mercredi 5 septembre 2012

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"Wes Anderson / From above" par kogonada.

En ce moment j'écoute, outre The shaking aspect of summer d'Athanase Granson, The sparrow de Lawrence Arabia, Oshin de DIIV, The scarlet beast o'seven heads de Get Well Soon... mais aussi Prepare to bawl de Grandaddy, son premier album (très punk) sorti uniquement sur cassette et où l'on trouve l'extraordinaire Aviatress.

19 commentaires:

Griffe a dit…

D'où sort ce revival Greenaway ?

Buster a dit…

Ah bon... vous trouvez que ça ressemble à du Greenaway?

Griffe a dit…

Oui, en accéléré, moins la morbidité, plus les couleurs, pour le reste je trouve que c'est du presque pareil au même et qu'Anderson a rendu aimable ce que Greenaway avait fait unanimement détester : un cinéma qui ressemble au feuillettement vaguement ennuyé d'un livre d'art, sur fond de musique répétitive.

Anonyme a dit…

Un goût pour la dénotation peut-être ?

Bonus (si toutefois on peut proposer des vidéos dans les commentaires) : déjà un classique
http://www.youtube.com/watch?v=ZGhMYUgJdQc

Buster a dit…

Chouette… une polémique! :-)
Griffe, votre description m’évoque en effet Greenaway mais pas vraiment Anderson. Wes Anderson c’est peut-être dandy mais pas arty. Greenaway c’est du mauvais baroque, un cinéma de tableaux, complètement figé, alors que chez Anderson ça vit, c’est stylisé mais ça vit, à travers notamment (et pour rester sur le seul registre esthétique) cette attention aux détails qui loin de surcharger le plan et le transformer en petite collection vintage, l’ouvre au contraire, au niveau du récit, telle une malle aux trésors… En fait pour apprécier le cinéma d’Anderson il faut accepter de le voir de près, c’est une affaire de goût (voire de myopie) plus que de jugement.

Max Fischer a dit…

Griffe, la façon dont vous résumez et associez le cinéma d'Anderson et Greenaway (qui ont tout de même très peu en commun), rappelle des arguments utilisés en leur temps contre Hitchcock, Antonioni ou Resnais. Aussi différents soient-ils, ce sont tous des cinéastes qui travaillent à la surface de l'image (d'où les pages que l'on feuillette, j'imagine), et des formalistes chevronnés (d'où le livre d'Art). Mais alors que Greenaway est un cynique pédant, Anderson est un sentimental mélancolique. La différence me semble plus qu'aimable.

Capitaine Crochet a dit…

Anderson c’était bien au début, Bottle Rocket, Rushmore, aujourd’hui il se contente de faire joujou avec ses petites figurines, on n’est plus dans la mélancolie mais le syndrome de Peter Pan.

Buster a dit…

Hum... après la griffe, le crochet!

Max Fischer a dit…

Capitaine crochet, vous ne faites que véhiculer un cliché sur Anderson. Ses personnages aimeraient sans doute être des figurines, c'est d'ailleurs une définition du dandysme, mais ce n'est certainement pas ce à quoi les réduit Anderson. C'est drôle qu'on lui reproche toujours ça, alors que dans 60% du cinéma américain actuel les personnages me semblent être mille fois plus considérés comme des figurines, à commencer par ceux de Tarantino : petites figures malléables à merci, pures créatures cinématographiques pour lesquelles la mort n'a plus de valeur.

Griffe a dit…

Mais Buster, Greenaway aussi c'est une affaire de goût ! Son bric-à-brac à lui, tout autant sorti d'une malle que celui d'Anderson (d'ailleurs il a réalisé toute une série appelée "Suitcases"), est simplement moins attendrissante, moins poliment surréaliste, elle suinte la fin de lignée aristocratique, le wagnérisme tourné au délire obsessionnel d'un grand-bourgeois esthète du genre à hurler quand on dérange ses jeux au coin du feu avec ses soldats miniatures...
Alors oui, vous avez raison, ça vit moins, principalement du fait de sa direction d'acteurs et de ses plans-tableaux qu'il estime d'autant plus réussis qu'il les a nettoyés de tout ce qui pourrait les faire exister : sentiments, imprévu, humour, vitesse, etc.
Anderson est moins borné et moins fou, mais tout de même sa façon de faire est proche, on y survole pareillement des objets fétiches filmés en plans frontaux et disposés très maniaquement les uns à la suite des autres... Alors je reconnais que je n'y prête pas tellement attention, à ces trésors, précisément à cause de cette forme, qui me rend aveugle à toute la poésie que vous semblez leur trouver.
Et pour répondre à Max Fischer, il est sans doute vrai que "Greenaway est un cynique pédant" et "Anderson un sentimental mélancolique", mais je vois tout de même plus de ressemblance entre leurs films qu'entre leur cinéma et celui d'Antonioni, de Resnais ou de Hitchcock, qui d'ailleurs n'ont rien à voir entre eux, ou alors quelque chose m'échappe...

§ a dit…

Puisque Anderson a ses défenseurs, permettez-moi de jouer l'avocat de Greenaway. C'est un cinéaste auquel je ne pense jamais, et je suis loin d'aimer tous ses films, mais dans certains, comme Meurtre dans un jardin anglais, Zoo ou Le Ventre de l'architecte (film qui à l'époque, je vous le rappelle, étonna en bien beaucoup d'anti-Greenaway – lire notamment la critique de Bergala dans Les Cahiers), s'il monte son petit théâtre de marionnettes c'est pour mieux souligner ce qui ne peut y tenir : le corps, le désir, la mort. Tout ce que vous appelez son « bric-à-brac » s'écroulant dès que suinte une goute de sueur, de sang, de sperme... Ce sont des vanités où un peu de souffrance vient soudain rendre intolérable les artifices les plus élaborés. Tout ça est assez cruel et morbide, mais non dénué de sentiments et d'humour.
Par ailleurs, avant Meurtre dans un jardin anglais Greenaway a aussi fait de bons documentaires et court-métrages, dont le beau H for House, solaire et drôle, et que vous pouvez regarder là :
http://v.youku.com/v_show/id_XNDY1Mjg0NTI=.html

Puis, depuis une vingtaine d'années, il a effectivement surtout fait des choses chiantes, pédantes et laides. Mais pas tellement pires que les films de Sokourov qui, il faut l'espérer, tombera lui aussi un jour dans l'enfer des critiques.

Buster a dit…

L’esthétique de Greenaway est celle d’un plasticien qui se sert du cinéma plus qu’il ne le sert. C’est vrai qu’il y a des choses intéressantes dans son oeuvre mais c’est à des années lumière de mes préoccupations.
Anderson c’est vraiment l’inverse, sa maniaquerie, réelle, est tout entière au service du cinéma, il ne fait pas joujou il reconstruit une réalité, sa réalité, ce n’est pas un art du rapetissement comme on le dit un peu trop souvent mais un art de substitution. Et s’il s’origine dans l’enfance c’est comme chez la plupart des grands cinéastes. Ce qui est beau et émouvant chez Anderson c’est qu’il court-circuite les étapes souvent édifiantes de l’introspection pour nous plonger directement non pas dans le monde de l’enfance (la trop facile maison de poupée) mais dans un monde totalement reconstruit, à sa propre échelle, manière pour lui de se protéger, c’est ça qui rend ses films par instants si bouleversants.
Et puis le plus beau "jouet" du monde n’est-ce pas le cinéma lui-même?

§ a dit…

Buster, je défend un peu Greenaway parce que je pense qu'il a effectivement fait des choses intéressantes à un moment, mais sinon je m'en fout assez. Il m'est même assez antipathique, contrairement à Anderson que je considère comme un des plus grands cinéastes vivants. Et je suis tout à fait d'accord avec vous sur la différence essentielle entre les deux : Greenaway est un plasticien pour qui le cinéma est un moyen, alors que l'on imagine mal Anderson faire autre chose que des films.

Buster a dit…

Je me disais aussi :-)

Anonyme a dit…

Capitaine Crochet a absolument raison. En se balandant sur le web, on voit que cette opinion est partagée par tous les gens de bon sens (et non pas, de soi-disant bon go^t.) "I generally roll my eyes at arch, highly literary writers when they're writing novels. When they start invading my precious cinema I can get cranky. Wes Anderson, for instance: can't get on board, sir. You like John Irving too much. (I haven't seen The Fantastic Mr. Fox yet, but intend to, and I should also mention I adore Rushmore)."

Anonyme a dit…

Greenaway me fait penser à Wong-Kar Waï et Resnais, surtout dans The Cook, the Thief, His Wife & Her Lover, où Michael Gambon est extraordinaire. L'écriture est intéressante aussi. La prétention de Greenaway a ses moments.

§ a dit…

Anonyme de 23h38, plutôt que de recenser l'opinion des autres sur le web, comme si cela prouvait quoi que ce soit, revoyez les films. D'ailleurs le "bon sens" n'est pas très intéressant, surtout en art. Je préfère vraiment le goût, bon ou mauvais. L'article que vous citez parle assez peu de cinéma. Dans le paragraphe en question, les reproches qui y sont fait à Anderson et les a priori vis-a-vis de Stillman me rappellent ceux qu'a si souvent subi Rohmer. En gros : "pourquoi m'intéresser à des gens plus riches que moi et qui en plus parlent comme dans les livres ?" Question absolument idiote, que personne n'oserait se poser à propos d'Henry James ou Proust, même au nom du "bon sens". (Je ne sais plus quel poète a dit que tout était fécond sauf le bon sens).

Buster a dit…

Ah bon, il est aussi question de Stillman? Mais de quel texte s’agit-il?

Anonyme a dit…

Ce sont bien des a priori, comme l'explique le texte, et la référence à Wes Anderson se limite au passage que j'ai cité. C'est amusant d'ailleurs, parce que l'auteur de ce blog se livre à une sorte d'autocritique à un autre endroit en dénonçant l'emploi de l'adjectif littéraire, "un mot que les débiles incultes emploient pour décrire les films de Wes Anderson, parce que Wes Anderson a la putain de témérité de lire des livres. %Mais oui, que dieu garde Salinger, John Irving et Roald Dahl d'avoir une quelconque influence sur lui. (Egalement, si vous avez la prétention de connaître un petit peu le cinéma et que vous pensez pouvoir vous en moquer, épargnez vous la peine et passez à la partie où vous allez vous faire foutre)."
Jamais rien lu d'Irving (des a prioris m'en ont tenu à distance), donc je ne peux pas trop juger de la pertinence de ces remarques. Mais vous voyez ce qu'il veut dire et que ça peut avoir son intérêt (qu'on aime pas le ton familier et insultant, c'est autre chose).