samedi 15 septembre 2012

Wrong

Ah Wrong de Quentin Dupieux! Comment en parler sans dire une seule fois le mot "absurde", sans prononcer une seule fois le mot "poétique"... Parce qu’évidemment, à celui qui vous dit que le film n’est pas drôle, vous répondez "normal, c’est absurde", et à celui (le même généralement) qui vous dit que c'est ennuyeux, vous répondez "normal, c’est poétique"... Poétique et absurde, poétiquement absurde, Wrong l’est assurément. Mais une fois dit ça, on n’a rien dit... Alors? Reprenons. Absurde, ça veut dire quoi? J’ouvre mon dico, en l’occurrence le Petit Robert - "Rubber" hé hé -, je cherche le mot "absurde" et je lis: du latin absurdus, "discordant" [Moullet dirait "discrépant"], de surdus: "sourd". Donc "absurde", ab-surdus, ça veut dire précisément ça: "complètement sourd". Chez Dupieux, être "wrong" - le faux est une autre définition de l’absurde, du point de vue de la logique cette fois -, c’est être complètement sourd. Mais sourd à quoi? Au monde bien sûr, qui fait du personnage de Jack Plotnick l’héritier direct de ce grand clown blanc, lunaire, que fut Stan Laurel (la preuve, Plotnick est coiffé pareil)... Sourd au monde, c’est-à-dire "étanche" - comme on l’est ici aux trombes d’eau qui s’abattent dans le bureau - à un monde de toute façon pas fait pour nous, monde fade, aux couleurs délavées, qu'on voudrait bien fuir (tel le voisin joggeur qui déteste le jogging), le monde de la bien-pensance, celui qui pense right. Car le "poétiquement absurde" - qui permet par exemple à un réveil de passer de 7h59 à 7h60! - c’est aussi et surtout l'inverse du "politiquement correct". Son contraire absolu. Or qui dit "poétique" dit métaphore... Et de quoi le film de Dupieux est-il la métaphore - à travers cette histoire d'un type (alone, à l'ouest et pas seulement en Californie) qui visiblement a peur de la femme (jusqu'à la "tuer" via son jardinier qui est aussi sa mauvaise conscience) et dont la vie s'écroule le jour où son chien Paul, le seul être qui compte pour lui, disparaît, victime d'un kidnapping (dognapping) - sinon de la pédérastie (la scène où maître Chang propose au héros de lui confier un enfant en remplacement de son chien est pour le coup parfaitement inutile). J'ai dit pédérastie, pas pédophilie. Pédérastie au sens premier du mot (inutile de rouvrir le dictionnaire). Tout ça pour en arriver à la question suivante: Peut-on faire un beau film, poétiquement absurde, qui soit pédéraste? La réponse est Wrong.

PS. "ouaf ouaf" en chinois se dit "wong wong"...

14 commentaires:

socrate a dit…

le film est quand meme très chiant

Buster a dit…

Normal, c'est poétique!

Buster a dit…

Sinon Plotnick et Laurel suite:

Girls will be girls

That's my wife (le film )

Lucie a dit…

Marrant tout ça, moi je trouve que Jack Plotnick il ressemble à Guillaume Canet : http://asabadminton.free.fr/photos/2010/sylvain%20canet.jpg

Buster a dit…

C’est vrai, mais si j’évoque Canet à la place de Laurel mon texte n’a plus aucun sens, ça devient totalement… absurde :-D

Lucie a dit…

C'est sûr :D

Anonyme a dit…

Bonjour. Votre blog n'est pas mal fichu, mais ce que j'aime par-dessus tout y retrouver, ce sont les interventions des anonymes. Bravo et longue vie à eux !

médor a dit…

Pour Dupieux, le film est au premier degré, il parle vraiment de l’amour des chiens.

dancing - ma chine :-] a dit…

M...oua(r)f, mouarf !-]

Ah, mais je vois que les nouvelles vont vite, sur internet - euh, surtout, quand elles sont aussi capitales !-D

Peut-être l'un des seuls intérêts du "travail collectif" ;-DDD

A part ça, je prévois de voir le film, mardi. Juste par curiosité ; parce que son Steak... n'était pas très digeste (à mon goût !-]

Buster a dit…

> Dancing - ma chine, tiens, tu dis "mouarf mouarf" toi, ça vient d’où? :-D
Moi j’aime plutôt bien Steak, c’est Rubber que j’avais trouvé moins convaincant, pas si "gonflé" que ça (pfft...). Maintenant si tu comptes voir Wrong pour te fendre la poire, laisse tomber.
Au fait de quelles nouvelles parles-tu?

> Médor, ben voyons... et vous avalez ça comme un bon... petit toutou :-)
Quand je dis que la scène avec maître Chang est parfaitement inutile, ce n’est pas qu’elle est trop explicite, c’est qu’on a l’impression que Dupieux l’a mise là justement pour lever toute ambiguïté quant à la question de la pédérastie. On propose à Plotnick un enfant à la place de son chien, il est horrifié, comme s’il répondait "ça va pas la tête, pour qui me prenez-vous?", façon pour Dupieux de clarifier les choses et de préciser en effet que son film est à prendre au premier degré (l’amour des chiens), mais ça reste ambigu, la réaction du personnage pouvant tout aussi bien vouloir dire "vous êtes fous les gars, on remplace pas comme ça un objet d’amour!", ce qui fait que la scène finalement vient plutôt donner le change.

Sur ce je vais aller voir Camille redouble (normal elle a copié sur Francis, ha ha ha...)

Anonyme a dit…

alors buster, quand est-ce que vous rejoignez murielle et maxime à chronic’art et so film ?

Buster a dit…

??? no comprendo. Un rapport avec Wrong?

Anonyme a dit…

alors buster, quand est-ce que vous donnerez votre "parole d'allié" ?

http://ceciditaubasmot.blogspot.fr/

Buster a dit…

Ah ça y est... je viens de comprendre, je m’étais arrêté à l’entretien avec Frodon, je n’avais pas lu les autres. Bon bah, c’est sympa ce que disent Maxime Werner et Murielle Joudet. Le premier, je ne le connais pas, mais j’ai déjà lu des critiques de Murielle Joudet dans Chronic’art. J’aime bien son écriture, elle a du talent... Et puis une critique qui a compris Cap nord de Sandrine Rinaldi ne peut pas être une mauvaise critique! :-)