jeudi 8 novembre 2012

[...]

Amour m’a tuer.

Eh ben dites-moi, quelle histoire... Depuis quelques jours je reçois des messages incroyablement hostiles où j'en prends plein la gueule, tout ça pour avoir méchamment descendu les films de Resnais et d’Haneke. Restons sur Amour car c’est avec ce film que les réactions sont les plus violentes. Je ne parle pas des commentaires publiés - si je les publie c’est qu’ils ne dépassent pas les limites de l’échange musclé, quoique... - mais des autres, plus virulents, que je vire au fur et à mesure, des messages non signés évidemment, comme celui qui était adressé au "con qui n’a pas versé sa larme à la vision d’Amour", moi en l’occurrence. Bon, ce qu’on me reproche ce n'est pas d'être resté insensible à ce "grand film d'amour", mais "le ton extrêmement méprisant", et donc "méprisable", de mon billet, "attitude dégueulasse", me dit-on, symptomatique d’une certaine "critique-caniveau", celle qui fleurit aujourd’hui sur le net et dans laquelle je me vautrerais complaisamment, prenant plaisir à "salir gratuitement une œuvre magnifique", aveuglé par ma "haine d’Haneke" et donc incapable d'avancer le moindre argument pour justifier mon rejet du film, sinon de "rabâcher l’éternel couplet sur la manipulation du spectateur" (alors que bien sûr, et là c’est moi qui parle, le problème n’est pas la manipulation en tant que telle - on est tous passés entre les mains d’Hitchcock - mais la manière utilisée par Haneke pour parvenir à ses fins)... Dans un autre message, on me conjure d’arrêter d’écrire sur les films, vu la "nullité" de mes billets, "truffés de clichés et de contresens", vu surtout mes "jugements merdiques" qui me font préférer des "œuvrettes aussi insignifiantes" que Cap nord, Wrong et Damsels in distress à ces véritables chefs-d’œuvre que sont Vous n’avez encore rien vu et Amour... Troisième missive, pas la plus triste, celle du type qui visiblement n’a pas apprécié que je dise des admirateurs d’Haneke qu’ils désirent inconsciemment un maître, et me traite de "criticaillon prétentieux qui ne connaît rien au cinéma", pire, de "vulgaire sous-Neuhoff" (ça c'est vache!)... Je n'ai pas répondu, évidemment, je n'ai pas que ça à faire, mais je m'interroge... Pourquoi une telle agressivité? C'est quoi leur problème aux amoureux d'Amour? On a l’impression que pour eux ce film c’est le veau d’or, un sommet de l’art cinématographique (beauté, émotion, réflexion), et qu’en l’attaquant on commet une sorte de sacrilège... C’est d’autant plus ridicule que, j’ai relu mon texte, les propos que j’y tiens n’ont vraiment rien de choquant. Enfin bref...

PS. L’amendement Nutella c’est peanuts (si je puis dire), ce qu’il faut c’est un amendement Dove, qui interdise l’huile de palme dans les cosmétiques afin de lutter contre la déforestation qui, en Indonésie, menace la survie des orang-outans (c’est pourquoi il faut aussi s'opposer aux palmes d’or!... ha ha ha).

45 commentaires:

valzeur a dit…

Hello Buster,

Vous n'êtes vraiment qu'une victime ! Par ailleurs, vous n'avez qu'à dire que vous étiez possédé par mon esprit au moment où vous avez rédigé vos billets sur le Resnais et le Haneke (c'est tout à fait crédible). Ceci dit, le terme d'"oeuvrette" trouvé par vos détracteurs pour Damsels in Distress me semble très bien venu (j'aime curieusement Wrong et n'ai hélas - ou plutôt heureusement - pas vu Cap Nord qualifié par un ami de confiance d'absolue abomination). Sinon, encore, je dois avouer que Amour me colle à la peau, j'y repense encore, je n'arrive pas à sortir de ce film, que faire ? (bon, il est vrai que, depuis, je n'ai vu que le raisonnablement mauvais Augustine à côté duquel A Dangerous Method est un immortel chef-d'oeuvre). Etonnant, non ?

Buster a dit…

Moi valzorisé? Bah mince, il manquait plus que ça, mais ce n’est pas impossible, il va falloir que je renforce mon système anti-robot... Sinon que Amour vous colle à la peau ne m’étonne guère, j’ai toujours soupçonné chez vous un petit côté masochiste :-D

PS. Pour Cap nord, l’ami de confiance c’est Griffe? ;-)

valzeur a dit…

Bon, sur Amour, quand même, une part irrépressible de ma personne aura toujours du mal à avaler la globalité du bouillon Haneke, mais ça n'est définitivement pas rien.
L'ami n'est pas Griffe sur ce coup-ci, il écrit parfois chez vous sous le pseudonyme "clark" : c'est par ailleurs un clown (véridique), et qu'il ait autant souffert à Cap Nord ne fait strictement pas rire.
C'est bête, Buster, j'aurais bien lu toutes les horreurs que vous écrivent les vilains désAmourisés (Michel Ciment sous des alias ?). Vous déclenchez décidément les passions, ô fol jouvenceau !
Rattrapez-vous en adorant la prochaine niaiserie autorisée globale (je parie sur Tabou - que, précisons, je n'ai pas vu, mais rappelez-vous, je suis devin, et le futur m'habite).

Vincent a dit…

Si cela peut vous consoler, moi quand je vous ai lu (à défaut de participer au débat) je me suis régalé, ce qui ne surprendra personne :)

Pour paraphraser Rohmer, "Qui pleure à "Amour", ne comprend et ne comprendra jamais rien au cinéma… ». Ce n'est pas tout à fait gratuit, je suis en train de travailler quelque chose là-dessus.

Pour Resnais, je ne suis pas d'accord, mais j'ai déjà du vous le dire.

Anonyme a dit…

Quel succès Buster ! Après les Cahiers, c'est maintenant Positif qui vous tire dessus. Mais avouez que vous l'avez bien cherché ! :D

Buster a dit…

valzeur > à force de vous manipuler dans tous les sens le père Haneke a fini par vous retourner comme une crêpe, et c’est ça, plus que le film, que vous ne supportez pas. Vous aimez et vous détestez, vous aimez détester, vous détestez aimer... Amour vous ébranle parce qu'il excite des conflits intérieurs, autant dire qu’Haneke a atteint son but, et pour un vieux briscard comme vous, ça doit être dur à avaler (parole de jouvenceau!). Après, on peut aller plus loin, dans la relation à papa, mais là ça dépasse mes compétences.

Vincent > merci, j’ai hâte de lire ce que vous allez dire du film.

Anonyme > j’avoue… :-)

PS. Le billet se veut aussi humoristique. Je ne cherche pas à me faire plaindre, des messages fielleux j’en reçois régulièrement (et si je ne les publie pas c’est pour ne pas ouvrir la boîte de Pandore), mais ceux-là m’ont bien fait rigoler, c’est pour ça que j’en parle.

critique - haillons :-D a dit…

Oh, « Michel Ciment », le vrai, il doit bien traîner par là, oui !-]

Mais, ça m’étonnerait beaucoup qu’il prenne la peine de venir commenter (hum !-] En tout cas, pas avec un pseudo – genre, au hasard, « Fatty » (gant !-]

Ce serait trop minable de sa part. Je dis « minable », parce que même pour poster ses belles saloperies (puis, les retirer), le « grand JB Morain » est venu signer de son nom véritable ! Alors, bien qu’on puisse ne pas l’encaisser (ni son « ex-cel-lente » revue, en passant), on veut quand même bien croire que c’est… une « belle âme » (disons !-DDD

Et puis, franchement, les films que tu défends, Buster, moi, je ne les trouve pas pire, et très loin de là, que (allez ! rien que sur les six derniers mois) :

- Savages (O. Stone), n° 620
- A perdre la raison (J. Lafosse), n° 619
- La Part des anges (Loach), n° 618
- De citrouille et de bolosse, n° 616
- The Deep blue sea (T. Davis), n° 616
- Barbara (C. Petzold), n° 615
- Bullhead (M. Roskam), n° 613
(euh, pas vu le Delpy… car il ne faut quand même pas pousser !-D

Est-il nécesssaire également de rappeler l’autre « gag », concernant l’accueil critique de ce film qui se pare des atours du « grand film sérieux » : attention, « grand sujet » ! attention « grands acteurs » ! attention « Palme d’or » (merci Charlotte !-]

Je fais allusion à la réclame enfiévrée de G. Lefort, à Cannes. C’était dans Libé (Next), avec son article du 20 mai 2012, « L’Amour dans l’âme », dont voici le premier paragraphe :

« Qui ne versera pas une larme à la vision d’Amour peut être raisonnablement traité de con. [Mais la grandeur de ce film, sa hauteur, c’est qu’il n’a que faire de nos larmes, qu’il n’est pas là pour les sécher, nous consoler et encore moins en profiter. On expérimente chaque jour qu’il y a un marketing de la tristesse, que le cinéma par exemple, trop souvent, nous fait pleurnicher sur n’importe quoi. Le film de Michael Haneke dit qu’on ne peut pas pleurer sur n’importe quoi et surtout pas avec n’importe qui. Enfin un film digne de nous, c’est-à-dire digne de l’humanité.] »

Moi, ce que j’en dis, avec l’un ou l’autre cas, c’est que quand même ce film qui me sort pas mal par les trous de nez, il a quand même le « mérite » (euh, tout de même très relatif) de bien marquer la ligne de partage, (pour moi, hein), entre les gens un minimum lucides et… les gros nigauds ébahis !-D

Merci encore à toi, Buster, pour ton blog : il faut bien de la patience, et du courage, pour pouvoir supporter toute cette pelletée de nazes, je trouve !-DDD

daniel a dit…

CritiqueHaillons, Tessé en parle également dans les Cahiers des cons selon Lefort, ça fait du bien.

Buster a dit…

Salut critique-haillons, je ne sais pas d’où viennent ces attaques, et à vrai dire je m’en moque un peu, mais j’imagine bien quelques snipers abonnés à Positif, aux Inrocks, à Transfuge… qui lisent Libé, l’Huma, le Monde... (la liste est longue)
Sinon je vois que tu es toujours aussi allergique au ciment (si on faisait un test tu serais hyper "positif") :-D

Ariane a dit…

Bonsoir Buster,
Je lis votre blog depuis longtemps et je l’apprécie beaucoup même si je ne suis pas toujours d’accord avec vous, à commencer sur le film de Haneke qui pour moi est un « grand film d’amour » contrairement à ce que vous pensez. Oui c’est dur, oui c’est lent, oui c’est radical, mais Haneke arrive à dépasser, peut-être malgré lui, porté par son sujet et le jeu de ses acteurs, ce côté pervers qu’on lui prête généralement. Je suis d’accord quand vous dites que le « problème » chez lui n’est pas que moral, qu’il touche également au conflit entre dramaturgie et projet formel, qui sacrifie le récit, mais c’est ce qui fait la force du film, que dans le cas d’un film sur l’amour, le récit puisse être ainsi réduit au strict minimum, pour atteindre l’humain au plus près.

Anonyme a dit…

il est fort le con, euh il est con lefort

Buster a dit…

Ariane > j’ai lu je ne sais plus où (Transfuge?), à propos du film, un truc comme "l’humain rien de plus rien de moins", c’est marrant parce que ça me rappelle le bouquin de Chion sur Kubrick, "l’humain ni plus ni moins". Or s’il fallait rapprocher Haneke d’un autre "maître", c’est bien de Kubrick, lui aussi considéré comme un grand misanthrope. Amour participe comme les films de Kubrick d’un perfectionnisme poussé à l’extrême mais qui ici, par le sujet abordé, se révèle particulièrement stérile, et même sclérosant. Reconstitution à l’identique de l’appartement des parents d’Haneke, dilatation de l’espace, plus kubrickien que "haussmannien" (cf. le hall d’entrée, complètement surdimensionné, permettant à Riva de piloter son fauteuil roulant), profondeur de champ, etc, les mouvements eux-mêmes sont dilatés, comme démultipliés (il paraît que Trintignant joue avec une sorte de prothèse pour vraiment faire "petit vieux" dans ses déplacements, d’où sa perte d’équilibre dans la scène avec le pigeon)... Pour Haneke "atteindre l’humain au plus près", comme vous dites, n’a rien à voir avec l’amour, il faut une bonne dose d’angélisme pour croire à un grand film d’amour. Le repli d’un vieux couple qui s’exclut du monde pour rester uni jusque dans la mort, ça c’est pour les belles âmes. Si l’appartement est si vaste c’est justement pour que l’espace puisse se creuser entre Trintignant et Riva à mesure que celle-ci décline. Le naturalisme haut de gamme du film n’est là que pour justifier le dégoût que ressent progressivement Trintignant (et le spectateur) devant ce triste spectacle de la déchéance, qui fait qu’à un moment donné (la scène où il "voit" Riva jouer du piano?) il prend conscience que l’être aimé n’existe plus: ce n’est plus qu’un corps répugnant dont il va chercher à s’éloigner dans un premier temps (l’espace s’y prête) avant de se résoudre à le supprimer, suppression qui ne relève pas du Geste d’Amour (il aurait fallu davantage de récit en amont) mais vient mettre un terme au supplice enduré par... Trintignant (résolution des conflits dramaturgiques et spatiaux). Il y a des cinéastes qui parfois aiment trop leurs personnages. Haneke ce n’est pas le cas, c’est le moins qu’on puisse dire.

Anonyme a dit…

ça c’est votre point de vue Buster, c’est pas celui d’Haneke. Je pense que vous faites fausse route mais je reconnais que jusqu’à présent, dans les critiques négatives sur le film, c’est ce que j’ai lu de mieux ,même si c’est faux.

Billy Bitzer a dit…

Juste une remarque. Certes Gérard Lefort mérite des reproches pour son "Qui ne versera pas une larme à la vision d’Amour peut être raisonnablement traité de con".

Mais ceci dit, quel critique n'a pas déjà laissé échapper une formule du même genre ?

cf. Jean-François Rauger, dans les Inrocks, à propos de Moe no suzaku de Naomi Kawase : "celui qui ne sort pas du film en larmes n’est pas un homme".

http://www.lesinrocks.com/cinema/films-a-l-affiche/moe-no-suzaka/

(ok, il ne s'agit pas du même type de critique, ni du même type de film, le cinéma de Kawase, pas forcément toujours convaincant lui-même d'ailleurs, n'ayant heureusement rien en commun avec celui de Haneke...)

Buster a dit…

Billy > Ce n’est pas tout à fait pareil. La formule de Lefort sert d’introduction à son texte. Elle se veut d’emblée insultante avant même tout développement sur le film, elle exclut: si tu ne partages pas mon émotion, tu n’es qu’un con, ce n’est même pas la peine que tu lises la suite... Chez Rauger, c’est une parenthèse qui arrive vers la fin du texte à partir d’une scène qui l’a ému aux larmes (je ne connais pas le film) et qui se veut aussi ironique, sous-entendant que ce sont les mauviettes qui ne pleurent pas! Après on peut replacer le texte de Lefort dans le contexte de Cannes, où les réactions sont toujours exacerbées (cf. l’accueil délirant du Carax), mais bon, le fait est qu’il y a une sacrée différence entre Lefort qui est un très mauvais critique, grand adepte des formules injurieuses (moi à côté je suis un enfant de choeur), et Rauger qui lui est un excellent critique.

Anonyme de 10h06 > Merci pour le satisfecit, vous êtes trop bon... Et surtout ne vous croyez pas obligé de me livrer votre point de vue qui, j’imagine, doit être des plus justes.

Vincent a dit…

Puisque nous en sommes à Lefort, je vais me permettre ce lien avec ma réaction à chaud pendant le festival : http://inisfree.hautetfort.com/archive/2012/06/01/cannes-sequence-4.html.
J'espère ne pas vous décevoir, Buster, mais pour ce qui est du film, je n'ai pas changé ma ligne de conduite et suis resté dans mon lit douillet :)
Pour ce qui est du point de vue du "Maître", il y a ses entretiens disponibles sur Youtube et le bouquin qui vient de sortir qui me semblent assez édifiants. C'est sûr qu'il n'a rien à voir avec un Hawks, un Hitchcock ni à mon sens avec Kubrick qui n'ont jamais eu ce type de relations avec leur public. Après tout, si le public actuel a envie d'aller verser ses larmes en se battant la poitrine, c'est son problème.

Vincent a dit…

Je profite de l'occasion pour saluer Albin-Didon-Coulomiers-critique-haillons, l'homme aux mille visages. Et je m'excuse de ne pas vous avoir répondu sur la note à propos du Resnais. Si j'arrive à peu près à suivre les conversations, participer à une bonne polémique nécessite un temps que j'ai trop rarement.

Anonyme a dit…

Vous, un enfant de choeur ? Allons Buster, vous êtes trop modeste !

revues - et corrigés ?-D a dit…

Eh, Daniel, toujours fidèle aux Cahiers, je vois ;-D

Bon, ça va mieux depuis la dernière fois, entre nous - "les experts de Delorme" !-]

Oui, j'ai lu l'article de Tessé : il a fini par s'améliorer, le bougre !-]

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Eh, quoi ! Buster, t'arrives à les avaler "leurs" films - ceux qu'ils adorent, et mettent en couverture - mettons depuis trois ans ?-DDD

"Hyper-positif" ? Mmh... avec ces "relax-hâtifs" ?!-DDD

Buster a dit…

Vincent > Merci pour le billet de Cannes, je ne l’avais pas lu à l’époque, il est drôlement bien venu, surtout de la part de quelqu’un qui n’a pas vu le film. :-)
Sinon le rapprochement avec Kubrick se situait moins dans le rapport au spectateur que dans le souci (perfectionniste) du détail.

Anonyme de 16h13 > C’est vrai que je suis parfois un peu vache... mais ce n’est pas comparable. Ce que je m’autorise sur un blog (sorte de journal intime qu’on laisserait ouvert, quelque chose de l’extime), je le conçois difficilement dans un journal à grande audience, à moins que derrière cette méchanceté il y ait un vrai regard critique, ce qui est rarement le cas. Il faut du talent pour être méchant, n’est pas méchant qui veut… Sur un blog, l’exigence est quand même moindre. Mais je reviendrai sur cette question lors d'un billet.

Anonyme a dit…

Où signe-t-on la pétition "A bas Positif, vive Buster !"

C'est drôle que l'on vous reproche d'attaquer un film que presque tout le monde défend, comme si vous pouviez lui nuire. Et il est pathétique de voir certains critiques jouer le même jeu que les "anti-critiques" primaires. Pour moi, la critique de caniveau, c'est Le Masque et la plume, c'est Eric Neuhoff, c'est Gregory Valens.

Edouard a dit…

Vu "Amour" hier soir, "enfin", mais tellement de choses ont été écrites depuis plusieurs semaines que je vais, ce coup-ci, laisser passer mon tour.
Le texte de Bouvier était donc plus intéressant que le film lui-même, à propos duquel je te rejoins globalement, Buster.
Sinon, à propos de Positif, qui est bien malmenée, ici ? Et bien, sans doute l'a-t-elle bien cherchée depuis "mettons trois ans" (on s'attendait même à ce que critique-haillons soit moins mesuré et remonte plus loin)... Clairement, en moyenne, pour trois "films du mois", on en a un bon (ou "grand"), un moyen et un mauvais (qui a donc autant de chances que les deux autres de se retrouver en couverture). Et on peut en dire autant de la qualité des textes, qui est devenue particulièrement inégale. A nuancer donc, mais, oui, en ce moment, ça ne va très bien du côté du joujou à Ciment.

Edouard a dit…

"ça ne va PAS très bien", évidemment.

Buster a dit…

Edouard > J'ai l'impression qu'à Zoom Arrière le Haneke ne fait pas non plus l'unanimité :-D

Anonyme de 2h03 > pourquoi Grégory Valens?

Akeley a dit…

Peut-on te lire quelque part sur Drive de NWRefn ?

albin - didon a dit…

Edouard a dit (le 13 nov | 12h 04) : « ["mettons trois ans"] (on s'attendait même à ce que critique-haillons soit moins mesuré et remonte plus loin)... »
- « moins mesuré », moi ?!! mais enfin… j’ai toou-jooours été mesuré, oh !?-DDD Je plaisante, mais en fait, cette parenthèse me ravit, parce qu’elle dit (indirectement) pas mal de choses.

D’abord, je ne voulais pas « remonter plus loin », principalement par commodité de vérification de visionnage pour les uns et pour les autres. Mais aussi, pour ne pas encore recevoir une pluie d’injures pour dénigrement systématique, ou viscéral, si on préfère (si je m'écoutais, ça remonterait bien plus tôt, ahem !-D

Mais, là, si c’est le plus ardent défenseur de la revue (sur la blogociné) qui se met à admettre, d’un côté, que « [en ce moment] ça ne va PAS très bien du côté du joujou à Ciment », et, de l’autre, qui ajoute qu’on pourrait finalement « remonter plus loin », je crois qu’on a quand même bien avancé depuis la dernière fois !!!-D

Autrement dit, je suis content de constater que notre dispute – se reporter au billet Les Cahiers Positif(s) 2.1, dans le lien « histoire parallèle » sur le blog nightswimming – a finalement porté ses fruits !!!-D

Dans le nœud de notre homérique querelle, j’avais eu beaucoup de mal à faire entendre la « surprenante hiérarchie de goûts » (de la « cinéphilie culturelle » promue par la publication rivale des Cahiers) – en gros, la « mystification critique » – du « joujou à Ciment » (le « problème Positif » dégagé dans mon comm signé « Alice… in wonderland :-] », le 22.09.2010, dans le fil du billet mentionné précédemment, un peu avant le dossier à charge constitué en urgence pour l’occasion).

Or, c’est ici assez bien reconnu (partiellement, il est vrai) aujourd’hui : « Clairement, en moyenne, pour trois "films du mois", on en a un bon (ou "grand"), un moyen et un mauvais (qui a donc autant de chances que les deux autres de se retrouver en couverture). » [dans le même comm ci-dessus]

Ces passages sonnent, pour moi, quasiment comme un désaveu, du moins, comme un aveu de dé-solidarisation ; ou, si on préfère, disons, comme si mon opposant d’alors s’apprêtait maintenant à signer la pétition « A bas Positif, vive Buster » !!!-DDD

Donc, sachant que je ne risque pas trop d’obtenir entière satisfaction devant les « réparations » (des offenses subies) que je demandais jadis, je veux bien à présent arrêter de faire ma mauvaise tête – « à te faire la gueule », comme on dit vulgairement. Donc, je prends sur moi, et veux bien passer l’éponge. Ça ne veut pas dire pour autant que c’est une totale réconciliation, et que nous nouerons les mêmes rapports que dans le passé, mais au moins, qu’on pourra dialoguer (un petit peu).

Edouard, au risque de désappointer mon fan-club, si tu le veux, nous pouvons faire la paix (sachant néanmoins que je te prends maintenant avec un peu de distance).

Cordialement,

Buster a dit…

Akeley > j’ai dû parler de Drive (dont je ne suis pas fan) ici et là sur le blog mais rien de plus.

Edouard et Albin > tous mes voeux de bonheur :-D

Anonyme a dit…

"pourquoi Grégory Valens?"
à cause de sa petite note minable sur Damsels in Distress (dans Positif bien sûr)

Buster a dit…

Hum... et qu’est-ce qu’il a encore écrit comme ânerie celui-là?

Edouard a dit…

Buster, ne te ruine pas en champagne, ce n'est quand même pas un re-mariage. :) (juste un traité de paix)

Albin, tes deux derniers paragraphes auraient suffi, car ce qui les précède me place tout de même dans une position peu confortable. Soit je ne me manifeste pas et je passe pour quelqu'un de méprisant, soit je lâche laconiquement un "d'accord" et je donne l'impression de valider tout ce que tu écrits ici, soit je réponds point par point au risque de provoquer à nouveau notre énervement respectif.

Mais bon, comme cette reprise de dialogue je l'ai un petit peu provoquée (ici ou là :), j'accepte tout à fait de la poursuivre.

Juste quelques remarques (formulées avec "précautions" et pas trop longues pour ne pas ennuyer Buster et ses lecteurs):

- Le plus ardent défenseur de Positif ? Je suis certainement, dans le coin, celui qui en parle et qui réagit le plus à ce sujet, c'est vrai. Cela ne fait pas de moi le plus "énamouré" ni le moins conscient des travers actuels de la revue (il n'y a qu'à voir sur quelques réseaux sociaux...).

- Notre désaccord est, notamment, "historique". Tu rejettes tout Positif, je ne suis déçu que par la période actuelle. Et l'expression de cette déception n'est pas nouvelle chez moi (il n'y a qu'à lire ce que j'écris depuis maintenant cinq ans sur les différents films défendus par la revue), elle est seulement accentuée par les derniers numéros.

- Moi aussi j'ai beaucoup de mal à me faire entendre : lorsque je dis qu'aujourd'hui il faut trier et que tout n'est pas mauvais, loin de là. Le dénigrement systématique m'agace un peu lorsque, par exemple, on adore "Cosmopolis" mais que l'on refuse d'admettre que l'on en a une vision plus proche de celle de JC Ferrari (dans sa belle défense du film dans Positif) que de celle exprimée par notre ami Buster dans sa note très réservée. :)

- Enfin, disons que je passe sur ta distribution des rôles offenseur/offensé, visionnaire/aveugle-qui-retrouve-la-vue-grâce-à-toi, etc. :)

Dans l'attente de nouveaux échanges plus apaisés, bien à toi.

PS pour Buster : C'est vrai qu'en lisant la critique de G. Valens (qui n'est, hum hum, comment dire, pas le meilleur critique de Positif :)), j'ai tout de suite pensé à toi.

Buster a dit…

Pas de champagne, juste du beaujolais!
Sinon je n’ai pas trop compris le passage sur Cosmopolis, mais ce n’est pas grave, et je ne sais toujours pas ce qu’a écrit Valens sur Damsels in distress :-)

Edouard a dit…

Normal, que tu n'aies rien compris, Buster, car j'ai tout mélangé. J'ai inversé entre Dangerous method et Cosmopolis, croyant me rappeler que tu avais préféré le premier au deuxième, alors que c'est évidemment le contraire.
Il me semble qu'Albin avait fait un commentaire élogieux sur Cosmopolis (j'espère que je ne me trompe pas encore une fois). Je le voyais alors plus proche de la position exprimée dans Positif que de la tienne.
Je me suis planté faute d'avoir vérifié, ça m'apprendra à répondre à la va-vite entre midi et deux. Veuillez m'excuser, messieurs...

(j'essaie de revenir vers toi avec la notule de Valens, Buster)

Edouard a dit…

"Ceux qui, en découvrant Metropolitan avaient bâillé à tant d'afféterie et de pédanterie ne risquent pas de s'extasier devant un spectacle qui, vingt années plus loin, suit le même rythme et la même inspiration. Ceux qui, en subissant Les Derniers jours du disco, avaient pesté que son auteur prît le spectateur pour son élève ne goûteront guère ce nouvel opus furieusement snob et donneur de leçon. Au détour d'un festival, les aventures à peine cocasses d'un trio d'étudiantes coachant les nouvelles arrivées afin de prévenir la solitude et le suicide sur le campus ont pu brouiller la lucidité de certains de nos camarades. L'un deux résuma le caractère terriblement volatil de ce plaisir coupable quand, revoyant le film douze mois après sa projection vénitienne, il s'écria : "En un an, qu'est-ce que ça a vielli !""
G.V.

(Bon, si ça trouve, il a raison, hein... Moi, j'ai vu aucun Stillman... :-))

Buster a dit…

Merci Edouard… c’est encore pire que ce que j’imaginais. Quelle honte cette note! Passez-moi un flingue, je veux être "l’homme qui tua Grégory Valens"! :-D

PS. Je mettrais pas ma main à couper mais je crois qu’Albin préfère A dangerous method à Cosmopolis!

Edouard a dit…

Positif aussi préfère A dangerous method à Cosmopolis! ;-)
Edouard

martyr - a dit…

[A]

Holà, Buster ! Garde le champagne, avec le beaujolais ! mais aussi, prévois le whisky, la vodka, la tequila, le rhum, et même la bière !!! car, je sens que c’est reparti pour la « fête », et, peut-être bien, pour… la (méchante ?) gueule de bois (hips ?!!-DDD

Donc, si cela ne te dérange pas, je profite de ta bonne humeur (en ce moment ?-] pour squatter cet espace, et mettre un peu d’ambiance (ahum !-D

Bon, c’est parti !-]

D’abord, en reprenant dans l’ordre, tes quatre points de remarque, Edouard, qui scelleront à peu près notre « trêve » (plutôt que « traité » de paix ?!-D

1- Pour commencer, je n’ai jamais dit, ici, que tu étais le plus « énamouré » (de cette revue) dans la blogociné. Même si, dans le passé, chez toi (dans le fil mentionné), j’ai bien parlé, ironiquement, d’ « idolâterie ». Tiens, justement, si je me suis autorisé le long préambule (certes, pas très flatteur à ton égard) dans mon précédent comm, c’est afin de bien contextualiser – remettre dans le contexte – notre différend, pour tous les lecteurs de ce blog qui n’ont pas eu vent de cette « histoire ». Et, donc, si je dis « ardent », c’est vraiment dans le sens de l’opiniâtreté, la pugnacité, la vaillance même, qui ont fait de toi, sur le coup, un très sérieux au demeurant, et redoutable adversaire !-]

Euh, dommage, également, que tu ne pointes pas ces « travers actuels », ailleurs que sur ces « quelques réseaux sociaux » ?-D Mais, si tu permets que je te titille un tout petit peu, je me demande surtout si tu ne serais pas non plus le « moins conscient des travers »… passés ?-DDD

2 - Sur nos « rapports » avec la revue. Disons d’abord, que je rejette « globalement » l’ensemble de Positif ; mais pas « tout » : j’apprécie assez les entretiens (quoique, ceux de maintenant ?-), ou certaines « voix-off », et ai un peu d’estime pour quelques (rares) rédacteurs, qui s’y sont, hélas, égarés !-D

Dans ta parenthèse, ici, je relève que lors de notre crêpage de chignon (il y a donc deux ans), tu étais déjà « déçu » par la revue depuis quelques temps : environ trois ans (5 - 2, c’est de l’arithmétique élémentaire). Je suis presque sûr, qu’en cherchant bien, on devrait trouver les mêmes raisons qui suscitent mon « rejet global », non ?-D

Les derniers numéros étant, pour moi, la caricature (maintenant grossière) de ce que j’appellerais poliment la « supercherie critique », que je daterais autour des années 80, mais qui me semble avoir commencé bien avant, dès les années 70, pour ne pas dire 60. (aïe, je viens de rouvrir les plaies !!!-DDD

- un jour (sans retour ?-D a dit…

3- Accueil des deux derniers films de Cronenberg.

Sur A dangerous method, que j’aime beaucoup, je n’allais quand même pas me friter avec Buster, sur sa note circonspecte (plutôt négative), mais somme toute très intéressante dans les arguments avancés ; pour en plus vanter JCF pour un article favorable, mais « assez moyen », il me semble (je n’ai plus trop le papier en tête). Non, mais, ça ne va pas bien, dis ?!!-D

Pour ce qui est de la préférence entre ce film-ci et l’autre (Cosmopolis), eh bien, pour moi, c’est impossible… euh, à trancher !!!-DDD

Je les mets à peu près à égalité. C’est un des aspects qui me fascine le plus dans le cinéma de Cronenberg. On peut prendre – et aimer (voire, adorer) – les films séparément, mais, ils sont encore plus forts (beaux et grands) quand on les apparie. Ces deux-là ont été conçus (assez ouvertement), à mon humble avis, comme un diptyque « équilibré ». Le premier étant plus « classique » (dans son projet d’ensemble), plus ouvert, plus solaire, et l’autre, plus « moderne » (plus radical, si l’on veut aussi), plus sombre, et finalement plus dérangeant. Le tout (le diptyque, donc), je suis prêt à le parier, figurera parmi les dix grands chefs-d’œuvre de la décennie (euh, qui vient de commencer !-D

De même que le diptyque Videodrome et eXistenZ est peut-être le plus grand film de science-fiction, et en incluant La Mouche (The Fly) – le triptyque devient carrément le plus grand chef-d’œuvre de tous les temps ! Mais, je m’emporte là !-DDD

Ou, pour rester dans le domaine du raisonnable, c’est comme le diptyque Spider et Eastern promises. Ou encore Dead Ringers et M Butterfly. Oui, alors, à chaque fois, j’aurais une légère préférence (paresseuse, disons) pour Dead ringers, Eastern promises, Videodrome et donc A dangerous method (enfin, les « films de corps » pour dire vite), mais suis beaucoup plus stimulé (bousculé… physiquement ?-] par les « films de tête » : M Butterfly, eXistenZ, Spider, et donc Cosmopolis.

4- Et enfin, sur le point de « la distribution des rôles offenseur / offensé ».

C’est intéressant… car je ne l’avais pas envisagé jusque-là sous cet angle : que je serais, moi, l’offenseur, et toi, l’offensé ? Après tout, c’est pas impossible ?

Mais, si je force les traits, et vraiment pour t’arranger : je veux bien passer pour le parfait salaud, alors que toi, par conséquent, tu aurais été un agneau innocent (sortant du ventre de sa mère) ?-D

Très bien… Hum, dans le même registre, pour tous ceux qui ne sont pas au courant de notre dispute (dans le sens de « disputatio »), c’est comme si maintenant le « grand JBM » (avec qui j’ai aussi essayé, en vain, d’enterrer la hache de guerre, ailleurs et dans un espace tout aussi respectable, mais beaucoup moins exposé) revenait ici et s’affichait en… martyr ?!! Je crois que ça devrait faire son effet !-DDD – pour parler d’un autre moment mémorable – « historique », c’est fort possible – sur la blogociné (mouarf !-D

PS : et toi, Buster, au lieu de nous charrier, t'en dis quoi de notre querelle ?-D

Buster a dit…

Bah, je n’ai rien à dire de particulier, je n’ai pas suivi de près votre querelle (ça se passait où? chez Vincent?), et puis moi, tu le sais, je suis un cahiériste pur et dur, je suis tombé dedans tout petit, en plus je ne lis Positif qu’une fois sur trois en moyenne, et encore de façon très superficielle, le dernier numéro que j’ai vraiment lu ça devait être celui de janvier avec le dossier Ruiz… Positif est sûrement pire aujourd’hui qu’il n’a été à une certaine époque, mais laquelle? :-) Cela dit les Cahiers aussi sont loin de leur lustre d’antan.

Sinon j’aime bien ce que tu dis sur Cronenberg.

Edouard a dit…

Albin :

- "je veux bien passer pour le parfait salaud, alors que toi, par conséquent, tu aurais été un agneau innocent" : Franchement, j'ai failli te sortir cette même phrase à la suite de l'avant-dernier paragraphe de ton com' du 14 novembre. :)

- Sur la soi-disant nouveauté de l'expression de mes réserves, à l'époque où nous échangions cordialement, il me semble bien avoir déjà reconnu quelques travers pour la période récente. De ton côté, d'ailleurs, tu avouais aussi un intérêt pour "quelques entretiens" et "quelques rédacteurs". Ensuite, pendant les "hostilités", ces aveux disparurent de chaque côté, assez logiquement. Pour ce qui me concerne, je peux tout simplement renvoyer à ma série "Cahiers vs Positif" via les couvertures. Voir par exemple les années 2007, 2008 etc.. (il y a 5 ans, donc :)), où je reconnaissais tout à fait préférer les films mis en valeur par les Cahiers et où je regrettais pas mal de choix de Positif.

- Sur Cronenberg, je distingue différemment les films. D'un côté, la veine la plus "expérimentale", la plus métaphorique : Faux-semblants, Crash, Cosmopolis. Ce sont les 3 plus grands Cronenberg pour moi. De l'autre, la veine psychologique ou psychanalytique, qui l'entraîne vers un certain classicisme : M Butterfly, Spider, Dangerous method, autant de films qui me passionnent moins. Enfin, entre les deux, les "films de genre", SF du début ou films noirs des années 2000, recélant quelques beautés mais moins fascinantes que celles qui éclatent dans les 3 premiers titres cités.

Edouard a dit…

Buster, puisque c'est pour ton information, je me permets une auto-promo.

Sur cette page :
http://nightswimming.hautetfort.com/cahiers-du-cinema-positif.html
se trouvent tous les liens vers de petits et grands travaux publiés sur mon blog, collectifs ou individuels, autour de Positif et des Cahiers.
En particulier mon "histoire" de Positif en cours. Au départ, j'avais proposé à Albin de faire en parallèle celle des Cahiers. Nous avons donc publié nos deux premières parties respectives en même temps. Elles concernent, en gros, les 15 premières années des deux revues.
J'ai ensuite publié ma deuxième partie, origine de notre "rupture", Albin la trouvant trop élogieuse. Toute l'histoire de notre querelle, hormis les échanges par mail, se trouve dans les commentaires de cette partie-là.
Elle est consacrée à la période 1966-80, la meilleure, sans aucun doute, de Positif en termes d'ouverture d'esprit, de qualité des écrits et de choix rédactionnels (on y trouve notamment des défenses de cinéastes "radicaux" qui seront bien plus maltraités ensuite ou de membres de la nouvelle vague auparavant méprisés).
Continuant mon cavalier seul, j'ai publié l'an dernier ma 3e partie, sur les années 80-96. Bonne période mais, je pense l'avoir clairement expliqué, qui porte les germes des quelques errements actuels (j'engage Albin à la lire attentivement :)).
Reste donc la 4e et dernière partie. Elle mettra au moins deux fois plus de temps à sortir que les autres. Ce n'est pas la plus facile à écrire et elle est loin d'être prête...

Bonne lecture, si tu en as le courage ;-)

Buster a dit…

OK, je vais lire ça à tête reposée :-)

Fatty a dit…

Dans votre réponse à Ariane du 10 novembre vous parlez justement du hall d'entrée, de sa dimension (un peu grande selon vous), de la distance qui se creuse entre les personnages). C'est comme si vous aviez intuitivement mis le doigt sur un détail crucial du film de Haneke mais que vous refusiez de prolonger votre rêverie, revenant à vos certitudes premières et vos a priori négatifs. Pourtant cette phrase : "...il faut une bonne dose d'angélisme pour croire à un grand film d'amour." sonne bien comme une dénégation et laisse croire, qu'inconsciemment ou non, vous aviez compris la fonction de cette pièce qui fait évidemment écho à ces inter-zones architecturales, lieux clos mais cependant ouverts sur le monde et sa lumière, où les peintres ont traditionnellement représenté l'Annonciation. Particulièrement, celles de Fra Angelico qui représentait dans le renfoncement de la loggia où Gabriel annonce "l'information" la chambre de Marie. Tout comme la chambre d'Anne se situe dans le prolongement du hall d'entrée. http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/96/Fra_Angelico_069.jpg

Buster a dit…

Bon, je préfère quand même ce genre de commentaire à ceux précédemment envoyés. C’est vrai que dans ce film le travail sur l’espace est intéressant et plus convaincant finalement que le montage "musical". Ce qui m’a frappé avec le hall d’entrée c’est autant sa dimension que sa nudité. Haneke dit qu’il a fait reconstruire l’appartement de ses parents, mais on imagine difficilement un espace aussi grand et vide dans un appartement. Et sans forcément vous suivre sur le parallèle avec Fra Angelico - cet espace vide m’évoque davantage un peintre comme Hammershoi (qui inspira Dreyer, mais je ne prolongerai pas plus loin la rêverie :-), j’admets volontiers qu’il doit jouer ici une fonction d’entre-deux, en accord avec le caractère un peu fantastique que prend le film par moments. En fait l’aspect formel du film ne me gêne pas, c’est plutôt sa dramaturgie.

Fatty a dit…

Esthétiquement en effet Hammershoi est une référence beaucoup plus probante que Fra Angelico. Mais d'un point de vue dramaturgique justement, on peut trouver dans Amour quelques motifs rappelant les Annonciations de la Renaissance. Je ne reviens pas sur le pigeon, ni sur d'autres détails clairement identifiables quand on y réfléchit (une information performative, un sanctuaire sacré, le corps de la femme investi, la passion, une drôle de résurrection.) Bien sûr le film n'a rien de religieux, et gagne plutôt, je trouve, à être vu comme un film romantique, mais il reste porteurs de nombreuses références à l'art sacré (Bach aussi). Quand je vois par exemple en arrière-plan du tableau de Fra Angelico (cf lien du post précédent) Adam et Eve chassés du Paradis Terrestre, je pense à Georges et Anne chassés de leur cocon culturel et bourgeois. Pudiques,impudiques, une épreuve les rappelle à l'indécence, à la vulgarité sociale et émotionnelle, à l'indignité de tout corps - on voit ici que l'impudeur si reprochée à Haneke ne procède pas forcément d'un naturaliste mais reprend des motifs déjà très travaillés(Suzanne,Adam et Eve, Noé etc).
La question posée par Amour, c'est celle de la distance que le spectateur sera capable de réinventer face à ses images. Beaucoup de tartuffes, je trouve, sont venus se coller aux images du film pour mieux se plaindre ensuite d'avoir été manipulés.

Buster a dit…

Dans votre commentaire, il me semble qu’il y a deux types d’approche, la première, qui établit des correspondances avec la peinture, Fra Angelico, les Annonciations, le sacré, etc, relève de l’analyse, alors que la seconde, qui passe par la capacité du spectateur à trouver la bonne distance par rapport au film, relève davantage d’une position critique. Dans le premier cas, il est assez facile de dialoguer, à la limite peu importe qu’on aime ou pas le film, on réfléchit (temps long, fait de passerelles et de comparaisons avec d’autres oeuvres) sur ce que le film donne à voir, on décrit, on interprète, on surinterprète même.
Donc, l’Annonciation... Au niveau peinture c’est la question de l’irreprésentable: comment figurer le mystère de l’Incarnation. Chez les peintres de la Renaissance cela passait généralement par une sorte d’aberration dans le modèle perspectif (Arasse a beaucoup écrit là-dessus). Chez Haneke il ne s’agit pas d’Incarnation bien sûr mais d’autre chose, là où converge le film, qui conjoint dans le même geste la Mort et l’Amour, quelque chose à figurer donc, du "caché" dans le visible. C’est ça qui normalement doit finir par bouleverser. Mais là, rien... Haneke accumule les motifs mais pour moi le mystère ne prend pas vraiment forme.