mercredi 9 mai 2012

La pop que j'aime (4)




"Rituals", Death And Vanilla, 2012.

Death And Vanilla. ll y a deux ans était sorti l'EP, une sorte de carré magique avec ses quatre morceaux d'égale durée. Aujourd'hui c'est l'album et la magie opère toujours, à l'instar de Channing Pollock dans le Judex de Franju.

78 commentaires:

romain a dit…

Excellent, ça fait penser à Broadcast.

Buster a dit…

C'est vrai. Manque juste la voix plus naturelle et so delicious de la regrettée Trish Keenan ;-(

Anonyme a dit…

Sport de filles, Go Go Tales, Twixt, Cap Nord... j'ai suivi vos conseils... Mouais. Par contre, sur la pop je suis souvent d'accord avec vous. Death and Vanilla c'est superbe !

Jack a dit…

Vous avez lu l'édito de Delorme ce mois-ci (http://www.cahiersducinema.com/Mai-2012-no678,1997.html)? M'étonnerait pas qu'il soit venu faire un tour sur Balloonatic récemment...

Buster a dit…

Hum... oui sûrement.

Bon j’ai lu... Que les Cahiers s’opposent à l’encensement quasi général qui accompagne chaque semaine la sortie des films c’est très bien, mais c’est pas franchement nouveau (il n’y avait que Frodon pour filer 4 étoiles toutes les semaines à deux ou trois films), le problème c’est d’être lucide dans ses choix. Je remarque au passage que Delorme se prend de plus en plus pour Rivette qu’on ne surnommait pas pour rien le Saint-Just de la critique: "il faut que la critique frappe fort et juste et assume son rôle de guide", "lorsqu’un film divise... il faut trancher"... Et tous ces films français mis au pilori ça rappelle les années 50 et le combat des Cahiers contre la Qualité française... Parfait, mais mettre dans le même sac le Marsupilami de Chabat (dont les Cahiers ont décidé de ne pas parler - waouh les rebelles!) et Cap nord de Rinaldi, ce n'est pas très rivettien... Frapper fort et juste ce n’est pas faire la part entre ce qu’on aime et ce qu’on n’aime pas, mais entre les non-films en termes de "mise en scène" (c’est Rivette qui a introduit la notion de mise en scène dans la critique de cinéma), le Chabat en est peut-être un (je sais pas, je l’ai pas vu) et les "vrais" films, ceux qui "existent", même s’ils ne sont pas complètement réussis, des films qui ont manifestement un "ton" (encore un terme rivettien), qui révèlent un auteur (Sandrine Rinaldi en est un, incontestablement), parce que le ton est en adéquation avec les questions esthétiques que pose le film et les réponses qu’il essaie de trouver... Exactement comme Cap nord!

Anonyme a dit…

La barbe avec cap nord !!

Buster a dit…

Ouais c’est ça... ce qui m’a fait bondir dans l’édito de Delorme, c’est quand il parle de "tolérance extrême" (de la part de la critique) à propos de Cap nord. Ah bon? Où ça? Il n’y a eu dans la presse, celle qui a pignon sur rue, que deux papiers favorables au film. Et puis il prône quoi Delorme? La tolérance zéro? Se plaindre de la dictature de l’actualité OK, attention toutefois à ne pas céder à la dictature du critique rédacteur en chef!



Remarquez, à Rivette aussi il arrivait de se tromper... cf. ce qu’il disait des films de Lupino, ses jugements péremptoires l’amenaient même parfois à se contredire, mais ce qui comptait c’était moins la violence du jugement que la réflexion qui l’accompagnait. Peu importe finalement que le critique aime ou n’aime pas tel ou tel film, ce qui fait la valeur d’une critique c’est l’argumentation, la logique qui préside à la défense ou au contraire à la descente du film, ce qui fait qu’on peut très bien apprécier une critique défavorable sur un film que pourtant on aime, et inversement ne pas apprécier une critique défavorable sur un film qu’on n’aime pas (euh? oui c’est bien ça...)



Mais le plus important dans le dernier numéro des Cahiers (que je viens de récupérer) c’est le texte de Delorme sur "les experts", très bon texte (voyez, je ne dénigre pas systématiquement), dans l’esprit de Rivette là encore, il faudrait en discuter. Ca m’intéresse d’autant plus que ce que dit Delorme de Drive et Millénium (je n’ai pas vu la Taupe), à savoir un cinéma boursouflé, de la poudre aux yeux, etc. non seulement c’est exactement ce que je pense (après, quand il oppose ce type de cinéma à Black swan, là évidemment je ne suis plus d’accord), mais surtout ça renvoie, à travers la question des experts au cinéma, à quelque chose de beaucoup plus large, l’expertise dans notre monde d’aujourd’hui - on est vraiment dans le paradigme de l’expertise - et ce qui fait l’échec de ces deux films, le fait qu’ils tournent à vide, c’est que Winding Refn et Fincher sont incapables de traduire en termes de mise en scène ce concept d’expertise, aveuglés qu’ils sont par leur propre virtuosité... (tout ça est mal dit, en fonction des retours je créerai peut-être un topic spécial)

Anonyme a dit…

Content de voir apparaitre le nom de Rivette dans ce blog;c'est le grand "méconnu" de la NV et un critique
effectivement très tranchant;dommage qu'il refuse que l'on édite ses textes des années 50 et 60;savez vous pourquoi?

Julia H a dit…

Hé Buster, elle vous plaît cette fois ma couverture ? J'ai fait très sobre, deux figures et trois couleurs, c'est beau, hein ?

Arnaud (Nîmes) a dit…

Eh, si ça se trouve, l'anonyme du "13 mai 2012, 10:01", c'est... Delorme, himself ! :-D

Buster a dit…

Pourquoi Rivette refuse qu’on édite ses anciens textes, je ne sais pas, l’homme est secret, peut-être que cela tient à la forme même de l’anthologie qui a quelque chose d’anti-rivettien: sacralisation du texte, sécheresse de la présentation, non exhaustivité, non respect du temps qui existe entre chaque texte (d’où aussi la perte d’un certain mystère, celui qui se prolonge au-delà du texte), etc, bref mieux vaut relire les textes dans leur publication d’origine, en l’occurrence les Cahiers jaunes...

Julia > je vous ai déjà dit non, inutile d’insister! :-)

Arnaud > :-D

bloody marie a dit…

"on est vraiment dans le paradigme de l’expertise - et ce qui fait l’échec de ces deux films, le fait qu’ils tournent à vide, c’est que Winding Refn et Fincher sont incapables de traduire en termes de mise en scène ce concept d’expertise, aveuglés qu’ils sont par leur propre virtuosité... (tout ça est mal dit, en fonction des retours je créerai peut-être un topic spécial)"

c'est même incompréhensible (désolé).

"L"homme est secret"

A qui le dites-vous! (sigh)

Buster a dit…

C’est pas clair en effet. Comment dire... l’expertise c’est l’expérience, la maîtrise, la compétence, une habileté aussi mais dans la précision du geste, pas dans le brio. Le meilleur exemple c’est le début de Drive, qui justement met en scène l’expertise du driver, sa technicité... Evidemment il ne s’agit pas de la reconduire pendant tout le film, mais de la creuser, de montrer la logique du personnage, or WR s’en détourne très vite, privilégiant l’hyperviolence, dans des scènes déjà vues mille fois, les ralentis clipesques, tout aussi convenus, de sorte que le personnage est le même tout au long du film, sa rencontre avec la voisine ne le change pas vraiment, le type était au mieux schizo, au pire psychopathe, mais pas très différent finalement des autres tarés qu’il côtoyait...
Dans Millénium, l’enjeu c’est la rencontre entre deux types d’expertise: traditionnelle avec le journaliste, moderne avec la hackeuse... le problème c’est qu’ils ne se rencontrent pas, bon c’est aussi parce que le film n’est que la première partie d'une trilogie, du coup les personnages n'ont pas encore beaucoup évolué, la fille devient femme pour des prunes... or justement Fincher aurait dû en tenir compte et développer des scènes qui donnent un peu plus de tenue au récit, mais non, lui aussi préfère privilégier les morceaux de bravoure, surtout bien trash, déséquilibrant complètement son film...
Dans les deux cas, l'expertise n'a servi qu'à embrayer la fiction là où on s'attendait à ce qu'elle soit le moteur du film.

Lucie a dit…

Et le Camion, il arrive quand ? :)

Buster a dit…

Le Camion, ça vient, Saviem, tout doucement... :-)

Anonyme a dit…

Eclairage pas bien utile, sur l'expertise dans les deux films (celui de Fincher et Winding Refn): c'était exactement comme ça que je l'avais compris dans votre commentaire précédent! ;-D

Vraiment, les gens... :-D

Anthony Prunaud.

Anonyme a dit…

Votre approche du cinéma d'expert n'est pas la même que celle de Delorme.Lui condamne ce type de cinéma au regard forcément limité, alors que vous vous semblez dire que si Refn et Fincher échouent dans leurs derniers filsm c'est au contraire parce qu'ils confondent expertise et virtuosité. C'est ça?

Buster a dit…

Pas exactement, je ne défends pas l’expertise contre la virtuosité, je parle seulement de la façon dont Refn et Fincher mettent en scène l’expertise. Si je suis d’accord sur l’idée que l’expertise domine notre époque, je ne condamne pas pour autant la maîtrise au cinéma, il ne faut pas confondre "maîtrise" et "savoir-faire". Refn et Fincher sont davantage dans le savoir-faire que dans la maîtrise. Pour ce qui est de leurs films, ce que je veux dire c’est que le personnage du driver et celui de la hackeuse apparaissent au départ comme les incarnations d’un même concept, celui d’expertise. La maîtrise aurait consisté à prolonger la ligne, à creuser le trait, jusqu’à, pourquoi pas, atteindre à une forme d'abstraction. Au lieu de cela, Refn et Fincher nous en foutent plein la vue, à la limite ce n’est même plus du savoir-faire, devenu banal aujourd'hui, mais de la haute voltige, c'est aussi beau que vain (Aronofsky est là-dedans, Audiard aussi dont le dernier film, que je viens de voir, encore un monument de cinéma tape-à-l’oeil, ne vise qu’à ça: l’efficacité immédiate).

Buster a dit…

Anthony, vous voulez dire que c'était plus clair avant? ;-)

daniel a dit…

Il est malin Delorme : au lieu de venir sur internet expliquer ses choix à quelques uns, il s’explique devant tout le monde via un édito mégaphone, à l’ancienne, en solitaire: internet et les pousses en l’air il ne mange pas de ce pain là…et sur ces experts il joint un texte assassin qui, en effet Buster, fait un bien fou. Alors, oui, dans cet édito des Cahiers Cap Nord est mis dans le même sac qu’une grosse comédie française incolore et une grosse comédie américaine rose bonbon (applaudies partout ou tout du moins par a presse qui nous importe, car la comédie a le vent en poupe : c’est la grande découverte des années 2000), et c’est là l’objet de votre emportement… Mais Maillard (attention polémique relancée, désolé) n’avait peut être pas tort sur le côté entre-soi du film de Rinaldi : le souffle collectif de la soul manque cruellement à cette fête nocturne, on est à mille lieux d’un groupe habité et transcendé par la musique et de l’envol mythique d’une jeunesse à la Marc’O (Les idoles que je viens de revoir!). Rinaldi n’a réussi qu’à plaquer une musique sur une série d’individus à la chorégraphie bien peu habitée, l’entre soi ici ne décolle jamais (d’où les critiques sur le côté «amateur »), et les portraits glanés ça et là (le jeune homme à la fin, la femme aux seins nus) se veulent des fulgurances romanesques, littéraires ou étranges qui tombent à plat. Entre d’un côté le petit portrait réaliste d’une jeunesse morne (décor et costumes non pensés, chacun amène sa petite personne) ou l’autoportrait d’une cinéaste perdue en soirée, et de l’autre le grand mythe de la comédie musicale, le film ne se trouve jamais (très très loin de «l’amateur » non expert Arrieta, pour citer quelqu’un qui vous est cher…).

jouetland a dit…

Je me doutais que vous n'aimeriez pas le film d'Audiard. Et Moonrise Kingdom ? Gentillet ?

Buster a dit…

Daniel, je vois que vous suivez la rétro Bulle Ogier à la Cinémathèque :-) A part ça, nous ne sommes pas d’accord, mais bon, je ne vais pas me répéter. "Ça manque de souffle, ce n’est pas habité, ça ne décolle pas, ça tombe à plat..." que voulez-vous que je vous réponde, c’est votre réception du film, qui d’ailleurs est celle de la majorité. Seulement voir Cap nord uniquement à l’aune des grandes comédies musicales ou d’une oeuvre comme celle de Marc’O, fortement ancrée dans son époque, n’est-ce pas s’assurer à coup sûr de passer à côté de ce qui fait la singularité du film?

Jouetland (tss...), en effet je n’ai pas aimé le film d’Audiard, film à gros biceps qui brasse du vent... Quant au film de Wes Anderson, permettez, ce n’est pas gentillet du tout, c’est un film assez douloureux et surtout magnifique (bien qu’hypermaîtrisé, eh oui, il y a les bons et les mauvais experts).

daniel a dit…

Oui, mille fois oui, le Anderson est douloureux et magnifique! Ras le bol d'entendre certains se pincer le nez en disant que c'est gentillet et gratuit et autiste et chic...il réussit là un truc de haute voltige: faire jouer des sentiments d'adultes (noirs, graves et amoureux) à des enfants de 12 ans (à priori le truc insupportable), et fantasmer une île brumeuse (celle de Britten précisément??) soulevée par une tempête de dessin animée et une musique incroyable...En attendant votre texte Buster...dans la presse on n'a eu que que Gester (très bon texte, bonne surprise) et Malausa (bon) à se mettre sous la dent.

Buster a dit…

Entièrement d’accord avec ce que vous dites (c’est marrant, j’ai l’impression qu’on se connaît, même si je ne me rappelle pas qui autour du moi n’aurait pas aimé Cap nord - mais peut-être qu’on n’ose pas me l’avouer!)
Sinon un texte sur Moonrise kingdom? Peut-être, mais pas tout de suite ou alors une petite note rapide, en attendant, centrée sur Britten.

Edouard a dit…

Ce qui est marrant c'est qu'à travers l'édito de Delorme, qui prend soin de ne nommer personne, tout le monde s'est senti visé, des internautes à Positif, en passant par les Inrocks... (la réaction de Kaganski, là : http://blogs.lesinrocks.com/kaganski/2012/05/19/cahiers-du-cinema-etat-critique/)

daniel a dit…

On ne se connaît pas Buster, je lis juste votre blog régulièrement: eh oui ça arrive des lecteurs inconnus purement et simplement, je ne dois pas être le seul:)
Amicalement,
D.

Buster a dit…

Edouard, beaucoup se sont sentis visés, il y a de quoi... certains peut-être à tort. En ce qui me concerne, il n’y a pas d’équivoque, Delorme avait bien lu (moi aussi j’ai mes "taupes" même si je ne suis pas expert! :-D) ce que je disais des Cahiers à propos du film de Rinaldi.

(sinon le billet de Kaganski est plutôt pathétique)

Daniel, OK... alors à bientôt sur le blog.

Anonyme a dit…

En tous les cas, je peux vous assurer que c'est bien votre note et les commentaires qui l'ont accompagnée, notamment ceux de Marcos Uzal (malheureusement supprimés), qui a mis le feu aux poudres

Buster a dit…

Oui, on peut d’ailleurs voir l’édito de Delorme comme sa réponse (officielle) aux critiques initialement formulées par Marcos Uzal. Si celui-ci n’était pas intervenu, il ne se serait rien passé. Ce que Delorme n’a pas supporté c’est moins l’attaque en elle-même (vous pensez, on est au-dessus de ça aux Cahiers) que le fait d’être attaqué par un confrère sur un blog! C’est pas très classe... Alors que démolir un petit film en quelques lignes méprisantes, ça c’est classe!

§ a dit…

Le problème de l'édito de Delorme est qu'il revendique une posture qu'il ne tient pas. Qu'est-ce qu'une « ligne dure » consistant à défendre des films à peu près aimés de tous (Twixt, Moonrise Kingdom, Cosmopolis) tout en démolissant des films presque unanimement mal-aimés (Cap Nord, Low Life...) ? Il est aujourd'hui très difficile de sortir du consensus, et les Cahiers pensent y parvenir par la négative, en aimant peu plutôt qu'en aimant ce que personne n'aime. Et lorsque Delorme prend une merdouille comme Oslo 31, Août comme exemple, et son succès public comme preuve, on croit lire Positif !
N'avez-vous pas repéré au moins une contradiction ? 1) Edito : refus de la politique du « c'est celui qui aime le plus qui écrit », revendication de l'autorité du rédacteur en chef et solitude du Hong Sang-soo dans le cahiers critique comme preuve de tranchant. 2) Or c'est Lepastier qui écrit un texte élogieux sur le Hong Sang-soo, tandis que Delorme lui colle une seule étoile dans le « conseil des dyslexiques »...
La couverture est hilarante et cruelle : un faisceau ridicule éclairant une piste vide...

Anonyme a dit…

Bonjour Buster,

Je rebondis sur des rebondissements. Lu tardivement l'édito de Delorme qui, bon an mal an, me semble assez juste : trop de films et trop de bénis oui-oui encensant tout ce qui sort. De là à consacrer un tiers de numéro au Twixt de Coppola (même agrémenté d'un survol laudatif de son oeuvre), c'est peut-être un peu trop. Et mettre en avant l'insignifiant Avé, ce road-movie couturé du scénario qui joue en sourdine l'option folklore (en fait, c'est un film Sundance bulgare avec traumas surmontés et ouverture au monde à la fin, vous pensez bien), c'est carrément "Tout ça pour ca !". L'article de Delorme sur les experts n'est pas inintéressant, mais il est rédigé par un "expert" critique - ce qui en affaiblit la portée. Et, personnellement, aucun des trois films qu'il cloue au pilori ne me semble mériter un papier de fond pour dénoncer une tendance mortifère qui pointerait le bout de son nez. Le mal est ailleurs, certainement (et à peu près partout).
Sinon, Buster, nous pouvons à nouveau convoler en justes noces : de façon surprenante, "Moonrise Kingdom" m'a fait un gros quelque chose à cet organe étrange qu'est mon petit coeur. Je vous lirai avec plaisir sitôt votre post publié...

Edouard a dit…

Oui oui, clairement, dès qu'on lit l'édito, on fait le lien avec le débat qui a eu lieu ici. Je remarquais juste que le texte de Delorme a fait réagir partout. En fait, il est parti des critiques venues d'un endroit précis, ce blog donc, mais en restant évasif et en provocant des remous vers les autres titres de presse traditionnelle. Il a déplacé le problème en fait. Habile. Mais pas très classe, comme vous dites, Buster.

Buster a dit…

Bonjour § - § comme section... d’assaut, forcément :-)
C’est vrai que tout ça ne tient pas la route. Il sera d’ailleurs intéressant de voir quelle moisson les Cahiers feront de Cannes.
Sinon cette règle de faire écrire celui qui aime le plus un film m’a toujours fait marrer, je me demande si ce n’est pas un mythe, ou si du moins la règle n’a pas été pervertie, à l'origine il s’agissait plutôt de faire écrire, parmi ceux qui appréciaient un film, celui qui l’aimait encore plus que les autres, comme une prime à l’enthousiasme, et non de faire écrire systématiquement celui qui adore un film même s’il est le seul... En tous les cas, aujourd’hui aux Cahiers ce serait plutôt l’inverse, faire écrire de préférence celui, parmi ceux qui n’apprécient pas un film, celui qui le déteste le plus...
Quant à l'accueil réservé au Hong sang-soo, que je n’ai pas encore vu, ça semble en effet contradictoire, mais peut-être que si Delorme est le seul à ne pas aimer le film alors, magnanime, il accepte qu'il soit défendu (avec quelques réserves quand même) dans sa revue.

Anonyme, je veux bien que nous convolions en justes noces, mais je ne sais pas qui vous êtes... :-)

Edouard, en bon "positiviste", vous ne trouvez pas que si Delorme se rivettise (frapper fort et juste, etc), il aurait aussi un peu tendance à se cimentiser (revendiquer la "découverte" de tel ou tel réalisateur prétendument inconnu)?

Edouard a dit…

Delorme "cimentisé" ? Dieu vous en garde, chers camarades "cahiéristes"... Tant qu'il ne truffe pas ses éditos de phrases du genre "Au sommaire de ce numéro, une nouvelle rencontre avec Machin, ce grand cinéaste que les Cahiers ont soutenu depuis leur n°4." ou qu'il ne fait pas passer les Cahiers pour un haut lieu de la défense du cinéma fantastique parce que "Les yeux sans visage" ont été en couverture en... 1959, ça va. Mais bon, oui, attention quand même... :)

Buster a dit…

OK, on surveille ça de près, je vous rappelle si ça s’aggrave... :-)

valzeur a dit…

Oups, Buster - j'ai été anonymifié dans mon dernier post sur nos futures noces andersoniennes (en tout bien, hein ?).

C'était valzeur, le vilain (presque plus, "Moonrise Kingdom" m'a transformé en ours en peluche)

A bientôt !

PS : c'est un enfer, votre truc anti-robots...

Buster a dit…

Je m’en doutais un peu (le passage sur Avé et la référence à votre "petit coeur"), mais bon, je ne voulais pas commettre d’impair... surtout si c'est pour des noces!

valzeur a dit…

Certaines noces seraient plus valables masquées, remarquez !

Ah, avé, cette heure et demie de ma vie partie sur les traces de deux zombies ado bulgares qui n'auront même pas besoin de "Pause-Café" (Véronique Jeannot) pour aller mieux ! Un grand moment de médiocrité, je ne le vous conseille pas. Même le Audiard est plus conséquent (et Dieu sait que ça aussi, c'est couturé de partout, comme la pauvre Cotillard). Enfin, Matthias Schoenhaerts en impose de la musculature (et du jeu aussi, quand même...). Mais je m'égare...

Buster a dit…

Ah De rouille et d’os, de ouille et d’Eros... la rencontre d’un gros orque sans cervelle et des plus beaux moignons du monde. Sur le papier c'est pas mal, mais bon faut être un peu poète, n’est pas Browning qui veut.

valzeur a dit…

Ce que c'est "moignon" quand même Audiard ! Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais les deux derniers rôles féminins conséquents de son cinéma sont "empêchés" (handicapés, quoi...) : Devos dans Sur Mes Lèvres (sourde) et Cotillard ici - j'excepte le personnage falot de Linh Dan Pham dans De Battre qu'on pourra toujours rattacher à cette famille par la non-maîtrise du français.
En bref, il leur manque à toute un petit quelque chose - à mon avis, c'est d'une bonne queue qu'il s'agit (je passe sur les usages sexuels de l'orque et des moignons dans Dérouille et Désosse qui s'apparenteraient presque à une consommation purement homosexuelle, factuelle et non-impliquante - du moins du côté homme-homme avant que l'homme-femme ne lui révèle son côté féminin). La mauvaise psychanalyse sauvage est en tout cas bienvenue sur un film pareil (par ailleurs pas totalement nul, quand même).

Buster a dit…

Bravo pour cette "mauvaise psychanalyse sauvage", le film ne mérite pas plus en effet :-) De couilles et de bosses est peut-être moins pire que les deux derniers, je ne sais pas, mais ça reste quand même très con comme cinéma... Audiard est travaillé par ses fantasmes (le supermâle vs la femme éclopée) mais n’a pas assez d’imaginaire (à la différence d’un Browning, d’un Bunuel, d’un Cronenberg) pour les sublimer (désolé pour ce vilain mot) et leur donner une puissance poétique suffisante, d’où cette propension à la surenchère stylistique, comme s’il compensait par là son incapacité à produire du récit (en dehors de l’inévitable rééquilibrage des forces entre l’homme et la femme, aussi attendu que l’accident de l’enfant sur le lac gelé).

masque - à rats :-] a dit…

De citrouille et de bolosse :-D

Pendant le film, à un moment, disons aux trois-quarts, je me suis dit : "Punaise ! mais qu'est-ce que c'est crétin ?!!" Et, un instant après : "Non, non ! Que c'est ridicule !?" (en gros, les scènes en boîte, dans la réserve de l'hypermarché, et le summum avec le fusil du beau-frère).

Alors, je me suis demandé : est-ce le film, qui est crétin, ou le réalisateur ? Est-ce le film - son scénario - qui est ridicule, ou ce qu'en fait le réalisateur (sa réalisation, ou ce que tu appelles "surenchère stylistique") ?

J'ai pas de réponse définitive...

Le film (euh, selon moi) oscille entre la crétinerie et le ridicule. Au point que le ridicule parvient à gommer la crétinerie, à moins que ce soit le contraire ? C'est peut-être même cela qui le rend à beaucoup "sensible", ahem ?

Cependant, il ne fait pas de doute que le réalisateur est malin comme un diable, qu'il sait comment il va (r)attraper son public, etc.

Alors, devant ce film - très "social", hein, et très favorablement accueilli par les gazettes... on se retrouve comme un con. Ou un crétin ridicule...

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En ce qui concerne Delorme, il y aurait trop à dire de son article (sur "les experts"), plutôt foireux à mon avis, même s'il pointe certaines choses assez bien senties.

blaise a dit…

merci les gars, c'est de loin ce que j'ai lu de plus drôle et de plus juste sur le film d'audiard

Buster a dit…

De rien Blaise.

blaise a dit…

en fait je réagissais à l'échange entre valzeur et buster, j'avais pas lu masque à rats, mais c'est pas grave

Anonyme a dit…

Trouver très con le film d’Audiard et se pâmer devant celui d’Anderson qui est d’une niaiserie insondable, alors là, chapeau ! Les bras m’en tombent !

Anonyme a dit…

À noter : brillant papier de Seguret sur Audiard d ans Libé, même s'il ne descend pas complètement le film. Sont bons ces jours-ci, d'ailleurs...

daniel a dit…

Cher Buster,
Je réagis un peut tard, mais comment savez-vous que Delorme n’a pas supporté d’être attaqué par un confrère sur un blog ? C’est le confrère en question ou l’un de ces « experts » (dans la tête de Delorme !) qui vous l’a dit ? Franchement je ne vois pas où est le problème : qu’il choisisse son édito pour rebondir sur la réception critique aux Cahiers et ailleurs à la suite du petit débat ici ou de toute autre remarque, je m’en balance…ce qui m’importe c’est ce qu’il dit et son aspiration plutôt noble à une critique qui redonne sa juste place aux films… ça paraitrait presque ingénu s’il n’attaquait dans son élan une certaine critique « snob » (il doit y avoir une bonne ambiance à Cannes !) : pour ma part je trouve ça plutôt culotté de citer les exemples d’accueil critique qui l’on particulièrement choqué… Pour ce qui est de la ligne éditoriale des Cahiers eux-mêmes… encore heureux, vous en conviendrez, qu’ils aient « comme les autres » aimé le Coppola, le Anderson, le dernier Hoog sang soo (pour le Cronenberg j’attendrai ce soir). Quant au Policier, à Oslo 31 août ou à The Plague Dogs (dessin animé passé à la trappe des autres publications c’est vrai) on est loin de l’âpreté de pacotille dont peut se parer un certain cinéma français, donc j’applaudis également…Mais ce qui marque le coup dans ce numéro quand même c’est ce texte sur les experts, parfaite illustration de l’édito, j’attends de voir les commentaires de ceux qui trouvent le texte faible… Ce qui est intéressant c’est qu’à l’époque des sorties de Millenium et de Drive les critiques des Cahiers étaient plutôt positives (même si mesurées, par Lepastier et Malausa je crois), en ce sens Delorme ne semble pas un petit chef autiste (c’est pareil pour le Hoog Sang soo pour parler d’un film cité ici par un internaute !). Alors oui il est difficile de sortir du consensus journalistique (d’ailleurs en sortir pour en sortir, ça fait des dégâts), mais les lignes bougent quand même quelque peu...Et on ne va pas reparler des douches froides sans appel qu’ont par ailleurs reçu les Kaurismaki, Jacquot, Belvaux… Enfin bref, faire le procès de l’inélégance, de la blessure narcissique ou du désir de reconnaissance à la Positif ne me semble pas particulièrement pertinent pour le cas Delorme…Après oui, je suis moins enthousiaste qu’eux sur certains films (Avè en effet, Le marin masqué…), et la qualité critique est inégale (avec des textes de très bonne facture et d’autres plus tièdes), on en a déjà parlé…Mais en tout cas, un truc est clair aujourd’hui : le triangle des Bermudes, si cher à Ciment, est peut être en voie de disparition - qui s’en plaindra??
Amicalement,

Buster a dit…

Sur la réaction de Delorme par rapport à ce qui avait été dit sur ce blog, je n’ai fait que réagir moi-même au fait qu'il n’a pas supporté qu’un confrère qu’il connaissait bien choisisse un blog - sachant le peu d’estime (doux euphémisme) que lui et les Cahiers ont pour les blogs qui font dans "la critique de la critique" - pour dire ce qu’il pensait de la ligne actuelle de la revue (je ne peux en dire plus, le reste est privé et, vous avez raison, on s’en balance), donc voilà, si j’ai réagi c’est juste que je trouve marrant les critiques qui ne supportent pas la critique (publique quoique confidentielle) alors qu’eux ne se privent pas pour exécuter au grand jour certains films fragiles. Et puis parler de "tolérance extrême" de la critique à propos de Cap nord, c'est quand même gonflé.
Quant à l'aspiration de Delorme à une critique plus radicale, OK mais ça on en jugera plus tard, avec les prochains numéros. Ce qui est sûr c'est que Delorme se met un peu la pression, car c'est une ligne pas facile à tenir, et beaucoup maintenant vont l’avoir à l'oeil...

Anonyme a dit…

Quand même... est-ce que ça justifie un tel acharnement! Delorme fait du bon boulot par rapport à l'équipe précédente, non?

Buster a dit…

Qui s’acharne? Moi je n’ai rien demandé (le titre du post c’est "la pop que j’aime"!), je ne fais que répondre aux commentaires, notamment sur l’édito de Delorme. Pas de quoi faire le buzz, mais puisque le débat est parti là-dessus, pourquoi pas...
Sinon je n’ai rien contre Delorme que je ne connais pas personnellement. Mais quand je lis son édito, où il se positionne comme celui qui doit frapper fort et juste, je ne peux que l'identifier totalement à la revue. Donc quand je critique les Cahiers eh bien c’est lui forcément que je critique aussi sans qu’il s’agisse d’acharnement. Enfin, je l’ai déjà dit, si je suis aussi critique vis-à-vis des Cahiers c’est parce qu'il s'agit d'une revue à laquelle je reste attaché malgré tout (si si), il ne me viendrait jamais à l’idée de commenter un édito de Positif ou un billet de Kaganski dont je n’ai strictement rien à foutre.

Buster a dit…

Cela étant dit, je reviens sur l’édito. On verra si la direction plus dure que Delorme veut donner à la partie critique de la revue se confirme, en attendant, ce que je n’aime pas c’est la forme que prend cette radicalité. Ne parler vraiment que des films qu’on apprécie (critères quand même très subjectifs) et renvoyer aux notules tout le reste, ça ne va pas, parce que c’est mettre dans le même sac les films sans intérêt (une bonne partie de la production, on est d’accord) et quelques films qu’on peut certes trouver ratés mais dont on ne peut se débarrasser comme ça, qui méritent au contraire qu’on s’interroge sur le pourquoi de leur échec (supposé), ce qui fut le cas des derniers films de Kaurismäki, de Tarr et même de Jacquot. Un texte défavorable (un vrai, pas forcément une tartine mais qui ne se réduise pas à une notule dédaigneuse) sur Le Havre ou le Cheval de Turin c’est quand même plus intéressant qu’un texte favorable sur n’importe quel "bon film" c’est-à-dire moyen, oublié au bout de trois mois.

lao a dit…

ça n'est pas assez punk les inrocks. Ce mot ne veut plus rien dire. Mais rien n'est plus assez punk. Même pas valzeur. Peut-être le prochain Carax l'est, dans le sens un petit peu mclarenien, donc on va voir. Mélenchon, c'est le niveau de punk qu'on a atteint. Je ne parle pas de politique, je parle bien de cinéma. Ah la limite, j'ai presque envie de voir des drogués au cinéma, même si je ne les aime pas par principe (au cas par cas, comme on dit, c'est un tout autre problème).

zach a dit…

Mais pourquoi voulez-vous absolument que les Cahiers parlent de films qu'ils n'aiment pas?

Anonyme a dit…

L'édito de Delorme n'est pas convaincant parce que la position qu'il défend est finalement celle de Positif : pas plus de deux ou trois films par mois, une place aussi importante accordée aux films anciens (reprises ou sorties DVD = rubrique « Le cinéma retrouvé » de Positif). Rien de radical ou de nouveau là-dedans.
La question importante est donc celle du choix des films et de la qualité d'écriture ; et sur ces points le dernier numéro des Cahiers est plutôt bon.
Mais de façon générale, je suis de moins en moins d'accord avec leurs goûts. Et je ne comprends pas où réside leur cohérence. Comment peut-on taper aussi violemment sur une grande partie du cinéma français tout en défendant Belle Epine, Le Marin masqué ou La guerre est déclarée, qui en sont des caricatures ? Et comment peut-on défendre Black Swan tout en brocardant les « experts » ?

Jack a dit…

Exactement Buster... On se souvient de très bon textes, longs et argumentés, sur des films peu appréciés par la revue. Un exemple parmi d'autres : Les Nerfs à vif par Thierry Jousse.

Buster a dit…

Oui, critique dure ne veut pas dire critique expéditive. Quand jadis les Cahiers n’aimaient pas Porte des Lilas de René Clair ou les Espions de Clouzot, est-ce que les deux films étaient expédiés dans des notules? Non, Rohmer consacrait tout un article au premier et Truffaut se fendait d’un long texte sur le second.

Et puis sur quels critères vont-ils retenir les quelques films qui selon eux méritent d’entrer dans le cahier critique? Sur la moyenne des avis du comité (et si c’est trop divisé, Delorme tranche)? Auquel cas ça ne changera rien, il y aura des mois avec 5 ou 6 films et des mois avec un seul, reflet non pas de la valeur des films mais simplement du goût des rédacteurs, avec tout ce que cela suppose d’arbitraire...

Reste la question: pourquoi la plupart des films sont-ils si largement défendus par la critique? Pas parce qu'il y a beaucoup de bons films comme le croit bêtement Kaganski, mais bien parce qu’il n’y a plus d’esprit critique dans la critique, incapable de faire la différence entre, par exemple, maîtrise et savoir-faire. C’est ça que dénonce Delorme? Très bien, alors on y verra plus clair dans le prochain numéro, à travers notamment l’accueil que réservera la revue au (très mauvais) film d’Audiard... (pour mémoire, le précédent, très mauvais lui aussi, avait été plutôt bien accueilli)

Anonyme a dit…

« La question importante est donc celle du choix des films et de la qualité d'écriture ; et sur ces points le dernier numéro des Cahiers est plutôt bon. » (Anonyme du 24 mai 2012, 00:08)

Bof , ou il faut le dire vite, alors! Pour l'écriture, c'est très discutable... Mais on pourrait aussi dire: tout juste lisible...

Ensuite, le choix de... comment dit-il déjà ? ah, oui ! de « programmation » (il y a de quoi rire, non) : Cronenberg, Anderson. On n'attendait ça pas moins d'eux. Et encore, Anderson , faut voir qui a commencé à le défendre: les Cahiers, oui... mais pas Delorme, je crois (ça, je n'étais obligé; c'est effectivement de l'acharnement ).

Et puis , Hong Sang-soo (Matins calmes) au repêchage... même si celui-ci , j'avoue, m'a moins emballé que ses précédents.

Et après... rien! Pourtant, il y avait un peu de quoi dans les sorties ( je mets de côté la rétrospective Cavalier, l'hommage à Bulle Ogier, à la Cinémathèque )!

Le Burton , ils ont pas vu... puisqu'ils attendaient les invites de la Warner... Bon.

Mais, ch'ais pas , moi, il y avait quand même Saya Zamouraï et Margin call !!!

Comme qui dirait: à voir absolument (si possible )!

Anthony Prunaud.

§ a dit…

Ce n'est pas la posture de Delorme qui importe, c'est le choix des films. Et leurs goûts sont devenus moins sûrs, de plus en plus contestables.
Mais quand ils aiment un bon film et qu'ils décident d'y consacrer de la place, ça peut donner le très bon ensemble sur Coppola. A l'inverse, quand ils ne comprennent rien à un bon film, ça donne des démolissions imbéciles et indignes.

Aujourd'hui c'est : "A bas Rinaldi, vive Dolan !", "A bas Kaurismaki, vive Von Trier !" Peut-on s'en scandaliser sans que Delorme écrive un édito arrogant ?

La politique du « c'est celui qui aime le plus qui écrit », que Delorme fait semblant de ne pas comprendre, n'est pas un consensus. ça consiste à faire confiance à ses rédacteurs et aux films. Si quelqu'un que je respecte aime ce film que je n'aime pas, est-ce que ça ne vaut pas le coup de voir ce qu'il en a à dire ? Ne serait-ce que parce que les films ne sont pas des plats en sauce... N'est-ce pas plus constructif qu'une posture bêtement violente tenant plus compte de l'image de la revue que de "l'art d'aimer" ?

Buster a dit…

Tout ça manque d’humilité. L’intransigeance suppose une qualité de discernement et une rigueur de pensée qui font défaut aux Cahiers (pour l’instant, mais pourquoi ça changerait?). Il y a en effet aucune logique dans leurs choix de films. Quand Rivette disait qu’il n’aimait pas les films de Lupino, on pouvait le regretter, mais c’était cohérent par rapport à ce qu’il disait par ailleurs des films qu’il aimait. Vouloir frapper fort et juste alors qu'on ne fait pas preuve d'un goût très sûr, c'est quand même problématique.

Anonyme a dit…

c'est qui jack, § et les autres? des anciens des Cahiers qui règlent leurs comptes?

Jack a dit…

Bien vu l'anonyme. En effet, nous sommes tous des anciens des Cahiers. On est frustrés de ne plus y être et comme on n'aime pas Delorme, on s'amuse à le pourrir sur Internet (on s'amuse comme on peut). Après on va aller boire un verre en rigolant. Voilà.

Alfredo Garcia a dit…

Et toi, anonyme de 15h54, qui es-tu ? Stéphane Delorme ? Jean-Philippe Tessé ? Joachim Lepastier ? Vincent Malausa ?

zach a dit…

Je repose ma question Buster: pourquoi voulez-vous absolument que les Cahiers parlent de films qu'ils n'aiment pas? Et je complète: pourquoi ceux qui n'ont pas les mêmes goûts que vous seraient-ils obligatoirement dans l'erreur? Parce que vous, vous faites preuve d'un goût très sûr?

Buster a dit…

Je crois que vous m’avez mal compris. D’abord je n’exige rien des Cahiers, ensuite c’est Delorme qui sous-entend à travers son édito que son goût est sûr, lui permettant ainsi de frapper fort et juste. Donc ne pas inverser les rôles. Et puis je ne sais pas où vous avez lu que je disais que ceux qui n’ont pas les mêmes goûts que moi seraient dans l’erreur, c’est comme dire: ceux qui ne sont pas d’accord avec moi sont des cons, ça on le pense parfois mais on ne l’écrit jamais!

pompier - a dit…

Mmh… ils sont redoutables, tes robots, Buster !-D

Deuxième envoi, donc :

[A]

Bonjour Daniel,

Rassurez-vous, je ne vous ai pas oublié :-]

Foireux (clairement), mais pas (explicitement) « faible ». Ou si vous voulez (très) approximatif, incertain ou maladroit. Relisez-le ; et bien, cette fois-ci (ahum !-] A peine deux ou trois passages assez pertinents… mmh, et encore !-D

Je suis cependant encore très attaché à la revue, pour n’avoir pas vraiment envie de casser du sucre sur la tête de ce pauvre Delorme, qui fait ce qu’il peut (c’est-à-dire, pas grand-chose) pour « maintenir » la revue. Un article comme celui-là, dans l’histoire de la revue, c’est assez calamiteux. Ça a des airs de jeune critique enragé, mais on ne s'improvise pas Truffaut du jour au lendemain ! et à l’arrivée, c’est au mieux du mauvais Vomitif (euh, Vincent, vous n'êtes pas là, n'est-ce pas ?-] : voir le tristement célèbre « Quelques réalisateurs trop admirés », dans leur n° 11, sept-oct. -54 !

D’abord, tout le paragraphe de son introduction est faux, ou, si vous préférez, il repose sur des propositions grossièrement fallacieuses : tout le monde ne s’est pas pâmé à l’unisson devant les trois films cités. Il y a eu, tout au plus, un consensus assez bien partagé de part et d’autres dans la presse, allant parfois à l’ « extase » (si l’on veut) et quelques voix discordantes. C’est très net sur Millénium de Fincher, par exemple : Thoret (Charlie Hebdo), Sotinel (Le Monde), Libiot (L’Express), et quelques autres (les Echos) ont rejeté le film. Et, hormis le JDD (qui a attribué « *** »), le reste a été mitigé : de Posit-machin à France soir, en passant par le Figaro ou… les Cahiers. Un peu pareil pour Tinker Taylor soldier spy (La Taupe), qui a reçu un bien meilleur accueil cependant, mais avec là encore de la retenue : la position la plus significative étant celle du classique « pour / contre » de Télérama. A la limite, l’agacement de Delorme est tout à fait justifié, au regard de l’accueil (excessif, selon moi aussi) réservé à Drive… à l’exception de la voix, un peu solitaire, cette fois-ci, de Thoret encore, dans Charlie Hebdo.

Ensuite, pas mal de contre-sens – beaucoup trop à mon goût – qui émaillent son article. Les plus gros, ici. D’abord, il confond (volontairement, je crois) « experts » et « surdoués », en mettant les spécialistes, les hauts-professionnels et les passionnés, tout dans le même sac. Du reste, je n’ai bien vu dans le film en quoi on pouvait dire [« [le driver] demeuré (sexy, mais demeuré quand même) » ?! (je cite à peu près, n'ayant pas le document sous la main).

Autre affirmation rapide : « [les geeks l’ont élu grand cinéaste], car Fincher leur a envoyé une image flatteuse d’eux-mêmes ». Simsolo, qui est loin d’être un geek, et nettement plus un cinéphile, avait consacré un long papier publié dans Trafic, le n° 38, été 2001, pp. 114-121, soit il y a maintenant plus de dix ans !!!

Aussi, comme l’a souligné Buster, le contre-sens entre « maîtrise » et « savoir-faire ». J’ajoute : « héros » et « anti-héros », « cinéphile » et… « critique » ! Il faut le remercier de cette formidable perle : « la cinéphilie, c’est l’art d’aimer » ?!! (c’est le père Douchet qui va être content !-D

Et enfin, et surtout, Delorme montre une incapacité manifeste à discerner, distinguer clairement, les notions de « réalisateurs », « (super)auteurs », « maîtres » et « (grand) cinéastes » (et accessoirement « metteurs en scène »).

[fin de la première partie]

- bon œil ;-D a dit…

[B] (suite)

En outre, il faut bien de l’indulgence pour ses effets de manche – ces formules qui en jettent (tape-à-l’œil ?), mais creuses :

- « La société a les héros qu’elle mérite ». Un hommage très discret à Mathieu Kassovitz ?!-]

- « […] se dévoile un vide retentissant » (sic), avant-dernier paragraphe de tout l’article.

- et puis, la tripotée de tics de langage journalistique, vite lassants : « fétiches visuels », « le summum du cool », son cousin « icône cool », « un hapax sans conséquence » (il m’a fallu du temps pour comprendre), et j’en oublie certainement.

- sans compter le nombre incroyable de mots anglais – pas toujours nécessaires, ni forcément bienvenus – qui égrènent son développement : « understatement », « geek », « package », « vintage », la prouesse ayant été d’avoir même glissé l’expression « to muddy the water » !

A l’arrivée, l’impression d’un cocktail (pour bourgeois branché) – certes rafraîchissant un court instant – mais de réflexions tout de même très maladroites, avec néanmoins de bonnes intuitions, parfois.

Il y a même deux gros problèmes dans son article. Le premier : c’est qu’il ne se rend même pas compte qu’il se tire une balle dans le pied ! Sa déploration du « vintage », il pourrait alors tout aussi bien la faire sur les films, dont certains l’ont enflammé au moment de leur sortie, comme : Super 8, Black swan, Fighter, Bellflower, Carlos, Dernière séance… ou encore de Mad men (en couve du n° de juil-août -10) !

Les « petits malins » (qui jouent de la connivence avec le « ciné-club des petits malins-experts ») et les « premiers de la classe », que la revue défend depuis quinze mois. Dans la première catégorie, j’ai nommé (tadam !) : Bertrand Bonello (L’Apollonide), Valérie Donzelli (La Guerre est déclarée), Jacques Doillon (Le Mariage à trois), Mathieu Amalric (Tournée), Wes Craven (Scream 4), Tim Burton (Alice), et même Alain Resnais (les Herbes folles) ou Almodovar (la Piel), et dans le deuxième catégorie (qui n'exclut pas la première) : en tête, bah, James Gray, Spike Jonze, Darren Aronofsky, ou encore… Wes Anderson ?! (oui, bon, pour les pinailleurs, je sais bien que ceux-là ne sont pas les premiers de la classe sur le plan de l’efficacité, disons, commerciale).

Et le deuxième, et là, c’est nettement plus grave, c’est sa réflexion générale sur le cinéma et sur le monde. Réclamer de l’ « humanité » (waouh, ça, c’est de la critique !) devant ces trois films (à mes yeux, « moyens », c’est-à-dire : ni bons, ni mauvais, intermédiaires), dont le sujet principal – voire le projet d’ensemble – est justement de parler de l’absentement au (et du) monde !?!

Franchement, il faut le faire !

Bref, cet article est la caricature même de ce qu’il dénonce chez les autres réalisateurs : esbroufe, tics inutiles, semblant de réflexion, prétention (à l’art d’un côté, et à la critique de l’autre). Mais, tout était déjà dit dans son édito assez imbécile dans le même numéro : la critique est désorientée. Au moins, là, nous apporte-t-il lui-même la preuve qu’il est en train de perdre pied avec le cinéma contemporain ; autrement dit, ce papier n’est rien d’autre qu’un aveu d’impuissance… critique.

oups ! a dit…

Euh, « [B] (suite et fin) ».

(vous aviez évidemment tous compris !-]

Anonyme a dit…

vous avez raison Buster , suite à l'édito de Delorme, les Cahiers vont être attendus au tournant, et cela dès le prochain n° avec leur compte rendu de Cannes. M'étonnerait pas que ça flingue à nouveau :D

Buster a dit…

Bien arrivé pompier-bon oeil... pas faux ce que tu dis, mais un peu dur quand même, le texte de Delorme pose des questions intéressantes... bon après, s'il se veut définitif, c'est un peu léger en effet, mais si c'est pour ouvrir un débat, je trouve le texte bien venu... (je reste très général car je n'ai plus le texte sous la main)

Pour Cannes, je suis curieux de savoir ce que les Cahiers diront du Carax parce que pour l'instant c'est du grand n'importe quoi au niveau critique (Séguret, Azoury), rarement lu des trucs aussi délirants...

PS. Beaucoup se plaignent de l'anti-spam, mais j'y suis pour rien, je rappelle qu'à droite du champ il y a une touche reload qui permet de choisir les deux mots à saisir.

daniel a dit…

Merci pour votre réponse Pompier!
Plusieurs choses:
-J'avoue vous avoir lu sans trop comprendre parfois ce que vous pensiez vraiment: un coup vous dites qu'il y a quelques bonnes intuitions et un coup vous dites que c'est de l’esbroufe et de l'impuissance critique, un coup vous dites que vous n'avez pas le texte sous le nez puis vous le citez très précisément...Bon, vous êtes probablement allé chercher le texte en cours de route et vous avez fini pas le trouver très mauvais...
-Je pense que Delorme réagit autant à la réception d'une certaine presse qu'au succès populaire des 3 films, et on sera presque tous d'accord sur ce point, le texte est bienvenu (et s'inscrit dans une histoire des Cahiers contre ce type de films).
-Simsolo n'est peut-être pas un geek mais en matière de critique on repassera (je me souviens de cette défense de Fincher assez pathétique, il faut revoir Seven vraiment très mauvais).
-Le driver sexy mais "demeuré": bah un peu quand même, tout le jeu de Gosling étant de faire le taiseux asocial qui ne s'éclate que devant ses moteurs ou son volant (toujours en silence), on peut penser qu'il est un peu demeuré (je dirais avec une certaine mauvaise foi que nous sommes en France: un intelligent - pas forcément intellectuel- parle ou tout du moins essaye de parler, ou alors montre par ses actions une certaine densité intérieure, ici on voit juste une allure qui finit par se montrer complètement ravagée, ce que vous nommez "l'absentement" au monde ici est juste une coquille vide)...
-Ok sur la nécessaire distinction maitrise/savoir faire, par contre sur l'indistinction de Delorme entre « réalisateurs»,
« super)auteurs », « maîtres » et « (grand) cinéastes » c'est pour le coup un peu de la mauvaise foi de votre part, Delorme reprenant les adjectifs de la réception critique. Votre distinction également entre "petits malins" (ah la la on devrait réussir à trouver d'autres expressions, ça date des années 90 ça) et "premiers de la classe" (les bucheurs) avec les noms cité me laisse dubitatif...
-Quant à "La perle" sur la cinéphilie (à la place de la critique) comme art d'aimer, je ne vois pas en quoi "le père" Douchet sera choqué...
-Votre remarque sur le vintage et les films cités est intéressante, je me souviens d'un article passionnant de Libération sur ce retour au vintage il y a peu. La remarque de Delorme mériterait en effet une précision mais vous, vous réclamez qu'on jette le bébé avec l'eau du bain ! (sur la couverture avec Mad men : dans mon souvenir cet été là il y avait un entretien passionnant avec le créateur de la série mais aussi un texte assassin de Ropert)...
-Ok sur vos remarques sur le style très "parlé": Delorme n'est pas un grand styliste mais son texte a le mérite d'une certaine cohérence (ne vous en déplaise!), sans verbiage, une idée claire déroulée calmement avec une certaine efficacité. Vous trouvez que c'est juste bobo et rafraichissant, je trouve son texte nécessaire et perfectible, tout comme (ne vous en déplaise à nouveau) son édito...
Autre texte marquant du numéro: Cosmopolis (le clone de Connan Mokasin est bon!) et le film de Cronenberg génial...
Amicalement,
D.

Anonyme a dit…

@ Daniel : pas vraiment assassin l'article de Ropert sur Mad Men, et pas non plus vraiment génial le film de Cronenberg...

change - a dit…

[A]

Re-bonjour D.

Vous me reprenez sur huit points : un par tiret, pour faire simple. Merci bien, car ça me permet de préciser :-]

1) Ici, en deux temps :

a) Je ne vois pas en quoi l’esbroufe – ou même l’impuissance (critique) – et les (quelques) bonnes intuitions seraient incompatibles ? En y réfléchissant bien, ça va souvent de pair ! Ecoutez les politiciens, même les plus infects, vous serez surpris !-D

b) Pour ce qui est du document sous les yeux, vous êtes dans le mille, enfin, dans le « 800 » (plus que dans le « 900 », si je puis dire :-]

Vous avez deviné que j’étais « allé cherché le texte en cours de route »… En effet, vous avez compris que je n’avais pas acheté le dernier numéro des Cahiers – euh, pour vous dire, je ne l’ai jamais fait ! Ayant tout simplement consulté la revue en bibliothèque. Et, c’est vrai que j’ai « fini pas le trouver très mauvais » : au point que je me suis dit « Pff, ça ne vaut vraiment pas le coup de le photocopier !!! » Je l’ai donc relu deux ou trois fois, en prenant bien scolairement, je l’admets, des notes ici ou là.
Comment dire ? euh, vous voyez : vous aussi, vous avez de bonnes intuitions, ahum !-]

2) Pour moi, cette « réaction » est excessive. Delorme, qui aime bien les mots en anglais, devrait bien apprécier celui-ci : « over-reacting ». S’il réagit à « une certaine presse », qu’il la désigne – pareil pour « la tolérance extrême » à l'égard de Cap nord, du reste – plutôt que de rester dans un vague englobant, où lui-même s’embrume l’esprit. Quant au succès « populaire » (ah, vraiment ?) de Millenium – bon, allez, à la limite –, mais surtout de Tinker Taylor soldier spy (La Taupe), je demande à voir !

Personnellement, puisque vous en parlez, je trouve que cet article n’est pas mal venu. Mais, moins pour ce qu’il dit (les pauvres arguments avancés), que ce qu’il montre de l’état actuel de la critique en général, et des Cahiers en particulier. Léger désaccord également quant à son inscription dans l’histoire de la revue. Contrairement à vous, je trouve assez neuf de le faire « contre ce type de films », j’ajoute « précisément ». Toutefois, très intéressant, spécialement sur le plan culturel, puisque témoignant de notre époque (évolution des Cahiers, autant que celle du lectorat, etc.).

3) Euh, je n’adore pas Simsolo, loin de là. Mais, quand même, c’était publié par une revue très respectable ! Je l’ai cité, car il est assez marquant, d’un point de vue éditorial. Mais, si ce n’est que ça, il y a d’autres critiques, avant The Social network et le tout dernier, à avoir loué les talents de Fincher : Positruc (déjà au moment de Se7en, je crois, et que je peine également à sauver), Burdeau-Frodon (Zodiac), l’auteur (dont j’ai oublié le nom) du bouquin paru aux « Editions 7è art » ; et même… JFR (assez régulièrement dans Le Monde) ! On ne peut pas vraiment les tenir (tous) pour des geeks !?

4) C’est marrant cette distinction que vous faites entre le mutisme et la volubilité – « l’économie verbale » en quelque sorte – pour faire le tri entre les « demeurés » et les « intelligents » ?! Il y a de quoi bouleverser complètement l’histoire du cinéma ! Sur cette « base », que faites-vous des personnages chez Rossellini, Antonioni, Tati, Philippe Garrel (dans les années 70), Akerman (Jeanne Dielman), Claude Chabrol (La Cérémonie), Dumont, Michael Mann, Johnnie To, Kiarostami, Lars von Trier (Melancholia). Et de l’autre côté : Tarantino, Rohmer, Desplechin…

[fin de la première partie]

- pas demain :-] a dit…

[B] (suite et fin)

5) Bah, je vous laisse relire en particulier le passage sur Kubrick (allez, un indice : qui est l’auteur de Madame de… ?). Et surtout le dernier paragraphe de l’article.

Ah, oui ! J’oubliais aussi les énormités sur Christopher Nolan ; avec notamment le flingage gratuit de Batman begins.

Aussi, si vous cherchez des « bûcheurs » parmi les « premiers de la classe », vous êtes partis pour rester très longtemps dubitatif !-D Et si vous ne voyez pas en quoi ceux que je cite sont des « demi-habiles » (au lieu de petits malins) défendus par la revue, depuis environ deux ans et demie (ce qui fait un peu plus de quinze mois, en fait :-), je ne peux plus grand-chose pour vous !-D

6) Euh, connaissant un petit peu Douchet, il est impensable (selon moi) qu’il écrive « la cinéphilie, c’est l’art d’aimer ». Il doit même y avoir pour lui, un rejet (viscéral) de la cinéphilie, disons « experte », pour reprendre le terme de Delorme. Et sinon, si ce n’est que ça, moi, ça me choque tout simplement :-D

7) Euh, merci : parfait exemple de ce que j’appelle « quelques bonnes intuitions, et encore !-D

8) Mouais, « tout comme […] son édito »… et tout comme la revue, etc.

Bon, je ne vais pas dégoûter les (derniers ?) partisans de la revue – euh, en particulier, ceux qui les achètent !-]

Pour conclure, je crois que je peux encore attendre longtemps le jour où vous viendrez me dire : « J'avoue avoir lu l’article sans trop comprendre parfois ce que Delorme pensait vraiment », ahum !-DDD

Bien cordialement,

daniel a dit…

Pompier, je m’incline devant votre célérité et vos précisions… mais c’est sûr les textes de Delorme je les comprends, je ne les trouve pas toujours aboutis (un désir aigu de description qui parfois bascule dans la paraphrase), mais avec souvent de bonnes intuitions comme vous dites, une certaine singularité tranquille (le premier à avoir dit combien Desplechin avait une limite il y a plus de 15 ans, d’ailleurs ses textes sur le cinéma français sont en général assez réussis, je me souviens de celui sur les personnages dans le numéro passionnant mais à la couverture sinistre sur la France, son texte prélude à ces experts dans le numéro Coppola était également très bon…). Et surtout (alors là on est vraiment en désaccord) sans esbroufe, peu minaudiers et sincères - disons inspirés directement par un sentiment et/ou une idée sans ego démesuré à l’heure où tout le monde dit je.
Bon, sur les mutiques d’Akerman, Garrel, Rossellini… : ils sont à mille lieux du cliché en jean-blouson de soie et lunettes qu’est Gosling dans Drive, ces personnages sont à l’opposé du simple effet d’une silhouette stylée qui fait la mystérieuse, tant sur l’interprétation que sur la mise en scène…pourquoi l'élégance et l'allure devraient -ils être juste charmeurs? Résultat: Gosling a du charme et du style mais semble demeuré.
Sur les critiques défenseurs de Fincher: ok il n’y a pas que des adolescents geek (Burdeau, Frodon (!), Orignac, et même Douchet!)… il n’empêche que si on enlève la parenthèse du déceptif et impressionnant Zodiac, il faut bien dire que les autres films acclamés sont indigestes (Button), dégueulasses (Fight club, Seven mais aussi ce Millenium avec un violeur très très méchant car il sodomise sa victime, la sodomie comble de l’ignoble : on rêve) ou à la virtuosité gratuite (les gadgets de Panic Room ou l’élégance surfaite de Social network…)… et Simsolo dans mon souvenir acclamait Fight club dans la toujours très respectable (on est d’accord) Trafic.…Il se trouve que je suis plutôt d’accord également avec Delorme sur Nolan, le « flingage gratuit » comme vous dites (mais il s’agit plutôt d’un exemple qui vient appuyer sa réflexion, repris d’ailleurs à la fin de l’article) mériterait un flingage en bonne et due forme (ah Inception et son allure de blockbuster intelligent...) …
Pour le reste, vous vous offusquez que la formule de Douchet « l’art d’aimer » soit ramenée à la cinéphilie, or Delorme précise bien ce qu’il entend ici par cinéphile : un amateur qui prend le temps de penser (cette idée du temps est aussi à l’origine de l’article : « les esprits s’échauffent vite dans ce temps de relatif repli ») et non un collectionneur-consommateur-expert (qui aura le premier établit –la course au scoop ! – le statut du nouveau grand maître, cf. l’exemple également il y a peu de Jeff Nichols)…c’est une association rhétorique un peu facile, mais aussi appréciable que la distinction finale de Biette entre cinéaste et réalisateur (distinction on est tous d’accord à peaufiner)…de là à parler d’esbroufe comme vous le faites… Voilà Pompier, bisous et au plaisir.
A l’anonyme : Sur le texte de Ropert sur Mad men : ce n’est pas elle qui critiquait l’extrême joliesse redondante de chaque plan ?? J’ai peut-être halluciné son texte ou confondu...
Sinon rien à dire sur le palmarès de Cannes (car rien à dire sur les palmarès en général), mais quand même ahuri qu’Anderson et Cronenberg soient repartis sans rien : décidément un cinéaste aimé n’a pas nécessairement cet art d’aimer qu’on aimerait lui prêter...

des barques - a dit…

[A]

Mon Cher Daniel,

Ravi de vous retrouver !-D

Réponse en quatre temps :

1) Aïe ! En vous lisant, je m’aperçois que vous êtes un adepte de la revue, dans sa version actuelle, et que vous portez en assez haute estime Delorme. Aussi, c’est tout à votre honneur que de le défendre. A tout hasard, je rappelle encore une fois que je ne tiens pas particulièrement à lui casser du sucre sur la tête. Mais, comme vous en remettez une couche, je ne vois pas bien comment je pourrais faire autrement !?-DDD

Ainsi, je vous avouerais que je lis très peu les papiers de ce bonhomme-là. Et, c’est à peine si je regarde ses appréciations dans le Conseil des Dix ! Il a dû débarquer aux Cahiers vers la moitié des années 90 – ce qui fait à peu près… quinze ans, tiens ?-] Ergotons un peu sur votre parenthèse concernant Desplechin, première mouture. A ce moment-là, avant 1997, le cinéaste – car c’en est un (vrai) – avait fait : La Vie des morts (90), La Sentinelle (91), Comment je me suis disputé (94). Il tournera Esther Kahn… en 1998 ! Pour la date, c’est bien sûr du pinaillage. En revanche, j’aimerais bien connaître la nature des limites que Delorme détecte jusque-là ? Au demeurant, vous ne trouvez pas un peu gonflé qu’un critique, qui plus est débutant, vienne dire d’un tout jeune cinéaste – Desplechin est né en 60 – a des limites ? (Non. – Ah, bon.)

Sur la question de l’esbroufe, à présent, vous avez sûrement compris que je ne visais pas tant le style habituel de cette agréable personne, disons, depuis ses tout premiers pas aux Cahiers, que cette fois-ci seulement (la première, il me semble) où il se prend des airs de matamore, ahum !-]

Tenez, en passant, juste une dernière remarque sur le sujet : vous aurez sans doute également remarqué que sa discrétion va jusqu’à ne pas citer l’auteur de l’article auquel il renvoie dans le paragraphe mentionnant Kubrick : « cf. Cahiers n° 664 », que j'ai lu, du coup. Trop humble, et pas autiste ?-D

2) « Gosling [a du charme et du style mais] semble demeuré », avez-vous écrit. « Semble », n’est-ce pas ? Eh, eh, on progresse !-] Hélas, ce n’est pas encore assez pour me convaincre qu’il est effectivement « demeuré ». Ou alors, je vous assure que des types comme ça, il y en a plein dans le métro ?!-D (mais, maintenant qu’on en parle, est-ce bien le métro ?-]

Je passe sur votre amusante interrogation du « pourquoi l’élégance et l’allure devraient-ils être juste charmeurs ? » (car ça doit quand même être à peu près le seul but de la manœuvre, non ?), et médite sur les mutiques de Rossellini [je m’arrête à lui exprès] qui « sont à mille lieux du cliché en jean-blouson de soie et lunettes » !-DDD

(fin de la première partie)

- émois !-D a dit…

[B] (suite et fin)

3) Douchet, je confirme. Dans ma recension, je l’ai épargné !-D Il avait défendu Fight club, mais je crois qu’il en a honte encore aujourd’hui !-D

Les films de Fincher, je les goûte tous moyennement. Par exemple, j’ai « raté » Panic room. Enfin, je suis porté à croire que c’est plutôt l’inverse : que c’est Panic room, qui est raté !-D Et même, pour vous dire, je me force à y aller ! Ce qui fut le cas du dernier, que je ne rejette pas complètement. Parmi les intuitions bien senties dans l’article de Delorme, je suis assez d’accord avec ce qu’il pointe dans la scène du viol. Mais, j’aurais aimé justement une analyse plus étendue (d’une portée plus large) sur les questions de cinéma, ou si vous voulez éthiques et esthétiques : « Celui-ci [le spectateur] complice d’une ignominie, le plaisir de l’intimidation », ça me paraît un peu court. Mais, bon, ce qu’il en dit, c’est déjà ça ; et vous me répondrez que ce n’était pas l’objet de son billet.

Fincher, c’est incontestablement un (assez bon) réalisateur et un auteur. Et, pour moi, un cinéaste pas complètement inintéressant. Dans le cinéma contemporain américain, il reste quand même une personnalité « à suivre », comme on dit. Dans la lignée, pour le moment, de gens comme Richard Fleischer (admiré par Kiyoshi Kurosawa), par exemple. Je vous remercie donc de me permettre de rattraper ma lacune dans le précédent comm. Les références du livre évoqué l’autre fois sont les suivantes : Dominique Legrand : « David Fincher, explorateur de nos angoisses » – Editions du Cerf – Collection « 7è art » (2009).

Ma relation au cinéma, tout de même très ambitieux, reconnaissons-le, de Christopher Nolan est plus compliquée. Je n’aime à peu près rien de ses films : Memento, Le Prestige, Inception… Je le trouve cependant plus « doué » et plus « brillant » que Fincher, mais totalement vain, ou quasiment. Et pourtant, je peux sauver Batman begins !

4) Euh, « l’art d’aimer » du cinéphile… « un amateur qui prend le temps de penser », si on vous suit ? Eh, comme dirait le grand Chabrol : « Laissez-moi rire » !!!-DDD (ou alors, on ne croise pas les mêmes !-D

Et, pour finir, je ne veux pas dire, mais « les esprits s’échauffent vite dans ce temps de relatif repli » et « la course au scoop », vous ne croyez pas que cela vise un type de cinéphile… en particulier ?-] (inutile de vous faire un dessin, si ?-D

Au plaisir également ; par contre, pour les bisous, s’il vous plaît : pas devant tout le monde, hein !-D

erratum a dit…

Profitons de ce (court ?) silence pour une petite rectification :-]

Ma dernière pique contre Delorme – dans le 1) du début de ma réponse, dans le comm signé « des barques » – tombe quelque peu à plat, puisque je me suis trompé de référence...

En effet, le paragraphe sur Kubrick (p. 83 dans le n° 678, à la fin de la partie intitulée « Le culte de la maîtrise ») renvoie à l'article écrit par Vincent Malausa : « Génération 90 », dans le n° 664 (févr. -11, pp. 16-18).

Alors qu'en fait, je faisais allusion au passage « [...] le cinéma qui arrive est le produit de la culture geek », dans le dernier § de la première partie intitulée « Qu'est-ce qu'un expert ? » (fin de la page 80, le paragraphe est coupé, mais se prolonge à la p. 83), qui renvoie – comme indiqué par l'auteur – à l'article : « Films Capitalisme » dans le numéro 662 !

Excuses donc à tous ceux qui voulaient me tomber dessus (ou... me débarquer ?-] pour cette lamentable étourderie !-D