mardi 31 janvier 2012

N'importe quoi (3)

La fille au foulard vert (ou les caprices de Marina).

Sport de filles de Patricia Mazuy est dédié "à Lee Marvin et Budd Boetticher pour leur foulard...", référence à Sept hommes à abattre dans lequel Marvin arbore un superbe foulard vert. De Boetticher, Mazuy emprunte, outre le foulard, l'entêtement du héros, s'obstinant à atteindre quoi qu'il arrive le but qu'il s'est fixé. A propos de Boetticher, Michel Delahaye écrivait: "C'est un primitif qui donne tête baissée dans l'aventureuse nature des choses." De fait, Gracieuse (un nom de jument), la jeune fille butée et revêche que campe Marina Hands dans le film, tient à la fois du héros boettichérien et de Boetticher lui-même. Voilà pour le côté western du film (hein? ah oui, il y a aussi les chevaux). Mais c'est pas ça qui m'intéresse. Le western chez Mazuy on connaît, pensons à Peaux de vaches. Et les chevaux aussi, pensons à Basse Normandie. Les coulisses du monde équestre, surtout celui, très aristocratique, du dressage, très bien (la représentation qu'en donne Mazuy est plutôt réussie), mais ça c'est le décor, le fonds naturaliste du film, le plus dur c'est d'y inscrire des personnages, de les faire exister, se rencontrer, etc. Et là ça devient magnifique. Sport de filles est une comédie (westernienne si l'on veut), une vraie, avec ce que cela suppose de drôlerie et d'émotions (bah oui) mais aussi de force politique: guerre sociale (l'ouvrière dans un monde d'aristos) et guerre des sexes (un homme entre trois femmes, voire quatre). Simon Reggiani, qui a écrit le scénario, parle du film comme d'une version équestre, épique et sociale (hippique, épique et colégram...) de la Règle du jeu et c'est vrai qu'il y a ici du Renoir dans les rapports entre les personnages, le film relevant ainsi de deux traditions qui a priori s'opposent: le cinéma français classique, dominé par les rapports sociaux et de sexe (la jeune fille et l'homme d'âge mur, la femme castratrice qui tient les rênes ou celle qui soumet l'homme à son désir...) et le cinéma américain caractérisé par son efficacité narrative (c'est le cas du film de série B qui va droit à l'essentiel, mais aussi de la comédie hollywoodienne: Skorecki a raison de citer Hawks, via son film Man's favorite sport, non seulement à cause du titre, l'équitation c'est le sport favori de la femme, celle-ci préférant de loin le manège à la pêche, mais surtout parce que c'est le seul sport dans lequel elle rivalise avec l'homme, le dominant même très souvent - et puis on sait l'importance de la question du genre chez Hawks). Sport de filles concilie les deux avec une aisance stupéfiante, par le rythme que Mazuy impose au film (aidée en cela par la partition de John Cale), un rythme qu'on pourrait comparer - c'est trop tentant - aux différentes allures et figures qu'un cavalier impose à son cheval: trot sur place, au départ, au risque de faire "piaffer" d'impatience le spectateur, quelques demi-voltes dans la forêt et puis la belle diagonale que constitue l'échappée allemande, avant la pirouette finale, le retour chez le père... et un dernier plan au galop. OK c'est pour rire. Sinon quel est le moteur du film? Je dirais: le caprice, celui qui touche au vouloir féminin (la Règle du jeu était à l'origine une adaptation des Caprices de Marianne), représenté ici par toutes les femmes du film, pliant Ganz, l'ancienne gloire du dressage, à leur propre caprice: le business (Balasko la concubine, propriétaire du haras), la compétition (la belle-fille cavalière), le sexe (l'amante américaine qui en fait est anglaise), jusqu'à ce qu'il envoie tout promener pour céder à un autre caprice, encore plus terrible, celui de Gracieuse, la rebelle un peu mélenchoniste sur les bords (elle traite tout le monde de larbin ou de planche pourrie), surtout le caprice incarné (ainsi le voyage à Francfort) - elle aurait dû s'appeler Capricieuse -, celle qui n'en fait qu'à sa tête, sachant qu'elle n'a qu'une idée en tête: avoir son propre cheval, un cheval qu'elle puisse dresser. C'est que le caprice, comme les meilleures comédies, est imprévisible, invraisemblable, insaisissable...

samedi 28 janvier 2012

Rover












Timothée Regnier vous connaissez? Membre de The New Government, avec Jérémie Regnier, son frère, et Zeid Hamdan, un groupe de punk rock (cf. l'excellent Sister Klaus) qui se partageait entre Beyrouth et Paris, et de Haussmann Tree, né après son expulsion du Liban (pour un problème de visa), groupe plus pop composé des deux seuls frères, il est aussi l'auteur d'un projet solo nommé Rover, en hommage à la défunte marque automobile anglaise (surtout la 3500 V8!). En octobre 2011 sortait un EP de 4 titres parmi lesquels le magnifique Aqualast, chanson inspirée par la lettre d'un jeune poilu, à la fin de la guerre, décidé à traverser le pays pour rentrer chez lui et retrouver sa femme - parcours inverse de celui de la France de Serge Bozon -, qui musicalement évoque à la fois Michael Stipe (R.E.M.) et Brian Wilson. Le premier album est prévu fin février. J'en reparlerai.

PS. A La Loge ce soir (hum... c'est dans une heure), on pourra écouter Haussmann Tree, sur des textes du poète libanais Tarek Joseph Chemaly, et Athanase Granson (dont le premier album sort bientôt aussi), accompagné par Like Billy-ho.

vendredi 27 janvier 2012

Millénium... hum

Vu The girl with the dragon tatoo de David Fincher. Le film est moins l’adaptation du premier volet de la trilogie Millénium que le remake hollywoodien du film suédois sorti il y a trois ans. Le titre anglais est d’ailleurs le même. Le scénario aussi. La composante politico-historique du roman (le monde de la presse et celui de la grande industrie en Suède) y est largement réduite, les deux films se concentrant sur l'intrigue policière, une histoire de serial killer sur fond d'inceste et de nazisme, un truc complètement tordu et plutôt grotesque. Avant d'aller plus loin une remarque: de la trilogie de Stieg Larsson je n'avais lu que le premier tome justement, et plus par curiosité que par réelle envie. Il faut dire que dans les années 2006-2007 j'ai connu autour de moi une véritable millenniumania: beaucoup d'amis, surtout des filles, étaient devenus totalement accros aux aventures du couple Blomkvist/Salander (exactement comme Florence Aubenas: ) - et si je n'ai pas lu les deux autres tomes, ce n'est pas par désintérêt mais parce que j'ai un mal fou à me replonger dans une histoire une fois que j'en suis sorti (c'est pour ça d'ailleurs que je n'arrive pas à suivre les séries américaines).
Bon je reprends. Ce qui faisait la réussite des Hommes qui n'aimaient pas les femmes (titre complètement crétin, on croit avoir affaire à une histoire de pédés) c'est justement l'ancrage de l'intrigue dans la réalité suédoise, à travers notamment le personnage de Wennerström (l'industriel pourri), présent tout au long du récit et non comme ici, juste au début et à la fin. Toute la force du roman était là, dans ce rapport entre fiction vénéneuse et réalité trouble, Stieg Larsson étant connu pour son engagement politique, en particulier contre l'extrême-droite (le personnage de Blomkvist c'est lui évidemment). Pour le coup, question scénario, le film de Fincher, vidé de cette partie "documentaire" du roman, apparaît comme un vulgaire thriller dopé aux hormones. C'est d'ailleurs le problème avec Fincher. Si ses deux meilleurs films restent à ce jour Zodiac et The social network, il le doit beaucoup, pour le premier, au roman de Graysmith, pour le second, à Aaron Sorkin, peut-être le meilleur scénariste américain actuel. Fincher est un cinéaste-caméléon: la mise en scène chez lui épouse les formes du scénario (cf. l'ignoble Se7en écrit par je ne sais plus qui, le même en tous les cas qui a écrit 8mm de Schumacher). Or c'est quoi Millénium? Un roman à la base complètement finchérien qui croise Se7en (les meurtres à connotation biblique), Zodiac (l'enquête par un journaliste d'investigation) et The social network (le génie informatique, via l'aide apportée par une jeune hackeuse déjantée). Soit un mélange d'horreur visqueuse, de complexité et de vitesse.
Reste à trouver le bon dosage... Et c'est là où le film se fourvoie. Délesté de sa dimension politique et historique, voire de ce qu'on pourrait appeler la "suéditude" du roman, le film perd beaucoup de sa complexité, celle-ci se résumant au sac de nœuds familial que représente le passé des Vanger, intrigue pour le coup sans intérêt. On n'est pas chez Bergman ni même Vinterberg. The girl with the dragon tatoo se trouve ainsi partagé entre deux motifs, celui trop épais, gras, poisseux (à l'image du générique, franchement hideux, qui ouvre le film) de l'énigme et ce qui tourne autour (meurtres, viols, tortures... autant de cérémonials pervers) et celui plus transparent, fluide, hâtif, que constitue l'enquête proprement dite, une fois intégré le personnage de Salander. Le film aurait gagné à privilégier le second au premier. Et c'est un peu à quoi il s'engage, passant progressivement du Ghost writer empâté à du faux De Palma (je pense moins à Blow out citant Blow up dans une version Photoshop, ou au switch brune/blonde du finale, qu'à la scène de l'escalator dans le métro et son timing millimétré). Hélas, dès qu'il gagne en vitesse, le rythme du film se trouve invariablement ralenti par les rebondissements lourdingues et passablement sordides du scénario, de sorte que ça ne décolle jamais complètement. Un rythme binaire, très eighties, où manque ce troisième terme qui conférerait à The girl with the dragon tatoo une vraie complexité, celle qui permettrait d'alléger la partie grasse du film et de donner plus de corps à la partie gracile, et d'assurer ainsi la rencontre (en termes de mise en scène) entre Blomkvist et Salander. Car tel qu'il apparaît, le dernier Fincher c'est quand même beaucoup de poudre aux yeux.
Reste Lisbeth Salander... Comme dans la première adaptation, où elle était interprétée par Noomi Rapace, c'est la seule réussite du film. Plus que Blomkvist, c'est elle le personnage central (le titre original le rappelle), dynamisant le récit, l'infléchissant même. Version noire, punk (plus que pink), gothic (et non plus geek), du Zuckerberg de Social network - film dans lequel Rooney Mara incarnait celle contre qui était dirigé Facebook à l'origine - elle justifie à elle seule, à travers l'évolution du personnage découvrant peu à peu sa féminité, d'aller voir le film, et même, de façon plus perfide, les suivants...

PS. Je découvre la BO The girl with the dragon tatoo de Trent Reznor et Atticus Ross. L'album rend compte, beaucoup mieux que le film lui-même, de l'univers froid et angoissant du roman (je ne parle pas de l'ouverture archimédiatisée, la reprise d'"Immigrant song" de Lep Zeppelin). Au point que je me demande si la plus belle expérience du moment ne serait pas de lire (ou relire) Millénium 1 avec l'album, qui dure près de trois heures (!), en fond sonore.

mardi 24 janvier 2012

N'importe quoi (2)

Suite des notes:

Le théâtre d'Edgar.

Vu J. Edgar de Clint Eastwood. Bon, on le sait, Hoover était un parfait salaud. Eastwood, lui, n'est pas un très grand cinéaste. Or si on veut faire un film sur un salaud il faut en avoir les moyens, artistiquement parlant. Si ce n'est pas le cas, mieux vaut ne pas s'attarder sur l'aspect dégueulasse du personnage, sous peine de tomber soit dans la caricature facile, à trop forcer le trait, soit dans l'équivoque suspecte, à trop rester en retrait. Plutôt privilégier sa part méconnue, intime, au risque de le réduire, comme ici, à un pauvre petit garçon dyslalique, victime d'une mère possessive et qui toute sa vie s'est rêvé en héros (celui qui arrête Dillinger ou l'assassin du petit Lindbergh). Donc bye-bye Hoover - qui passe au second plan -, sa tronche de bouledogue, sa grosse paranoïa et toutes les saloperies qu'il a faites (rapport à son anticommunisme viscéral, à sa haine des Kennedy aussi, même si les preuves manquent, son génie est là: avoir réussi à effacer ses propres traces en même temps qu'il collectionnait, via un système de fichage de plus en plus élaboré, celles que laissaient les autres, surtout les politiques, dès qu'ils devenaient un tant soit peu influents). Et bonjour Edgar - qui passe au premier plan -, sa gueule d'ange dicapriesque, ses bonnes manières et cet étonnant trio qu'il constitua jusqu'à sa mort avec sa secrétaire particulière, la dévouée Helen Gandy, et son adjoint au FBI, le distingué Clyde Tolson, les deux hommes vivant un véritable amour (platonique? en tous les cas qualifié pudiquement de "fraternel").
Bon, ça ne fait pas de J. Edgar un grand film pour autant, Eastwood n'est pas Hawks ni même Welles, mais si on fait abstraction de l'épuisante gymnastique que nous impose, surtout au début, le réalisateur pour passer d'une époque à l'autre, l'horrible transformation qu'il fait subir à ses acteurs pour les vieillir (la palme à ce pauvre Armie Hammer/Clyde transformé en concombre gélifié), l'indigeste dernière partie, sa part mélodramatique et l'immuable petite musique (signée Eastwood comme d'habitude) qui l'accompagne, oui je sais ça commence à faire beaucoup, eh bien on peut trouver fascinant le spectacle de ce trio fédéral (au fait, ils n'étaient que trois au FBI?), surtout le couple Hoover/Tolson, "Johnny and Clyde" disait Truman Capote, ce qu'on pourrait appeler le théâtre d'Edgar, avec ses petits secrets touchant à la sexualité de chacun - de la honte d'Edgar à la frustration de Clyde en passant par la chasteté d'Helen -, nous valant quelques jolies scènes (celle des archives avec Helen, celle de l'entretien d'embauche avec Clyde...), traitées avec pudeur diront les pro-Eastwood, de manière pudibonde diront les anti..., moi je dirais avec cette distance qui caractérise le "libertarien", prônant le respect absolu de la vie privée, quelle qu'elle soit, j'en ai déjà parlé je ne sais plus à quel propos, ce qui évidemment, sur le plan de la mise en scène, peut s'apparenter à une absence totale de point de vue (du genre "ça ne me regarde pas").
D'où la question: qu'est-ce qui a véritablement intéressé Eastwood dans cette histoire? Difficile à dire. Osons une hypothèse. Et si le film était tout simplement la version "propre" de Dirty Harry, une sorte de "Smart Edgar", visant à retourner l'interprétation habituelle que certains font des films d'action américains (exemplairement la série des Harry) comme étant l'expression, à travers la violence, le peu de morale et la mort qu'il y règne, d'une véritable peur de la sexualité, surtout de l'amour hétérosexuel. Et de voir ainsi dans le personnage d'Edgar l'équivalent d'un Harry mais qui, loin de faire le sale boulot sur le terrain, serait resté toute sa vie à l'écart - sauf pour faire la pub du FBI -, derrière son "Bureau", les mains toujours "propres", fuyant, dans cette quête éperdue d'héroïsme comme dans son obsession toute puritaine du fichage, sa propre sexualité, autrement dit son homosexualité, ici non plus latente mais bien réelle...

PS. Histoire de ne pas paraître trop disgracieux, j’ajouterai, même si ce n’est qu’un détail, que j’ai bien aimé la correspondance finale entre l’amour de Hoover pour Tolson et celui d’Eleanor Roosevelt (la femme du président) pour Lorena Hickok, à travers la lettre écrite par la première à la seconde (et récupérée comme il se doit par Hoover): "...Most clearly I remember your eyes, with a kind of teasing smile in them, and the feeling of that soft spot just northeast of the corner of your mouth against my lips." Moins parce qu’elle renvoie à la scène - russellienne et archiconvenue, donc ratée - où Tolson et Hoover se battent, le premier embrassant de force le second, que parce qu’elle évoque Armie Hammer lui-même (à qui Eastwood devait bien ça, vu le traitement infligé), son regard malicieux et surtout son petit sourire en coin, côté nord-est justement.

vendredi 20 janvier 2012

N'importe quoi

Quelques notes (inachevées):

The straight story. [attention spoiler!, comme on dit]

J’aime beaucoup Take shelter de Jeff Nichols, mais j’ajoute aussitôt: comme tout le monde (ou presque), c'est là ma réserve. Non pas que je n’aime pas aimer les mêmes films que les autres, mon snobisme a des limites, mais parce que je trouve cette unanimité autour du film très troublante. Take shelter est-il si extraordinaire pour qu’il soit ainsi plébiscité par toute la critique, des Cahiers à Positif, des Inrocks à Télérama, de Libé au Monde, de Chronic’art à Critikat...? Bon, c’est vrai, il y a une tendance aujourd’hui à l’uniformisation du goût (on pourrait analyser le film à l'aune de la théorie de la réception selon Jauss et son concept d'horizon d'attente...), mais dans le cas de Take shelter le consensus est si général que je me demande si le film n'est pas aussi extrêmement roublard (donc très efficace, autrement dit bluffant), fabriqué pour satisfaire le plus grand nombre. Ce qui me fait dire ça c’est son finale dédoublé, genre interactif: pour une fin "beau fixe", tapez 1 (le héros n’était que fou), pour une fin "apocalypse", tapez 2 (il avait bien pressenti la catastrophe)..., le seul truc qui sur l’instant m’avait déplu, mais sur lequel je ne m’étais pas trop attardé dans la mesure où le rapport folie/réalité n’est pas ce qui m’a le plus intéressé dans le film...
Car il y a ça aussi: tout le monde aime le film, mais pas pour les mêmes raisons. Ni avec la même force. On compare volontiers Take shelter à The happening de Shyamalan, un film qui avait été nettement moins bien accueilli à l'époque. J'imagine qu'à Positif (au hasard... hé hé) on ne manquera de trouver le film de Nichols cent fois meilleur que celui de Shyamalan, alors que pour moi c'est le contraire: si j'aime beaucoup Take shelter, rien de comparable avec The happening, un des plus grands films de la décennie passée, je l'ai déjà dit... Ce qui me trouble finalement ce n’est pas que tout le monde aime Take shelter, moi inclus, mais que je l’aime en dépit de ses défauts. On pourrait aller plus loin: pourquoi j’aime ce film alors que j’apprécie moyennement le Cronenberg dont les qualités sont pourtant évidentes, sinon supérieures. Serais-je atteint de dysgueusie (altération du goût) qui m’empêche d’apprécier un film à sa juste valeur?
Take shelter n'est donc pas sans défauts, au niveau de la mise en scène: c’est du cinéma calibré, très photographique (on pense à Stephen Shore), et du récit, plutôt simpliste: un type en proie à des hallucinations est persuadé qu’un cataclysme va s’abattre sur la région et, pour protéger sa petite famille, construit un abri anti-tornade dans son jardin (ce qui en soi n’a rien de délirant, la majorité des Américains du Midwest - le film se passe dans l'Ohio - ont un abri anti-tornade), au grand dam de son chien, de son épouse, de son frère, de son ami et collègue de travail, de son patron, bref de tout le monde, jusqu’au jour où... Ça c’est la ligne oppressante du film, que Nichols distend volontairement en étirant la narration, de sorte qu’il ne se passe pas grand-chose, on pourrait s’ennuyer devant le spectacle behavioriste d’un mec taiseux passant son temps à creuser des trous (au boulot comme à la maison), ça pourrait même devenir déprimant, au point de se mettre à chantonner l’Ohio d’Adjani - j’suis dans un état proche de l’Ohio, j’ai le moral à zéro... - sauf que là, non, je ne me suis pas ennuyé...
Pourquoi? Parce que le film entrecroise d'autres lignes, des petites lignes annexes, au regard du gros tuyau apocalyptique (que la catastrophe soit extérieure ou intérieure), mais suffisamment développées pour qu'on s'y accroche. D'abord le type a conscience de sa psychose - maman en est atteinte - et la manière dont il s'y oppose, maladroitement, désespérément, est assez belle même si la performance de Michael Shannon, pourtant habitué à ce genre d'exercice, n'est pas toujours convaincante; ensuite il y a la femme, Jessica Chastain, la mère aimante du dernier Malick, qui là aussi non seulement éclaire le film de son aura écarlate mais surtout le dégage de sa dimension "fin du monde" par la seule force de l'Amour - la majuscule s'impose -, l'amour et ses déclinaisons (bibliques): amour familial, amour-amitié... mais pas l'Eros (le film est totalement asexué, l'absence de désir dans la relation conjugale a quelque chose ici de terrifiant, comme une apocalypse en soi, petite apocalypse peut-être pire que la grande...); et puis le monde, décrit dans sa triste réalité, celle de l'Amérique profonde aux prises avec les difficultés économiques engendrées par la crise, menaçant le lien social (cf. la scène du repas collectif, la plus forte du film), même si on peut trouver l'image du cataclysme à venir comme métaphore de la crise et de ce qui nous attend: l'explosion du système, un peu trop appuyée...
C'est pourquoi je préfère la fin n°1, vraie fin puisque conclusion logique de la séquence souterraine (très belle): il ne s'est rien passé finalement, hors le cerveau du héros, juste une bourrasque, arrachant les lignes, électriques, téléphoniques... soit justement les petites lignes narratives qui m'avaient jusque-là passionné. La fin n°2, unhappy end, et son ciel pleuvant des gouttes d'huile: aïe - en plus ça tache...

dimanche 15 janvier 2012

[...]











attenzione, Abandonare la nave,
abandonare la nave,
abandonare la nave,
abandon ship, abandon ship, abandon ship.

(Jean-Luc Godard, Film Socialisme, 2010)

mardi 10 janvier 2012

The Left Banke




"Desirée", The Left Banke, 1967.

The Left Banke perfected its singular sound on its iconic debut single "Walk Away Renée," a Top Five hit in its original release and an enduring pop standard in the years since, and on its equally affecting follow-up "Pretty Ballerina." The subsequent album that bore the titles of both singles was an equally impressive achievement, demonstrating remarkable depth and showing the band to be much more than a mere two-hit wonder.
The Left Banke's story is liberally strewn with bad choices, missed opportunities, interpersonal acrimony and squandered potential. But the negative aspects of the band's history are far less pertinent than the fact that, in their all-too-brief existence, the Left Banke created a consistently magnificent body of work that stands with the most original, inventive and emotionally resonant pop music of its era.
The members of The Left Banke were still in their teens in 1965, when Tom Finn struck up a friendship with Steve Martin-Caro, Carmelo Esteban Martin Caro, who'd recently arrived in town from his native Spain. Finn and Martin had originally met on the street outside of Manhattan's City Squire Hotel, watching a mob of screaming girls awaiting the arrival of the Rolling Stones. They were soon joined by Finn's friend George Cameron and the Magic Plants' drummer Warren David-Schierhorst.
The budding band soon began visiting World United Recording, a modest studio at 48th Street and Broadway in Manhattan, where Finn's previous outfit the Magic Plants had recorded. There, they fell in with 16-year-old Michael Brown, a classically trained pianist and budding composer who was working at World United as an assistant and sometime session player. Brown was the son of the studio's owner Harry Lookofsky, a veteran jazz violinist who'd played on numerous sessions and recorded on his own as Hash Brown.
Since Brown had the keys to the studio, the quintet - with Martin on lead vocals, Cameron on guitar, Finn on bass, David on drums and Brown on keyboards - began convening there for late-night rehearsal sessions. Martin, Finn and Cameron quickly developed an organic vocal rapport, honing the distinctive three-part harmonies that would become a cornerstone of the Left Banke's sound. Brown's advanced musical skills increased the group's options considerably.
"I think we all knew from the beginning that we were doing something special," Finn states. "We'd sing our songs around the piano with Mike, and it really started to sound good. Then he started to write bridges for some songs that Steve and George had written. At the time, Michael and Warren were the only ones who could really play, so we gravitated towards Michael because he played piano really well and had so much musical knowledge."
Soon, Brown's father took an interest in the nascent combo and became its manager, publisher and co-producer. Lookofsky's involvement would help to advance the Left Banke's early career, but his multiple roles (not to mention his status as father of the band's main songwriter) created conflicts of interest that would soon help to splinter the lineup.
The Left Banke began cutting tracks at World United in early 1966, recording such early tunes as "I've Got Something on My Mind" and "I Haven't Got the Nerve," both of which would end up on Walk Away Renée/Pretty Ballerina. Aside from David's drumming and Brown's piano and harpsichord, the remaining instruments were played by session musicians. David was soon ousted from the band by Lookofsky after the drummer ran off to California with Brown; Lookofsky had the underage pair stopped by police at the airport and sent home.
"Walk Away Renée" (with "I Haven't Got the Nerve" as its B-side) was released as the Left Banke's debut single in July 1966 on Mercury Records' Smash subsidiary. The song, inspired by Brown's unrequited crush on Finn's girlfriend Renée Fladen, remains unmatched in its evocation of romantic longing. Its bittersweet lyrical imagery is driven home by Martin's aching, plaintive lead vocal and Finn and Cameron's heartbroken harmonies, and by John Abbott's stately, expressive arrangement, which incorporates flute, strings and Brown's harpsichord.
"It's about loving someone enough to set them free," Brown later said. "There's a certain purity to 'Walk Away Renée,' and its purity comes from the idea that a dream lives, even if it's just as a fantasy." According to Brown, Fladen was present when he first attempted to record his harpsichord part. "My hands were shaking when I tried to play, because she was right there in the control room. There was no way I could do it with her around, so I came back and did it later."
"Walk Away Renée"'s success created a demand for live performances, and the inexperienced band - with George Cameron moving from guitar to drums and new member Jeff Winfield taking over on guitar - did its best to adapt to the demands of the stage.
"Our first gig was at Our Lady of Solace church in the Bronx," Finn recalls. "Tony Sansone, who was Michael's co-writer on 'Walk Away Renée,' set it up. We took Renée with us because she looked so good, and we arrived in a limousine. When we got out of the car, the girls started screaming and the cameras started flashing, and when we played you couldn't hear us because the girls were screaming so loud. We got paid a hundred bucks for the show, and we spent $75 to rent the limousine. We were starving at the time, but that's where we were at; it was more important for us to look good and make a big splash when we arrived. You've got to remember that we were all teenagers, and we wanted to be the Beatles. But we also wanted to be as good as the Beatles."
The second Left Banke single, "Pretty Ballerina" - another Renée Fladen-inspired Michael Brown composition - lived up to the musical and emotional standards set by its predecessor. Recorded in November 1966 and released the following month, it reached the Top 15.
"Pretty Ballerina"'s instrumental track was once again played by Michael Brown and a cast of studio pros. But the single's bracing B-side, the atypical Brown/Martin-penned rocker "Lazy Day," was performed entirely by the band members. One of the few guitar-dominated songs in the Left Banke catalog, "Lazy Day" showcased the soaring fuzz guitar of Jeff Winfield, whose brief tenure in the group had already ended by the time the song was released.
The Left Banke's early success would prove to be a mixed blessing. The band members' personal disagreements were exacerbated by the pressures of touring, and by their increasing conflicts with their manager. Finn says that, after their initial hits, Lookofsky attempted to rebuild the group around Martin and Brown and fire the other members. Jeff Winfield was a victim of that purge, although Finn and Cameron were quickly asked back when Lookofsky failed to find suitable replacements. Rick Brand was hired as the band's new guitarist; it's Brand who appears on the cover of Walk Away Renée/Pretty Ballerina, although he only appears on one track, "Let Go of You Girl."
Lookofsky also dismissed co-producers Steve and Bill Jerome, whose studio skills had been crucial in the making of "Walk Away Renée" and "Pretty Ballerina." After the Jerome brothers' departure, the band would record at Mercury Records' Manhattan studio, working with less sympathetic house engineers.
The Left Banke toured extensively to promote their singles, although the players' limitations prevented them from tackling most of their technically challenging original material on stage. "Our set list had more R&B and British rock covers than Left Banke songs," Finn explains. "We were still learning our instruments. The only Left Banke songs we played were 'Walk Away Renée,' 'Pretty Ballerina' and 'She May Call You Up Tonight.' We tried to play some of the others once or twice, but they sounded terrible, so they were quickly dropped."
Although the roadwork had a positive effect on the band's instrumental chops, other factors made touring unrewarding. "They'd send us out on these badly-planned tours with terrible equipment, driving four or five hundred miles between gigs, and by the end of it we couldn't stand each other. Then we'd get home and we wouldn't get paid," Finn says.
The strain of the road weighed heaviest on the mercurial Michael Brown, who eventually opted out of the Left Banke's touring lineup; his place was filled by Emmett Lake. "Being on the road was hard for Mike," says Finn. "He had the first prototype of the Clavinet on the road, and it sounded great. But it went out of tune very easily, and that became a nightmare for him. We'd throw it in the back of a U-Haul trailer, and by the time we got to the gig it sounded horrible."
The one-two punch of the band's hits set the stage for the February 1967 release of the first Left Banke LP. In addition to both sides of their first two singles, Walk Away Renée/Pretty Ballerina includes seven more tracks cut during the previous year, including the early effort "I've Got Something on My Mind" and six more recent recordings.
Brown and Martin co-wrote "She May Call You Up Tonight," which became the album's third single, "Let Go of You Girl" (to which Cameron also contributed) and the haunting, poignant "Shadows Breaking Over My Head." The remaining three tracks - the medieval-flavored "Barterers and Their Wives," the jaunty, frenetic rocker "Evening Gown" and the country-flavored "What Do You Know," featuring a rare Michael Brown lead vocal - were co-written by Brown with band friend Tom Feher, who would continue to collaborate with various future permutations of the Left Banke. While "Lazy Day," "Let Go of You Girl" and "Shadows Breaking Over My Head" feature the entire band, the remaining tracks match Brown's keyboards with a variety of noted New York session players.
"By the time we finished the first album, the original band was really over," Finn asserts. "The trust was gone. We really needed someone to look out for us, and we never had that. But we did some good stuff."

Although it largely escaped the public's notice upon its release in November 1968, The Left Banke Too is an unsung gem that remains close to the hearts of a dedicated cadre of fans. Recorded after the departure of keyboardist/songwriter Michael Brown, the sophomore disc finds his former bandmates - frontman Steve Martin, bassist/guitarist Tom Finn and drummer George Cameron - rising to the occasion to produce music whose ambition and expressiveness matches, and in some cases surpasses, that of the band's more prominent prior work.
The Left Banke's original lineup had combusted shortly after Walk Away Renée/Pretty Ballerina's release, and the group split into two factions, with singers Martin, Finn and Cameron on one side, and Brown and his father, manager/producer Harry Lookofsky, on the other. The schism led to Brown (with help from songwriter Tom Feher, who had contributed to the first album, and singer Bert Sommer) releasing his own single, "Ivy, Ivy" b/w "And Suddenly," under the Left Banke name, and releasing it in April 1967 on the band's label, the Mercury Records subsidiary Smash. After Finn, Martin and Cameron hired lawyers and won back control of the band name, Smash withdrew support from Brown's single. But the resulting confusion over the competing Left Bankes resulted in a loss of commercial momentum from which the band would never recover.
The two factions temporarily reconciled in the spring of 1967 to record a pair of Brown/Feher compositions, "Desirée" and "In the Morning Light." Brown produced those sessions, with John Abbott (who played and arranged on the first album) as arranger and various New York session musicians playing most of the instruments.
While the appropriately sunny "In the Morning Light" wouldn't be heard until it turned up on
The Left Banke Too, the grand, orchestral "Desirée" was released as a single in June 1967 and was arguably the Left Banke's most impressive, expansive achievement to date.
"Desirée" should have been a valedictory triumph for the band, but instead the song stalled at #98 on the
Billboard pop chart. Although it became a minor hit in some regional markets, radio programmers - still leery of anything Left Banke-related in the wake of the "Ivy, Ivy" controversy - largely avoided it. The reunion with Brown ended there, and Finn, Martin and Cameron (who by then had also parted with the band's guitarist, Rick Brand) continued as the Left Banke, although it would be another year before their next release.
The next Left Banke single, recorded with producer/arranger Artie Schroeck, paired the Finn/Martin/Cameron composition "Dark Is the Bark" with the Finn-penned "My Friend Today." When it arrived in June 1968, the Four Tops' recent hit cover of "Walk Away Renée" was fresh in listeners' minds. But that didn't help "Dark Is the Bark," which failed to chart altogether - a fate that would befall all of the band's subsequent singles.
Its lackluster reception aside, the Left Banke's first effort as a threesome demonstrated them to be capable of intoxicating, mysterious songcraft that matched anything they'd done with the prior lineup. On both songs, their harmonies were augmented by the voice of Steven Tallarico, then a member of the New York band Chain Reaction (which shared management with the Left Banke) and soon to gain fame as Steven Tyler of Aerosmith.
Despite the commercial failure of "Desirée" and "Dark Is the Bark," Smash Records gave the go-ahead for a second Left Banke album, and teamed the band with producer/arranger Paul Leka, who had recently scored a hit with the Lemon Pipers' bubblegum-psych number "Green Tambourine." Leka acceded to the trio's insistence on dispensing with the session players who had dominated their previous recordings, allowing the band members to record their own instrumental tracks. Longtime collaborator Tom Feher was also brought in to play piano on the sessions and contribute to the songwriting.
"We were still pretty optimistic at that point," Finn recalls. "We'd been playing for about two years, so we'd gotten some confidence and we'd gotten a lot better on our instruments, and we were writing some good songs."
The sessions with Leka yielded six tracks, which would be included on
The Left Banke Too along with "Desirée," the as-yet-unreleased "In the Morning Light" and both sides of the "Dark Is the Bark"/"In the Morning Light" single. In addition to showing Finn, Martin and Cameron comfortably taking the creative reins, the six new songs also show the three stretching beyond their formal roles within the group. For instance, Finn sings lead vocals on his compositions "There's Gonna Be a Storm" and "Nice to See You," while Cameron steps up front on the Tom Feher-penned tunes "Goodbye Holly" and "Bryant Hotel." Meanwhile, Martin plays drums on "Goodbye Holly" and bass on "Bryant Hotel," while Finn doubles on guitar and bass on most of the songs.
"We had always intended to be a multi-lead-singer group and try different things, but we were never allowed to do that on the first album," Finn explains.
Feher plays piano on all of the Leka tracks, except for his lilting composition "Sing Little Bird Sing," on which he provides 12-string acoustic guitar. And departed member Rick Brand returns to play 5-string banjo on "Bryant Hotel."
Although
The Left Banke Too showed their creative batteries to be fully charged, it wasn't long before the group's morale was sagging. The album was lost amidst a flood of new hippie acts, and the band - which toured with Tom Feher on keyboards and new guitarist Tim Hayden - experienced a new set of frustrations with its new management team, which Finn says kept them on the road, with little financial reward and no discernable career benefit to the group.
"They had us out there milking the hits to pay their bills, and it just felt like we were getting nowhere," Finn explains. "We really started to fall apart in early '69, and then we were done."
Although the trio disbanded, Steve Martin and Michael Brown reunited in the studio shortly thereafter to record one more single, "Myrah" b/w "Pedestal," which was released under the Left Banke's name in November 1969. In 1971, Martin, Finn, Cameron and Brown came together to record Brown's songs "Love Songs in the Night" and "Two by Two." The results were released under Martin's name, both as a single and on the soundtrack LP of the little-seen film
Hot Parts, both on the Buddah label.
In the 1970s, Brown would record with Montage, Stories and the Beckies, while a 1978 Finn solo project would evolve into an abortive Left Banke reunion with Martin and Cameron; a set of demos from that project would see release in 1986, as
Strangers on a Train in the U.S. and Voices Calling in Britain. In the years since, various combinations of Left Banke members, including Brown, have periodically reunited in the studio to work on new material, but the fruits of those efforts have remained unheard by the public.Years of speculation regarding a Left Banke reunion came to an end in March 2011, when Finn and Cameron teamed with a group of New York musicians for a pair of shows in New York, marking the first Left Banke gigs in more than four decades and the first time many of the band's songs had ever been performed live. The reunion shows' rapturous reception underlines the ongoing fan interest in the Left Banke, and the fact that the songs from The Left Banke Too were as well-received as the more familiar hits demonstrates the high esteem in which this album is held by the band's admirers.
(Scott Schinder)