mardi 27 novembre 2012

L'intime et le Timée

Notes sur les Lignes de Wellington de Valeria Sarmiento.

On connaît la genèse de ces Lignes: un film de producteur (Paulo Branco), préparé par un cinéaste proche de la mort (Raúl Ruiz) et finalement réalisé par sa veuve et aussi monteuse (Valeria Sarmiento), elle-même réalisatrice (Notre mariage était dans mon souvenir un très beau film sur l’inceste). Si Ruiz est donc au "cœur" du film - comment pourrait-il en être autrement - les Lignes de Wellington sont bien celles de Sarmiento, par le regard qu’elle pose sur ses personnages, s’attardant davantage sur ceux qui subissent l’Histoire - ici le peuple portugais, doublement victime, à la fois du blocus instauré par Napoléon et de la politique de la terre brûlée imposée par les Anglais (jusqu'aux fameuses "lignes") - que sur ceux qui la font (excepté Wellington, un Wellington surtout soucieux de son image - il était fasciné par Napoléon) ou s'en repaissent (la famille "suisse" incarnée par Piccoli, Deneuve et Huppert, une participation exceptionnelle, comme on dit, mais pas indispensable), dans un style qui rappelle Ruiz (plus précisément les Mystères de Lisbonne à travers les mouvements de caméra - hommage plus qu'influence), mais de loin (rien ici de toutes ces mises en abyme qui caractérisent le ludisme ruizien). S'il est logique de pointer ce qu'il peut y avoir de ruizien chez Sarmiento, l'inverse est vrai aussi: il y avait chez Ruiz une part "sarmientienne", méconnue, qui touchait notamment au goût du cinéaste pour les novelas de Corín Tellado (la Barbara Cartland espagnole). Tout ça pour dire que si les Mystères de Lisbonne perdait un peu de sa magie en passant du film à la série télévisée (du fait même de sa structure entrelacée qui pour le coup se trouvait dénaturée), les Lignes de Wellington pourrait au contraire bénéficier de son "étirement" en trois parties (diffusion télé prévue courant 2013), en nourrissant davantage la fiction qui dans le film (du fait même de la multiplicité des personnages et de la facture somme toute assez classique du récit) apparaît un peu oscillante (et non flottante comme chez Ruiz). Un déséquilibre entre récit et esthétique qui fait que par moments le picturalisme du film, bien que très beau - on pense plus d'une fois à Brueghel devant ces grands plans d'ensemble représentant en plongée l'exode de la population et le repli des troupes anglo-portugaises, avec toutes ces petites scènes intégrées au tableau -, devient presque envahissant.

Il y a dans le film un personnage étrange, une sorte d'érudit philosophe qui passe son temps à lire, tout en se déplaçant avec le reste de la population. Au départ il recherche aussi sa femme. A la fin il l'a définitivement perdue (elle est partie avec un soldat), de même que sa bibliothèque qu'il a dû abandonner, de sorte qu'il ne lui reste plus qu'un livre - le genre de livre qu'on emmènerait avec soi sur une île déserte si on ne devait en choisir qu'un seul -, en l'occurrence le Timée de Platon. Pourquoi le Timée? A cause du mythe de l'Atlantide qui confère au reste du recueil une dimension un peu irréelle? Puissance de la fiction. A cause de la cosmologie et de la question du temps, défini par Platon comme "une image mobile de l'éternité immobile"? Vérité de l'instant. Ou à cause de la théorie de la vision qui selon Platon fait appel, comme toute sensation, à l'âme? Prééminence de la contemplation. Le mythe (dont aspire en vain Wellington, le peintre français qui le suit se révélant trop réaliste), le temps (qui se fige dans les souffrances de la guerre) et le spectacle du monde (observé ici à travers une longue-vue): on imagine toutes les distorsions spatio-temporelles et narratives qu'en aurait tiré Ruiz. Sur ce plan Valeria Sarmiento est infiniment plus sage. Reste qu'à la fin, une fois la guerre terminée et les Français repartis, lorsque le personnage rentre chez lui et qu'il découvre au loin sa demeure en ruines, on le voit chausser ses lunettes, comme s'il avait traversé la guerre sans rien voir, enfermé dans ses livres, au même titre que le jeune autiste qui l'accompagne, enfermé lui dans son monde.

Dans les Mystères de Lisbonne il persistait un mystère (ce n'était pas le seul mais c'était le plus important), le mystère des Mystères, concernant le passé du père Dinis, plus particulièrement son passé napoléonien. Ruiz l’évoquait dans l’épisode avec Léa Seydoux et Melvil Poupaud, qui figurait non pas dans le roman éponyme de Camilo Branco mais dans son préquel, Le Livre noir du père Dinis. Dans les Lignes, l’acteur qui jouait le père Dinis incarne Bordalo, un personnage ambigu, rappelant le bandit Sabino Cabra, une des nombreuses identités du père Dinis. Ruiz aurait certainement joué de ces correspondances entre les deux films pour mieux égarer encore le spectateur. Sarmiento (via Saboga le scénariste) se limite aux réminiscences, invitant l’amateur des Mystères à lire son film à l’aune de celui de Ruiz, comme entre les "lignes". C’est peut-être là finalement que le charme opère le plus... 

jeudi 22 novembre 2012

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Le plus beau film vu cette année, je l'ai déjà dit, c’est Marie et le curé de Diourka Medveczky, un inédit de 1967 qui vient de sortir en DVD avec les deux autres films de Medveczky (coffret Diourka-Lafont) et à propos duquel on cite volontiers la formule de Truffaut: "Medveczky, c’est Bresson plus Buñuel". Sauf que dans la "lettre à Jacques Ledoux" (François Truffaut, Correspondance), dont on peut lire un extrait dans le livret qui accompagne le DVD, Truffaut évoque non pas Bresson mais Dreyer (avec Buñuel donc), ce qui finalement est beaucoup plus juste.

Mon Flop Ten 2012:

- Amour, Michael Haneke
- A perdre la raison, Joachim Lafosse
- Après mai, Olivier Assayas
- Dans la maison, François Ozon
- De rouille et d’os, Jacques Audiard
- Françoise au printemps (cm), Jean Paul Civeyrac
- Laurence anyways, Xavier Dolan
- Le Marin masqué (cm), Sophie Letourneur
- 38 témoins, Lucas Belvaux
- Vous n’avez encore rien vu, Alain Resnais

Bigre, que des films francophones (dont 7 films Positif!... désolé, je l'ai pas fait exprès). Pas vu sinon la Part des anges, The dark knight rises, Reality, Au-delà des collines, la Chasse...

dimanche 18 novembre 2012

Après... mais

Vu Après mai d’Assayas, version revisitée, amplifiée et pour le coup "réchauffée" de son hivernal Eau froide, via le petit texte Une adolescence dans l’après-Mai, sous-titré "Lettre à Alice Debord", qu'il écrivit en 2004, le situationnisme tel un journal Debord qui aurait accompagné le jeune Assayas dans les années 70, de la contre-culture au punk, de la peinture au cinéma... A l’arrivée, une sorte de marshmallow cinématographique, pas désagréable mais pas vibrant non plus, dû au style très fluctuant de la mise en scène, comme toujours chez Assayas, que n'arrange pas le caractère très léché de la reconstitution historique (Après mai est un vrai film rétro avec ce que cela suppose d'académique), ce qui fait que j'ai passé une bonne partie du film à rêvasser devant tous ces accessoires vintage qu'il accumule (fringues, mob, autos, ronéo...), au son de Syd Barrett (Terrapin), Nick Drake (Know), Captain Beefheart (Abba Zaba), Kevin Ayers (Decadence)..., ou bien à établir des correspondances idiotes (avec Garrel, bien sûr - Après mai c'est un peu Les Amants déréglés -, auquel ressemble d’ailleurs le jeune héros, ou encore entre le personnage de la jeune Américaine et la petite rouquine aux seins nus qui orne la célèbre pochette de Blind Faith, celle qui ouvre la rangée de vinyles aperçus dans le film). Un film d'autant plus pâlichon qu'on a l’impression d’avoir déjà vu ça cent fois (les seventies comme si vous y étiez, rien n'y manque, des affrontements musclés avec les CRS au trip vers Katmandou, en passant par les mouvements lycéens, les AG, les films de propagande, les camarades italiens, les rassemblements hippies, la drogue, l'avortement, etc.). Sauf à trois moments: 1. Quand la jeune fille qui vient de se faire avorter en Hollande découvre au musée Frans Hals d’Haarlem les deux Portraits de groupe, ceux des Régents et des Régentes, placés l'un en face de l'autre (moment très court mais intense - magie de la longue focale); 2. Quand le jeune héros se dispute avec son père, scénariste à la télé, au sujet de Simenon, Maigret et Jean Richard (moment assez drôle mais sans suite); 3. Quand, à la fin, le personnage se retrouve en Angleterre sur le tournage d'un film bis avec nazis et bête préhistorique (moment franchement délirant, écho à la propre expérience d'Assayas sur le tournage de Crossed swords de Richard Fleischer avec Oliver Reed et Raquel Welch, c'est là qu'il rencontra Laurent Perrin, stagiaire comme lui - Après mai lui est dédié). Soit l'impossibilité de la peinture, le rejet de la télévision, le plaisir du cinéma. C'est ici, dans les replis de la création, qu'Assayas se montre le plus convaincant. Parce que pour ce qui est du politique, je reste perplexe. J'évoquais au début la question du situationnisme qui traverse le film en filigrane, expliquant la distance prise progressivement par le héros (Assayas donc) vis-à-vis du gauchisme, quand celui-ci s'est radicalisé et a basculé dans le terrorisme (dans la scène où le personnage fait exploser une voiture, c'est un autre acteur qui tient le rôle: indisponibilité du comédien ou volonté d'Assayas de se démarquer ainsi de cette dérive vers le terrorisme?) [ajout du 19-11-12: l’interprétation de cette scène a suscité un petit débat dans les commentaires dont il résulte que si Assayas a utilisé un acteur qui ressemble au héros ce ne serait que pour ménager le suspense: est-ce bien le héros? se demande-t-on au début... bah non c’était pas lui, découvre-t-on à la fin..., suspense parfaitement inutile]. C'est que le cinéaste ne se contente pas de marginaliser son héros en lui faisant choisir la voie - à la fois individuelle et collective - du cinéma, il le dote aussi d'une conscience politique supérieure aux autres: le personnage lit Les habits neufs du président Mao, le livre de Simon Leys (édité par René Viénet, ancien situationniste et futur auteur de la Dialectique peut-elle casser des briques?) qui dévoilait le vrai visage du régime maoïste et de la Révolution culturelle. Or là, évidemment, ce n'est plus l'Assayas adolescent qui nous est montré, mais celui d'aujourd'hui, réinterprétant son adolescence à l'aune du situationnisme. Soit une forme de glorification a posteriori du personnage. Intellectuellement parlant, je ne trouve pas ça très honnête.

samedi 17 novembre 2012

Ni moins ni plus

Lu la pétition des Inrocks pour l’égalité des droits entre homosexuels et hétérosexuels. Comment signer un truc pareil? Je ne parle pas du fond, sur lequel je suis à peu près d’accord, je dis bien à peu près, parce que la question de l’adoption (celle du mariage, on s’en fout...) n’est pas aussi simple que cela - en tous les cas, ne se limite pas d'un côté à mettre en avant le taux élevé de maltraitance chez les parents hétéro et de l’autre à pointer les problèmes de structuration psychique chez l’enfant élevé par des parents homo - mais de la forme, où l’on reconnaît le style lourdingue et moralisateur d’Audrey Pulvar... Parce que là, on peut dire qu’elle a fait fort la Pulvar. Pensez, dans ce texte elle convoque rien moins que 1789, la Commune, la Résistance, l’abolition de la peine de mort - avec au passage un petit rappel totalement déplacé sur le passé "criminel" de Mitterrand pendant la guerre d’Algérie -, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, tout ça au nom de la Liberté... puis la Déclaration des droits de l’homme, l’abolition de l’esclavage, au nom cette fois de l'Egalité... enfin le serment du Jeu de Paume et celui de Koufra, au nom bien sûr de la Fraternité... bref une entrée en matière bien plombante (et encore je n'ai pas parlé des poilus) qui occupe les deux tiers de la pétition, de sorte que, lorsqu'on arrive à la fin, à l’objet même de la pétition - qui en fait renvoie non pas à la devise "Liberté, Egalité, Fraternité" mais à l’impératif "Normalité, Egalité, Droits" - bah, on n'a plus envie de signer...

A toutes fins utiles, je signale que vient de sortir, édité par Filmédia, le coffret Diourka-Laffont, réunissant (entre autres) les trois films de Diourka Medveczky: Marie et le curé, Jeanne et la moto et Paul. J'en parle parce que côté critique (Cahiers, Positif, Inrocks, Chronic’art...) c’est toujours le silence radio. Les films avaient été diffusés sur Ciné+ Classic en début d'année et déjà, à l'époque, personne n’en avait parlé. Medveczky, connais pas. Pourtant le vrai film à voir en ce moment sur l'utopie post-68 c'est bien Paul (film visionnaire tourné dès la fin de 1968) et non le très "attendu" Après mai d'Assayas (sur lequel je reviendrai). 

dimanche 11 novembre 2012

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"Comme toujours chez le cinéaste, l'enfermement - volontaire ou forcé - des personnages est le gage de leur liberté, comme si en se retirant du monde, en se soustrayant au regard commun, ils pouvaient exister à loisir dans une marge close, en un milieu excentré qui recréerait ses propres règles de vie, son atmosphère et son rythme, ses turpitudes et ses manies..." Une critique enthousiaste d'Amour d'Haneke? Pas du tout, il s'agit d'un extrait du texte de Camille Nevers (Sandrine Rinaldi) sur la Maison du sourire de Ferreri ("Bouche-à-bouche", Cahiers du cinéma n°451, janvier 1992), un film que § - cinéphile émérite qui intervient de temps en temps sur le blog - avait évoqué dès le lendemain du palmarès de Cannes comme possible antidote à l'étouffe-chrétien (si je puis dire) hanékien. En lisant cet autre passage du texte de Camille Nevers on comprend pourquoi: "Ingrid Thulin, vieillie et enfantine, traverse la maison du film dans un long sourire qui, au bout du compte, se transforme en celui d'un vampire aux canines hypertrophiées, signe qu'elle est enfin prête à croquer la vie à pleines dents... Ferreri filme le visage de l'actrice au plus près, l'encadre de gros plans qui n'appartiennent qu'à lui, à la fois sans concession (elle a vieilli) et pleins d'attention (elle a bien vieilli). Ceux qui lui reprocheront encore une fois de ne pas faire dans la dentelle, d'y aller un peu fort, devraient comprendre que ce n'est pas Ferreri qui exagère mais la vie, et chaque film de Ferreri provoque la vie. Donc que ce soit l'histoire amoureuse, sexuelle entre Ingrid Thulin et Dado Ruspoli [qui joue le rôle d'un ancien professeur de musique!, ndlr], ou l'histoire du dentier volé, il s'agit moins d'insister sur les attouchements de deux corps un peu vieux, de sonder la béance d'une bouche, que d'observer le sursaut de vie qui soudain (ré)anime tous ces laissés-pour-compte. Tout le travail du cinéaste semble consister à chercher au fin fond de la trivialité la forme d'une poésie, Villon moderne, à trouver au cœur même du blasphème une nouvelle mystique. Ainsi les plus belles scènes de son film se situent-elles en "Afrique" [partie de la maison de retraite réservée aux malades en fin de vie, dénommée ainsi dans le film parce que le personnel infirmier qui s'en occupe est noir, ndlr], là où la déchéance du corps et de la vie est à son comble, là où la fin appelle les origines. La belle vieille femme, malade, qui confie son dentier à la maîtresse de son mari, lui disant qu'ainsi elle aura l'impression, toutes les fois qu'ils s'embrassent, d'embrasser un peu celui-ci, offre l'image par excellence de la trivialité et de la poésie comme les deux faces d'une même idée." A côté de celui de Ferreri, l'humanisme d'Haneke fait vraiment tout petit.

PS. La phrase la plus con lue dernièrement: "Beckett, s’il n’avait pas été photogénique, il n’en resterait pas grand-chose." (Aurélien Bellanger)

jeudi 8 novembre 2012

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Amour m’a tuer.

Eh ben dites-moi, quelle histoire... Depuis quelques jours je reçois des messages incroyablement hostiles où j'en prends plein la gueule, tout ça pour avoir méchamment descendu les films de Resnais et d’Haneke. Restons sur Amour car c’est avec ce film que les réactions sont les plus violentes. Je ne parle pas des commentaires publiés - si je les publie c’est qu’ils ne dépassent pas les limites de l’échange musclé, quoique... - mais des autres, plus virulents, que je vire au fur et à mesure, des messages non signés évidemment, comme celui qui était adressé au "con qui n’a pas versé sa larme à la vision d’Amour", moi en l’occurrence. Bon, ce qu’on me reproche ce n'est pas d'être resté insensible à ce "grand film d'amour", mais "le ton extrêmement méprisant", et donc "méprisable", de mon billet, "attitude dégueulasse", me dit-on, symptomatique d’une certaine "critique-caniveau", celle qui fleurit aujourd’hui sur le net et dans laquelle je me vautrerais complaisamment, prenant plaisir à "salir gratuitement une œuvre magnifique", aveuglé par ma "haine d’Haneke" et donc incapable d'avancer le moindre argument pour justifier mon rejet du film, sinon de "rabâcher l’éternel couplet sur la manipulation du spectateur" (alors que bien sûr, et là c’est moi qui parle, le problème n’est pas la manipulation en tant que telle - on est tous passés entre les mains d’Hitchcock - mais la manière utilisée par Haneke pour parvenir à ses fins)... Dans un autre message, on me conjure d’arrêter d’écrire sur les films, vu la "nullité" de mes billets, "truffés de clichés et de contresens", vu surtout mes "jugements merdiques" qui me font préférer des "œuvrettes aussi insignifiantes" que Cap nord, Wrong et Damsels in distress à ces véritables chefs-d’œuvre que sont Vous n’avez encore rien vu et Amour... Troisième missive, pas la plus triste, celle du type qui visiblement n’a pas apprécié que je dise des admirateurs d’Haneke qu’ils désirent inconsciemment un maître, et me traite de "criticaillon prétentieux qui ne connaît rien au cinéma", pire, de "vulgaire sous-Neuhoff" (ça c'est vache!)... Je n'ai pas répondu, évidemment, je n'ai pas que ça à faire, mais je m'interroge... Pourquoi une telle agressivité? C'est quoi leur problème aux amoureux d'Amour? On a l’impression que pour eux ce film c’est le veau d’or, un sommet de l’art cinématographique (beauté, émotion, réflexion), et qu’en l’attaquant on commet une sorte de sacrilège... C’est d’autant plus ridicule que, j’ai relu mon texte, les propos que j’y tiens n’ont vraiment rien de choquant. Enfin bref...

PS. L’amendement Nutella c’est peanuts (si je puis dire), ce qu’il faut c’est un amendement Dove, qui interdise l’huile de palme dans les cosmétiques afin de lutter contre la déforestation qui, en Indonésie, menace la survie des orang-outans (c’est pourquoi il faut aussi s'opposer aux palmes d’or!... ha ha ha).

mercredi 7 novembre 2012

Discorama

Bon allez, je reprends mon jukebox 67, une sélection de mes singles préférés parmi tous ceux qui sont sortis entre fin 66 et début 68... Aujourd'hui le Top 10 de décembre 1966 (par ordre alphabétique):

Can't stop talking about my baby, Mike Patto (face B: Love)
Hey Joe, The Jimi Hendrix Experience (face B: Stone free)
I can take you to the sun, The Misunderstood (face B: Who do you love)
I feel free, Cream (face B: N.S.U.)
I want her, she wants me, The Mindbenders (face B: The morning after)
Knock on wood, Eddie Floyd (face B: Got to make a comeback)
Pretty ballerina, The Left Banke (face B: Lazy day)
She comes in colors, Love (face B: Orange skies)
Sunday morning, The Velvet Underground (face B: Femme fatale)
Sunshine superman, Donovan (face B: The trip)

Bonus garage: Phil and The Frantics (1965-1968)
I must run (variation sur I must move des Zombies) - Pain - Say that you will - Till you get what you want - To me.

vendredi 2 novembre 2012

[...]

Tiens, j’ai revu la Gueule ouverte de Pialat... Dur, parce que sans concession, mais tellement juste, parce que saisissant de vie, même si la vie y est tristement banale (le réalisme du quotidien: les hommes coureurs de jupons, les femmes douloureusement lucides), autour de la mort qui étreint progressivement la mère, en même temps qu’elle la détache du reste de la famille, attendant la fin sans savoir quoi dire. Soit l’antidote parfait - plus encore que le Cris et chuchotements de Bergman - au mortifère Amour d’Haneke. Car le problème chez Haneke n'est pas que moral. La tension qui y règne entre naturalisme et mise en scène, entre dramaturgie et projet formel - pour parler biettien -, est si violente qu'elle ruine toute possibilité de récit, piégeant ainsi le spectateur, à l'image du pigeon dans le film. Ici le dispositif est même renforcé, Haneke prenant soin de verrouiller toutes les portes, jusqu'à boucher les aérations (avec du ruban adhésif, évidemment), pour que rien ne respire. Chez Pialat, c'est différent, ça respire... pas toujours très bien, des fois ça grince, des fois ça coince, mais ça respire, et parfois avec une belle vitalité lorsque le cinéaste se laisse aller à son penchant renoirien (et qu'il ne le brime pas au montage). C'est que chez lui la tension se situe plutôt entre dramaturgie et récit (la vie sur le vif), le projet formel se trouvant pour le coup totalement sacrifié, ce qui est sans importance puisque l'essentiel est là, respecté: dans un film d'amour (et/ou sur la mort) il faut un minimum de récit.

PS1. Bigre, elle me fout les jetons l’affiche de Skyfall, le dernier James Bond. Daniel Craig ressemble à un mix de Stroheim et de Poutine. C’est lui le méchant du film?

PS2. J'aime bien les "couacs" d'Ayrault, je trouve ça mignon, en tous les cas c'est rien à côté des "crasses" de Copé, plus que pathétiques.