lundi 27 février 2012

Chevaleresque

Des larmes et de la vitesse. [attention spoilers]

Vu Cheval de guerre de Spielberg. Bizarre. Il y a toujours des passages ratés dans les films de Spielberg (même dans ses plus grands films), là on peut dire que le pire côtoie le meilleur. Jamais je n'avais ressenti un tel contraste entre l’imagerie spielbergienne, ici ultra-kitsch (saturation eighties des couleurs, la hideur absolue), et ce qu’on pourrait appeler "la grande forme" chez Spielberg, ici dans sa meilleure... forme. C’est très étrange. Alors oui, on pourrait se contenter de faire le tri, de dire: bon ça, la première partie dans le Devon, pseudo fordienne (pour le cadre, un certain pittoresque... l’analogie s’arrête là), l’épisode du grand-père et sa petite-fille, le sentimentalisme appuyé du finale, avec faux suspense à la clé - le péché mignon de Spielberg (avec l'autocitation) -, le retour au foyer, sur fond de crépuscule flamboyant, évocation non sans lourdeur d’Autant en emporte le vent, je les évacue et je ne garde du film que sa partie proprement guerrière, la plus spectaculaire, de l'attaque-suicide, sabre au clair, de la cavalerie anglaise (superbe séquence démarrant dans les herbes hautes d'une clairière pour s’achever lamentablement dans le bourbier d’un sous-bois sous le feu des mitrailleuses allemandes), mixte de Lean et d’Eisenstein (pour l'humour: l’officier allemand engueulant les Anglais dont la charge, sans protection assurée à l'arrière, était aussi stupide qu'héroïque), à la guerre de tranchées, admirablement rendue, du grondement assourdissant des canons à la propagation fulgurante d'un nuage de gaz, avec tout ce que cela suppose d'horreur et d'absurdité. Mais ce serait trop facile. Cheval de guerre forme un tout (à prendre ou à laisser), avec ses faiblesses (chromos et pompiérisme donc, à l’instar de la musique, omniprésente, de John Williams) et ses beautés (en gros, les embardées du récit, pas aussi fluide que d’habitude, jouant au contraire sur les changements de rythme, cassures et accélérations, à l’image du cheval lorsqu’il se cabre ou s’échappe au galop...) qu'on ne peut dissocier. Si on accepte le film c'est dans son ensemble, sa totalité, les parties ratées étant partie intégrante du film, puisque éminemment spielbergiennes...
Tout Spielberg est donc là, dans Cheval de guerre, pour le meilleur et pour le pire, et ce qui fait lien c'est le cheval. Le cheval à travers ce qu'il représente, du point de vue symbolique, et ici on peut dire que tout y passe (du maternel au paternel, du merveilleux au cauchemar, symbole lunaire, associé à la terre, symbole aussi de la guerre et de la mort...). Dans le cas de Spielberg on retiendra, outre la dimension westernienne qui caractérise la première partie du film, cet aspect conjonction des contraires que revêt le motif du cheval, réunissant des forces contradictoires, vision archétypale et en même temps chaotique du monde. Les contraires ne s'opposent pas, à l'image du cheval noir qui loin d'être un adversaire pour le cheval-titre - ce à quoi on pouvait s'attendre - se révèle au contraire un "ami" d'infortune, substitut temporaire, le temps de la guerre, du jeune maître (rappelons que le film est l'adaptation d'un roman pour la jeunesse où c'est le cheval le narrateur, cet aspect anthropomorphique du récit persistant ici à travers les réactions du cheval, conférant au film une dimension très disneyienne, toutefois plus troublante que ridicule), mais participent à l'édification (parfois édifiante) de tout un registre d'émotions, de l'émerveillement gnangnan (le regard porté au début sur le cheval encore poulain) à la peur la plus terrifiante (la vie dans les tranchées), de la douleur de la perte au bonheur des retrouvailles...
Le cheval de Spielberg porte en lui tous ces affects de la même manière qu'il accomplit toutes les tâches, demi-sang prédestiné à la course (ou à la cavalerie) qu'on transforme en bête de somme (qu'il s'agisse de labourer un champ ou de transporter un canon), une contradiction qu'il finit par surmonter dans ce qui restera la plus belle séquence du film: la folle échappée, à bride abattue (sans charge ni cavalier), qui voit le cheval traverser les lignes, emportant tout sur son passage, avant de s'immobiliser dans le no man's land, empêtré dans les barbelés. Bon après, la scène de cessez-le-feu où un soldat britannique et un soldat allemand sympathisent le temps de libérer le cheval et de tirer à pile ou face lequel des deux le ramènera dans son camp, célébrant ainsi le discours humaniste qui court tout au long du film (l'amour des chevaux comme symbole de ce qui peut unir des hommes même ennemis), est un peu pénible, on est là dans la confiserie spielbergienne... Plus intéressant, plus fort aussi, car n'appartenant pas au roman, est l'épisode des deux jeunes déserteurs allemands. Leur exécution au pied du moulin à vent où ils s'étaient réfugiés est peut-être la scène secrète du film. C'est filmé de loin, du haut du moulin en train de tourner, la vision de leur mort étant masquée par le passage d'une des ailes. Cet effet de cache, qu'on peut trouver facile, est aussi très spielbergien; il témoigne de la part plus intime, obscure, de l'œuvre, comme s'il y avait toujours deux Spielberg en action: le Spielberg producteur (le confiseur) et le Spielberg auteur (le fils meurtri). Si le message pacifiste et les bons sentiments appartiennent manifestement au premier (à travers le destin miraculeux d'un cheval), l'exécution des deux jeunes soldats par leur propre armée renvoie au second. C'est que le conflit du film est autant intra-générationnel (la guerre) qu'inter-générationnel (la relation père/fils). Cheval de guerre c'est aussi, au final, le lien renoué (via le fanion) entre un père défaillant, ancien héros de la guerre des Boers, et son fils, revenu de la Grande guerre, le lien passant non par un quelconque éloge du courage, mais par la reconnaissance des mêmes blessures...

vendredi 24 février 2012

Godard par Moullet




Jean-Luc selon Luc de Luc Moullet (2006). [via cartaxomat]

Quand Luc reluque Jean-Luc.

Un petit film tourné en une matinée dans mon appartement, et monté en quatre heures. Comme il y avait une exposition Godard, avec rétrospective, à Beaubourg, on m’a alors demandé de faire une vidéo sur lui. Je suis parti de la célèbre séquence des Carabiniers (dont mon frère était l’un des deux protagonistes), où nos deux "héros" alignent toutes les merveilles et richesses de la terre, réduites en cartes postales, révélant ainsi la vanité de la possession et de la vie humaine. Réponse du berger à la bergère, j’ai donc essayé d’identifier quelques traits caractéristiques de l’œuvre godardienne à l’aide de cartes postales.
Il s’agit d’une œuvre multiforme d’une centaine d’heures. Et, bien sûr, en cinq minutes, je ne pouvais inclure que très peu de choses. Je regrette d’avoir perdu du temps utile avec des éléments futiles, tels l’amour de Godard pour les cigarettes Boyard. J’aurais mieux fait d’insister sur la création d’une ambiance chromatique et plastique identique, perceptible dans les trois derniers longs métrages. (Luc Moullet)

PS. Je lis en ce moment Une année studieuse d'Anne Wiazemsky... J'adore.

mercredi 22 février 2012

La pop que j'aime (3)




"Don't help me up", 4 Guys From The Future, 2011. [via Victor Stilling]

Le futur, c'était quand?

J'écoute en ce moment Under the new morning sun du groupe danois 4 Guys From The Future (4GFTF). Pour des gars du futur, leur musique est plutôt rétro, très seventies, mélange de pop psychédélique et de rock expérimental, nourrie de la scène berlinoise (Bowie et le krautrock ne sont pas loin). Pas très original donc, mais j'aime bien: Under the new morning sun - Don't help me up - Cutting your fucking heart out - I'll take you away - While the bombs fell from the bluest sky - Life is up to you - Love will again disappear - Astronomers of the heart - The world falls into a deep sleep.

Sinon je découvre tout juste Mr. M, le dernier album de Lambchop (dédié à Vic Chesnutt). A première vue (ouïe?) ça a l'air sublime, à l'image de If not I'll just die, le morceau, aux accents sinatresques, qui ouvre l'album.
The something rain des Tindersticks est très beau également. Un exemple: This fire of autumn. Et puis aussi Blues funeral de Mark Lanegan avec, entre autres, Ode to sad disco.

dimanche 19 février 2012

Go go go...

Vu Go go tales de Ferrara. Film pas beau, vulgaire, informe, ringard (imaginez le Million de Clair se passant dans un cabaret érotique de New York)... et pourtant génial. C’est que le film n’est pas qu’une suite de saynètes bringuebalantes, entre la scène, la salle et les coulisses, orchestrées par un impresario tocard (Willem Dafoe), apparemment accro au jeu (la loterie) et donc croulant sous les dettes (le personnage s’appelle Ray Ruby, référence possible à Nicholas Ray - dont Ferrara est certainement le meilleur héritier - qui était aussi un joueur compulsif, et Jack Ruby, l’assassin de l’assassin de Kennedy, qui dirigeait des boîtes de strip-tease et fricotait avec la mafia). On sait que le cinéma de Ferrara est moins un cinéma du récit qu’un cinéma des impressions, des couleurs et des textures (dixit Ferrara lui-même). Et Go go tales, qui se passe en une seule nuit, n’y déroge pas. Le vulgaire (Asia Argento et son molosse, beurk...) côtoie le grotesque (la vieille proprio hystérique qui menace de transformer le Ray Ruby's Paradise en Bed, Bath & Beyond, Matthew Modine, le frère de Ray, coiffeur branché - blond peroxydé et chihuahua dans les bras - qui ne veut plus financer la boîte), le burlesque (Bob Hoskins en "maître d'hôtel" agressif - il aboie plus que les chiens du film -, le cuisinier noir et ses hot dogs bio, les clients du début de soirée qui doivent à tout prix prendre le train de 20h38, pour ne pas alerter bobonne, au contraire des Chinois scotchés à leur siège jusqu’à la fermeture, le solarium qui prend feu, après avoir brûlé les fesses d'une des filles, parce qu'on avait remplacé un tube à UV par un tube à néon, principe même du slowburn, comme le gag des soixante touristes chinois - encore - entrant par erreur dans le cabaret puis ressortant illico, sous la conduite d'un type déguisé en crabe, publicité humaine de "Mr. Crab", le resto d'à côté où ils avaient rendez-vous, le tout sous les invectives d'Hoskins... hé hé, je rigole rien que de repenser à toutes ces scènes), voire la grosse vanne de stand-up (le pastrami et Hillary Clinton), les couleurs ont le côté criard, mais aussi miroitant, de certains Fassbinder et le film tisse à tour de bras: music-hall et comédie, un peu de Capra, un peu de Hawks, j’ai même pensé au Rivette de 36 vues… dans la dernière partie du film, magnifique, quand, comme tous les jeudis soirs après le spectacle, Ray laisse les filles, mais aussi un videur ou son propre frère, exprimer leur talent caché - du numéro d’illusionniste à celui de chien savant en passant par une tirade de Shakespeare, quelques pas de danse ou un morceau de Chopin - devant un petit parterre d’agents artistiques (ou presque), ce qui fait de ce film, faussement raté, une vraie réussite. (Amalric aurait bien fait de s'en inspirer davantage pour son film Tournée, une fausse réussite celui-là, ça nous aurait évité la partie Desplechin du film - à ce propos, on notera avec amusement que si Amalric évoque Meurtre d'un bookmaker chinois de Cassavetes comme source d'influence, notamment pour les scènes qui se passent en coulisses, Ferrara lui récuse tout rapport entre son film et celui de Cassavetes.)
Bref, Go go tales c'est du meilleur Ferrara, car plus léger (le monde n'y est plus l'enfer), avec son happy end qui, comme toujours chez lui, n'en est pas un: des 18 millions gagnés à la loterie (Ray avait multiplié ses chances en achetant un maximum de tickets, détournant ainsi l'argent du loyer et la paie des filles), il ne restera plus rien, une fois partagé la somme avec les autres gagnants, payé les impôts et remboursé les dettes, plus rien sauf la possibilité de jouer à nouveau, en repartant financièrement de zéro. Jouer, c'est-à-dire assurer le show par tous les moyens. On peut, à l'instar de Nicole Brenez, la spécialiste de Ferrara en France (cf. sa "critique" du film dans les Cahiers, en fait une présentation érudite, la critique proprement dite occupant à peine 1/3 du texte), voir le Paradise comme une sorte d'enclave perdue dans le New York d'aujourd'hui, celui aseptisé et respectable de l'ère Giuliani; on peut aussi y voir la métaphore non pas du cinéma de Ferrara, mais de sa manière de filmer, où se mêlent plaisir, celui de tourner, et angoisse, quant à la concrétisation finale du projet. Ce qui circule dans Go go tales, c'est, au-delà de l'argent, du désir qui anime chaque personnage, s'insinuant dans tous les espaces du film, faisant communiquer - via les écrans de vidéosurveillance - le bureau de Ray avec la salle de spectacle et le vestiaire des filles, un flux (énergétique forcément) plus souterrain, plus intime, celui de l'inventivité créatrice, toujours stimulée, mais aussi toujours menacée (souvent faute d'argent, parfois faute d'inspiration...). Ce mélange de rage jubilatoire et de profonde inquiétude n'est pas sans évoquer The cavern d'Ulmer, autre film de huis-clos, tourné lui aussi en Italie (mais peut-être pas à Cinecittà), les efforts déployés par les personnages pour sortir de la caverne étant, comme ceux de Ray Ruby pour empêcher son cabaret de fermer, le reflet exact des difficultés rencontrées par chacun des cinéastes pour aller au bout de leur film.
Le jeu est donc bien le moteur de Go go tales. Il y a même quelque chose de winnicottien dans la façon dont Ferrara oppose game (le jeu de loterie) et playing (le spectacle de cabaret). Opposition d'autant plus subtile que Ferrara ne donne pas du premier une image négative, voire mortifère, comparé à l'expérience vitale que représenterait le second, ce pourquoi la vie mérite d'être vécue pour Ray, mais au contraire une image presque salutaire, permettant de mieux supporter l'épreuve du playing, l'angoisse qui justement accompagne cette jouissance à produire du show. Le monologue final de Dafoe, se justifiant auprès des autres, ne dit pas autre chose. Au-delà de l'aveu, quant à son besoin irrépressible de jouer et, plus encore, d'être toujours dans la dette (soit le côté obsessionnel du personnage), c'est la vérité du player qu'on entend (quel que soit son domaine, quel que soit son niveau, le film ne hiérarchise pas, l'essentiel est de jouer). Et c'est bouleversant.

jeudi 9 février 2012

Laurent Perrin


Scopitone de Laurent Perrin (1981).

"...Tant filmer, c’est quelquefois sortir de sa tanière, s’avancer aveuglé dans un monde terrifiant, se forcer à ouvrir les yeux, capter de fulgurantes beautés, puis retourner se terrer - le cinéma comme danger désiré." (Axelle Ropert à propos de Laurent Perrin)

mercredi 8 février 2012

[...]

Grosse mauvaise humeur en ce moment. Et pour le coup retour du blablablog.

OK, Contador c'est pas le concombre espagnol. Cette histoire de steak contaminé au clenbutérol lors du Tour de France 2010, ça tenait pas la route, d'autant que depuis l'affaire Puerto en 2006, et ses victoires dans le Tour en 2007 et 2009, de sérieux doutes pesaient sur le Pistolero. Mais là quand même, 18 mois pour conclure au dopage c'est n'importe quoi... Soit on dispose de preuves suffisantes dès le début et on disqualifie le coureur, soit ce n'est pas le cas et, tant pis, on considère le résultat comme acquis... Demander l'arbitrage d'un tribunal, fut-il compétent, ça n’a aucun sens vu la lenteur de la procédure, avec ces multiples renvois et autres possibilités d’appel (je ne parle même pas des vices de forme) - sans compter non plus l'aberration qui consiste à laisser participer le coureur à d'autres épreuves, le temps que le jugement soit rendu, pour ensuite le condamner rétroactivement et annuler ses éventuelles victoires.

J'ai découpé la dernière couverture des Cahiers (signée Julia Hastings bien sûr) pour qu'Alex, 7 ans, s'amuse à la recopier et y mette des couleurs. Non pas pour l'initier avant l'heure au culte spielbergien mais parce que, question dessin, c'est de son niveau...

Quand j’entends le type du SNPL justifier la grève des pilotes d’Air France, une des compagnies les plus chères d'Europe, parce que pour lui le projet du gouvernement d'imposer un service minimum est une atteinte au droit de grève, quand je vois l’Assemblée nationale se transformer en forum internet, avec tous ces pantins de l’"UMPS" gesticulant autour de la énième provocation de Guéant (1): d'un côté, l’opposition qui tombe dans le panneau, laissant Letchimy, le député autonomiste martiniquais, jouer le rôle du troll pour que la polémique atteigne son point de Godwin (2), et de l'autre, le gouvernement qui n'attendait que ça pour quitter l'hémicycle en guise de protestation... qu’est-ce que je me dis? Eh bien que le 6 mai prochain, au lieu de m’emmerder à aller voter, je ferais mieux de partir en voyage... où? n’importe où... sur EasyJet.

(1) "Contrairement à ce que dit l'idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas... celles qui défendent l'humanité nous paraissent plus avancées que celles qui la nient... celles qui défendent la liberté, l'égalité et la fraternité, nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique".

(2) "Mais vous Monsieur Guéant, vous privilégiez l'ombre... vous nous ramenez jour après jour à ces idéologies européennes qui ont donné naissance aux camps de concentration, au bout du long chapelet esclavagiste et colonial... Monsieur Guéant, le régime nazi si soucieux de purification, était-ce une civilisation? La barbarie de l’esclavage et de la colonisation, était-ce une mission civilisatrice?"

dimanche 5 février 2012

The Newbeats




"Run baby run (Back into my arms)", The Newbeats, 1965. Ah la voix de fausset de Larry Henley! [à visionner sur YouTube]

On entend la chanson dans la scène de danse de The ward, scène marquant le vrai début du film: Amber Heard, qui vient d'enfiler son jeans Marilyn taille haute qu'elle ne quittera plus jusqu'à la fin, rejoint les autres filles dans le parc puis la salle de détente. Là, une d'entre elles choisit un disque, celui des Newbeats donc, qu'elle met sur la platine, et c'est parti: toutes les filles se mettent à danser sous le regard amusé d'Amber. Run baby run... c'est aussi le programme du film.

NB. Les deux appareils de la vidéo sont des VU-mètres. A ne pas confondre avec l'ampèremètre qu'on voit dans le film de Carpenter (hé hé).

samedi 4 février 2012

[...]

Sport de filles.

Vu The ward de John Carpenter. Bon évidemment ce n’est pas du très grand Carpenter. Film d’horreur old school par un réalisateur old school, c’est lui-même qui le dit, The ward semble (de prime abord) se contenter de recycler les bonnes vieilles recettes du genre. Des jeunes filles enfermées dans un asile psychiatrique disparaissent, victimes d’un ghost meurtrier... (je ne dirai rien de plus, suspense oblige). Des filles disparaissent, donc, pour paraphraser le titre français du film de Sirk (Lured) avec lequel The ward n’a strictement aucun rapport, pas plus qu’il n’en a vraiment avec le diaphane, envoûtant et zamfirien Pique-nique à Hanging Rock de Peter Weir, ou le sexy, tapageur, mi-manga mi-videogame, Sucker punch de Zack Snyder... sauf qu’on est, là aussi, dans un girly film, avec des filles qui se volatilisent ou qu'on trucide, mais ici c'est plus resserré car centré sur un seul personnage (et pour cause, ah non... j’ai dit que je ne dirais rien), la sublime Amber Heard, véritable pôle attractif du film (on n’a d’yeux que pour elle), à la blondeur deneuvienne (la Deneuve de Répulsion, of course). Bon, on se calme...
Donc ce n'est pas du grand Carpenter. Mais, comme dirait l'autre, un Carpenter même mineur c'est toujours ça. Et puis attention, le cinéma de Carpenter c'est fait pour le grand écran. A quoi ça rime de sortir The ward uniquement en DVD (c'est comme pour le Giallo d'Argento), un film en Cinémascope, jouant justement sur l'effet de contraste entre l'unicité du lieu (le ward en question) dont on ne peut s'échapper et la largeur du cadre (c'est filmé avec le grand angle) permettant à Carpenter ses habituels mouvements de caméra, tout en apesanteur. Quand j'entends certains dire que le film est en roue libre, que Carpenter ne s'y est manifestement pas intéressé (tu parles, après dix ans d'attente!) et avancer comme argument qu'il n'a pas participé au scénario, pire, qu'il n'a même pas composé la musique (et alors, ça prouve quoi?, son plus beau film Starman, il n'en est ni le scénariste ni le compositeur)... Il apparaît surtout que Carpenter n'a plus les coudées franches, et c'est ça qu'on peut regretter, l'empêchant de faire de The ward une œuvre plus personnelle.
Il n'en reste pas moins que, au-delà du formatage imposé et des grosses ficelles scénaristiques, le film est d'une très belle tenue, non seulement esthétique mais aussi dans la manière dont Carpenter "investit" l'espace de l'asile, à l'instar de l'Hôpital et ses fantômes de von Trier, personnage à part entière, de sorte qu'on peut voir le film comme le désir d'un cinéaste d'enfermer une créature de rêve (Amber Heard) dans un univers de cauchemar et lui dire: "vas-y ma belle, maintenant essaie d'en sortir, je te regarde!" - dans le fond The ward c'est un peu la version horrifique de De l'autre côté du miroir qui voit Alice (prénom important dans le film... non non, je ne dis rien) courir de plus en plus vite mais restant toujours sur place - car bien sûr il y a un mouvement dans le film, s'accélérant progressivement selon un crescendo qui est propre au genre mais que Carpenter maîtrise mieux que personne - il est là finalement son côté musicien (et puisque le film se passe dans les sixties, on peut dire que, question rythme, c'est à rapprocher du "White rabbit" de Jefferson Airplane - toujours Alice... hé hé) - au point que, non décidément, The ward n'est pas cette petite chose que tout le monde s'obstine à voir...

vendredi 3 février 2012

1967









Play Time de Jacques Tati (1967).

Et d'abord mes "grands films" de jeunesse: Accident de Joseph Losey, le Bal des vampires (The fairless vampire killers) de Roman Polanski, Belle de jour de Luis Buñuel, Bonnie and Clyde d'Arthur Penn, la Chine est proche de Marco Bellochio, De sang-froid de Richard Brooks, Mouchette de Robert Bresson, Œdipe roi et la Terre vue de la lune de Pier Paolo Pasolini, le Point de non-retour (Point Blank) de John Boorman, Reflets dans un œil d’or de John Huston, Rouges et Blancs de Miklós Jancsó, le Samouraï de Jean-Pierre Melville... 
Puis ceux, plus personnels, que j'ai découverts tardivement: la Chasse au lion à l'arc de Jean Rouch, 2 ou 3 trois choses que je sais d'elle et la Chinoise de Jean-Luc Godard, la Collectionneuse d'Eric Rohmer, le Départ de Jerzy Skolimowski, Eté japonais: double suicide de Nagisa Oshima, Nuages épars de Mikio Naruse, Voyage à deux (Two for the road) de Stanley Donen (sinon jamais vu Bedazzled)... Jamais vu non plus Que vienne la nuit (Hurry sundown) d'Otto Preminger.

1967, c'est aussi la mort d'Antonio Focas Flavio Angelo Ducas Comneno De Curtis di Bisanzio Gagliardi, plus connu sous le nom de Totò. Quelques extraits  et  - en prime la version intégrale du très beau Che cosa sono le nuvole? de Pier Paolo Pasolini. 

A noter dans les courts-métrages d'animation le délicieux The bear that wasn't de Chuck Jones et Maurice Noble.

1967, c'est encore la première grande marée noire, qui inspirera à Gainsbourg sa chanson Torrey Canyon, la Guerre des six jours, la mort de Che Guevara... 
Mais 1967 c'est surtout le "Summer of love", sommet de la contre-culture hippie qui prit naissance dans le quartier de Haight-Ashbury à San Francisco et dont le point d'orgue fut le festival pop de Monterey, suivi par plus de deux cent mille personnes et où se produisirent, entre autres, Scott McKenzie ("If you're going to San Francisco..."), The Mamas & The Papas, Canned Heat, Simon and Garfunkel, Jefferson Airplane, Big Brother & The Holding Company, Janis Joplin, Eric Burdon & The Animals, The Who, Country Joe & The Fish, Otis Redding, Jimi Hendrix, Ravi Shankar... Voir le film Monterey pop de D.A. Pennebaker (sorti en 1968): 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9.

Pour ce qui est des séries télé, 1967 c'est le début des Envahisseurs (The invaders, Larry Cohen), de L'Homme de fer (Ironside, Collier Young), de Mannix (Bruce Geller, Richard Levinson et William Link)...

Côté albums, il y a bien sûr: Absolutely free de The Mothers of Invention, Are you experienced du Jimi Hendrix Experience, Buffalo Springfield again du Buffalo Springfield, Emotions des Pretty Things, The Greatful Dead du Grateful Dead, I never loved a man (The way I love you) d'Aretha Franklin, Magical mystery tour des Beatles, Mr. Fantasy de Traffic, Nefertiti de Miles Davis, The Piper at the gates of dawn de Pink Floyd, Strange days des Doors, Surrealistic pillow de Jefferson Airplane, The Velvet Underground & Nico de The Velvet Underground, Younger than yesterday de Byrds... et pour les livres: Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez, Lettrines de Julien Gracq, La Société du spectacle de Guy Debord... C'est aussi La Ballade de la mer salée d'Hugo Pratt (première histoire de la série Corto Maltese).

Reste mon Top 12 (7 albums, 4 films et 1 bouquin), par ordre alphabétique:

- Les Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy
- Disraeli gears, Cream
- The Doors, The Doors
- Forever changes, Love
- Groovin', The Young Rascals
- Jerry la grande gueule (The big mouth) de Jerry Lewis
- Play Time de Jacques Tati
- Sgt. Pepper's lonely hearts club band, The Beatles
- Something else, The Kinks
- Un homme qui dort, Georges Perec
- Walk away Renée/Pretty ballerina, The Left Banke
- Week-end de Jean-Luc Godard

"Dans une bassine de matière plastique rose, tu mets à tremper trois paires de chaussettes." (Georges Perec, Un homme qui dort)

Bonus TV:
- Le dinosaure et le bébé, dialogue en huit parties entre Fritz Lang et Jean-Luc Godard d'André S. Labarthe (Cinéastes de notre temps)
- Les débuts officiels de la télévision en couleurs en France (à mourir de rire)
- Magical mystery tour avec les Beatles, diffusé le 26 décembre 1967 (en noir et blanc!) sur la BBC.

Jukebox 1967 à venir...

[1967 se poursuit dans les commentaires avec l'Evaporation de l'homme d'Imamura, la Créature invisible (The sorcerers) de Michael Reeves, Titicut follies de Wiseman, Guêpier pour trois abeilles (The honey pot) de Mankiewicz, Jeu de massacre de Jessua, Charlie Bubbles de Finney, Peter Gunn, détective spécial d'Edwards, les Douze salopards d'Aldrich, la Comtesse de Hong Kong de Chaplin, des Lucky Luke, L'Affaire du collier de E.P. Jacobs, Chuka de Gordon Douglas, Sept secondes en enfer (Hour of the gun) de John Sturges, Haut les mains! de Skolimowski, Terre en transe de Glauber Rocha, Marie pour mémoire de Garrel, Peppermint frappé de Saura, Marie et le curé de Medveczky, Frankenstein créa la femme de Fisher, The trip et l'Affaire Al Capone (The St. Valentine's day massacre) de Corman, des westerns italiens dont Tire encore si tu peux (Se sei vivo spara) de Questi, les Anges violés de Wakamatsu, les Monstres de l'espace (Quatermass and the pit) de Roy Ward Baker, Tu imagines Robinson de Pollet, Chaque soir à neuf heures (Our mother's house) de Clayton, In the country de Kramer, la Marque du tueur de Suzuki, The nude restaurant de Warhol, les Comtes Pocci de Syberberg, Wavelenght de Snow...]