dimanche 26 août 2012

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"Jed's other poem (Beautiful ground)", Grandaddy, 2000.

Tabarnak!

Vu Laurence anyways de Dolan. Bof... un film "m’as-tu-vu", 2h40 d’esbroufe, une histoire (interminable) de trans montée de toutes pièces, comme on parle d’une pièce montée, pour mettre en transe la critique, toute la critique, les Cahiers compris, qui adore ce genre de cinéma meringué, tape-à-l’œil, artificiel, superficiel, habillé plus qu’habité, du cinéma customisé, recyclé, célébré aujourd’hui, oublié dans dix ans, le temps que dure l’histoire du film, sauf que justement le temps n’existe pas dans Laurence anyways - dix ans ou six mois c’est pareil -, cinéma à consommer dans l'instant, tournant à plein régime (sur un rythme post new wave) jusqu’à épuisement (l’énergie c'est bien quand ça favorise la démesure, comme chez Araki ou Richard Kelly, mais pas quand c’est pour étaler son savoir-faire, comme chez Aronofsky et donc Xavier Dolan). Bref, un film transparent sur les apparences... Et pour ce qui est du trans - prétexte pour Dolan à pas mal de clichés voire une certaine démagogie: cf. la scène du restaurant lorsque la fille pète un plomb et que Dolan en profite pour régler son compte à la "kétainerie" ambiante - mieux vaut revoir le sublime Mourir comme un homme de João Pedro Rodrigues.

PS1. Dans le film on fait la liste des choses qui enlèvent beaucoup de plaisir. Faut-il y ajouter la mise en scène de Dolan? Car les bonnes choses du film - il y en a quelques unes, soyons juste: le panier de linge qu'on déverse sur l'autre (leitmotiv du film), le fantasme de la femme AZ, etc. - sont surtout de bonnes idées de scénario. Laurence anyways n'est pas un grand film tout simplement parce qu'au niveau de la forme c'est tout et n'importe quoi, et ça, critiquement parlant, on ne peut l'accepter. Dolan finalement,
plutôt que de faire des films, ferait mieux d'écrire des romans...

PS2. Poupaud est bien.

jeudi 23 août 2012

Shaking

The shaking aspect of summer d'Athanase Granson. D’abord c’est bien shaking et non shocking... comme on le voit écrit parfois, notamment sur Deezer. Car c’est un fait, on tremble un peu en écoutant le premier album d’Athanase Granson, un miracle d’élégance et de délicatesse - Athanase Granson: attention grâce -, on tremble de peur que l’album, fort de ses 17 morceaux, ne s’évanouisse en cours de route. Mais non, il tient la ligne jusqu’au bout, déclinant avec fluidité ses petites mélodies, sans jamais rompre le fil (superbes plages de transition), ce qui donne à l'ensemble un côté concept particulièrement stimulant. Et pas la peine d’écouter trois ou quatre fois un morceau pour savoir à quoi s’en tenir, ici l’accroche est immédiate. Cette instantanéité est la marque de la meilleure pop (héritée de Pet sounds), pop à la fois lumineuse, sans chichi ni boursouflure, et aventureuse, alliant douceur folky, nappes de prog et dissonances lo-fi, le tout en parfaite harmonie. Il faudrait citer tous les titres tellement c'est beau, contentons-nous d’une dizaine: The blue - Flute song - Chanson pour Marianne - Méphisto - Politics 2 - So long, Rickie - Love - True hippies don’t take cocaine - Gives all - Season wept my love away... Assurément un des grands albums de l'année.

PS. Rien à voir (quoique) mais je rappelle (à ceux qui vivent sur Mars) que Grandaddy sera au festival Rock en Seine dimanche 26 août.

dimanche 19 août 2012

So long




Il faut absolument que je vous parle de The shaking aspect of summer, le premier album (magnifique) d'Athanase Granson. Billet à suivre, donc. En attendant vous pouvez écouter "So long, Rickie", un des morceaux de l'album, sur cette petite vidéo que j'ai confectionnée pour l'occasion... Et une sucette à la violette à celui ou celle qui reconnaîtra le film.

[ajout du 21-08-12: alléluia, la sortie française de Damsels in distress de Whit Stillman est annoncée pour le 3 octobre prochain]

[ajout du 30-08-12: au fait, puisque le film utilisé pour accompagner la musique d'Athanase Granson a été identifié - il s'agit de Flammes d'Adolfo Arrieta/Adolpho Arrietta - je peux maintenant afficher le titre de la vidéo: "Barbara"]

mardi 14 août 2012

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Sono à fond.

Vu Guilty of romance de Sion Sono. Une réelle expérience. D’abord parce que c’est le premier film de Sono que je vois. Ensuite parce que je ne connais pas grand-chose de ce courant du cinéma japonais qui mêle manga et roman porno des années 70 et dont Sono serait aujourd’hui le meilleur représentant. Donc j’ai vu... Et alors? Je ne sais trop quoi penser. Sion mélange les genres - le film apparaît comme une sorte de thriller érotico-gore - avec une extrême brutalité, ce qui fait passer le spectateur par tous les états. Une entrée en matière assez belle (des cadavres mutilés et recomposés avec des mannequins) mais aussi parfaitement écœurante (ça grouille de vers), soit le programme même du film. Beauté du premier chapitre, très bunuélien, sur l’aliénation du désir féminin et sa libération progressive, via la commercialisation du corps. Premier chapitre d’autant plus réussi que l’humour y est présent (cf. la vente des saucisses, de plus en plus grosses à mesure que l’héroïne s’épanouit sexuellement). Qui dit Buñuel dit Sade, qui dit Sade dit Bataille, et c’est là que ça déraille. L’humour devient plus grinçant, le temps de faire exploser quelques ballons remplis de peinture rose, puis disparaît complètement. Changement de décor. Adieu les surfaces aseptisées de la réalité japonaise, bonjour le réel, celui de la jouissance féminine, mais vue du côté de l’homme, donc forcément faux, une jouissance finalement moins féminine que profondément perverse. Et le film de descendre encore plus bas dans la déchéance et l’abjection, à travers les love hotels de Shibuya, où l’héroïne rencontre son "initiatrice" (prof de littérature le jour, psycho-pute la nuit), avant l’entrée dans le Château (référence à Kafka, mais je cherche toujours le rapport), passage "obligé" (par l’auteur) pour se libérer enfin de la domination masculine. Vraiment? La femme a beau chevaucher son mari à la fin, la position de l’Andromaque reste ici un fantasme éminemment masculin, au même titre que de regarder une femme en train de pisser, image pour le moins dégradante (et que ce soit sous les yeux d’enfants rigolards n’y change rien). Si le point de vue est celui de l’homme et, à travers lui, de la société japonaise, qu’en est-il de celui de l’artiste? Impossible de savoir tant Sono s'ingénie à noyer le poisson en jonglant continuellement entre exacerbation (des formes) et provocation. Il n’y a ici pour la femme que deux issues possibles: accepter d’être un objet de désir, mais alors le faire payer (dans tous les sens du terme), ou bien le refuser et préférer mourir. Alternative terrifiante, d’autant plus difficile à avaler que cette mise en scène tout en excès (excès qui doit peut-être au théâtre japonais, en particulier au kyogen et son côté grotesque, soulignant par contraste la dimension tragique du - soit aussi l’opposition entre ce qu’on aspire à être et ce qu'on doit accepter d'être) se révèle par moments particulièrement indigeste (cf. la résolution lourdement œdipienne de l’énigme policière). Bref, une puissance d’écriture indéniable (rien à voir avec la gratuité d’un Park Chan-wook) mais trop ambiguë en ce qui me concerne, du fait même de ses outrances, pour que j’y adhère totalement.

Allons donc...

Des JO de Londres je retiendrai surtout, côté natation: le finish dévastateur de Yannick Agnel dans le 4x100m nage libre, le départ fulgurant de Florent Manaudou dans le 50m nage libre et, bien sûr, Michael Phelps et sa "mission/moisson (im)possible", même si l’accumulation de médailles (22 dont 18 en or réparties sur trois olympiades), ça finit par lasser; côté athlétisme: le cavalier seul de David Rudisha sur 800m (certainement le plus bel exploit de ces jeux), l’essai victorieux de Renaud Lavillenie à la perche et, bien sûr, Usain Bolt, même si le grand show médiatique qui accompagne chacune de ses courses, ça finit par lasser (sans parler de cette histoire de "légende", franchement ridicule, qui m’a fait penser moins à Jesse Owens ou Carl Lewis qu’à...
Liberty Valance, surtout après le 200m où ni Bolt ni Blake ne semblent être allés au bout de leur effort, comme si un accord secret avait été conclu en haut lieu: retarder l’heure de gloire de Blake pour non seulement permettre à Bolt d’entrer définitivement dans la légende mais, plus encore, pouvoir profiter encore pleinement de sa valeur commerciale - hé hé, moi mauvaise langue?); enfin les sports co, évidemment, avec les Experts, les Braqueuses, les Femmes de Défis... un vrai plaisir, ce qui nous change des footballeurs français (OK pas tous) et leur mentalité de merde.

PS. Je ne parle pas de Teddy Riner, tout simplement parce que sa victoire semblait tellement acquise, ses adversaires tellement sur la défensive, que je n’ai à aucun moment vibré (et puis le judo aujourd’hui, avec son système de pénalités, est devenu très ennuyeux à regarder, il faut bien l’avouer).

vendredi 3 août 2012

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Lancelot du lac de Bresson. Vu il y a longtemps, très longtemps, jamais revu depuis (jusqu'à aujourd'hui) de peur d’abîmer le souvenir si intense que j’en avais gardé. Le revoir vingt-cinq après n’était donc pas sans appréhension. Et alors? L’émotion n’est plus la même, forcément, et pourtant... Dieu que c'est beau (d’une beauté fracassante, ça va sans dire). Le film est vraiment unique, non seulement par rapport à ce que Bresson appelait de manière condescendante le cinéma, mais aussi par rapport au reste de son œuvre. Beaucoup de ses admirateurs ont été décontenancés par le film, certains lui reprochant de théoriser son art là où il faut plutôt voir une forme de jusqu’au-boutisme, la volonté chez Bresson non pas d'imposer ses idées mais d'aller le plus loin possible dans ce qu’il estime être la vraie voie du cinéma. Jamais peut-être, avec ce film, il ne s’était approché aussi près de ce qu’il a toujours recherché (son Graal à lui), le cinéma le plus épuré qui soit, réduit à des signes, des sons, une sorte d’absolu du cinéma, c’en est presque terrifiant. Film obsessionnel, d’une maniaquerie totale, mais aussi d’une simplicité confondante (on peut voir Lancelot du lac comme le passage du symbole - exemplairement présent dans le monde médiéval - au signe).
"Celui dont on entend les pas avant de le voir, il mourra dans l’année... Même si c’est les pas de son cheval..." Le fait est: le son précède souvent l'image dans Lancelot du lac, film monté à l'oreille, rythmé par les mêmes bruits (chevaux, armures, loquets, joutes...), s'imbriquant dans tout un système d'échos et de résonances, en accord avec les cadrages en plans rapprochés, typiquement bressoniens - ici, entre autres, les jambes des chevaliers et de leur monture -, fragmentant la réalité, à l'image du tournoi, pour mieux faire surgir le réel. Et quel réel! Un monde en train de disparaître, ce que semble pressentir le cheval (œil effaré, hennissement) bien plus que son maître. La fin est inscrite dès l'ouverture, une des plus sidérantes jamais vues, évoquant davantage les ravages d’une guerre sainte - un chevalier en armure qu'on décapite, du sang qui jaillit, des corps qui brûlent... - que les errements d'une quête mystique. Violence d'un monde que Bresson exprime dans toute sa matérialité, au fin fond d'une forêt ou dans les lices d'un château... Quelques hommes survivent encore mais plus pour longtemps. La suite est comme un baroud d'honneur - le tournoi remporté par Lancelot, la fuite de Lancelot et Guenièvre - avant le finale, qui vient donc sceller la fin d'un idéal, à travers la mort de Lancelot, le premier chevalier qui est aussi le dernier, s’écroulant au milieu des siens - un tas de ferraille - en prononçant le nom de sa bien-aimée...