mercredi 13 juin 2012

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Où vont toutes ces limos la nuit?

Si A dangerous method m’avait laissé sur ma faim, Cosmopolis m'a au contraire enthousiasmé. On peut d'ailleurs voir les deux films comme les deux parties d'un diptyque (c'est la première fois depuis Videodrome et Dead zone que Cronenberg tourne deux films coup sur coup). Dans A dangerous method: la psychanalyse, Jung vs Freud via Sabina Spielrein, un monde finissant, la catastrophe à venir... Dans Cosmopolis: la science au service de la haute finance (via la théorie des fractales - ce n'est pas explicite mais c'est ce que j'ai compris), la prise de conscience d'un golden boy multimilliardaire en train de perdre toute sa fortune, faute d'avoir compris le yuan - dans le livre de DeLillo, écrit il y a dix ans, c'était le yen -, la fin du capitalisme postmoderne... Les deux films se répondent. Il n'est pas jusqu'au personnage de l'entarteur, joué par Amalric, qui semble faire écho à celui d'Otto Gross, incarné par Cassel, soit deux éléments perturbateurs - et en même temps complètement inoffensifs -, le premier d'un système, le second d'une théorie... Ce qui passe d'un film à l'autre, c'est bien sûr la parole, plus déliée que jamais, peut-être aussi la pulsion de mort. Reste que le défi de Cronenberg d’adapter Cosmopolis de DeLillo était autrement plus casse-gueule, ne serait-ce déjà - outre la langue delillienne pas facile à transposer - par le malaise que l’œuvre suscite inévitablement chez le lecteur (d’où le rejet possible), que celui d’adapter The talking cure d’Hampton, œuvre infiniment plus séduisante, mais où - je n'en démords pas – le dramaturge, à l'instar de Sabina Spielrein avec Freud, avait sacrément mâché le travail au cinéaste. Là non. Cronenberg ne se contente pas d'adapter intelligemment un texte, il recrée tout un univers, qui certes est inspiré de celui de DeLillo, mais qui, au final, lui appartient tant il parvient à y greffer son propre regard (le travail d'hybridation se situe là dorénavant), rappelant ses œuvres esthétiquement les plus abouties.
Le matériau de base est assez délirant. Packer, le trader, fraîchement marié à une richissime héritière, qui écrit des poèmes (de la merde, apprend-on dans le bouquin), disposant, pour accéder à son gigantesque bureau, de deux ascenseurs qui diffèrent par la musique qu'on y joue - du Satie ou celle d'un rappeur soufi -, puant le fric autant que le sexe (le film est très olfactif), se trouve bloqué en plein New York dans sa limousine blindée et insonorisée ("proustée" = tapissée de liège comme la chambre de Proust), la faute à la visite du Président des Etats-Unis, les funérailles du rappeur et plusieurs manifestations anticapitalistes placées sous le signe du rat (un des slogans, emprunté au poète polonais Zbigniew Herbert: "un rat devint l'unité d'échange", allusion à une ville en état de siège, sert d'exergue au roman et au film), alors qu'il veut se rendre à l'autre bout de la ville pour se faire couper les cheveux (il y réussira... à moitié - lors d'une séquence très Mitteleuropa évoquant le Eyes wide shut de Kubrick - tout ça après différentes rencontres dont celle avec le médecin, hallucinante séance de toucher rectal pendant que Packer drague, tout en grimaçant, sa directrice financière en tenue de joggeuse). La parole ici procède d'une sorte de salmigondis technico-scientifico-métaphysique, pure lalangue, qui ne vise pas, évidemment, à produire du sens mais simplement à signifier l’ultra-jouissance dans laquelle baigne le personnage.

L'homme aux rats.

Le film est comme un long tunnel (la limousine) conduisant le héros vers les profondeurs (le retour aux origines), jusqu’au dernier palier (le salon de coiffure et l'image paternelle à laquelle renvoie la scène), passage obligé avant d’accéder au "sous-sol" (l’appartement dévasté de Benno, l’ex-employé devenu inemployable qui veut tuer Packer)... Pas la peine d’insister sur la dimension freudienne (voire sadique-anale) de cette déchéance programmée. Elle est dans le livre. On notera juste que cette déchéance prend ici l’allure d’une véritable déchétisation, ce qui inscrit le film dans une vision assez lacanienne du capitalisme. La limousine en est le symbole. Sorte d’aquarium ouaté, envahi d'objets pulsionnels totalement vides, gadgétisés, glissant au milieu de la ville et de ses tumultes, elle préfigure le parcours du héros, de la blancheur immaculée à la souillure. Créature à part entière, est-elle cronenbergienne? Oui et non. Oui, parce qu'elle assure la disjonction entre le dedans et le dehors, entre l'intérieur, calfeutré, et l'extérieur, le peuple des "rats"; non, parce qu'il n'y a pas d'interaction entre le dedans et le dehors, séparés non plus comme autrefois par une membrane poreuse, qui favorise les échanges, mais par une barrière parfaitement étanche, empêchant toute communication... Or si Packer est ainsi protégé, doublement protégé, par sa limousine et son garde du corps, qui est comme une seconde enveloppe, qu'en est-il une fois celui-ci exécuté et la limo rangée au parking?
C'est tout l'enjeu de la dernière partie, la plus ingrate, lorsque le héros, ainsi exposé, la tête non pas "défigurée" (c’est fini tout ça) mais simplement asymétrique (des restes de tarte à la crème d'un côté, les cheveux tailladés de l'autre), comme sa prostate, se retrouve dans l'antre miasmatique de son ennemi intime et que s'engage entre eux un très long dialogue (repris in extenso du roman, Cronenberg n’ayant éliminé que les hallucinations terminales du personnage principal, peut-être parce que trop... cronenbergiennes - comme c'était déjà le cas pour Spider), dialogue un peu pénible mais nécessaire, sans quoi tout ce qui précède n’aurait servi à rien, qui va l'amener à... à quoi au fait? Je dirais: à découvrir la honte (une larme coule sur la joue de Packer, mais sans rapport avec la douleur - il vient de se tirer une balle dans la main -, ni avec sa mort prochaine). Pour Lacan, le monde moderne, capitaliste, serait marqué, entre autres, par la déchéance du père et la disparition de la honte. Difficile de ne pas voir dans l'itinéraire de Packer, voyage à rebours du capitalisme, une manière non seulement de restituer le père (à travers le personnage du coiffeur) mais aussi de retrouver la honte (à l'issue de cet ultime échange avec l'homme-déchet).

Un film asymétrique.

On parle beaucoup d'abstraction à propos du film. Cosmopolis s'ouvre sur une toile de Pollock et se termine sur une toile de Rothko. Est-ce à dire que le film passerait d'une abstraction à une autre, du dripping au "champ coloré"? Or ce qui caractérise la peinture de Pollock, ou plutôt sa technique, c’est sa dimension mathématique, fractale (au niveau de la densité des couleurs), comme les mouvements des marchés financiers, alors que chez Rothko l’abstraction est au contraire plus spirituelle, "tragique" même, nourrie par les mythes, ce qui nous ramène à Freud et à Jung. Au début du roman, il est dit de Packer qu’il ne consultait pas d’analyste: "Fini Freud, place à Einstein." La formule n’a rien de programmatique, elle situe le personnage dans sa position de départ (c'est la science qui gouverne). Par la suite, ce sera plutôt l'inverse. Cosmopolis, film génialement bavard, se découpe ainsi en deux parties cloisonnées, inégales, qui le rendent asymétrique (A dangerous method était au contraire un film parfaitement symétrique, un modèle d'équilibre). Une première partie, la plus importante (les 2/3 du film), d’aspect pollockien, fractale, qui se passe dans la limousine et occupe toute la surface: des mots vides qui "s'égouttent" dans tous les sens; une seconde partie (le dernier 1/3), d’esprit rothkien, plus spatiale, qui se passe dans l’antre de Benno, telle une scène de théâtre: la parole pleine, un peu lourde, qui cherche à faire sens. On peut évidemment préférer une partie à l'autre, on ne peut nier la cohérence de l'ensemble...
Car ce qui intéresse Cronenberg c'est bien cela: le cheminement d'un homme détaché de son corps - c'est pour cette raison qu'il fait des check-up tous les jours - et non la critique du capitalisme, cyber ou pas (juger le film sur cette base c'est faire fausse route). Faute d'avoir su écouter son corps, en l'occurrence sa prostate, Packer a oublié l'asymétrique, le petit truc bizarre qui lui aurait permis de comprendre le yuan. Mais tout ça n'a plus d'importance. Ce qui compte maintenant, c'est l'homme seul qui est en face de lui, cet homme qui le connaissait mieux que personne, mieux que lui-même, auquel il avait failli et allait faillir encore, cet homme qui disait devoir le tuer tout simplement pour ce qu'il est. L'homme, lui, l'autre, qui allait mourir, qui était déjà mort, et dont il voyait le corps, toujours là... encore détaché?

A lire l'excellente critique de Guillaume Orignac sur le site de Chronic'art.

55 commentaires:

Buster a dit…

Et hop... encore plus long que valzeur! :-)

Anonyme a dit…

Merci beaucoup Buster, grâce à vous je viens seulement de comprendre le film :D

Anonyme a dit…

Beau texte qui donne envie de revoir le film.
Sinon Buster, avez-vous lu le dernier numéro des Cahiers? L'accueil du dernier Audiard est très négatif, mais ça passe par une vraie critique signée Beghin et non une notule. C'est ce que vous vouliez, non ?

Buster a dit…

Anonyme 1 > C’est déjà ça... :-)

Anonyme 2 > Pas encore lu, sauf l’édito où Delorme descend Haneke, ce qui me plaît bien. J’ai vu qu’il y avait aussi un dossier sur le Faust de Sokourov, ce qui me plaît encore plus. Et vous me dites qu’il y a même une critique négative du film d’Audiard par Béghin. Mais c’est génial!

valzeur a dit…

Hello Buster,

Je me pose toujours des questions sur votre état-civil (profession, s'entend, pas votre adresse) et j'ai comme l'impression, au vu de certaines formules, que vous naviguez dans la sphère psy (pas comme le dépeceur de Montréal, j'espère), ce qui pourrait expliquer votre incroyable indulgence pour la symbolique pied de plomb à l'oeuvre dans Cosmopolis, ce film "qui restera" - cf Tessé dans les Cahiers - mais où ? Dans la poubelle à mon sens. Prenons la scène de toucher rectal qualifiée de "démente" par Tessé : la posture Ange de l'Apocalypse de Pattinson, ce surplomb penaud sur la pauvre actrice "nerveuse" qui triture son attribut pénien en plastique (une bouteille, hein ?), tout ça est furieusement grotesque. Pardonnez moi de ne pas être très sensible aux femmes phalliques surtout quand le voyant "transgression" clignote tout du long. Le choix que fait Cronenberg de repousser le raccord sur le médecin claquant son gant en latex "dilate" encore plus, si je puis dire, ce moment de comique farouchement involontaire. En fait, Cosmopolis, c'est les Monty Python pour le rapport biaisé à la causalité, allié à une pompe conceptuelle bas de gamme qui fait de ce grand-oeuvre un pont-tournant entre nanar et téléfilm frigide. Vous qui êtes un esthète, Buster, je m'étonne que vous n'ayez pas perçu la profonde vacuité esthétique de ce film. Je ris encore en repensant à la description que fait Tessé de la saillie-Binoche (on dirait en fait qu'il parle de la plus belle scène du pâlichon "Hors Satan", celle où la pseudo-Vouivre se love dans l'eau après la baise). Et je ris encore plus à sa formule "angle mutant" pour désigner les points de vue de Cronenberg dans la limousine qui, pour ma part, ne me semblent guidés que par la nécessité et la lassitude d'avoir un matériau aussi indigent à sublimer. Mais bon, il l'a bien cherché, et il se vautre dans les grandes largeurs. Cosmopolis n'est pas la représentation du Monde tel qu'il est ou sera, c'est l'abandon du Monde par le cinéma et le choix du contrat pour pallier cette représentation. La logique du contrat est partout dans le film, et principalement chez les acteurs dont à peu près personne ne parle et pour cause ; ils n'ont à offrir qu'un peu de chair qui bouge, ce ne sont même pas des zombies. Je pourrais continuer, Buster, mais j'en garde un peu sous la semelle. Enfin, je ne vous félicite pas de plonger tête baissée dans cette gigantesque arnaque. Si vous étiez une jeune héroïne 19ème, voilà longtemps qu'on vous aurait déniaisé en vous promettant la lune et vous régalant d'une poignée de gravillons. Mais je m'égare...(et notamment sur votre profession, vous êtes peut-être charcutier...)

Buster a dit…

Non valzeur, je navigue pas du tout dans la sphère psy, il se trouve seulement que j’aime bien Lacan, surtout le dernier Lacan, celui des années 70, un peu fou, un peu poète à sa manière même s’il estimait ne pas l’être assez, poâte... enfin bref, peu importe... vous me parlez de la scène du toucher rectal que vous trouvez "furieusement grotesque", bah oui, elle l’est, et heureusement. Parce que vous l’auriez voulu comment cette scène? indolente et sérieuse? Le film n’est d’ailleurs que ça: grotesque, c’est même un éloge du grotesque, jusqu’au finale, dans l’antre de Benno, qui n’est autre que la mauvaise conscience de Packer, finale outrageusement grotesque, d’autant qu’il se passe dans une sorte de... "grotte". Bon d’accord, vous me parlez de grotesque au sens de ridicule, moi je vous parle du grotesque au sens de bouffon, d’irréel... c’est toute la différence entre nous, vous abordez les films avec trop de sérieux. Parce que cette scène, quand même, elle est extraordinaire (Tessé la trouve démente, bien sûr, il y a de la folie dans cette scène, mais bon je ne sais pas dans quel sens il l’entend, je n’ai pas lu sa critique, il faudrait que je retrouve les Cahiers du mois dernier)... en tout cas ça ne relève absolument pas du nanar ou du téléfilm frigide.
Vous avez quoi dans cette scène, trois personnages, un type à quatre pattes, le pantalon sur les chevilles, derrière, un médecin qui lui met un doigt dans le cul, devant, sa directrice financière en body et en sueur, une bouteille d’eau entre les cuisses. Si on en restait là, évidemment, on pourrait trouver ça symboliquement un peu lourdingue (et encore). Mais la scène va beaucoup plus loin, elle dure (le médecin qui n’est pas l’officiel n’en finit pas de palper cette prostate qui l’intrigue), d’où ce mélange de douleur et de désir, ça c’est très cronenbergien... montée en puissance, douleur de plus en plus exquise, désir de plus en plus violent (via les paroles échangées), entre le type, en position (volontairement?) humiliante, et elle, en position désirable, pour aboutir à une sorte de climax, brutalement interrompu par le médecin, arrachant son gant et le jetant à la poubelle, comme une vulgaire capote. Alors oui c’est comique, mais pas du tout involontaire, c’est parfaitement cohérent, au niveau de la mise en scène, laissant le médecin et le cul hors-champ, tout passant par la logorrhée de Packer, qui parle de tension, de flux, en bon trader obsédé, on est dans une sorte de plus-de-jouir bidon... cohérent dans la construction du récit, la scène préfigurant l’évolution du personnage, sa psychose (le corps morcelé), sa déchéance, jusqu’à la déchétisation (le gant usagé), etc. etc.

ps. je ne suis pas charcutier non plus

Anonyme a dit…

Je comprends pas qu'on s'excite autant a propos de ce film qui e st une daube sidérale. Cronenberg est un cinéaste totalement surfait qui a un cervelle de moineau, je comprends pas l'adulation dont il beneficie.

valzeur a dit…

Hélas, Buster ! Telle que vous décrivez la scène, les corps caverneux se remplissent, mais il suffit de se souvenir de ce qu'on a vu et de l'effroyable bêtise de ce moment pour qu'ils se vident aussitôt. Ce mélange de "désir et de douleur ", encore faut-il qu'il trouve un peu d'incarnation pour fouetter les sangs du spectateur - mais Pattinson et la donzelle ensuantie sont aussi inconsciemment sensuels que deux huîtres avant l'écailler. Et le raccord sur le plan final du médecin est laid, bavard, clinique dans l'idée, mais d'une réalisation grotesque (selon mon acception).
Et sur la bouffonnerie, j'aimerais abonder dans votre sens - parce qu'au fond Cronenberg tend peut-être vers ça. Mais Cosmopolis est tellement sérieux, terne, fatalement routinier qu'il devient irréel en tant qu'objet. Et son sujet de se dissoudre dans une parfaite insignifiance.
il y a une ligne amusante dans le dernier édito des Cahiers où Delorme essaie de comprendre comment Moretti a pu négliger un diamant pareil et se rabat sur l'explication suivante : il se faisait traduire les dialogues à l'oreille et a succombé à l'ennui pour cause de longueur infinie de ceux-ci. Mais renversons la proposition - et considérons que les dialogues ne sont qu'un écran de fumée - Moretti aurait dû succomber à la splendeur esthétique indépendamment des tunnels et de l'abscons(n)erie du tout. Or il n'en est rien. Comment s'étonner ? Voir en Cosmopolis un grand film de mise en scène oblige à une gymnastique de l'esprit éreintante et que mes neurones ne parviennent pas encore à réaliser - et pour toujours, j'espère.
Je finirais sur cette ligne certainement bouffonne : "Où dorment les limos la nuit ?" - question capitale d'un petit garçon devant la Majesté terrifiante du mode, hein ? Certainement là même où les Oiseaux se cachent pour mourir. Mc Cullough -Delillo, même combat.

Buster a dit…

Hum... le coup de l’incarnation qui manque c’est un peu facile, on sent que l’argumentation commence elle aussi à manquer. Je pourrais dire que Cronenberg n’a jamais été un grand cinéaste de l’incarnation, je pourrais dire aussi que c’est justement le mélange de douleur et de désir qui crée comme une sorte de neutralisation, l’un empêchant l’autre de s’exprimer pleinement, mais restons dans le film. Plus que de "désincarnation", c'est bien de "décharnement" dont il s'agit ici, comme vous le dites ailleurs, décharnement tel qu’on peut le trouver dans l’art contemporain. On aime ou on n’aime pas, il n’empêche, cette représentation de la chair est ici parfaitement cohérente (je me répète mais c’est bien là l’essentiel, plus que de vouloir imposer à tout prix ses goûts ou ses dégoûts). C’est cohérent parce que ça correspond au rapport qu’a le personnage avec son corps, qui pour lui n’est qu’une combinaison d’organes, dont il parle de manière purement physiologique... Enfin bon, je n’insiste pas puisque vous détestez le film, surtout si en plus vous le trouvez terriblement sérieux (je ne sais pas qui est l'huître dans l'histoire). Sinon, euh, comparer DeLillo à McCullough... là on est vraiment à court d’arguments.

Une question valzeur. Pourquoi ce plaisir évident à vous lâcher sur les films que vous n’aimez pas... Pourquoi vous ne dites jamais rien, hormis deux ou trois formules rapidement expédiées, sur ceux que vous aimez. C’est étrange, franchement j’aimerais mieux que vous nous parliez de Moonrise kingdom? Ça changerait un peu...

Et puis c’est qui l’anonyme de 21h49? votre petit frère? En tous les cas il a pas l’air de comprendre grand-chose (si j’ai bien compris)

Barbara a dit…

Bonjour Buster,
Cosmopolis est un film qui laisse perplexe. Pas aimé lors de sa vision, plutôt aimé en y repensant, aujourd’hui je ne sais plus quoi penser. A Dangerous method était beaucoup plus séduisant comme vous dites, parce que plus accessible. Je me souviens qu’à propos de ce film vous reprochiez à Cronenberg d’avoir été trop fidèle à la pièce de théâtre, vous étiez d'ailleurs le seul à faire cette critique. Mais pour Cosmopolis, Cronenberg a procédé de la même façon, son film est littéralement le roman. Cette fois cela ne semble pas vous gêner.
Bien à vous

Anonyme a dit…

C'est déprimant, la politique des auteurs.

(je confirme que le "test" pour prouver que l'on est pas un robot est de plus en plus dur à passer).

Anonyme a dit…

Valzeur c'est pas mon frère, ni ma soeur, lol

Anonyme de 21h49

valzeur a dit…

Parce que vous, Buster, vous avez des arguments pour défendre Cosmopolis ? Réellement ? J'en doute fort. Alors oui, Eric Packer vit son corps comme dissocié de son petit être, mais on s'en rend facilement compte : il se tire une balle dans la main à la fin du film après avoir regardé cet appendice comme si c'était un organe externe ! Idem pour le trajet de la limousine proustée qui de blanche devient souillée, pollockisée. Grandiose analyse, et joli calcul de Cronenberg qui fournit à la masse critique un exosquelette de film avec plein d'os à ronger ! Pour ce qui est des organes internes, on repassera puisqu'il n'y en a point. De mon point de vue, un film doit être autre chose que ce qu'il énonce - un peu moins ou un peu plus, au minimum. Un de vos confrères, asketoner, a écrit une chose très juste sur Cosmpolis, la seule que j'ai lue, d'ailleurs avec l'idée de "décharnement" chez Orignac : "A la langue aventureuse de DeLillo, Cronenberg oppose un cinéma mou et vieux". Ce qui fait de Cosmopolis, au final, une "curiosité" et vraiment rien d'autre. On apprend dans les Cahiers que le travail d'adaptation a commencé par la continuité dialoguée à partir de ceux du livre sagement conservés et pour certains in extenso. En fait de mise en scène, on peut parler ici de mise à plat puisque les dialogues - épouvantables, désolé d'être aussi subjectif - sont l'alpha et l'oméga du film. Et que tout s'organise autour d'eux et de leur rendu en mode semi-atonal, blanc ou ce que vous voulez. Ah, la chair contre les mots ! Quelle aporie ! Et la chair reflue tellement dans le film que les moments "incarnés" ressemblent à des esquisses ou des repentirs (l'attentat contre le pseudo-DSK). Mais à partir du moment où il n'y a plus de chair - et même pas des "modèles" à la place, à peine des porte-manteaux - et où le sens des mots se perd en faveur d'un continuum oral inepte et invertébré, moi, désolé, Buster, je retire mes billes. Au fond Cosmopolis, c'est Sidney Lumet se prenant pour Von Sternberg avec Pattinson en guise désolante de Marlène Dietrich : hiératisme et fascination d'une icône dont l'attraction noire aimante le reste de la distribution non plus au service d'une sombre eau de rose (ou d'une forme de romantisme noir si vous préférez, ce qui revient souvent au même), mais au service de rien tout simplement ! Et ces tunnels de dialogues n'épousent plus les méandres d'une psychologie très formelle comme chez Lumet, ils vivent eux-mêmes et qualifient à l'occasion, d'une façon toute aussi simpliste, la dominante des personnages (l'épousée frigide, le pauvre Amalric-Laspalès en situ pelle-à-tarte, le vengeur malade de la Peste capitalistique qui l'a contaminé). La grande différence entre Lumet et Cronenberge est que le second a à sa disposition un écran de fumée théorique qui fait passer sa vessie - asymétrique ou pas - pour une lanterne. Bravo à lui, mais pas bravo à ceux qui se laissent berner.

J'écris peu sur les films que j'aime parce que tout simplement, j'en aime peu, Buster. Comme les vieilles putains, je suis un peine-à -jouir, si vous préférez. Ou - positivons - il m'en faut beaucoup et de bonne qualité. Pas de ces rogatons qu'on vante partout. Car aujourd'hui, tout est prisé. Une posture critique devrait être idéalement l'étripage généralisé et la sauvegarde de ce qui est majeur - ou mettons, valable (sur ce point, je rejoins parfaitement Delorme dans son avant-dernier édito). Et je vous avoue que je vois de moins en moins de films et que je compte sur quelques amis pour me dégotter des perles, ce dont eux-mêmes sont incapables (sauf exception, bien sûr, qui peut même surgir de mon côté). Voilà, vous savez tout mais ne le dîtes à personne.

Quant à Moonrise Kingdom, à la repensée, il ne m'en reste qu'un petit rien agréable, ce dont je me doutais.

Buster a dit…

Anonyme de 14h48,
je n'ai pas bien compris, vous voulez dire que le test anti-robot relève de la politique des auteurs? :-)

valzeur, Barbara... il se fait tard, je commence à vous répondre mais pas sûr que je finisse.

Buster a dit…

Alors...

Cher valzeur, ne prenez pas la mouche, bien sûr que vous argumentez, mais il y a différentes façons d’argumenter, moi je me contente d’afficher ma position avec le plus de conviction possible, espérant faire un peu douter ceux qui ont une position différente, vous, vous cherchez plutôt à frapper les esprits par des formules oratoires, souvent brillantes mais aussi très péremptoires (je vous verrais bien dans un prétoire), qui loin de faire douter les opposants viennent plutôt conforter ceux qui pensent déjà comme vous.
Après, vous me reprochez d’enfoncer des portes ouvertes là où je ne fais que rappeler, l’évidence peut-être, mais surtout ce que j’ai aimé dans le film, c’est aussi simple que ça... En revanche, il y a quelque chose qui maintenant me gêne. J’ai récupéré l’entretien de Cronenberg dans les Cahiers que je n’avais pas encore lu et je m’aperçois que plein de choses (évidentes, donc) que j’énonce étaient déjà dans l’entretien… Si je l’avais lu avant, j’aurais sûrement écrit un autre texte. Mais bon, ça c’est mon problème, je lis souvent les critiques ou les entretiens après avoir écrit le texte et j’ai ainsi souvent de mauvaises surprises… Quant à la formule d’Asketoner, je comprends qu’elle vous plaise puisqu’elle dit la même chose que vous, sauf que je ne vois pas en quoi choisir de ne pas faire un film "visionnaire" conduit nécessairement à faire du cinéma mou et vieux (il y a là un raccourci où l’on passe du constat à la sanction sans que rien n'ait été démontré). Cronenberg n’a pas fait ci, il aurait dû faire ça, donc c’est mauvais. On juge le film plus sur la note d’intention que sur le résultat et ce qu’on reproche dans le fond à Cronenberg c’est de ne plus vouloir faire du Cronenberg. J’en parle d’autant plus facilement que moi-même j’ai un peu cédé à ce travers avec le précédent film. Là, il y a un choix de départ (je ne filme pas le journal de Benno, je ne filme pas les visions de Packer, etc). Peut-être que Cronenberg a tort, peut-être que le film aurait était meilleur en effet s’il avait opté pour un film halluciné, mais ça on ne le sera jamais, puisque ce film rêvé par le spectateur n’existe pas. Donc les visions on s'en tape, elles appartiennent au roman, pas au film. Ce qui compte c’est le film tel qu'il est et non tel qu’il aurait dû ou aurait pu être…

(à suivre)

Buster a dit…

Bon là je réponds un peu à Barbara.
Cronenberg procède en effet de la même manière dans les deux films et si j’ai été un des rares à pointer cette "littéralité" pour A dangerous method c’est parce que j’étais aussi un des rares (parmi ceux qui en parlaient) à connaître la pièce. Mais il y a une différence entre la pièce et le roman. Dans A dangerous method le texte est beau mais très classique (Hampton c’est quand même l’auteur des Liaisons dangereuses et de Carrington), et en épousant un style équivalent, Cronenberg prenait le risque de l’académisme. Il ne s’agissait pas de juger le film sur ce choix mais de se demander comment il relevait le défi et s’il réussissait à déjouer l’écueil de l’académisme (je n’en suis pas convaincu, hormis dans quelques scènes). Pour Cosmopolis, c’est différent. Cronenberg s’appuie littéralement sur la langue de DeLillo, il ne cherche pas à la transposer mais plutôt à organiser son film autour, et pour moi ça fonctionne (avec une réserve concernant la dernière partie). Le défi était non pas de trouver des équivalences visuelles à une langue déjà en soi très visuelle (on peut prendre le risque de l’académisme mais pas celui de l’illustration) mais de donner de la matière à des dialogues complètements délirants, de rendre cette langue presque concrète. Alors bien sûr, il y a quelque chose de très conceptuel là-dedans, ce qui peut rebuter au départ, moi le premier, mais c’est ça aussi que j’ai aimé dans le film, qu’il ait réussi à faire sauter mes résistances, ce que n’avait pas réussi par exemple McQueen avec Shame…

(à suivre mais pas maintenant)

tarte - a dit…

[A]

Tiens ? J'avais pourtant bien cru voir dans Cosmopolis une audacieuse parabole du monde moderne (« caca-pipi-ta-liste » comme dirait l'autre), alors que ce n'était qu' « un écran de fumée théorique [qui fait passer sa vessie - asymétrique ou pas - pour une lanterne] », selon valzeur (le 15 juin | 17h 09). Pardon, que dis-je ?! « Cosmopolis, c'est les Monty Python [pour le rapport biaisé à la causalité], allié à une une pompe conceptuelle bas de gamme qui fait de ce grand-oeuvre un pont-tournant entre nanar et téléfilm frigide. » (le 13 juin | 22h 56).

Qu'apprené-je encore ? que je m'étais laissé « berner » !?!

Indécrottable que je suis ! puisque j'ai même été emballé par quasiment tous ses précédents films de la décennie écoulée, à commencer par Spider ! La seule restriction concernant A history of violence (estimable cependant).

Quelle nouille, je fais maintenant ! Pff, et moi qui croyais même avoir compris - assez tardivement, qui plus est - que Cronenberg était le grand cinéaste de la disjonction du corps et de l'esprit, tout en étant l'un de ceux, peu nombreux, qui allaient le plus loin dans l'écartèlement du dedans et du dehors (et qui m'apparaissait bien être le cœur de sa mise en forme) !

Eh bien, non ! Ce n'était donc que du vent ! Pis : une « gigantesque arnaque » (fin du comm du 13 juin |22h 56).

(fin de la première partie)

- vitale :-D a dit…

[B] (suite et fin)

Argh ! cet imparable défaut d'incarnation, que vient laborieusement combler « un continuum oral inepte et invertébré » ?!

Benoîtement, je me disais que cet univers logomachique (condensé) correspondait somme toute très bien au monde - actuel/virtuel - qui nous entoure ; ce pluriel étant alors abusif ?

J'y allais même d'une trouvaille lexicale ! Soit, donc : « décarnation » (plutôt que « décharnement »), pour donner davantage l'idée de dévitalisation (ou exténuation du monde).

Quelle faribole ! Déjà qu'il n'a pas été aisé de faire passer « absentement » !-]

A G. Orignac qui affirmait « le langage est un virus [et nous devons l'épouser] », j'étais prêt de lui rétorquer : « Mais non, mais non ! le virus est dans le langage (et le dehors du langage, c'est le corps, et ses gestes, etc.) » !

Peine perdue ! Puisque c'est « un exosquelette de film avec plein d'os à ronger ».

Enfin, le verdict fut prononcé : « un cinéma mou et vieux ». Et vlan !

Affaire suivante ?-D

Buster a dit…

Salut tarte-vitale,

Je rebondis sur l’expression "cinéma mou et vieux" d’Asketoner. Elle est finalement très ambiguë cette expression, elle traduit bien la subjectivité de celui qui l’énonce. On est tous pareils, on construit notre argumentation à partir du sentiment ressenti. Il s’agit plus de se justifier que de démontrer. Asketoner dit "cinéma mou et vieux" parce qu’il n’a pas aimé le film, mais celui qui l’a aimé parlera de "cinéma fluide et maîtrisé"... c’est-à-dire que les deux auront vu le même film mais en parleront différemment selon leur sensibilité respective - "mou" parce qu’on n’a pas aimé l’absence de ligne forte dans le récit, ce côté invertébré (ce qui au passage s’oppose à l’idée de valzeur d’un exosquelette), "vieux" parce qu’on n’a pas aimé cette tendance à l’épure qui est propre aux "vieux maîtres" du cinéma, ceux qui visent à l’essentiel, car n’ayant plus rien à prouver. C’est Bégaudeau qui, paraphrasant Biette, parle du film comme d’un beau film de vieux… c’est peut-être exagéré mais il y a de ça. Si on reste dans ce registre on peut dire que A dangerous method était déjà un "beau film de vieux" et peut-être plus beau encore.

Anonyme a dit…

Finalement tout le monde a raison (ou a tort).

valzeur a dit…

Buster, vous lisez mal ! "Invertébré" s'appliquait sous ma plume aux dialogues, pas au film auquel se rapporte bien le terme "exosquelette". Et sinon, dans ma citation d'asketoner, ce que je trouve intéressant n'est pas qu'il soit de mon avis (quoique), mais qu'il mette en exergue le fait suivant : l'adaptation de DeLillo, ce parangon de modernité, advient chez Cronenberg sous une forme ultra-désuète : film de dialogues en champ/contrechamp, "lumétisé", voire à thèse (êtres rétrécis par l'Argent-Baal ânonnant des âneries).
Par ailleurs, la vie est bizarrement faite, Buster. Je sors d'un film qui narre l'errance new-yorkaise d'un névrosé affublé d'un don - qui le lâche lors d'une scène clé. Cet homme souffre d'un problème de prostate qui donne sa pleine mesure lors d'un toucher rectal visiblement douloureux. Il parvient toutefois à baisouiller avec une blonde et une brune durant la projection. A la suite du dézinguage d'un être proche une balle dans la tête, il affronte un double maléfique pistolet au poing, et tout se termine dans le sang. Quel est-ce film, Buster ? (je vous rassure, je n'ai pas revu Cosmopolis). Un indice : c'est un premier film qui commence à dater, et d'une qualité un peu supérieure à Cosmopolis, c'est à dire vraiment mauvais mais quand même curieux.

Lucie a dit…

Allons Buster, vous ne dites pas que des évidences : la théorie des fractales, la déchétisation, la question de la honte, où l’a-t-on lu ailleurs ? Valzeur passe son temps à démolir les films sous prétexte que tout ce qu’il voit est mauvais. On se demande pourquoi il va au cinéma.

Buster a dit…

OK valzeur, j’ai dû sauter une ligne sans m’en rendre compte... mais ça ne change rien, les champs/contrechamps participent de la théâtralité voulue par Cronenberg, théâtralité qui trouve son point d’orgue dans la dernière partie. Que n’aurait-on dit s’il avait cherché à épouser la "forme" des dialogues en saturant ses plans de mouvements de caméra (de préférence portée), de perspectives tordues et autres effets tape-à-l’oeil. C’est parce que ces dialogues, véritable système nerveux du film, sont déjà suffisamment "parlants" que Cronenberg choisit de ne pas les surligner visuellement (le formalisme aurait été là). En optant pour une mise en scène classique, effacée (plus que désuète), il les fait ressortir sans les dénaturer.

Sinon, votre dernier film me dit vaguement quelque chose mais je ne vois pas.

Lucie > Oui c'est vrai ça, pourquoi il va encore au cinéma, valzeur?

valzeur a dit…

Ne pas dénaturer des dialogues pareils - un fatras pitoyable - ça, c'est du respect. Cronenberg, un artiste citoyen ?

Je vais encore au cinéma pour énerver Lucie, uniquement, et pour voir Tûûûût - film dont les dialogues sont exécrables (mais dans un genre Brut de Pomme, cette fois-ci) et qui en son temps influença un réalisateur français pas spécialement votre tasse de thé.

Buster a dit…

Ah oui, Mélodie pour un tueur de James Toback. Vu il y a longtemps, pas si mauvais dans mon souvenir, mais le problème de prostate, j'avais complètement oublié.

valzeur a dit…

Bravo Buster ! Mieux vaut quand même The Gambler de Karel Reisz dont il avait écrit le scénario et qui est admirable.

Buster a dit…

En effet, The Gambler est un très beau film. Bah finalement on est d'accord! :-)

Pierre Léon a dit…

Votre discussion, Buster und Valzeur, est passionnante, ça me donne envie de voir le film. Juste un truc : l'idée de l'exosquelette, je croyais qu'elle était de moi. Je sais que personne ne lit Trafic, mais c'est dans le numéro 75. J'ai peu d'idéeés, alors quand j'en ai une, j'y tiens. Evidemment, Valzeur et moi avons très bien pu arriver en même temps à la même conclusion. Ce serait encore mieux.

Buster a dit…

Je crois que valzeur associe Cosmopolis à une carapace avec ce que cela suppose de mou voire de vide à l'intérieur, clin d'oeil en même temps aux figures insectoïdes des anciens Cronenberg. Mais il va nous le préciser lui-même.
Je vois après-coup que j'ai fait un contresens en opposant invertébré et exosquelette puisque cela renvoie à la même chose.

C'était à propos de quel film votre idée d'exosquelette? Avatar?

Lucie a dit…

Valzeur c’est vraiment l’affreux jojo de la critique. Il a un petit côté Skorecki, à la différence que Skorecki, lui, ne va plus au cinéma.
Je n’ai jamais été très sensible au cinéma de Cronenberg, mais j’aime bien "Cosmopolis" même si je préfère "A Dangerous method". Je suis d’accord avec votre approche du film, Buster, mais pourquoi vous dites que le film n’est pas une critique du capitalisme. Un peu quand même, non?

Pierre Léon a dit…

C'était une première fois à propos de Rohmer, et la deuxième — de l'Aveu de Costa Gravas (!), mais pour dire ceci, de très simple : que chaque film aujourd'hui arrive avec une excroissance médiatique, publicitaire, universitaire, festivalière, bloggière, etc., et que, pour voir un film en face, le toucher, il faut d'abord l'opérer de cet exosquelette. Je ne sais pas si Valzeur pensait aussi dans ce sens-là. Peu importe, du reste, l'essentiel c'est de penser un peu.
C'est l'invasion du monde de cinéma par cette armée décharnée qui m'a fait déserter les salles depuis presque deux ans. J'aurais mieux fait de respecter cette règle, au lieu d'aller voir le Tim Burton, triste exosquelette de lui-même.

Buster a dit…

Ah d’accord, c’est un peu différent alors, il faudrait que je lise votre texte, mais c’est vrai que tout ce "discours" en amont des films altère beaucoup leur réception. On rêve parfois de film qui sortirait en salles presque à l’improviste comme en son temps l’Arbre, le maire et la médiathèque (mais vous en parlez peut-être).

Lucie > Valzeur se reconnaît lui-même comme un "vilain"... cela dit, il faut reconnaître que dans le genre il est sans rival, euphorisant quand il démolit des films que vous n’aimez pas, mais très agaçant quand il s'agit de films que vous aimez.
Pour la critique du capitalisme, disons que le regard est davantage satirique que véritablement critique. On reproche à Cronenberg sa vision simpliste du capitalisme, mais c’est là encore lui faire un faux procès. Le film a la simplicité des fables, des paraboles, qui dépeignent plus qu’elles ne dénoncent, à travers un aspect bien précis, ici l'aspect autodestructeur qui est au coeur du capitalisme, la pulsion de mort, mais aussi l’accumulation de l’argent, tout ce côté anal du capitalisme (le caca-pipi-talisme comme dit justement Carte-vitale)... Autant d'évidences pour valzeur.

valzeur a dit…

Hello Buster, Hello Pierre,

D'abord, honte, je ne lis pas Trafic et je ne connaissais pas ces deux articles. Mais le terme exosquelette tel que je l'utilisais est à comprendre en deux sens : d'abord, une armature extérieure au film très bien décrite par Pierre, mais aussi une concrétion thématiquo-formelle où le film se donne à voir pour lui-même dans une sorte de "viewer's digest", concrétion qui le dispense d'avoir un intérieur/inconscient, puisque les spectateurs ne seront comblés que par la réalisation de leurs attentes initiées par cet exosquelette au premier sens (version Pierre, donc). Je ne sais si je suis clair, mais de plus en plus de film répondent à cette double définition. Le très déprimant Dark Shadows est un exemple particulièrement bien choisi - de même que Cosmopolis.
Aussi Pierre, à vos risques et périls pour ce dernier...

Griffe a dit…

Permettez que je mette mon grain de sel...
Qu'est-ce qui vous oblige, Pierre, à subir cette "excroissance médiatique, publicitaire, universitaire, festivalière, bloggière, etc." ?
Pour ma part, je peux tout à fait continuer d'aller voir des nouveaux films en me fichant complètement des commentaires qu'ils provoquent. Rien ne m'empêche de voir "un film en face", ni une pub ni une palme d'or ni un article dans les Inrocks ni le texte d'un bloggeur, et je ne comprends pas bien où est la nouveauté par rapport aux années 80 ou 90 où existaient déjà les revues de cinéma, les festivals et la publicité...
Si, la nouveauté c'est bien sûr internet, où tout le monde y va de son avis, mais personnellement j'ai vite fait le tri, et les bloggeurs que je lis m'apportent des points de vue plutôt rafraîchissants par rapport à la critique traditionnelle.
Il y a autre chose : où discute-t-on, à part dans les cafés ou au dîner, de cinéma ? Dans des endroits comme celui-ci. Et dans la balance, l'anonymat et le bavardage pèsent peu à côté d'échanges comme celui qu'ont de temps à autre un Buster et un valzeur.
Vous semblez, Pierre, vivre mal cette nouveauté où, contrairement à vous, je vois la possibilité pour des personnes "sans qualités", dégagées de toute obligation mondaine ou professionnelle, de parler un peu plus précisément et longuement qu'ailleurs des films qui se font aujourd'hui. On sort un peu, et pas davantage par le haut que par le bas, d'une spécialisation qui a aussi fait quelques ravages.
Et puis, ce n'est pas Skorecki (puisqu'on en parle) qui disait qu'il fallait être en-dehors du cinéma pour en parler correctement ?

Buster a dit…

Dites valzeur, ça ressemble à de l'art conceptuel votre truc.

Pierre Léon a dit…

Valzeur, pas de honte, moi non plus je ne le lis pas, ou peu. C'est encore mieux comme ça ; saisir quelque chose et s'apercevoir qu'on n'est pas tout seul est la bonne récompense. Je crois que vous décrivez mieux que moi l'idée d'exosquelette (la vôtre, comme la mienne). Je me suis probablement mal (et insuffisamment) expliqué. L'exosquelette est forcément une fabrication du corps lui-même, et tout ce dont je parlais et qui le constitue, n'est pas le résultat de l'extérieur (critique, médiatique, etc.). La pression sur le spectateur s'exerce depuis l'intérieur.
Griffe, rien ne m'oblige, en effet. Mais vous m'avez compris de travers — je concède que je me suis également exprimé de travers (cf. sup-souris). Nul besoin de lire commentaires, critiques, ou voir bande-annonce, promo, etc. — dans les films a exosquelette, c'est intégré, filmé. Je me fiche complètement de tout ça, pour reprendre vos mots. Sauf de rares cas où, comme dans l'échange entre Buster et Valzeur, il y a autre chose, précisément, qui surgit et prolonge, ce qui fait, ô bonheur, qu'on n'a pas besoin, forcément, à aller voir le film dont il est question. J'espère avoir levé le malentendu là-dessus. Oui, Griffe ?
Par ailleurs : non, bien sûr, ce n'est pas nouveau. Quoique, ce phénomène, déjà actif à la lisière des années 70-80 (et très finement observé et décrit déjà à l'époque par les trois grâces — Biette, Daney, Skorecki), s'est quand même considérablement amplifié depuis dix ans, comme une moussaka géante.
Et rassurez-vous : je vis très bien cette nouveauté, je ne sais pas où vous êtes allé chercher ça ? Quelles drôles d'idées me prêtez-vous. S'il vous plaît, ne me prêtez aucune idée, d'accord ? Et aussi, je ne sais pas ce que vous appelez, vous, "les hommes sans qualités". En faites-vous partie ? Et moi non ? Expliquez-moi.
Je connais bien sûr la phrase de Skorecki. J'ai une position proche, mais un peu différente : pas en dehors, à côté.

Griffe a dit…

Bon, Pierre, puisque vous me prenez entre quatz' yeux, je vais essayer de bien comprendre.
Vous ne parlez donc pas tant d'excroissances, tels ces gros appareils critique et promotionnel que certains films traînent derrière eux comme des casseroles de jeunes mariés, que d'une dimension des films mêmes (ceux par exemple qu'on appelle "films de festivals" parce qu'ils se rangent d'eux-mêmes et sans qu'on leur ait rien demandé dans un genre dont on sait qu'il plaît aux sélectionneurs) ? Des films, en gros, qui parlent et répondent d'avance aux critiques, au "public" et aux marchands d'images ?
Mais alors deux choses restent pour moi obscures : si vous vivez très bien cette nouveauté (qui n'en est pas vraiment une, comme vous le soulignez), pourquoi désertez-vous les salles ? Ou, dit autrement, est-ce que pour vous le cinéma est globalement moins bon qu'il y a dix ou trente ans ? Et alors, comment ne pas le vivre mal ?
Deuxième chose qui me trouble : qu'est-ce que les blogs viennent faire là-dedans ? Connaissez-vous un exemple de film qui s'est fait sous l'influence de ce qu'on pourrait en dire ou de ce qui en général s'écrit sur internet ? Là, je ne vois pas du tout.
Sur les hommes "sans qualités" : vous êtes un critique, vous écrivez dans une revue relativement prestigieuse, vous faites des films, et les gens qui s'intéressent d'assez près au cinéma vous connaissent et vous désignent d'après ces qualités-là. Moi, je suis encore plus "à côté" du cinéma que vous, mais j'admets que j'ai de plus en plus l'occasion de me désigner d'après ces mêmes qualités (critique, cinéaste) qui fondent une reconnaissance.
Mais par exemple l'ami valzeur, lui, n'est pas dans le cinéma. C'est à lui et quelques autres que je pensais, des gens qui ne sont pas "à côté", qui sont complètement en-dehors du cinéma, et que ça n'empêche pas d'écrire comme hélas on n'écrit plus dans les revues de cinéma.
La nouveauté, c'est qu'internet permet à valzeur d'être un peu reconnu. S'il ouvrait un blog ou un site, il pourrait même l'être beaucoup plus. Avant internet, on pouvait sortir de nulle part, être très doué, mais rester dans l'ombre, et la seule manière de pouvoir être lu un jour consistait à se faire d'abord reconnaître par ses pairs. Aujourd'hui, on peut contourner cet adoubement, ignorer ces pesanteurs sociales, et défendre publiquement et avec style des idées qui n'ont plus ou n'ont pas encore cours. Personnellement, je trouve ça très bien, et tant pis si ça rend Jean-Baptiste Morain tout triste.

Pierre Léon a dit…

Merci, Griffe, j'ai compris.
Je suis content de ne pas être un "homme sans qualités" pour tout le monde, mais la désignation sociale n'y est pour rien. Et Valzeur a autant de qualités sans qualités que moi ou que vous, puisque nous parlons ici. Le cinéma aujourd'hui n'est ni meilleur ni pire qu'avant. Si je ne vais plus dans les salles, c'est que j'ai besoin (et toujours eu besoin) d'un certain temps entre le moment où le film arrive et celui où je suis prêt à aller le voir. Ça, en revanche, c'est impossible aujourd'hui, et ne le redevient que grâce au câble ou aux torrents. Avant, ça l'était, je vous jure et, sans nostalgie aucune, je m'en souviens très bien. J'avais vingt ans à peine.
Bon, mais mon intervention ici n'était qu'épisodique, mes qualités aussi. Je faisais juste part de mon ravissement de voir une idée partagée "à l'aveugle". Et à l'aveugle nul n'est tenu.

Anonyme a dit…

Pauline Kael était une bien meilleure critique que Daney - mais il est bien possible qu'elle fît plus attention à sa postérité propre qu'à la pérénnité supposée des films dont elle parlait (contrairement à Daney). Cette opinion, bien sûr, n'engage que moi.

abcès - a dit…

[A]

Salut Buster !

Chouette ! Vous avez continué à vous chamailler sur le Cronenberg, pendant ce week-end !-D

Bon, étant donné que tu t’adresses à ma petite personne dans ton comm du 16 juin -12, à 11h 22, euh, surtout pour contester l’expression d’asketoner (« un cinéma mou et vieux ») – et comme il ne pointe pas son nez, bien que je le soupçonne de traîner dans les parages –, je me permets de me glisser parmi vous ; d’autant plus que tu me fais une très amicale œillade dans ton comm d’hier soir, à 22h 12, répondant à Lucie. Euh, jusque-là, tout le monde suit ?-D

Tiens, au passage, pour te taquiner, je relève que tu viens de déformer mon dernier pseudo !-D Flûte ! sur ce coup-là, il sera difficile de désapprouver valzeur lorsqu’il s’exclame sur ta façon de lire (son comm) !-DDD Bon, en fait, c’est à peu près le seul moment où je veux bien le suivre :-]

Retour rapide sur le « verdict » d’asketoner. D’abord, la formulation en elle-même se présente sous forme de mot d’ordre : en gros : « n’y allez pas ! », qui trouve son équivalent « gigantesque arnaque » chez notre (vilain) camarade. Les deux adjectifs servant à disqualifier – catégoriquement – le film. On pourra noter le mépris pour la vieillesse ?!-]

Deux petits apartés, ici :
a) Au sujet de Bégaudeau, et son « beau film de vieux » : euh, le pire, c’est que là, si tu avais repris ton jeu « débile », j’aurais trouvé la réponse, et même… la source, ahem !-D et
b) Bah, alors ?-D qu’est-ce qu’il t’est arrivé avec A dangerous method ?!!-DDD

Et, on pourrait même très facilement discuter le reproche de mollesse !

Pour rejoindre ce que tu dis, Buster (« fluide et maîtrisé »), moi qui ai été emballé par le film – et pourtant pas totalement au moment de la projection, mais maintenant, oui (à la réflexion, comme on dit) –, je pourrais tout aussi bien affirmer, sans en démordre : « un cinéma (bien) raide… et (super) gonflé », ahum !-DDD

Effectivement, on ne sera pas beaucoup plus avancé pour autant !

Pour en venir à ton propos, je connais des gens pour qui parler des films, du cinéma, cela relève du café du commerce ; il y en a pour qui c’est même un pont aux ânes ! Et, je ne leur donne pas complètement tort. Cependant, je crois identifier assez aisément les causes de leurs réticences à le faire, sans pour autant me sentir supérieur à eux, ou quoi. Disons que ce n’est pas leur truc, comme, de mon côté, je ne me sens pas très concerné quand ils me parlent de foot, ou disons, « de la littérature autour du concept d’art contemporain » ;-D

(fin de la première partie)

- et mue :-D a dit…

[B] (suite et fin)

Personnellement, j’aime bien parler de cinéma (en général) mais pas trop des films – en particulier. Surtout, j’aime bien parler de cinéma avec des personnes qui ont à peu près les mêmes goûts que moi, mais ça ne veut pas dire que je ne peux pas parler avec des gens qui ont des goûts différents. Je me rends compte que ce ne sont plus leurs goûts qui m’intéressent, mais leur personne (leur personnalité ou sensibilité, si l’on préfère). Quoique, là-dessus, une chose est sûre : c’est que je n’ai aucune envie de parler à quelqu’un qui déglutit (ostensiblement) les films que j’aime. En soi, ça ne veut pas dire qu’il est inintéressant, ou forcément un con fini, par exemple. Mais, pour moi, il est clair qu’on n’aura pas grand-chose à se dire. Plus précisément, que je n’ai envie d’avoir affaire avec lui – que je n’ai rien à lui dire. Et ça doit certainement marcher à peu près pareil dans l’autre sens : genre, avec cette revue de bras cassés… euh, comment je l’appelle déjà ?-DDD

Pour le dire autrement, j’accepte très bien d’avoir des désaccords avec mes interlocuteurs – c’est probablement inévitable, et c’est même tant mieux – mais si le désaccord est trop « profond », pour moi, il est clair qu’il y a un (gros) malentendu. D’abord sur la relation, disons de sympathie (avant qu’elle aille plus loin), et puis sur la conception, au moins du cinéma, sinon du monde.

Malgré tous les arguments avancés jusque-là, je suis amené à croire que c’est le cas avec valzeur.

Pierre Léon n’a pas encore vu le film, et il semblerait que Griffe non plus (à moins qu’il préfère rester à l’écart de cette joute).

Donc, pour ne pas accaparer cet espace, et pour donner éventuellement un éclairage sur ce qui me paraît être le nœud (pour ainsi dire, ahum !-) de cette polémique, je citerais un passage dans le numéro 75 de Trafic. Non pas tiré du texte de P. Léon (qui vaut le détour, je trouve), mais dans celui qui le suit tout juste après, signé Jean-Paul Fargier, à propos de Conte d’hiver de Rohmer ; c’est le début du paragraphe, au bas de la page 119 : « [Ainsi les films sont comme la vie. Comme la vie selon Félicie.] Ils fourmillent de sous-entendus. Au cinéma, il y a toujours ce qui s’énonce en surface (l’intrigue, les dialogues, la psychologie) et ce qui s’exprime AU FOND [les expressions en italique dans le texte initial sont repris ici en majuscules] (le jeu des cadres, de la lumière, des mouvements des acteurs et de la caméra). Mettre en scène consiste à relier AU FOND tous les miroitements de la surface. »

Et si l’on m’autorise un dernier extrait, dans le même papier, vers la fin, afin de discuter le reproche de mollesse, il y a cet autre passage [commençant au milieu de la page 122], qui suit une très jolie démonstration de la mise en scène du cinéaste : « Travailler les formes comme Rohmer s’y efforce, AU FOND, loin de tout style tape-à-l’œil, au risque de laisser inaperçu son art raffiné de l’espace (science des distances et des trajets, des écarts et des conjonctions dans le cadre), consister à miser sur la perception fine, et parfois seulement IN FINE, d’une cohérence absolue de tous les éléments de ses films du point de vue de l’espace, donnant, comme il l’écrit de Murnau, « l’impression d’une animation de la surface entière de l’écran, en ses moindres détails, à chaque instant de la projection ». Que le spectateur la décèle, cette animation, comme nous venons de le faire avec le Conte d’hiver, et sa jouissance se multipliera presque à l’infini. Le gain obtenu par lui, comme dans le pari de Pascal, sera sans commune mesure avec son investissement initial : se laisser conter une histoire. Il accédera à la CONSCIENCE DE SOI du film, et par là même au COGITO du cinéma. »

Sans aller jusqu’à dire que tout s’applique parfaitement au film de Cronenberg, Cosmopolis (et même le précédent), je soutiendrais néanmoins qu’il y a pas mal de correspondances.

Anonyme a dit…

Buster, de l'art conceptuel ? quel gros mot !

Buster a dit…

Attends, j’ai plus gros encore: postmoderne!

Abcès-et mue > rapprocher Conte d’hiver de Rohmer et Cosmopolis de Cronenberg, c’est osé mais pourquoi pas, moi ça me plaît bien, valzeur un peu moins j’imagine...

Bon, je ne fais que passer, je reviendrai sur la question de l’exosquelette car ça m’intéresse beaucoup, et ce d’autant plus que dans l’exemple de Cosmopolis (pas vu Dark shadows et pas trop envie pour l’instant), eh bien, ça ne marche pas, au sens (valzeurien) où le film ne fait pas que se donner à voir, qu’il n’est pas un "condensé" thématico-formel concocté pour satisfaire l’attente disons conditionnée du spectateur, bref que tout ça ne tient pas la route...

valzeur a dit…

Hum, comme c'est beau tous ces rebondissements !

Je vais faire comme vous, Buster, je vais utiliser les >

Abcès - et mue (j'imagine tarte - vitale revitalisée, ce pseudo beaucoup plus "au poil" si vous me permettez > Fascinant, votre rapprochement de Conte d'Hiver et de Cosmopolis, et tout à fait subjectif, convenons-en. Il éclaire effectivement un rapport au monde et au cinéma que je souhaite aussi éloignés que possible des miens propres.
Et sur Cosmospolis, je le dénonce, Griffe en a vu 30 minutes, et ce spectacle lui a semblé tellement désolant qu'il est sorti de la salle. S'il a le courage, il écrira ici ce qu'il en pense (mais je ne veux pas l'obliger, hein ?)

Buster > Bon sang, je viens de réaliser que nous déblatérons sur Cosmopolis depuis plusieurs jours, et que, partant, je garde ce film en mémoire depuis autant. C'est BEAUCOUP trop. Si je n'avais pas rebondi sur vos cris d'extase, j'en aurais eu fini pour TOUJOURS avec cette chose. Mauvaise idée décidément, et votre promesse de nouveaux arguments me donne envie de crier pouce pour enfin oublier ce film !
Tiens, sinon !, j'ai acheté So Film et après la lecture de deux articles, je ne suis pas loin de partager votre avis, Buster. La "rencontre" HPG/Rozier donne lieu à une saynète du niveau d'un court-métrage diffusé en pré-séance dans les MK2 (ceux qui les subissent depuis quelques mois me comprendront). Enfin, il me reste plein d'articles de fond à lire sur Ricky Gervais (ce cauchemar), les Grolandeux qui se prennent pour Kaurismaki, etc... De bons moments en perspective.

Anonyme > Je souscris pleinement à votre jugement sur Kael et Daney. La lecture de ses deux recueils récemment (et mal) traduits m'a même carrément galvanisé. Pourquoi n'écrit-on plus comme ça ? Pourquoi ne dit-on plus ce que Kael dit sur les films ? Qu'aurait-elle pensé de Cosmopolis ? On peut en rêver...

Griffe a dit…

Abcès-et mue : j'ai vu une demi-heure de Cosmopolis. C'était suffisant pour avoir envie de fuir la salle, mais c'est insuffisant pour reparler après-coup de ce film en détail.

ma trique – reloaded :-D a dit…

Hum, comment dire ? Euh, pour commencer : valzeur, vous lisez… de la même façon que Buster !-D C’est-à-dire, selon moi, ni bien, ni (si) mal par ailleurs, mais trop vite !

Le rapprochement se porte moins sur les deux films en particulier de chacun des deux cinéastes : il se trouve que le texte de Fargier porte sur Conte d’hiver, en effet, mais les passages que je soumets mettent assez bien en valeur, je crois, des traits communs de leurs mises en scène en général, disons même, dans leur filmographie (mais pas à titre exclusif, donc).

A la limite, si vous voulez maintenant que je me mouille un peu plus dans le rapprochement des films en eux-mêmes (et non sur l’aspect seulement stylistique des deux artistes), je dirais que, oui, il y aurait des rapprochements à faire entre leurs trois derniers films, respectivement chacun (plus dans le processus d’élaboration ou accomplissement) que, disons, de triptyque à triptyque.

(vous pouvez relire à présent tranquillement les extraits proposés :-]

Griffe > vous devez savoir (d'où votre prudence) ce que peut contenir de « puissant » (potentiellement « dérangeant », voire « dangereux » ; et par conséquent « (super) gonflé » :-] un film qui fait quitter les sièges ; ou si vous voulez qui affiche ouvertement le risque de prendre le spectateur – même le plus « informé » – à rebrousse… poils !-]

Ou alors, vous commencez à laisser planer un doute sérieux sur votre attachement pour le cinéma des Straub ?!-]

Buster a dit…

Entre valzeur qui a vu le film mais ne veut plus en parler (trop pénible... tu parles), Griffe qui n'en a vu que 30mn et ne peut donc en parler (même en gros?), Pierre qui ne l'a pas vu, pourrait en parler mais ne faisait que passer, et Ma trique-reloaded, alias Abcès-et mue, qui l'a vu et qui, lui, est prêt à nous en parler pendant quinze jours :-), ça devient compliqué... Faut-il poursuivre? J’ai bien envie de dire... Adieu Berthe.

PS. Pour le grand show Rohmer/Cronenberg, vas-y Pa-trique..., on te regarde! (je rigole mais en fait ça m’intéresse vraiment, dans le passé je m’étais moi-même fendu d’un Rohmer/Romero - "Rohmero" - qu’il faudrait que je publie si je le retrouve)

Lucie a dit…

Et l'exosquelette alors ?

Buster a dit…

Ah oui, j'avais oublié... décidément vous ne laissez rien passer Lucie :-)

OK, j'essaie de mettre ça en forme et je reviens...

Buster a dit…

Bon alors... ce que je voulais dire concernant l’exosquelette (version Pierre Léon) c’est que s’il y a bien quelqu’un qui y est très sensible, c’est notre ami valzeur qui juge le film (je me réfère à ses commentaires sur le blog et à sa critique sur Chronic’art) à l’aune de ce qu’il connaissait au préalable du film, une impression d’emblée négative (projet clé en mains du producteur, adaptation à la lettre d’un écrivain jugé exécrable) que viendra d’autant plus conforter la vision du film que celle-ci n’aura eu pour but que de s’assurer que ledit film était bien le "navet terminal" qu’il suspectait dès le départ.
Comment voulez-vous, avec un tel présupposé, exercer un vrai regard critique. Le film ne peut être pour valzeur qu’un exosquelette de film (dans sa propre version cette fois) puisque c’est précisément ce qu’il était venu y trouver: "une concrétion thématico-formelle où le film se donne à voir pour lui-même"... une concrétion qui n’aurait pas besoin d’"intérieur/inconscient" pour la bonne raison, nous dit valzeur, que ce que les spectateurs attendent c’est seulement de retrouver ce que le premier exosquelette (le discours extérieur au film) leur promettait. Mais on ne voit pas par quel tour de passe-passe la concrétion dénoncée par valzeur deviendrait la concrétion voulue par Cronenberg, sinon de prendre son désir pour la réalité. Que valzeur ne voit dans Cosmopolis qu’un exosquelette ne veut pas dire bien sûr qu’il n’y a pas d’intérieur dans le film, mais simplement que lui ne l’a pas vu, ou n’a pas voulu le voir, trop pris qu’il était par sa haine du film, sa conviction que si Cronenberg a décidé de reproduire certains dialogues de DeLillo dans leur totalité, c’est que le film ne dit rien de plus que ce qu’il énonce...
Tout ça ne tient pas la route. Le film est loin de répondre aux attentes du spectateur, c’est même l’inverse: dialogues-tunnel, mise en scène dépouillée, lenteur du mouvement, provoquant chez beaucoup ennui et rejet... C’est ça qu’il faut interroger plus que de se complaire dans une démolition en règle du film. Chercher cet intérieur qui en effet semble à première vue inexistant. A première vue, car il est pourtant bien là, accessible à celui qui ne se contente pas de "réagir" mais cherche à comprendre pourquoi le film provoque un tel malaise. Et l’une des premières raisons est dans cette dimension autodestructrice du capitalisme que Cronenberg applique à son propre film. Cosmopolis est un film suicidaire à tout point de vue (thématique, formel, commercial), c’est dire l’importance de cette... "gigantesque arnaque".

limo - nada :-D a dit…

Waouh ! Tu es très en forme(s)… Busty !-D (euh, ça, c’est pour le sort que tu fais à mes pseudos !-DDD

Euh, j’ajouterais même… « euphorisant quand tu défends des films que vous aimez (mais très agaçant quand il s’agit de films que vous n’aimez pas » ;-DDD [cf. ton comm du 17 juin 2012 | 22:12]

Tiens, d’ailleurs… qu’est-ce que t’as contre « ma trique » ?!!-D (ahum) Et, comment ça : « Pa-trique » ?!!-DDD qu’est-ce qu’il a de plus que moi, hein ?!-DDD

« Pas-trique », « Pa-trick »…

Bon, allez ! Pas de « grand show Rohmer/Cronenberg » cette fois-ci, mais pour la mise en bouche, une notation à caractère pédagogique, autour de Cosmopolis.

Les chroniqueurs autorisés – de l’exosquelette valzeuro-léonien – n’ont pas manqué de s’étaler sur la limousine, présente dans deux films participant à la compétition du festival de Cannes, pour y pointer un rapport (évident, pour le coup) à la débauche capitalistique. Franchement honteux à cet égard de ne pas citer une grande actrice, qui dix ans auparavant, y tournait une séquence mémorable d’une quinzaine de minutes, dans Filthy whore 2, un classique du genre pourtant !!? Il s’agissait de… Tera Patrick !!!-DDD

Hum, en fait, je crois que ton texte sur « Rohmero » sera nettement plus intéressant ;-DDD

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PS : je profite de ce moment de détente, pour rectifier une légère faute de frappe (comme on dit). La petite coquille se trouve dans le deuxième extrait du texte de Fargier, au milieu de la première phrase : non pas « consist-ER », mais « [son art raffiné de l’espace, etc.] consistE à miser sur la perception fine ». [comm signé « - et mue :-D », le 18 juin, 16h 32)]. Excuses à l'auteur, et aux lecteurs.

(pour mon comm précédent, je reviendrais… à l'occasion ?-)

Lucie a dit…

Bravo Buster, vous avez bien travaillé !

Dites-moi, vous et valzeur c'est un peu l'amour vache :-)

Buster a dit…

Limo-nada > mais c'est du porno ton truc! Je te rappelle que ce blog est lu par des jeunes filles!

Lucie > juste des chamailleries, rien de plus :-)

bipèdes – à gogues ?-D a dit…

Euh, ça doit venir de mon petit côté ‘valzeur’ - celui du 13 juin, à 22h 56, vers la fin du comm, écrivant : « Si vous étiez une jeune héroïne 19ème, voilà longtemps qu’on vous aurait déniaisé en vous promettant la lune et vous régalant d’une poignée de gravillons. » (ahum !-DDD

“No body is perfect!”, pour reprendre le titre de l’entretien aux Cahiers accordé au cinéaste au sujet de Cosmopolis.

Tiens, puisqu'on en parle… Si ces charmantes demoiselles ont lu les commentaires jusqu'ici, je pré-suppose qu'elles sont quand même allées voir le film, et partant, qu'elles auront survécu à l'épreuve de l'examen - très « fouillé », si je puis dire - de la prostate de notre golden boy (dans son gros engin !-D

Bah, dès lors… à côté de ça, il ne me paraît pas complètement aberrant de trouver que l’œuvre intégrale de Tera Patrick (que je connais hélas très mal), ce soit de la guimauve !-DDD

OK, je sors ;-D

Buster a dit…

C'est pas toi qui disais que l'accès à mon blog était bloqué dans certaines bibliothèques. Pas étonnant avec ce genre de commentaires! C'est ça, tu peux sortir... :-)