samedi 5 mai 2012

[...]

Bon ça y est, la campagne est finie. Pas la peine d'attendre les résultats définitifs, ni même les premières estimations, la messe est dite: Hollande a gagné, ou plutôt: Sarkozy a perdu, tant à gauche - mais aussi à droite, hors UMP - il s'agissait avant tout de battre Sarko (pour le reste, on verra après). Une victoire attendue donc, mais plus serrée que prévue (pensez qu'il y a encore deux mois Hollande planait à 57%)... La course entre Sarkozy et Hollande aura été finalement un remake du Lièvre (surnommé le lapin Duracell) et la Tortue (qui je le rappelle a deux gros poumons). Rien ne sert de courir il faut partir à point... Ou encore: Achille et son talon (le bilan-boulet), mieux ses talonnettes, face à la tortue, pas n’importe laquelle, la tortue à carapace molle et ventre rouge (enfin rose), si si elle existe... Or Achille et la tortue, c’est aussi le paradoxe de Zénon, l’idée que, à chaque fois qu’Achille comble la distance qui, au départ, le sépare de la tortue, celle-ci a, de son côté, avancé, lentement mais sûrement, et que donc, s’il tend à la rejoindre, il ne la rattrape jamais totalement... Soit Sarko à 49,99%. Bon, le paradoxe est facile à résoudre, il suffit de dire qu’en se rapprochant ainsi, de plus en plus près de la tortue, Achille finit, non pas par la rejoindre (puisque celle-ci lui échappe à l’infini) mais par la dépasser, d'un coup (résultat fini)... Le petit lièvre Sarko aurait donc pu "dépasser" la bonne tortue Hollande, en passant par-dessus, sauf que non... au vu du débat, il n’en était plus capable. Sarkozy y est apparu gris, vidé, à plat... gesticulant encore, mais en vain, comme si le ressort était cassé, Zébulon déboulonné, moins par l'opposition rencontrée que par cette incapacité soudaine - à quoi pensait-il par moments?, il semblait ailleurs - à rebondir (c’est bête à dire mais il y avait là quelque chose de touchant), alors qu’en face, avec ses belles joues rubicondes remodelées, Hollande en imposait, pas flamboyant, faut pas exagérer, mais pas Flanby non plus, ça c’est fini, encore que, moi j’attendrai un peu avant de me prononcer... la stature de Hollande, ce n’est pas face à un adversaire nerveusement à bout qu’on pouvait en juger, c'est plutôt dans la manière dont il va s’y prendre avec tous ceux qui ont appelé à voter pour lui (plus exactement contre Sarko), de Mélenchon à Bayrou, en passant par Joly, qu'on l'appréciera...
Cela dit, même parti plus tôt, il est peu probable que Sarkozy l'eut emporté. Son handicap était trop lourd. Au point que s'il atteint dimanche les 48% on pourra parler d'exploit. Comment celui qui restera comme le plus impopulaire des présidents de la Ve République - que cette impopularité soit due à sa personnalité, son bilan ou simplement la crise, tant il en aura été l'incarnation -, pouvait-il espérer gagner? N'importe quel candidat socialiste l'aurait battu, qu'il s'agisse d'Aubry, de Royal ou de DSK (sans ses démêlés judiciaires évidemment), et dans les mêmes proportions. Est-ce que ça marche dans l'autre sens? Je veux dire: est-ce qu'avec un autre candidat que Sarkozy - je pense à Fillon - la droite s'en serait sortie? Je ne crois pas non plus. Le bilan était toujours là. A défendre. Et un bilan à défendre, quel qu'il soit, c'est un fardeau plus qu'autre chose. Giscard, Chirac, Balladur, Jospin, tous l'ont appris à leur dépend. Pour s'en sortir il aurait fallu qu'un Villepin bis conseille à Sarkozy de dissoudre l'Assemblée nationale en 2009. D'où des élections législatives anticipées. En pleine crise des subprimes, le PS les auraient sûrement gagnées. D'où une cohabitation (avec Aubry premier ministre?) et pour Sarko une chance unique (malgré le bling-bling, pour le coup relégué au second plan) de se faire réélire trois ans plus tard.
Hé hé... c'est marrant la politique-fiction. Moins drôle en revanche le fait que 6 millions et demi de Français ont voté Marine Le Pen au 1er tour.

Sinon bientôt,
le Camion de Duras (visionnez l'extrait, il reflète idéalement l'état de ravissement dans lequel vous plonge le film).

28 commentaires:

Griffe a dit…

Salut, Buster ! A propos du vote Le Pen, je vous recommande la lecture de cet article :

http://www.liberation.fr/politiques/2012/05/02/dans-france-il-y-a-durablement-fn_815886

Buster a dit…

Salut Griffe, merci pour le lien. Très intéressant. C’est vrai que l’électorat frontiste est très dense en milieu rural. L’approche socio-culturelle situe bien la complexité du problème. Parce que réduire ceux qui votent Le Pen à des nazis en puissance (cf Charlie-Hebdo: pour abréger leurs souffrances, puisqu’on dit qu’ils souffrent, prônons "l’euthanasie", c'est toujours préférable à "l’état nazi"!), c’est une façon d’éviter le problème. Maintenant je ne sais pas si le vote FN par l’agriculteur est dû à l’ouvrier FN passé de la ville à la campagne. L’exaspération dans le milieu agricole, déjà très à droite de nature, est telle que l’évolution se serait faite d’elle-même. Le paysan frontiste n’a rien à voir avec le petit électeur FN des banlieues et des zones pavillonnaires. Pour lui, l’ennemi c’est pas l’immigré mais Bruxelles, alors que le second, crypto-facho, ce dont il souffre c’est vraiment de haine, d’envie (l’invidia c’est terrible), vis-à-vis de l’autre, tout autre, qu’il s’agisse de l’étranger ou simplement du voisin (la frontière commence avec la clôture du jardin!).

Anonyme a dit…

s'ils souffraient tant que ça ils pouvaient voter poutou ou arthaud.

Buster a dit…

Ce dont ils souffrent, enfin certains, beaucoup même, c’est de ne pouvoir s’offrir la même chose que le voisin. L’article de Libé le dit très bien. L’électeur FN en milieu urbain, c’est d’abord une victime de la société de consommation, un type aigri qui ne supporte pas la frustration, jalouse le bien des autres, ses avantages sociaux, etc, d’où aussi le racisme...

Lucie a dit…

Il est drôle votre texte Buster ! mais vous ne dites pas ce que vous allez faire le 6 mai :)

Buster a dit…

Bah le dire ça serait déjà moins drôle :-)

Buster a dit…

En fait je ne sais toujours pas. Ce dont je suis sûr, outre que je ne voterai pas Sarko évidemment (faut pas déconner), c'est que je ne voterai pas blanc (parce que j’aurais l’impression de suivre Le Pen, du blanc à dominante bleu marine, beurk)... Reste donc Hollande ou l’abstention, j'hésite, je suis pour l’instant en pleine "holltention". Mais il me reste encore toute une nuit!

Lucie a dit…

Alors bonne nuit !

Anonyme a dit…

Et donc?

Buster a dit…

Donc rien, j’ai fait mon devoir de bon citoyen et c’est tout, sans plus de passion que ça, j’ai donné ma voix à Françouais, mais c’était pas "jour de fête", j’ai voté sur le seul critère qui me permettait de choisir, le critère moral, j’ai donc fait comme beaucoup, j’ai voté contre Sarko, et voter contre pour une présidentielle c’est quand même déprimant...
Donc rien, j’ai sanctionné petit Nicolas pour sa période bling-bling du début et sa dérive droitière de la fin... après, pour ce qui est de la crise et la manière de la gérer, je ne parle même pas d’en sortir (pure utopie, sauf à passer par le chaos d’une révolution, merci j’ai passé l’âge), je n’ai pas d’idée, je suis trop nul en économie et je ne suis pas assez engagé politiquement pour défendre sans rien n’y comprendre (comme la plupart), ici la règle d’or, là la relance par la croissance...
Donc rien.

Lucie a dit…

J'ai écouté le discours de Sarko hier soir, je l'ai trouvé assez émouvant, pas vous ?

Anonyme a dit…

Hello Buster, vous qui aimez le cinéma, voilà un beau générique de fin :

http://www.youtube.com/watch?v=Ob08C_J6fMw&feature=player_embedded#!

alexandre a dit…

Il est marrant votre texte, vous avez bien fait de le publier la veille de l’élection, ça lui donne plus de piment. Vous ne traitez que de la forme, pas du fond, c’est votre droit, je relève seulement que vous accréditez au passage l’idée très répandue, surtout à droite, que les gouvernements européens soumis ces derniers temps à des élections ont tous été battus, qu’ils soient de droite ou de gauche, sous-entendu si le PS avait été au pouvoir il aurait été battu lui aussi quel que soit son bilan. Je ne suis pas d’accord. Ce qu’expriment les peuples, en votant contre les gouvernements en place, ce n’est pas seulement leur colère vis-à-vis de la crise, mais bien leur refus de cette politique d’austérité, dictée par l’Union européenne et le FMI. Le cas de la Grèce qui vient de rejeter en masse les plans de rigueur est exemplaire. Les partis anti-austérité, emmenés par SIRYZA, l’équivalent du Front de gauche de Mélenchon, ont recueilli plus de 2/3 des voix !

Buster a dit…

Ha ha ha... D’habitude les génériques sur TF1 ça défile à toute vitesse, là au moins...

Lucie > Les "adieux" de Sarko ce fut surtout un joli numéro, on se serait cru à la fin d’un récital, fini les discours à la Guaino, ou les diatribes à la Buisson, là c’était plutôt du Enrico Macias pur jus :-)

Alexandre > C’est la thèse de Mélenchon, mais je ne suis pas d’accord. Si les Français avaient voulu eux aussi rejeter toute politique de rigueur, ils n’auraient pas voté Hollande, Sarkozy ou Bayrou au 1er tour, soit 2/3 des voix, exactement l’inverse du vote des Grecs. Le Pen, Mélenchon, Joly, Poutou et compagnie n’ont réuni que 25% des voix! Evitons les amalgames, la Grèce est dans une situation économique absolument dramatique qui n’a rien à voir avec celle de la France. Ce qu’on leur demande est complètement délirant, vouloir les maintenir à tout prix dans la zone euro c’est pire qu’un blocus - bon je dis ça mais je suis nul en économie! :-)

Buster a dit…

En plus quand on voit qu’un parti néonazi comme Aube dorée (qui n’est pas l’équivalent du FN, l’équivalent là-bas c’est la LAOS) recueille 7% des voix, ce qui lui ouvre les portes du parlement, on se dit que les Grecs sont vraiment aux abois, prêts à voter n’importe qui pour n’importe quoi.

Faut arrêter la spirale infernale... non seulement le pays va être en défaut de paiement, c’est impossible autrement, mais à force d’attendre, l’extrême droite va finir par prendre le pouvoir, démocratiquement ou par un putsch. OK les Grecs ont leur part de responsabilité (bilans truqués, fraude fiscale...), mais bon, on va pas laisser crever l’ouvrier grec pendant que ces salauds de Goldman Sachs continuent de se goinfrer!

alexandre a dit…

Ah mais, je suis entièrement d'accord avec ce que vous dites. Et Mélenchon aussi, j'imagine !

jean-luc mélenchon a dit…

"on va pas laisser crever l’ouvrier grec pendant que ces salauds de Goldman Sachs continuent de se goinfrer!"

c’est bien Buster, vous commencez à y voir plus clair, encore un petit effort et vous pourrez nous rejoindre au front de gauche!

Buster a dit…

Moi dans un parti? Pour me faire bourrer le crâne, non merci!

Maintenant je suis d’accord, les velléités de Hollande contre l’austérité c’est pour l’instant du pipi de chat à côté du problème grec. Hollande va rencontrer Merkel, tous les deux vont bricoler un truc qui leur permettra de sauver la face, et surtout de maintenir l’alliance franco-allemande, très bien, mais tout ça au détriment de la Grèce. Alors que l’urgence c’est bien la Grèce, regardez cette vidéo de la conférence de presse de Michaloliakos, le chef du parti néonazi Aube dorée qui vient d’entrer au Parlement, ça fait froid dans le dos, et ce n’est qu’un début:

Aube dorée

Il est temps de considérer le cas de la Grèce comme un cas exceptionnel (c’est le berceau de l’Occident non?) et donc de régler le problème à titre exceptionnel, comment? je ne sais pas, mais une sortie de l'euro puis une dévaluation, un peu comme l’a fait l’Islande, qui en plus n’a pas payé sa dette, sauf que l’Islande n’a pas eu besoin de sortir de la zone euro, puisqu’elle n’en faisait pas partie, c’est peut-être la seule solution...

Anonyme a dit…

Quelle horreur ! Et il ressemble à Gollnisch, non ?

Buster a dit…

Oui c'est vrai.

Anonyme a dit…

une autre solution serait d’obliger tous les Européens à passer chaque année leurs vacances en Grèce, ça renflouerait une partie de la dette :)

Buster a dit…

Hé hé, pas con, mais alors en fonction de la dette de chaque pays. Pour l’Espagnol ça serait un week-end, le Français 15 jours et l’Allemand 3 mois! :-)

geronimo a dit…

En voyant cela, je me dis que les problèmes sont plus profonds que de simples problèmes économiques. Je vous souhaite bonne chance pour sauver "le berceau de l'humanité", idée qui est quand même une banalité de prof de grec, et d'helléniste (tiens, tiens) académicienne dans le style de Jacqueline de Romilly, ou un fantasme godardien du genre "la mer est belle" (thallata!thallata!).

Buster a dit…

Quel charabia! j'ai rien compris.

Pepito a dit…

Moi aussi je suis nul en économie, mais est-ce que faire une exception pour la Grèce cela ne reviendrait pas à ouvrir la boîte de Pandore ? Le Portugal, l’Espagne, l’Italie, eux aussi voudront un traitement d’exception ?

Buster a dit…

Au nom de leur grandeur passée? :-)

Bah oui, peut-être, mais dans le cas de la Grèce, j’ai l’impression qu’on est dans un processus sans fin, et qu’elle ne s’en sortira jamais si on ne change pas les règles... Entre la boîte de Pandore et le tonneau des Danaïdes que choisir?

Sinon, au passage, un petit mot à Geronimo: je ne prétends évidemment pas régler le problème grec, ce que je dis ne relève que du mouvement d’humeur... et d’humour, quand par exemple j’évoque le berceau de l’Occident (et non de l’humanité, moi je ne confonds pas la Grèce et l’Afrique, je suis peut-être nul en économie mais pas en histoire géo!)

Anonyme a dit…

France in denial: The West's most frivolous election

http://media.economist.com/sites/default/files/images/2012/04/blogs/elysée/20120331_ECN_001_EUNL_sm.jpg

Buster a dit…

Hé hé... la femme nue a des faux airs de NKM :-)