mardi 18 septembre 2012

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Vu "Adieu Camille, le redoublement de mémé". C’est l’histoire d’un pharmacien, la quarantaine, qui n’arrive pas à quitter sa femme, même en douceur. Un soir qu’il est très malheureux - il a reçu un SMS de sa maîtresse le traitant de "petite bite incinérée" - il s’enfile une bouteille de whisky et un tube entier (on ne sait pas comment) de Strictovasorectal, et là, pif, paf, pouf... il s’évanouit et se retrouve soixante ans en arrière. Après ça se complique. Il rencontre mémé, sa grand-mère, qu’il séduit à la faveur d’un tour de magie, puis l’abandonne parce que, merde, quand même, c'est mémé, faut pas déconner, mais la magie est trop forte... Il confie son secret à un directeur de pompes funèbres qui ressemble comme deux gouttes d'eau à son père, croise son double en professeur de physique, ainsi qu’une pauvre folle errant dans les cimetières et qui semble avoir vécu la même histoire (à moins qu’elle l’ait pompée, funèbrement) avec l'associé de son frère (le frère du pharmacien, vous suivez?). Finalement, de cartes postales en SMS, il revient dans le présent.

A part ça Adieu Berthe est très drôle: .

Bon, redevenons sérieux. J'ai vu dans la foulée Adieu Berthe de Bruno Podalydès et Camille redouble de Noémie Lvovsky. Le premier est décevant car franchement poussif. Passé le générique (l'annonce de la mort de mémé), laissant espérer le meilleur, le film tombe rapidement dans le pire. Rien de pire en effet qu'un film qui ne trouve jamais son rythme alors que c'est justement le rythme qui d'ordinaire fait la force des films de Podalydès (cf. Dieu seul me voit, Liberté-Oléron, les premiers, ses meilleurs). S'il y a quelques bons moments dans Adieu Berthe, ça ne compense pas les nombreuses scènes où le récit traîne des pieds (l'organisation des obsèques, le séjour à la maison de retraite... sans compter les innombrables SMS envoyés plein écran), quand il ne se prend pas carrément les pieds dans le tapis (les crises de Lemercier).
L'avantage avec Camille redouble, c'est qu'en 1985 il n'y avait pas de SMS (une des plaies actuelles du cinéma d'auteur)... et ça c'est quand même appréciable. Après, je me demande si tout l'intérêt du film ne repose pas uniquement sur son idée de départ. Que cette idée (et pas mal de ses développements) vienne directement de Peggy Sue s'est mariée, à vrai dire je m'en fous, dans la mesure où je ne suis pas très fan non plus du film de Coppola. Le problème c'est surtout que Lvovsky lorgne un peu trop sur ses propres films, en l'occurrence Petites et La vie ne me fait pas peur, de loin les meilleurs, mais sans la fraîcheur qui en faisait tout le charme. Voir Noémie Lvovsky engoncée dans des fringues de teenager eighties et se trémousser sur "99 Luftballons" de Nena, c’est marrant mais bon, hormis l'incongruité que représente un corps d'ado avec vingt-cinq ans de plus, le reste est sans surprise, le film se contentant de recycler les bonnes vieilles recettes du teen movie (Camille va au lycée, Camille fait du théâtre, Camille découvre l'amour...), de sorte que la question du temps se réduit à de la pure nostalgie (et un peu d'horlogerie). Quant aux scènes avec papa et maman, OK elles sont émouvantes, mais là encore très attendues. C'est l'inverse qui aurait été surprenant. La réalisatrice a suffisamment de métier (merci Barbara), sans compter son talent d'actrice, pour ne pas saloper ce genre de scène. Donc voilà, un film estimable mais terriblement prévisible, on dira: confortable.

21 commentaires:

Edouard a dit…

Bon, ce n'est donc pas ton texte qui va me pousser à y aller...
Ils étaient très bien les trois premiers films de Lvovsky, mais alors les suivants, "Les sentiments" et "Faut que ça danse!", c'était vraiment n'importe quoi.

Lucie a dit…

Adieu Camille – le redoublement de mémé, ça a l'air bien comme film (j’ai pas vu les deux autres) :D

Buster a dit…

Camille redouble passe mieux que Adieu Berthe, mais j’ai plus de sympathie pour le travail de Podalydès, car même si son film fonctionne mal, lui au moins prend des risques et tente des choses...

Lucie > Le film de "Podalovsky" est quand même très spécial :-)

jean louis a dit…

"camille redouble" n'est pas nul mais l'incroyable complaisance de la critique à l'égard du film est à vomir -la palme à begaudeau dans transfuge, lvosvky doit avoir un carnet d'adresses long comme le bras c'est pas possible autrement

Buster a dit…

Complaisance, je ne sais pas, je dirais plutôt indulgence, mais ce n’est pas étonnant parce que le film est fait pour ça, le passé est revécu avec tendresse finalement, parents bienveillants, copines fidèles, compagnon attachant, etc, et puis il doit y avoir un phénomène générationnel, pour beaucoup de critiques les années 80 renvoient à leur enfance ou à leur adolescence, le film de Lvovsky entretient la nostalgie, avec un peu de mélancolie mais pas trop, ça ne peut que plaire... Reste qu’au niveau mise en scène ce n’est pas très inspiré, c’est le moins qu’on puisse dire, Lvovsky n’est pas une grande cinéaste, il suffit de comparer Petites (que j’aime bien par ailleurs) avec A girl’s own story de Jane Campion.

Anonyme a dit…

"Camille redouble" c'est mieux que "Moonrise Kingdom" (et que "Wrong") !

Anonyme a dit…

Diriez-vous qu'elle est plus convaincante comme actrice que comme cinéaste ?

Buster a dit…

Peut-être mais en fait je ne sais même pas... le jeu de l'acteur ne m'intéresse pas beaucoup.

En tous les cas Lvovsky est épouvantable dans Adieu Berthe, un tout petit rôle, celui de la pleureuse, personnage ridicule et totalement inutile, il est incompréhensible que Podalydès ne l'ait pas supprimé au montage (mais peut-être justement parce que c'est Lvovsky, comme si sa présence était une sorte de label - label de quoi?)

BN a dit…

Camille redouble c'est très laborieusement le pire Almodovar (Volver) chez le meilleur Mazuy (Travolta), l'émotion en toc de l'amour pour maman avec l'énergie toujours borderline des ados...franchement ça rame(scènes de disputes-expositions fausses de bout en bout et pourtant j'aime beaucoup Samir Guesmi, parents et ados en carton pâte),et à aucun moment (à part peut-être sur le vélo 99 Luftaballons...) on ne sent le souffle d'un corps vierge plein d'avenir ...je préfère comme vous les maladresses d'Adieu Berthe, moins tire larme (et encore)...Bégaudeau a toujours crier son amour pour Lvovsky actrice et réalisatrice, c'est son côté féministe en toc.

Julie a dit…

Je vous trouve un peu trop sévère avec le film de Noémie Lvovsky qui est bien plus qu'estimable, Bégaudeau, quel que soit son amour pour Lvovsky en rend très bien compte lorsqu'il dit que le film sait mêler le "je vais mourir" et le "je suis éternel", le grave et le léger, le conséquent et l'inconséquent, le "tout importe" et le "rien ne compte".

Buster a dit…

Bon j’ai lu le texte de Bégaudeau, suite aux commentaires de jean louis et de BN, ce n’est pas très convaincant, Bégaudeau se contente de suivre le film à la lettre, faisant part de son émotion à chaque scène décrite, il en fait quand même des tonnes, parce que franchement, si on l’écoutait (et vous avec, Julie), Lvovsky aurait réussi le chef-d'oeuvre absolu... Grave et léger mêlés, oui bien sûr, sauf qu’on sent un peu trop le procédé. Camille redouble... le film redouble surtout d’effets, c’est de la mécanique bien huilée, d’ailleurs paradoxalement Bégaudeau le laisse entendre à un moment donné (je ne me souviens plus de la formule, "machine à émouvoir"?), ce qui n’est pas très valorisant.

§ a dit…

Lvovsky, Hers, Hansen Love, tous ces cinéastes français lamentables qui nous rendraient presque nostalgiques de Sautet...

Buster a dit…

Ah moi j’aime bien Hers, il a une écriture assez musicale, mais pour l’instant il n’a fait que répéter le même film. On verra avec le prochain.

Lvovsky c’est du cinéma qui fait vieux, Hansen Love c’est du cinéma qui sonne faux…

Julie a dit…

Bégaudeau parle d’une "implacable machine à nouer les gorges", formule un peu malheureuse mais qui n’enlève rien à ce qu’il dit par ailleurs et que je partage, notamment sur l’aspect très mélancolique du film.

§ a dit…

Je suis remonté contre Hers parce que j'ai découvert Memory Lane hier soir et j'ai trouvé ça horrible. Après "le travelling de Kapo", il y a maintenant "le cancer de Memory Lane". Vous parlez de musicalité mais la musique est atroce d'un bout à l'autre ! C'est aussi un assez formidable catalogue de tics d'acteurs français, ils sont tous abominables sauf Marie Rivière. Ce n'est pas un film musical, mais plutôt un film qui ne cesse de souffler à l'oreille : "écoutez ma p'tite musique"... Un truc très français, le coup de "la p'tite musique", "les p'tits riens de la vie", "eh, oui ma bonne dame, comme le temps passe !", "après l'été vient l'automne", etc. ça voudrait vaguement être du Ozu, mais c'est malheureusement du Delerm. Du Klapisch arty.

Mia Hasen Love c'est effectivement du faux naturalisme, avec un point de vue sur les personnages qui me répugne.
Je n'ai pas vu le dernier Lvovsky, mais ceux que j'ai vu m'ont tous paru d'une fausse candeur extrêmement maligne, ils ont cet espèce de sourire forcé qu'elle a elle-même constamment lorsqu'elle fait l'actrice.

Buster a dit…

Julie > l’aspect mélancolique moi je ne l’ai pas ressenti tant que ça. Déjà le simple fait de retourner dans le passé s’oppose à la mélancolie, puisque la mélancolie c’est justement le sentiment que le passé est définitivement perdu. Là on nage plutôt en pleine nostalgie. A la fin, c’est vrai, pointe une forme de mélancolie (à travers la photo de Camille), mais qui est presque "normale", en tous les cas attendue à partir du moment où l’on quitte le passé et son côté enchanté pour revenir dans le présent. Au point que le film se lit plutôt, rétroactivement, comme une recherche d’apaisement (via le passé), voire de réconciliation avec soi-même, pour mieux supporter les ratages de la vie (amour, carrière artistique...), un moyen finalement d’arrêter la picole. Plus thérapeutique que mélancolique... Camille redouble c’est un bon scénario mais pas très original.

§ > aïe, ça sent la colère, il va être difficile d’y répondre ;-) Le film est déjà un peu ancien, tout n’y était pas réussi (le personnage dépressif, quelques tics en effet comme le ralenti, les travellings arrière, la musique un peu trop présente par moments…), mais je me souviens aussi de très belles choses parmi lesquelles la longue séquence de marche au petit matin qui installait une vraie durée dans le film, la scène d’amour dans le gymnase, et la rencontre entre la fille et le père condamné, moi je l’avais trouvé empreinte d’une grande douceur, pas du tout horrible. A l’époque j’avais évoqué Naruse (plus qu’Ozu), rien que ça!, pour le côté demi-ton et surtout cette impression de "flottement" qui traverse tout le film, un peu comme dans Somewhere de Sofia Coppola. Bref un truc extrêmement ténu, qui tient sur un fil, prêt à se rompre à tout moment, mais qui finalement accroche. Mieux que du Delerm!

Griffe a dit…

Plutôt d'accord avec § au sujet de Hers, malgré ce que vous Buster et l'ami Vincent vous en dites. J'avais trouvé qu'il ne s'agissait dans Memory Lane que d'idées : idée de la musicalité, idée de la douceur, idée de la nostalgie, idée de la perte, de la douleur, etc. Mais percent bel et bien sous ces intentions des points de vue assez mesquins : vous vous souvenez de la scène dans la bibliothèque où les héros (qui y travaillent) ricanent ensemble sur le dos de deux anciens camarades de bahut qui cherchent des disques de Dire Straits ? Très facile et très suffisant, d'autant plus que la scène ne raconte que ça et fait passer ce snobisme de classe pour du bon goût malicieux. La scène du garçon dépressif est encore pire dans mon souvenir.
Par contre, plus que dans ceux d'Ozu ou de Naruse, vous ne trouvez pas que Hers marche dans les pas de Duras ? (Il est vrai que Duras adorait Ozu...) : les notes tristounettes de piano pendant les travellings...
Mais je lui reconnais, à Hers, et j'irai voir ses prochains films pour ça : de s'intéresser, sincèrement il me semble, aux paysages. Mais que son film est mal écrit ! Pourquoi n'assume-t-il pas le quotidien, le vide, la glande, le rien ? Pourquoi, encore et toujours, le deuil, la dépression ? Pour justifier quoi ?

Geeke a dit…

Ah c'est marrant j'aurais dit exactement le contraire : Lvovsky c'est du cinéma qui sonne faux et Hansen Love du cinéma qui fait vieux.
Mais c'est pas très grave !

Buster a dit…

Griffe > C'est vrai que le cinéma de Hers pourrait être plus léger de ce côté-là, c'est le côté un peu garrélien de son cinéma, en moins sombre quand même. Les notes tristounettes comme vous dites sont pour moi plus modianesques que durassiennes. Mais ces défauts sont aussi des défauts de jeunesse, c'est pourquoi j'attends de voir quel tournant va prendre son oeuvre, une fois abandonné cette vision pour le moins mélancolique de la post-adolescence.

Geeke > Oui j'ai écrit le contraire de ce que je pensais... Disons alors que "Hansen Lovsky" c'est du cinéma qui fait vieux et qui sonne faux :-)

Anonyme a dit…

Lvovsky c'est du cinéma qui fait chialer Bégaudeau, Hansen Love c'est du cinéma qui fait bander Frodon.

Buster a dit…

:-D