vendredi 30 mars 2012

Reprise




Journal de voyage [Colombo, Sri Lanka]. Musique: "Reversing", Four Tet, 2010.

Fin de la pause, une pause qui ne fut pas de tout repos. Je lis mes messages. Un mail de Belgique m’annonce que le dernier Stillman (Damsels in distress) ne sortira pas le 18 avril comme prévu mais plutôt fin mai. J’attendrai donc (à moins que je file à Londres avant pour voir le film); B. me demande ce que j’ai pensé du Marin masqué de Letourneur, vu juste avant mon départ. Une horreur... on dirait un film d’étudiant de la Fémis, ce qui est un comble vu que Letourneur représentait jusque-là un cinéma buissonnier (cf. les Cahiers du mois de mars) plutôt inspiré - j’avais beaucoup aimé la Vie au ranch -, s’opposant justement à tous ces films d'école qui pêchent par leur formalisme puéril (pur mimétisme) et la faiblesse de leur narration (quid du récit?). Sinon quel film français faut-il voir en ce moment? Les Adieux à la reine de Jacquot ou Bye bye Blondie de Despentes? Sapho à la mode Bertin ou fem à la sauce no wave? Des sex-symbols noughties (Seydoux, Kruger, Ledoyen) ou deux icônes eighties (Dalle et Béart)? Hum, j'hésite... Et si j'allais voir Cloclo? [ajout: non, finalement j'opte pour le Delpy] C. veut savoir si le DVD qu'elle m'a envoyé - le Soulier de satin d'Oliveira - est bien arrivé. Oui. J'ai même reçu le Fleuve de Renoir. S. m'informe de la sortie prochaine de Time out de Niccol (l'édition DVD). Trop tard. J'ai vu le film dans l'avion qui m'amenait à Colombo. Plutôt raté mais pas tant que ça. Le problème est moins l'histoire (dystopie à la fois ingénieuse et simpliste, très série B) que le jeu incroyablement mauvais de Justin Timberlake (bon d'accord il perd sa maman au début du film, mais quand même...) - la fille, elle, est à peine mieux -, au point que le personnage le plus intéressant n'est pas le héros mais celui qui le poursuit (le gardien du temps)... Une liste de quelques films attendus: Twixt de Francis Coppola, Cap nord de Sandrine Rinaldi, Moonrise kingdom de Wes Anderson, The day he arrives de Hong-Sangsoo, Cosmopolis de Cronenberg, Faust de Sokourov, Holy motors de Carax... (attendus aussi, rayon DVD, "Le Laboratoire d'Eric Rohmer" et le Camion de Duras). Bref, du boulot en perspective... Et puis ce message de W., grand admirateur de Lester James Peries (il faut que je revois The mansion by the lake), rencontré à Colombo, qui me souhaite bon courage pour la reprise!

Arrêt sur images: quand Pierre Léon décrypte l'actualité via les médias, ça donne ça et c'est excellent. (aucun rapport, quoique, mais je trouve que Sarko ressemble de plus en plus à Jean Lefebvre)

samedi 10 mars 2012

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Balloonatic fait une pause...

vendredi 9 mars 2012

Le petit livre rouge














La Chinoise de Jean-Luc Godard (1967).

De ce film, vu il y a une vingtaine d'années, je n'avais gardé en mémoire que les slogans, le "traité des couleurs" (rouge, blanc, bleu...) et la musique de Vivaldi. Le revoir fut un régal. Comment un film, aussi fortement ancré dans son époque (le mouvement maoïste en France à la veille de Mai 68), pouvait conserver une telle fraîcheur? Tout le génie de Godard est là. C'est que le didactisme politique du film, de ce film "en train de se faire", est en permanence contrarié, voire dynamité, par sa charge émotionnelle. Ça parle de révolution, ça bascule dans le terrorisme (hors-champ), et pourtant, à l'arrivée, ce que l'on retient c'est - à travers notamment les "interviews" menées par Godard (hors-champ lui aussi) - l'extrême tendresse des personnages, incarnés par Anne Wiazemsky, Jean-Pierre Léaud, Juliet Berto, Michel Semeniako..., ces "Robinsons du marxisme-léninisme" comme les appelait Godard lui-même. Violence et douceur. Une contradiction toute godardienne (et finalement très simple, à l'image du cinéma de Nicholas Ray, opposé ici à l'impérialisme américain) que je saisis d'autant mieux aujourd'hui que je viens de lire Une année studieuse, le très beau roman d'Anne Wiazemsky - qui est surtout un très beau portrait de Godard -, et que je me rends compte à quel point le film se nourrit de l'amour qui existait à l'époque entre la petite-fille de François Mauriac et l'enfant terrible de la Nouvelle Vague (symbolisé par l'appartement, rue de Miromesnil, dans lequel a été tourné le film), celui-ci empruntant à celle-là de nombreux épisodes de sa vie (les "cours" avec Francis Jeanson, les études à Nanterre...), jusqu'à la Fiat 850 verte (vue à la fin du film) qu'il lui avait offerte pour qu'elle puisse se rendre plus facilement à la fac! Si la Chinoise est placé sous le signe de Brecht (le seul nom qu'on n'efface pas du tableau) c'est bien parce qu'il s'agit d'abord de théâtre, de vrai théâtre - l'art comme réflexion sur la réalité (et non reflet du réel) () -, un art éminemment moderne, où l'on se parle comme si les mots étaient des sons et de la matière (), et donc profondément engagé, où l'on essaie de mener la lutte sur deux fronts ()... Bref, un vrai théâtre d'émotions.




J'aime bien aussi la bande-annonce du film qui permet d'écouter en entier "Mao-Mao" la chanson de Claude Channes. C'est le petit livre rouge qui fait que tout enfin bouge...

mercredi 7 mars 2012

Medveczky

Vu sur Ciné+ Classic les trois films de Diourka Medveczky: Marie et le curé, Jeanne et la moto et Paul, son seul long métrage. C’est dément, aurait dit Biette... On pense à Kertész (pour la composition des plans), à Svankmajer (pour la stop motion, les assemblages, le surréalisme...), à Garrel (période Zanzibar), à Rossellini (période Fioretti), à Buñuel, à Pasolini, à Beckett, à Moullet, etc., on pense surtout à un certain type de cinéma, celui que programmait jadis le festival d’Hyères, tous ses films hors-normes, dont Paul justement, primé en 1969. A propos de ce film, Luc Béraud écrivait dans les Cahiers: "Medveczky est sculpteur et son film est tactile. Les éléments, les objets sont filmés pour leur consistance au toucher, de même que les mouvements sont commandés pour leur mise en rapport avec les surfaces (cf. la scène où Kalfon, dans la cuve, se met à tourner, la caméra le suivant, parce que ce cylindre, pour en avoir la perception, il faut en suivre la surface). Le son (très peu de dialogues), récréé, toujours très simple, contribue à donner de la matérialité aux choses (feuillages, eau, etc.). Paul, pour ces raisons, est sans doute le seul vrai film en relief de l’histoire du cinéma." Pas faux (pensons aussi à la motocyclette dans Jeanne et la moto) mais insuffisant pour dire la folie de ce cinéma, un cinéma hénaurme, à l'image de son auteur, artiste d’origine hongroise qui vit aujourd'hui comme un ermite (cf. le documentaire que lui ont consacré André S. Labarthe et Estelle Fredet), vieux baba cool communiant avec la nature (il est végétarien, à l'image de ceux que rencontre Jean-Pierre Léaud dans Paul), jusqu'à en jouir littéralement (il aime se masturber au milieu des fougères). Cinéma de l'absurde, libertaire et poétique, primitif et avant-gardiste, matiériste et mystique - de la folie meurtrière d'un curé devenu "père" à l'itinéraire tragi-comique d'un jeune bourgeois désœuvré, en passant par le destin pitoyable d'un homme-machine -, cinéma inégal mais génial, traversé de fulgurances, d’une beauté à couper le souffle (deux corps qui glissent à la verticale sous un piano, une moto qui se décompose en accéléré dans un champ, une course avec un sanglier, une étreinte dans la mer...), et toujours drôle (Léaud bien sûr, mais aussi Bernadette Lafont et Jean-Claude Castelli - je pense à la séance de gymnastique dans le jardin du presbytère), tout cela est magnifique, et pourtant, c'est bizarre, personne n'en parle.




Damsels in distress de Whit Stillman sort en Belgique le 18 avril prochain. Une petite virée à Bruxelles, pour l'occasion, ça me dirait bien, d'autant qu'on ne sait toujours pas quand le film va sortir en France...

PS. Le 18 avril sort également, mais en France cette fois, Cap nord de Sandrine Rinaldi (c'est pas trop tôt!). Nous en reparlerons, évidemment.

dimanche 4 mars 2012

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"Take shelter". Le 2 mars 2012, plus de 80 tornades meurtrières ont balayé le centre des Etats-Unis. Et ce n'est peut-être qu'un début, les tornades là-bas survenant plutôt au printemps, comme celles, particulièrement dévastatrices, de l'an dernier. Curtis LaForche aurait-il vu juste?

samedi 3 mars 2012

A question of method (2)

Un très beau texte de Serge Bozon sur A dangerous method de Cronenberg (in Transfuge n°55, février 2012), où l'auteur défend le schématisme du film:

Le "jeune cinéma d’auteur français" a été dominé, dans les années 90, par l’influence de Pialat, dans les années 2000, par celle de Lynch-Cronenberg (Tiresia, Trouble every day, Twentynine palms...). Selon Biette, un film repose sur le jeu de trois éléments: récit, dramaturgie, projet formel. Les deux influences citées s’opposent frontalement, la première se caractérisant par un primat de la dramaturgie, la seconde par celui du projet formel. Mais cette opposition cache un choix commun, le choix d’identifier "la vie élémentaire et le genre humain" (Biette). Ce choix, c’est la définition du naturalisme. Pour le naturalisme, ce qu’il y a de plus profond chez les personnages, c’est ce qu’il y a de plus élémentaire. Appelons "pulsions" ces forces les plus élémentaires. Alors la pulsion entropique du gâchis familial (famille Pialat) et la pulsion thanatologique de la chair en mutation (famille Lynch-Cronenberg) n’ont peut-être rien à voir, sinon le choix de s’y tenir. Mais ce choix fait une victime, qui est le dernier larron de la règle des trois, à savoir le récit. Le récit, et plus généralement le goût de l’écriture, ce goût qui se manifeste, par exemple, dans le risque des dialogues divagants ou des ruptures de ton, d’où l’absence d’humour dans les deux familles françaises en jeu. Alors, les années 2010? Il faut demander à Cronenberg, puisque Lynch se tait. Sa dernière réponse: A dangerous method.
Quand on fait un film sur l’histoire des idées, mieux vaut ajouter de l’amour, sinon c’est trop sec pour le public. Le problème, c’est que l’amour et les idées n’ont peut-être rien à voir. Pas ici. Jung tombe amoureux d’une patiente qui va préférer les théories de Freud aux siennes. La différence? Soit un rêve à interpréter. Freud s’arrête quand son interprétation fait apparaître le rôle de la sexualité, pas Jung, qui veut continuer. Jusqu’où? Il ne sait pas et semble un peu perdu. Le film est réputé académique. Je me contenterai d’un argument, sa sécheresse.
Sécheresse dramatique: refus de l’identification. Les films académiques ne sont pas secs. Ici, tout reste abrupt car l’amour n’altère pas le tranchant des convictions des personnages, qui sont des chercheurs. Et les dix années écoulées, qui en paraissent vingt, n’altèrent pas plus leur physique, d’où l’étrange statisme à la Oliveira d’un film entre la Suisse et l’Autriche où on ne voit presque rien des deux pays et où le temps semble s’arrêter sur des bateaux, grands théâtres d’ombre en route vers l’Amérique ou miniatures immobiles sur des lacs brûlés par le soleil.
Sécheresse de la construction: refus de la fluidité. Le docteur Gross débarque comme un cheveu sur la soupe dans le récit et disparaît brusquement. Depuis le Moine, Cassel semble avoir enfin trouvé l’équilibre entre grotesque et violence: l’inconsistance de sa voix n’affaiblit plus l’excès de ses élans. La construction du film va de pair avec le montage dont la sécheresse permet, sans aucun effet, des décrochages interprétatifs. Un exemple. Jung rencontre pour la première fois Freud à Vienne. A sa sortie, on croit le retrouver au bras de sa femme. Erreur, c’est sa maîtresse: les révélations vont tellement vite qu’on n’est pas sûr de les comprendre. De même pour l’aveu de l’épouse sur les lettres anonymes.
Soit le film réfute mon ouverture, soit Cronenberg a changé: ce qu’il y a de plus profond ici, ce ne sont pas les pulsions, mais ce que les gens apprennent en réfléchissant à leurs pulsions, d’où la possibilité de l’humour. Un humour paradoxalement lié au poids de sérieux de chaque dialogue, donc à la sécheresse didactique du film. On se dit qu’on va être obligé de se taper des explications sur le sexe, et quand elles arrivent, on retient juste les effets fugaces de l’absence de précautions oratoires, pas les explications. Quels effets? Quand Gross demande soudain à Jung qui est le docteur de l’autre, Jung sourit. Le spectateur aussi, car Jung retrouve fugitivement (grâce au génie de l’acteur) une juvénilité aussi franche que sa pratique thérapeutique: il n’est pas gêné d’être gêné. On se fait tous une idée de la psychanalyse. Pourtant Cronenberg a raison de nous forcer à écouter chaque explication, comme si on pouvait reprendre à zéro, parce que les brusqueries des savants nous surprennent à chaque fois. C’est comme l’échelle de Cassel. Ni vu, ni connu, il s’en va sans précaution après avoir baisé la bonne. Il pourrait presque faire la grimace au spectateur. Ce "presque", c’est l’humour du film, et son équilibre.
Les critiques, même laudateurs, voient l’itinéraire de Sabina Spielrein comme décevant (embourgeoisement). Non. Quand les amants se retrouvent près du lac à la fin, on sent que chacun a avancé dans son métier grâce à la souffrance de la séparation. C’est émouvant et simple. Histoire des idées, histoire d’amour.

Merci à Emmanuel Levaufre.

jeudi 1 mars 2012

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Retour sur A dangerous method de Cronenberg.

C’est bien simple, autour de moi tout le monde a aimé le film. Maintenant quand j’écoute la plupart m’en parler, me dire pourquoi ils l'ont aimé, ce qui revient toujours dans leurs propos c’est le mot "intelligence": intelligence de Cronenberg, intelligence du film, intelligence des personnages se découvrant progressivement à travers la psychanalyse... ainsi Jung dont le ratage dans le maniement du transfert favorise le passage à l’acte, encouragé par un Otto Gross satyrique, qui apparaît comme son mauvais génie, expliquant aussi son opposition (sous forme de déni) à la théorie sexuelle de Freud; ainsi Sabina Spielrein dont l’expérience personnelle de l’hystérie lui permet, une fois "guérie", de la théoriser et de découvrir le concept de pulsion de mort, qu’elle offre comme sur un plateau à un Freud jovial qui n'en demandait pas tant... Tout cela est vrai, parfaitement vrai, le film est "admirable d’intelligence", sauf que c’est aussi ce que j’ai ressenti à la lecture (jubilatoire pour ne pas dire jouissive) de la pièce de théâtre de Christopher Hampton. Rien d’étonnant vu que cette pièce, Cronenberg non seulement l’adapte, mais surtout la respecte à la lettre, et ce jusqu'à suivre les indications de l'auteur quant aux expressions des personnages (grimace de Sabina, sourire de Jung ou de Freud...). De sorte qu'à la fin je n'ai pas pu m'empêcher d'identifier Cronenberg au personnage de Freud, me disant que lui aussi ne faisait que récolter les fruits du travail d'un autre, en l'occurrence Hampton. D'où ma frustration. Ce que je regrettais c'est que Cronenberg n'ait pas été plus loin, qu'il se soit limité à ce travail d'adaptation, si intelligent soit-il. De même qu’il y a selon Freud un "au-delà du principe de plaisir" j’aurais aimé que Cronenberg s’aventure un peu - sans pour autant faire du Cronenberg - par-delà la représentation. Mais ça c'était il y a deux mois. Aujourd'hui je suis moins sûr...

Ah tiens sinon, pour pas qu’ils croient que je les oublie, ou que j'ai fini par m’y habituer, voici mon Flop 10 des pires couvertures des Cahiers depuis une grosse année, toutes signées Julia Hasting évidemment: (à consulter sous Vogalène)

1. Mars 2011: La France
2. Février 2012: Spielberg
3. Mai 2011
: Cannes 2011
4. Avril 2011: Tsui Hark
5. Février 2011: Black swan
6. Mars 2012: Ecoles de cinéma
7. Décembre 2010: L'année 2010
8. Eté 2011: Super 8
9. Décembre 2011: L’année 2011
10. Novembre 2011:
Adieu 35

Ce qui traîne actuellement sur mon bureau. Des DVD: Restless de Van Sant, le coffret Laurent Perrin (Passage secret, Buisson ardent, 30 ans) les films de Whit Stillman (Metropolitan, Barcelona, les Derniers jours du disco), les Cloches de Sainte-Marie de McCarey (Ingrid Bergman sublime), E la nave va de Fellini... Des disques: Blues funeral du Mark Lanegan Band, The something rain des Tindersticks, Mr. M de Lambchop, Under the new morning sun de 4 Guys From The Future, Rover de Rover... Des bouquins: Une année studieuse d’Anne Wiazemsky, Sur la télévision de Skorecki (en attendant D’ou viens-tu Dylan?)... le dernier Trafic (20 ans, 20 films), le dernier Vertigo (Apesanteurs), une photo de Rohmer, la carte du Sri Lanka, quelques marque-pages...