dimanche 20 mai 2012

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"The Young Person's Guide to the Orchestra" [le thème, inspiré du Rondeau d'Abdelazer de Purcell], Benjamin Britten (1946). [via ciborne]

L'analyse est vraiment au cœur de Moonrise kingdom, le dernier film, magnifique, de Wes Anderson, passage obligé pour en apprécier - synthétiquement - toute la beauté. Film bien plus complexe qu'il n'en a l'air, qui ne se réduit pas à l'éternelle "maison de poupées" dans laquelle on essaie bêtement (ou par paresse) de faire entrer le cinéma d'Anderson, Moonrise kingdom mérite plus qu'une note. Le film est beau par ce qu'il raconte (l'amour entre un garçonnet et une fillette, le premier baiser, l'aspect disons schulzien de l'enfance), mais surtout il est juste, à travers les correspondances que tisse Anderson entre la musique de Britten, les codes qui régissent la vie des scouts et son propre univers. J'espère pouvoir y revenir. En attendant, comme un avant-goût, réécoutez la pièce musicale qui ouvre le film, et imaginez les enfants à la place des cordes, les chefs scouts (Norton, Schwartzman) à la place des bois, les parents (Murray, McDormand, Willis) à la place des cuivres, et, tout en haut, l'institution (Swinton) à la place des percussions... Bon après, il y a les variations. C'est le film.

27 commentaires:

Anonyme a dit…

Génial!

Anonyme a dit…

je parle du billet bien sûr

Buster a dit…

J’avais compris :-)

Anonyme a dit…

Génial, bon, mais... "schulzien" : coquetterie. Faites-vous référence au Polonais Bruno Schulz ? Ou bien à Papa Schulz ? ;-)

Buster a dit…

Ni Bruno ni Papa, mais Charles Schulz (Peanuts).

AA a dit…

je me suis en effet demandé ce que venait faire là l'auteur du Sanatorium au croque-mort.

Buster a dit…

Si certains veulent parler de Cannes, du palmarès ou de Moretti, j'ai transféré les derniers commentaires du précédent post ici:

Buster a dit...
Bravo Nanni pour ce beau palmarès eurocentré... :-)

27 mai 2012 20:03

Anonyme a dit...
Eurocentré mais avec un film mexicain et pas de films français! :)

27 mai 2012 20:55

Buster a dit...
Surtout pas de films américains ni asiatiques...
Faut dire que "la Réalité de l’amour au-delà des collines" est un pur chef-d’oeuvre, comme on dit.

(j’ironise mais en fait j’en ai rien foutre du palmarès)

27 mai 2012 21:35

angela a dit...
Moretti a sauvé la zone euro!

27 mai 2012 22:27

Marie a dit…

bonjour Buster, j'étais à Cannes, je n'ai pas tout vu (loupé entre autres le Carax, le Resnais et le Hong Sangsoo), mais "Amour" de Haneke est vraiment magnifique et que le film ait eu la palme d'or n'a rien de scandaleux.
A part ça, le Wes Anderson, euh, comment dire... mignon non... riquiqui oui.

Buster a dit…

Sûrement d’autant que le film de Haneke avait l’air taillé sur mesure pour une palme d’or...
C’est marrant vous n’avez vu ni le Carax ni le Resnais ni le Hong, or c’est justement les films que je retiendrais si je devais élire les trois plus belles affiches du festival, surtout celle de Holy motors qui rappelle Oncle Boonmee.
Le Wes Anderson riquiqui? Tss... je crains que vous fassiez partie de ceux qui s’arrêtent à la surface du film, à sa joliesse (alors ils aiment ou ils n’aiment pas, mais ça ne va pas plus loin), comme il y a ceux qui s’arrêtent au Temps de l’amour de Françoise Hardy et n’entendent pas la musique de Britten qui est pourtant présente tout au long du film.

§ a dit…

Difficile d'imaginer que ce salaud d'Haneke ait pu réaliser un film magnifique. C'est le remake du Chat avec Trintignant et Riva, non ? Sûrement encore un pudding puritano-masochiste dont il a le secret : chantage au sujet + prise d'otage du spectateur sous forme de pseudo rigueur. Exactement le genre de trucs indigestes qui plaisent à ceux qui pensent que Anderson fait des films riquiquis. Sur la même question, je suis sûr que ça n'arrive pas à la cheville de La maison du sourire, beau film méconnu de Ferreri.

Buster a dit…

Hé hé... Die katze? N’ayant pas vu le film d’Haneke je ne m’aventurerai pas trop, mais bon Heineken est-ce que c’est vraiment meilleur que Kronenbourg? (OK, on l’a déjà fait).
Sinon que le film ait eu la palme d’or n’a pour moi rien de scandaleux dans la mesure où il y a bien longtemps que je n’accorde plus aucun crédit à ce genre de distinction (le jury à Cannes c’est comme un jury de patinage artistique) et comme en plus Haneke fait des films justement pour les palmes, hein bon... Maintenant Amour on verra, il y a des critiques qui aiment alors que jusque-là ils n’avaient jamais aimé les films d’Haneke. Mais là aussi, ça ne veut rien dire, la critique à Cannes c’est tout sauf de la critique, c’est peut-être même le seul moment de l’année où elle se met en vacance(s), croyant conserver quelque objectivité sur des films vus à la chaîne, d’un seul oeil, l’autre restant endormi, nuits festives oblige...
Cela dit Haneke, c’est vrai qu’il faut se le farcir. J’avais été impressionné par Benny’s video à une époque, lointaine, où j’étais impressionnable, et puis après terminé: Funny games est un des films les plus abjects que j’ai jamais vus, les autres sont plombés par une prétention et une lourdeur didactique absolument insupportables (un peu moins Caché, et encore) que ne compense pas l’éventuelle beauté plastique de certains (je pense au Ruban blanc). Froideur n’est pas austérité, raideur n’est pas rigueur...

Marie a dit…

Non Buster tous les critiques ne pioncent pas dans leur fauteuil à Cannes. La preuve, Burdeau. Voici son texte sur le film de Haneke publié sur Mediapart. J'invite § qui juge les films avant de les avoir vus à le lire.

Haneke, l’amour et le tombeau

C'est sans ironie que Michael Haneke a intitulé Amour son nouveau film. Beaucoup redoutaient l'inverse, alertés par la cruauté – sinon le sadisme – coutumière de l'Autrichien. Aucune ironie, mais un tremblement. D'autres auraient dit : L'Amour. D'autres encore, aujourd'hui surtout, se seraient exclamés : Amour ! Haneke a préféré laisser le mot nu. Un titre peut être beaucoup de choses : description et prescription, connotation et dénotation… Amour est tout cela : affirmation et retrait, adresse et silence. Une provocation et l'inverse d'une provocation.
Au cours de la conférence de presse, Michael Haneke a confié sa satisfaction d'avoir réalisé un film simple. Simple, Amour l'est par ce qu'il raconte, les dernières semaines que passe ensemble un couple d'octogénaires formé par deux professeurs de musique, Georges et Anne. Un jour, Anne est victime d'un accident ; elle a tout le côté droit paralysé ; après un séjour à l'hôpital, elle fait promettre à Georges de ne plus jamais l'y renvoyer. Il prendra soin d'elle jusqu'au bout, l'impossibilité de se mouvoir, de parler, de se nourrir. Puis la mort.
La mort, Amour commence par là. Irruption de la police et des pompiers dans l'appartement, où ils découvrent, derrière une porte scellée au scotch, un cadavre vêtu de noir sur un lit de pétales. L'issue est donc d'emblée connue, exposée. Pas de suspense. Autre chose. Quoi ? Il a fallu forcer la porte au bélier, les policiers ont porté leur mouchoir à leur nez, ouvert la fenêtre pour chasser la mauvaise odeur… Ce qui s'est joué entre ces quatre murs, suggère Haneke, n'était pas destiné au regard de tous. L'appartement où est morte Anne, l'appartement où Anne va désormais mourir, pendant deux heures, est un sanctuaire : nul ne doit y entrer sans prudence ni respect.

L'art de refuser la fatalité de l'image

Quel genre de tombeau un film peut-il être ? Comment documenter une fin sans céder à l'obscène ? La question est encore trop vague. Comment offrir ces derniers jours au spectateur, c'est-à-dire potentiellement à tout le monde, tout en les réservant, comme si ces derniers jours n'étaient que pour quelques-uns ? Haneke dit Amour, thème général, universel. Mais il dit aussi Amour, cet amour, cet amour-là. Nom propre et nom commun. Le film tient dans cette oscillation. Le spectateur entre, mais il reste sur le seuil : il doit voir et ne pas voir. Tombeau ouvert, tombeau fermé.
Peu après l'ouverture au bélier, Georges et Anne rentrent chez eux un soir de concert et trouvent la serrure abîmée : un voleur maladroit, sans doute… Anne imagine alors une effraction ayant lieu alors qu'ils étaient là : ainsi surprise, elle en serait morte sur le coup ! Si ce film est infiniment plus doux qu'à l'inaccoutumée, Haneke ne démord pas pour autant de son rigorisme : l'image est un risque ; un regard importun peut tuer ; filmer, c'est composer avec le mauvais œil…

Marie a dit…

Suite

Du calvaire que vit son épouse, Georges dira plus tard à sa fille qu'il n'y a rien à en dire, précisément. Il ajoutera que sa souffrance n'est pas une chose à montrer. Et à Anne qui lui demande, par facétie, ce qu'il aurait à répondre si personne ne venait à son enterrement, il donne la seule réponse qui vaille : « Rien ».
On aura compris qu'Amour est faussement simple. Ce n'est pas par la pudeur qu'Haneke répond à la question formulée tout à l'heure : le spectateur verra Anne mouiller son lit, baver, tomber, nue… Si pudeur il y a, elle n'est pas dans le choix de ce qu'il y a à voir : elle est dans l'art de montrer. Dans l'art de suggérer que ce qui est montré pourrait ne pas l'être. Dans l'art de refuser la fatalité de l'image. De même que le titre dit l'amour sans le dire, ce qui est montré est aussi effacé.
De quelle manière ? Par le hors-champ. Un certain type de hors-champ. Au concert, Haneke ne filme que la salle. Dans l'appartement, la caméra reste le plus souvent fixe, de sorte que l'image paraît sur le point de se renverser. Elle est grosse, toujours, d'une profondeur insoupçonnée. C'est habituel, sans doute, chez le cinéaste. Sauf que cette profondeur, pour une fois, n'est pas celle d'une menace. Elle accueille au contraire une réserve, un juste équilibre de tendresse et d'agacement, mais aussi de brusques éclaircies, quelques gags, et surtout des souvenirs partagés, voire de nouveaux souvenirs.
Georges raconte notamment, ce qu'Anne ignorait, qu'enfant il vit un film qui l'émut aux larmes. Il ne se souvient pas du titre, à peine de l'intrigue, mais il se souvient de son émotion à le voir ainsi que de celle, égale, à le raconter. Haneke veut probablement atteindre à cela : rassembler l'amour d'un couple, non dans son spectacle, mais dans les moments, ultimes, où celui-ci se confond avec sa remémoration, la mémoire qu'il a de lui-même, l'histoire ou les histoires qu'il peut encore se raconter. C'est pourquoi les scènes d'hallucination ou de rêve sonnent juste : l'amour est ici égal au souvenir ou à la chimère de l'amour.

Des accents de mise au point

Je vois bien qu'une telle description peut faire paraître le film programmatique : film sur la mort, film sur le cinéma… Je ne méconnais certes pas l'interprétation remarquable de Jean-Louis Trintignant et d'Emmanuelle Riva, à laquelle le Palmarès devrait logiquement rendre justice. Mais après plusieurs journées de déceptions – Paradis, d'un autre Autrichien, Ulrich Seidl, La Chasse, du Danois Thomas Vinterberg, ou même Au-delà des collines, de Cristian Mungiu, Palme d'or avec 4 mois, 3 semaines… –, il est heureux de retrouver un cinéaste qui pense ce qu'est un plan, un cadre, et qui accorde cette pensée à un sujet.
D'autant plus heureux qu'Amour a des accents de mise au point, sinon de repentir : ce que mes films précédents montraient, murmure Haneke, c'était de l'amour et non pas de l'horreur. Que l'horreur bien comprise puisse rejoindre l'amour, que filmer puisse consister à tenir, à soutenir l'horreur, c'est ce qu'indique avec force un dernier renversement en fin de plan, bien dans la manière du cinéaste. Mais ne franchissons pas ce seuil. Il faut en réserver la découverte à ceux qui verront ce beau film en octobre, à sa sortie en salle.

Buster a dit…

OK Marie, j'ai lu le texte de Burdeau, mais n'ayant pas vu le film je ne peux pas trop me prononcer. Je dirais seulement que si le film est à l'image du texte, avec toutes ces fioritures rhétoriques autour du mot Amour, je crains qu'on ne soit pas loin du "pudding puritano-masochiste" dont parle §.

§ a dit…

Marie, vous ne rendez pas service à Burdeau ou à Haneke en publiant ce texte d'abord verbeux puis finalement scolaire ("il est heureux de retrouver un cinéaste qui pense ce qu'est un plan, un cadre, et qui accorde cette pensée à un sujet"). Burdeau a fait bien mieux. Et ce qu'il dit du film m'encourage à craindre le pire.

Anonyme a dit…

Amour c'est vraiment le consensus. A Cannes tout le monde a aimé, fortement ou mollement, mais aimé quand même. 'Haneke c'est le triple A assuré! :)

Buster a dit…

C’est pourquoi on y verra plus clair à l’automne. La critique à Cannes c’est très épidermique, on juge à chaud, tout le monde est sur les nerfs et prêt à chialer dès que l’occasion se présente...

Marie a dit…

Allez je vous l'accorde Buster et §, le texte de Burdeau n'est pas aussi bon que je le pensais, je l'avais lu un peu trop rapidement. Mais le film de Haneke est très beau, j'insiste et si j'ai chialé comme vous dites Buster, c'est tout simplement parce que le film est extrêmement émouvant, même si le mérite en revient peut-être plus à Riva et Trintignant qu'à Haneke.

Anonyme a dit…

incompétents, les juges de patinage artistique?

Buster a dit…

Incompétents, peut-être pas, mais les tractations secrètes auxquelles ils se livrent rendent leur jugement toujours un peu suspect - cela dit, moins qu'à l'Eurovision! :-D

Marlon a dit…

"Moonrise Kingdom" ce n'est quand même pas si génial que ça, je ne trouve pas le film riquiqui mais trop encombré à mon goût. Par contre "Cap Nord", alors là merci, sans vous je ne l'aurais peut-être pas vu, le film est vraiment très beau

Buster a dit…

"encombré", ça me convient... moi j'aime bien l'encombrement dans un film (comme dans les compartiments du Darjeeling Ltd), tant que ça ne devient pas encombrant, même si parfois ça l'est, comme par exemple le jeu du jeune acteur (Jared Gilman) vraiment pas terrible, sans que ça nuise pour autant à la qualité générale du film.

Sinon un capnordien de plus :-)

Stéphane Delorme a dit…

Oh, la barbe avec Cap Nord!

Arnaud (Nîmes) a dit…

Eh, si ça se trouve, Stéphane le "barbu" Delorme... c'est un anonyme ! :-D

Anonyme a dit…

Pour information: un des films favoris de wes anderson http://www.youtube.com/watch?v=BcztTjiYKB0

assiaemilie a dit…

Wes Anderson un cinéaste si peu intéressant , honnêtement par moment Moonrise Kingdom me fait penser à un clip musical: images+musique. ça raconte rien sur l'amour entre deux enfants, on ne ressent rien tellement c'est peu crédible, caricatural... cf: bien que pompeux, quand on regarde Melancholia on ressent des choses. Un autre choc pour moi cette année: Oslo 31 août de Joachim Trier. Ahhh les nordiques... Les Américains sont surcotés, non?

assiaemilie a dit…

genre j'ai lu que pour Wes Anderson Bacri et agnès jaoui faisaient du cinéma intello... LOL