et Tabou ne saurait y échapper. Si je souhaite le revoir c’est bien sûr parce que je ne l’ai pas non plus détesté, mais surtout parce que le film recèle pas mal d’ambiguïtés, à défaut de mystère...

§ a dit…

Buster, au début vous sembliez distant vis-à-vis de cette lecture idéologique du film et vous finissez par l'adopter de façon très radicale ! Vous tomber dans ce qui me gêne le plus dans ce genre de raisonnement dont le texte de Loiselle représente la version la plus caricaturale : lorsque l'analyse du film se transforme en analyse du cinéaste. Vous en arrivez à conclure que quoique dise le cinéaste, la vérité est ailleurs, elle serait dans le refoulé que vous avez mis à jour dans son film et que vous résumez ainsi : « c'était mieux avant »...

D'abord, comme beaucoup, vous ne faite aucune distinction entre Gomes et ses personnages. Par exemple, vous considérez que l'idée de la gouvernante capverdienne est le prolongement d'un cliché colonial. Or, outre le fait que ce ça s'appui sur une réalité portugaise (beaucoup de capverdiens émigrés au Portugal y ont trouvé cet emploi, qui n'est ni plus ni moins un cliché que la concierge portugaise à Paris), ce prolongement du colonialisme se comprend tout à fait du point de vue du passé Aurora sans que l'on y ait à y déceler une ambiguïté du cinéaste. Et puis surtout dans votre « c'était mieux avant », vous semblez oublier ce que raconte le film comme si son sujet était l'Histoire du Portugal de ces 50 dernières années ! Et bien plus que le regret d'un empire révolu, la nostalgie que l'on peut d'abord ressentir dans la seconde partie correspond simplement à l'émotion d'un vieil homme qui se souvient d'un amour de jeunesse. Et puis les choses se gâtent très vite, au point qu'il me semble impossible d'en conclure que, même pour cet homme, le sentiment qui domine est que « c'était mieux avant ». D'ailleurs, pour démontrer cela, vous partez de l'idée que la première partie n'intéresserait pas grand-monde pour mieux ménager la seconde... Or, elle intéresse au moins Daniel, Guillaume et moi, cette première partie ! En ce qui me concerne, je dirais même qu'elle m'a plus ému que la seconde. Elle part d'une forme de froideur pour aller vers l'émotion, alors que dans la seconde partie c'est exactement l'inverse qui se produit. Car le flash-back colonial, loin d'un « paradis perdu », s'avère de plus en plus décevant d'un point de vue romanesque, jusqu'à tourner au cauchemar éveillé. Il me semble évident qu'il s'agit d'une histoire d'amour ratée, jamais à la hauteur de ce qu'en attendent des personnages qui aimeraient se croire dans un film hollywoodien (Ventura se voudrait un aventurier et Aurora une sorte de madame Bovary tropicale), jusqu'à ce que la grande fuite des amants aboutissent vite à la catastrophe. Et finalement, quel est le secret d'Aurora et Ventura ? C'est moins leur histoire d'amour que leur crime, ce « sang sur les mains » dont parle Aurora au début. C'est pourquoi, je ne partage pas plus votre point de vue que celui de certains admirateurs du film (ce que je ne suis pas vraiment, malgré que je m'en soit fait ici l'avocat) qui trouvent cette seconde partie sublime alors qu'elle me semble finalement très cruelle.

Vous écrivez : « le simple fait qu’il faille revoir un film pour éventuellement corriger le tir est déjà pour moi, quelque part, le signe d’un échec... » Cela ne regarde que vous, cher Buster. Je veux dire, que c'est peut-être moins le signe d'un échec pour le film que pour vous...

Par contre, nous sommes d'accord sur un point : s'il fallait classer les Tabou du cinéma, celui de Gomes arriverait en troisième position, après celui de Murnau (l'un des plus beaux films qui soient) et celui d'Oshima, effectivement magnifique.

Milan a dit…

C'est vraiment étonnant, §, comme vous refusez toute analyse politique. Pour vous, Tabou est une histoire d'amour, de nostalgie, d'illusion...
Comme si un film devait avoir un sujet politique pour le devenir. Sans doute ne voyez-vous dans Les parapluies de Cherbourg qui se passe pendant la guerre d'Algérie, qu'une romance mélancolique sur l'amour qui ne dure pas (c'est un exemple entre mille). En raisonnant de cette manière, il me semble que vous sous-estimez le propos des cinéastes (Gomes aurait pu situer le passé de son film dans une campagne portugaise, non ? Pourquoi ne le fait-il pas ? C'est bien qu'il a quelque chose à raconter, non ?). Tout comme vous vous privez d'une analyse qui pourrait s'en décoller un peu (vous êtes contraint de paraphraser le film et les propos du cinéaste de peur de leur faire dire plus qu'ils ne disent, et vous croyez donc, par exemple, à l'ironie du titre Paradis perdu).

Mais vous avez raison sur un point : je pense (et Buster aussi) que, finalement, le sentiment qui domine dans ce film, c'est "c'était mieux avant" : malgré tout, on vivait mieux avant, on aimait, on était insouciant, etc Et oui, malgré le colonialisme, malgré le crime de sang (soit dit en passant, les blancs du film ne font jamais que s'entretuer quand ils ne tuent pas des animaux). Et le cinéma aussi était mieux avant (cela, Gomes le déclare sans ironie). Vous, vous pensez le contraire, que "c'était mieux avant" est une illusion.

Il me semble que nous avons tous dit pourquoi nous pensions ainsi, et visiblement personne n'a convaincu personne. Le débat est donc coincé.
Les prochains films de Gomes nous permettront peut-être d'y voir plus clair, et de nuancer nos jugements.

§ a dit…

Non Milan, je ne refuse pas toute analyse politique, mais je pense que l’analyse d’un film doit s’accorder à celui-ci et non pas être plaquée. Par exemple, je ne considère pas Tabou comme un film politique et je trouve qu’en faire une lecture strictement politique a tendance à caricaturer ses véritables enjeux. Le texte de Loiselle est pour moi typique d’une analyse politique déformante, comme peuvent l’être certaines lectures psychanalytiques, c’est-à-dire que le point de vue politique y devient systématique et exclusif, et l’on rejoint alors un système de pensée parfois grotesque où les films ne valent plus comme œuvre d’art mais comme symptômes politiques et sociaux. En exagérant un peu, je dirais que ça me rappelle ceux qui détestent Rohmer parce qu'il n'y a jamais aucun noir dans ses films !
Bien sûr qu'il ne me semble pas anecdotique que Les Parapluies de Cherbourg se déroule pendant la guerre d'Algérie et que se soit la cause du départ du jeune homme. (Et je suis assez d'accord avec Straub lorsqu'il dit que Demy est l'un des seuls cinéastes français de sa génération a avoir su filmer des ouvriers). Mais si on veut être fidèle au film de Demy, on ne peut pas analyser cet aspect en le dissociant de la mélancolie amoureuse et en interprétant tout à l'aune d'une lecture strictement politique. Or, encore une fois (la dernière, c'est promis), c'est ce qui me gêne dans certains commentaires politiques au sujet de Tabou (pas tous) : ils distordent et réduisent tous les aspects du film pour bien pouvoir le faire entrer dans une interprétation (car il s'agit bien d'une interprétation) parfois schématique, voire sophiste (Loiselle).

Sinon, vous parlez des prochains films de Gomes mais avez-vous vu le précédent, Ce Cher mois d'août ? C'est bien plus beau que Tabou !

Buster a dit…

§, je vais vous répondre par la fin… en commençant par l’argument que j’ai avancé (de façon un peu provocante) comme quoi si on a besoin de revoir un film pour mieux l’apprécier c’est qu’il y a quelque chose de raté. Vous m’opposez que c’est mon problème, pas celui du film. Très juste. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai précisé "pour moi" et "quelque part"… Tout ce que je dis s’inscrit dans mon rapport au film, comme pour tout film. Je n’analyse pas Gomes, pas vraiment le film non plus (faute de l’avoir revu, d’autant qu’au bout d’un mois, pas mal de choses commencent à s’effacer…). En fait il y a toujours deux temps dans mon approche d’un film. D’abord la réception, ce que j’éprouve pendant la vision du film et les jours qui suivent… Puis la réflexion, où je questionne ma réception, ce qui m’amène à me poser beaucoup de questions, sans y trouver forcément de réponses. Avec Tabou j’ai été servi…
Donc dans ce cadre (très personnel, on est bien d’accord), ne pas avoir apprécié un film la première fois (à tort ou à raison peu importe) fait qu’il se trouve affecté d’un manque - une sorte de rendez-vous manqué - que ne pourront jamais corriger entièrement (le mal est fait) les visions ultérieures. Pour les films que j’aime le plus, la réaction a été à chaque fois immédiate. Pour ceux que j’ai appris à aimer, en les redécouvrant secondairement, il manquera toujours l’intensité de la "première fois"…

Revenons à Tabou. Je l’ai vu très tôt, le lendemain de sa sortie, et j’ai tout de suite rédigé une note (Crocodile dandy) pour bien fixer l’état de perplexité dans lequel m’avait laissé le film. J’y avais vu quelque chose de très esthétique, de très appliqué, de très esthétiquement appliqué (ce que je craignais un peu d’ailleurs), mais à aucun moment (sauf la toute fin), je n’avais été touché par ce que m’avait raconté Gomes. Nul transport, au contraire beaucoup d’agacement. Depuis je m’interroge sur les raisons de ce rendez-vous manqué... La question idéologique n’est pas si centrale pour moi, d’ailleurs je ne l’évoquais même pas au début. Elle est venue dans le débat qui a accompagné le premier billet… Quant à l’idée du refoulé colonial (qui n’est pas de moi mais de valzeur qui aime le film) elle est séduisante parce qu’elle intègre la part inconsciente du film, expliquant que Gomes ne s’intéresse qu’à la romance, qu’il recourt à une construction narrative particulièrement alambiquée, qui vient surdimensionner l’histoire d’amour par rapport à son contexte historique… de sorte que le film donne cette impression d’un "c’était mieux avant" (au sens où la nostalgie finit par l’emporter sur la mélancolie) même si ce n’était pas les intentions du cinéaste. L’ambiguïté est là. Je ne sais pas finalement ce que Gomes a cherché à me dire à travers cette histoire. Je le sais à travers ce qu’il en dit dans ses entretiens, mais pas à travers le film…
A revoir donc, d’autant que Tabou ne traduit peut-être chez lui qu’une simple crise d’hyperauteurisation (un peu comme Alberto Serra avec Le chant des oiseaux), qui l’a grisé au niveau du récit, au niveau de la forme, au détriment du reste…

Milan a dit…

Non, §, je n'ai pas vu les autres films de Gomes, et je vous fais confiance.

Je suis globalement d'accord avec vous. Mais les caricatures de certains discours ne doivent pas nous empêcher de considérer les discours politiques des films (même s'ils ne sont pas le sujet apparent, revendiqué). Je ne vois pas en quoi cela réduirait les films, au contraire ! Je pense ainsi que Tabou est AUSSI un film politique (tout comme Les parapluies), et que nous devons donc le prendre en compte si nous ne voulons pas être "en-dessous" du film. À mon avis, vous le pensez comme moi. Sauf que vous ne voyez rien de critiquable dans le propos politique de Gomes alors que moi, oui, et que j'en fais un des points névralgiques, et pas vous. C'est là où nous divergeons.
Si j'en ai parlé principalement (j'aurais pu aussi critiquer la structure narrative, le jeu des acteurs, le côté "esthétiquement appliqué" dont parle Buster, etc), c'est que personne n'en parle. Toute la critique française est à genoux devant ce film sans jamais évoquer ce point. Et cela me consterne, voilà tout !

Anonyme a dit…

Je suis d'accord avec vous, Buster, sur l'histoire de la première fois comme force d'éblouissement irremplaçable. Sauf que cette première fois n'est pas forcément la première fois. Exemple personnel : revu dernièrement Agent X27 pour la 4eme ou 5eme fois. Je l'aimais bien, ce film, et là, j'ai eu l'impression de le redécouvrir totalement, de le voir pour la première fois, ébloui, ému, comprenant tout, éperdu d'admiration !

Buster a dit…

C’est une situation quand même exceptionnelle... En fait, il arrive qu’on revive le choc de la première fois, mais quand on revoit le film longtemps après et qu'on ne s'en souvient quasiment plus, je l’ai vécu l’an dernier, non sans appréhension, avec le Lancelot du lac de Bresson… Plus rare de ne découvrir réellement le film qu’à la cinquième vision, mais dans votre cas le fait de revoir X27 régulièrement était déjà le signe d’une attraction. Après il y aussi les films qu’on découvre lors d’une nouvelle vision simplement parce que les conditions n’étaient pas remplies la première fois (ce fut le cas pour moi toujours l’an dernier avec le Camion de Duras)… Comme dit Skorecki, ce ne sont pas les films qui vieillissent mais les spectateurs. Il y a des films qu’on voit ainsi trop tôt, à une époque où l’on n’est pas prêt pour les recevoir… alors oui cette première vision ne compte pas… la première fois c’est pour après!

Laurent a dit…

Mais Buster, quand vous dites que Gomes laisse entendre que c'était mieux avant, et pas qu'au cinéma, vous faites bien de la question idéologique le point négatif principal du film, non ?

Pour Tabou aussi, la première fois c'est peut-être pour plus tard ! ;-)

Buster a dit…

Hum… je me suis peut-être mal exprimé. Le problème c’est qu’il y a des choses que j’ai déjà dites et que je ne veux pas répéter à chaque fois.
Dans les commentaires du premier billet, j’évoquais la Gueule que tu mérites, le premier film de Gomes qui épousait déjà une structure proche de celle de Tabou, sauf que le sujet était tout autre (la crise de la trentaine). Dans ce premier film, Gomes évoquait l’enfance à travers les contes et le cinéma (Blanche-Neige, le western, etc), et ça marchait parce qu’on était sur le même registre (l’innocence). Dans Tabou c’est le romanesque à la Hemingway qui est censé faire le lien entre le colonialisme et le cinéma (Hollywood). Projet plus ambitieux qui touche à des questions tout aussi sensibles mais infiniment plus casse-gueule (l’Afrique coloniale) et dont je ne suis pas certain que Gomes ait mesuré toute la portée.
Dans la Gueule que tu mérites, ce qui dominait c’était la nostalgie de l’enfance, contes et cinéma se confondaient sans problème, d’autant que c’était l’histoire même de Gomes. Mais dans Tabou? Faire tenir ensemble Hollywood, le romanesque et le colonialisme, je n’ai rien contre, mais la corde est plus raide… Je ne reproche pas à Gomes de ne pas s’être confronté directement à la question coloniale (ce n’était pas le sujet), je ne lui reproche pas non plus d’être attaché à un certain type de cinéma ou un certain type de romanesque (moi-même je le suis, comme à une certaine peinture ou une certaine musique), mais d’être tombé dans une forme de maniérisme, tant esthétique que fictionnel, qui jure par rapport à ce qui constitue la toile de fond (le colonialisme et ses prolongements). On m’opposera qu’ici ou là, Gomes introduit des éléments qui contredisent cette impression… sûrement, mais globalement ce qui ressort du film c’est quand même la nostalgie, une nostalgie qui pour le coup vient contaminer l’aspect politique, certes secondaire mais bien réel, du film.
Pour le dire autrement, je ne reproche pas à Gomes de ne pas porter un regard critique sur le colonialisme, mais de ne pas suffisamment questionner, dialectiser, historiser l’imagerie hollywoodienne et son romanesque décadent, pour se dégager de l’aspect contemplatif qui imprègne le film et aller au-delà de cette représentation quand même très convenue, occidentaliste, de l’Afrique, à la fois mythique (propice aux belles histoires d’amour, même si ça finit mal) et radicalement autre, sur le plan culturel (le personnage de Santa)…

Bon bah finalement, je n’ai plus besoin de le revoir ce film! :-D

Anonyme a dit…

Déjà bientôt en salles, le nouveau film de Miguel Gomes :

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19454788&cfilm=196004.html

DnD a dit…

Bonsoir Buster,
Comme il y a à lire sur ce film chez vous !
Le reverrez-vous finalement ? Ma première impression est plus que proche de la vôtre, mais je ne trouve pas le désir de le revoir (même si je suis loin de vouloir le conspuer).
Mais il faut que je lise maintenant les gens qui l'aime tant. C'est marrant que je lise votre texte d'abord, c'est un cas de pile-poil !

Buster a dit…

Bonsoir DnD
Je reverrai Tabou quand il sortira en DVD, ce n'est pas que j'éprouve un profond désir de le revoir, mais comme beaucoup autour de moi ont aimé le film, je voudrais être sûr de ne pas me tromper!