mercredi 12 septembre 2012

Choses vues (2)

Les yeux vers le ciel.

Cherchez Hortense de Pascal Bonitzer. Ce qui s’appelle une agréable surprise pour un film qu’on dit sans surprise. Le puzzle annoncé par l’affiche n’en est pas vraiment un, le film n’a rien d’un jeu de piste (tant mieux, après le Cluedo vieillot du Grand alibi), c'est juste une bonne petite comédie avec ses chassés-croisés habituels. Bon, tout n'est pas réussi, loin de là, on a par exemple beaucoup de mal à croire au personnage d'Isabelle Carré en immigrée "serbe de Croatie par son père et monténégrine par sa mère" et si les scènes sont souvent brillantes (entre Bacri et Scott Thomas, Bacri et Berroyer...), certaines sont franchement ratées (Bacri et Rich au restaurant japonais, Bacri et Carré au bistrot...). En plus
, question politique (celle des sans-papiers) ça klapischise un peu trop longuement, question satire (sur les hautes sphères du pouvoir) ça chabrolise un peu trop mollement, et question sexe ("papa, tu es gay?"), ça poirétise un peu trop lourdement... Bah alors, qu'est-ce qui reste? Eh bien l'essentiel: Bacri, sur lequel tout le film repose, dans le rôle d'un prof de civilisation chinoise chiffonné, se détachant de sa femme, une théâtreuse qui fume comme un pompier, en même temps qu'il s'entiche de ladite immigrée qui, elle, raffole de la tête de veau sauce gribiche (ou ravigote je ne sais plus)... Ce transfert laborieux de l'une à l'autre, car longtemps différé (la procrastination est au cœur du film), marque une véritable ouverture dans le cinéma jusque-là autocentré de Bonitzer, comme si celui-ci, en pleine analyse, allongé sur le divan, voyait subitement s'entrouvrir le plafond et apparaître un petit bout du ciel. Cherchez Hortense c'est Lacan chez les Chinois.

11 commentaires:

Anonyme a dit…

Excellent ! mais le film et son anti-sarkozysme tardif est quand même très mauvais.

Buster a dit…

La question des sans-papiers ne se réduit pas au sarkozysme (cf les Roms), et puis ce n’est pas le vrai sujet du film. Cela étant, cette idée d’anti-sarkozysme tardif est amusante car finalement ça participe à la procrastination que met en scène le film, comme si Bonitzer lui-même avait trop tardé dans sa charge anti-Sarko, ce qui fait qu’elle arrive après coup.

Anonyme a dit…

"A perdre la raison" c'est mieux que "Cherchez Hortense" !

Laurence a dit…

C'est bizarre que vous défendiez ce film de Bonitzer qui est quand même très inférieur à Rien sur Robert ou Petites coupures. C'est vrai que Bonitzer ouvre son univers mais si c'est pour tomber dans la démagogie bobo, mieux vaut rester dans l'autocentré comme vous dites.

Buster a dit…

Je n’aime pas beaucoup Rien sur Robert et je déteste Petites coupures... je préfère Cherchez Hortense, certes le film est bourré de défauts mais ils sont périphériques, ce qui m’a intéressé c’est vraiment le personnage de Bacri dans son rapport aux autres, loin de son image habituelle de grincheux (c’est pour ça que je parle d’ouverture, mais pas du point de vue du politique, sans intérêt ici). Maintenant je n’ai pas l’intention de défendre le film bec et ongles, faut pas exagérer non plus.

Anonyme a dit…

Bonitzer bénéficie d'un préjugé favorable grace à son passé de critique,une des meilleures plumes des Cahiers fin60/70/8O...mais son cinéma se situe dans une honnete moyenne;on pourrait paraphraser le jugement que lui-meme portait sur louis Malle:lacanien mais pas vraiment,politique mais pas vraiment,élégant mais pas vraiment..Cela dit son dernier film est intelligent;quoi?qu'est ce que vous dites?pas vraiment?

Buster a dit…

C’est juste... mais pas vraiment? si si, vraiment :-)

anonyme d'autour de 18h a dit…

Ah ah, bravo anonyme de 12h08 !

Buster a dit…

Tiens les anonymes, plutôt que de vous envoyer des fleurs, pourriez-vous m'expliquer la référence à Walter Scott dans le film à travers le jeu de mots sur les prénoms de la mère (Iva) et du fils (Noé) = Ivanhoé. Est-ce simplement parce que Walter Scott excellait dans la description des conflits? Ou est-ce une façon pour Bonitzer d'affirmer en Walter Scott un maître, comme Rohmer avec Stevenson ou Rivette avec Balzac? Ou bien quelque chose m'a échappé dans le film?

Anonyme a dit…

Aucune idée... Mais j'adore le commentaire de l'anonyme d'autour de 18h.

Anonyme a dit…

Walter Scott ? Mais peut-être Bonitzer veut-il rendre hommage à Richard Thorpe ! (hum)