jeudi 5 avril 2012

Cap nord

Ah Cap nord de Sandrine Rinaldi... Etrange destin que celui de ce film tourné en 2007, entre les deux tours de la Présidentielle, et qui ne sort qu’aujourd’hui, la veille d'une nouvelle élection (c’est une coïncidence, bien sûr...). Bon, je reviendrai sur le film, une fois que je l’aurai revu (il sort en salle et en DVD, en même temps qu'un CD, toute cette northern soul que peu de gens connaissent et dont il faudrait parler). Non là, je me contente de réagir à l’accueil - minable il n'y a pas d'autre mot - que les Cahiers réservent au film ce mois-ci. Qu’ils n’aiment pas Cap nord, c’est leur droit le plus strict, d’ailleurs le précédent film de Rinaldi, Mystification... ils ne l’avaient pas beaucoup aimé non plus, mais à l’époque Burdeau s’était quand même fendu d’une vraie note, dans laquelle il expliquait ce qu’il n'aimait pas dans le film. Là, rien. Un ton méprisant mais pas l’once du début d’un semblant d’argument. C'est le degré zéro de la critique. Reprocher au film de véhiculer "le sentiment d'un absurde entre-soi", c'est d'une crétinerie sans nom dans la mesure où, justement, s'entourer du maximum d'amis, c'est non seulement ce qui fait la beauté du geste (cf. le commentaire de Marcos Uzal dans un précédent billet) - sans compter l'aspect purement économique de la chose - mais aussi ce qui correspond à l'esprit même de la northern soul, telle qu'elle s'exprimait dans certains clubs anglais des années 70 (ex. le Wigan Casino), où de jeunes ouvriers se retrouvaient le soir, après le travail, pour danser toute la nuit...

Puisque les Cahiers ne jouent plus leur rôle d'éclaireurs (et qu'il ne faut rien attendre de ce côté-là d'une revue comme Positif), trop occupés à célébrer les grands auteurs hollywoodiens (en attendant Cannes et Resnais le mois prochain?), tournons-nous vers ce qui est certainement la meilleure revue actuelle de cinéma, à savoir 24 images (revue québecoise), pour trouver enfin une belle analyse de Cap nord: "(...) une heure de musique ininterrompue pour cette nuit pas comme les autres, traversée de personnages lunaires qui dansent en ligne ou enfermés dans leur bulle en s'assénant des répliques platement prosaïques ou lourdement littéraires pour tromper la morosité du temps qui passe, le désarroi des âmes en souffrance. Des thèmes émergent et s'entremêlent au fil de ces répliques qui forment comme une triste chorale des cœurs abusés, même si un humour tendre et distancié grince parfois aux entournures pour alléger le propos. Libre à chacun de retenir ce qu'il veut de ces conversations éparses: les échos d'une jeunesse délaissée par le pouvoir politique, les chausse-trappes du langage, la perte des illusions après les grandes espérances, la guerre des sexes, la nostalgie de la fusion, ou la douleur des amours mortes. Plus proche de nous qu'il y paraît, tout ce beau monde semble avoir perdu le nord et cherche celui ou celle qui l'aidera à le retrouver. La beauté d'un amour naissant pourrait bien être la boussole salutaire pour redonner un sens à la vie, car comme nous le suggère fort joliment Sandrine Rinaldi, "la beauté n'est qu'en peau profonde". Et bien sûr, le cinéma est à l'image de l'amour, obscur objet du désir, source intarissable de beauté, vertige des formes, saturation des sens. La beauté est toujours un territoire miraculeux qui se déploie devant nous et va bien au-delà de ce que les yeux peuvent discerner. Ici, un homme amoureux quitte cette nuit saturée de musique pour se fondre dans le jour qui se lève et la ville qui s'éveille. Cap nord ouvre alors sur un beau moment de cinéma où le réel s'engouffre à pleins poumons. L'homme prend son quart de travail devant une usine. Il monte la garde, il surveille, il fait les cent pas. La caméra s'en approche et s'en éloigne. Jamais le présent n'a été aussi porteur d'avenir. Jamais l'aiguille de la vie n'a semblé aussi aimantée sur le nord magnétique." (Gérard Grugeau, 24 images n°139, 2008)

Il y a plus de trente ans, les Cahiers n'hésitaient pas à mettre en avant (et même en couverture) des films comme Flammes d'Arrietta ou Simone Barbès ou la vertu de Treilhou... Ce temps-là ne reviendra plus, évidemment. Si j'en parle c'est parce que Treilhou apparaît dans Cap nord, c'est surtout parce qu'Arrietta a été comme un facteur déclenchant dans la réalisation du film. Sandrine Rinaldi (in Vertigo n°39, hiver 2011): "Lorsqu’on m’avait cité Flammes à propos de Mystification ou l'histoire des portraits, je ne connaissais d'Arrietta que le nom et la réputation; lorsque je vis Tam tam trois ans plus tard, un projet jusque-là improbable qui faisait son chemin, tapi, m'apparut soudain réalisable et, confiante alors qu'une certaine solitude à la limite de la catatonie se peut peupler de métamorphoses sans récit, en stases capiteuses et en extases capitonnées, baignant dans cette sorte d'effervescence mate et poreuse où s'animent des créatures-gargouilles à la beauté presque inaudible, renversantes, musicales, et pas si glam au fait - j'entamai Cap nord, enfin. Depuis encore, découvrant tard les Intrigues de Sylvia Couski, sidérée par ce dernier plan, Hélène Hazera qui arpente le trottoir en cent pas allant venant précautionneux comme si elle apprenait à marcher sur ses talons hauts - toujours l'équilibre instable de la toupie -, je resonge à Laurent Lacotte à la fin de Cap nord, au petit jour vigilant, battant le pavé comme les dernières mesures d'une danse sur le fil interminable de funambules somnambules, de ces vies légères de patachon, à l'apesanteur fragile et à l'élasticité ballottée des ludions. Quel ange indolent nous épie?"

En complément: le dossier de presse et la bande-annonce.

78 commentaires:

Jack a dit…

Je renchéris sur mon précédent commentaire : de manière générale, les notules actuelles des Cahiers ne présentent plus aucun intérêt. Textes très courts (plus qu'avant), argumentation zéro, ton de plus en plus méprisant... Voir d'ailleurs comment sont systématiquement traités les films des anciens des Cahiers (Jousse, Anger, Rinaldi etc.), comme ils l'étaient d'ailleurs chez Chronic'art, avec plus de violence encore.
Sans même remonter à des époques antérieures, les notules sous Frodon-Burdeau présentaient beaucoup plus d'intérêt : celles de Burdeau lui-même, Bégaudeau (qui y excelle), Aubron, Neyrat, Garson également (qui écrit peu ces derniers temps, dommage)... Mieux écrites, plus longues, déployant quelques idées fortes avec style et humour. Il y en a beaucoup de mémorables, que je pourrais m'amuser à citer. A l'inverse, et de manière plus générale, qui peut me citer un texte vraiment marquant des Cahiers sous Delorme, à part ceux de Cyril Béghin? (certes, je n'ai pas tout lu non plus). Les Cahiers sont censés être une revue, et pas seulement un magazine, c'est-à-dire quelque chose qu'on pourra encore consulter avec intérêt dans 30 ans. Qui aura envie de relire des trucs pareils dans 30 ans? et même 20, ou 10? Qui a envie de lire ça maintenant? J'espère au moins pour eux qu'ils ont gagné des lecteurs avec leur politique d'ouverture...

Anonyme a dit…

Paragraphe 2 : vous écrivez Cape Nord... Vous pensiez peut-être à Cape Fear ? ; )

Buster a dit…

ah oui, zut, je corrige... c'est que, en ce moment je mets des "e" partout, Pâques oblige... :-)

Anonyme a dit…

On dirait une note d'intention, cet article québecois.

Buster a dit…

Oui un peu, mais j'aime bien la fin du texte, c'est simple, joliment tourné, ça donne envie de découvrir le film, c'est le genre de texte (il date de 2008) qui convient pour parler d’un film "invisible"...

Aujourd'hui c'est différent, le film sort enfin, il faudrait en dire beaucoup plus.

--- a dit…

Les Cahiers sont morts depuis longtemps, Buster, vous le reconnaissez vous-même, alors paix à leur âme, n’en parlons plus, les fantômes actuels personne ne les lit, ils n’aiment pas Cap Nord mais ils l’auraient aimé que ça n’aurait rien changé, on s’en fout complètement.

Buster a dit…

Peut-être, mais moi je lis les Cahiers depuis l’âge de 15 ans, c’est plus fort que moi, je les achète plus, surtout depuis les nouvelles couv, mais bon, je les lis quand même, et parfois j’en pleure de rage, je me dis que c’est la dernière fois, qu’on ne m’y reprendra plus, et pourtant je replonge. Va comprendre... Pour Cap nord, ce n’est pas le fait que Delorme et Tessé détestent le film, leurs goûts je m’en fiche, mais que le film n’ait pas bénéficié d’un minimum d’espace qui donne la parole à Rinaldi ou à un critique qui lui aime le film. Parce que je ne veux pas croire que tout le monde aux Cahiers déteste le film (hé Chauvin t’es où?). Je me doute bien qu’il y aura quelques critiques ailleurs pour défendre le film (Goldberg? Azoury?), étant entendu que dans Positif ils n’en parleront même pas (et c’est mieux comme ça), mais les Cahiers ce n’est pas pareil, enfin si, maintenant c’est vraiment devenu une revue comme les autres, pas pire pas mieux, un truc conformiste et mou (qu’est-ce qu’on s’en tape de leur dossier sur le piratage)... Ce qui m’afflige c’est de penser qu’aujourd’hui un film d’Arrietta, de Treilhou, ou même de Biette, ne trouverait certainement aucun écho dans la revue, outre une petite notule, au mieux complaisante, au pire dédaigneuse... Bon j'arrête, je me fais du mal inutilement.

§ a dit…

Je suis comme vous, Buster, je continue à aller voir dans les Cahiers ce qui s'y passe, par fidélité. Et, comme disait un ami, « avec Positif je me marre, avec les Cahiers je pleure ». Je crois que ce qui marque la période Delorme c'est qu'ils ont désormais totalement laissé tomber l'idée de faire une grande revue pour assumer de n'être plus qu'un magazine. Au temps de Burdeau, l'ambition était plus grande mais ça confinait parfois au ridicule : l'invention régulière de concepts à la con, du type « Cinéma subtil ». Aujourd'hui, Les Cahiers sont comme Positif : degré presque zéro d'un point de vue critique (avec la palme pour Lepastier et Maillard, mais en sauvant Garson et Beghin), avec néanmoins parfois de bons dossiers sur des films ou des cinéastes grâce aux documents et aux interviews. Quant aux enquêtes sur la fin du 35 mm, les écoles de cinéma ou le piratage, ça relève d'Etudiant magazine ou du Nouvel observateur : discours journalistique où le point de vue sur le présent révèle surtout une grande méconnaissance du passé. Au fond, ils les méritent bien leurs couvertures de merde !

Anonyme a dit…

votre croisade pour la défense des petits films vous honore Buster, mais dans le cas de "Cap Nord" ça sent un peu trop le copinage.

cinéphile têtu a dit…

Hum, je vois que certains ont le Beghin pour Garson sur ce blog... Bravo pour le coming out ! :D

Buster a dit…

Ha ha ha, très drôle cinéphile têtu, Jack et § apprécieront.

Buster a dit…

Quant à l'accusation de copinage... je précise que je ne connais pas personnellement Sandrine Rinaldi, même si elle passe de temps en temps sur mon blog - d’ailleurs plus pour me lancer des piques que pour m’envoyer des fleurs :-) J’aime son film c’est tout. Mais le problème n’est même pas là. Le problème c’est l’espace accordé aux films à petit budget. On connaît l’équation "petit budget-petit papier" dénoncée jadis par Biette et que rappelait il n’y a pas si longtemps Pierre Léon à propos de ses propres films. Ce que je reproche aux Cahiers ce n’est pas de ne pas aimer le film de Rinaldi mais d’exprimer ainsi leur dégoût, sans autre forme de procès, pour un film économiquement fragile qui ne bénéficiera pas d’une grande couverture médiatique. Biette (ou Léon) parlait aussi des revues ou journaux "amis" qui prennent en compte cette inégalité de traitement des films à leur sortie (aujourd’hui encore plus criante), en réservant aux plus "petits" un espace privilégié qui leur permette d’exister un tant soit peu. Cap nord aurait dû (comme d’autres d’ailleurs) bénéficier de cette stratégie qui n’a rien à voir avec le copinage. Que les Cahiers consacrent 20 pages à Twixt ne me pose aucun problème, c’est très bien (si le film leur plaît), mais justement, parce qu’ils participent ainsi à la promotion du dernier Coppola, qu’ils s’appellent les Cahiers du cinéma et s’inscrivent dans une certaine tradition cinéphilique, ils se doivent aussi d’"aider" ces autres films qui n’existent que dans la marge, quasi invisibles et pourtant si originaux. Cap nord est de ceux-là. On peut ne pas aimer le film, on ne peut lui nier sa différence, et à ce seul titre, il convient d’en parler différemment que sous la forme d’une notule assassine. Ce que les Cahiers, démissionnaires depuis longtemps, ne font plus, les Inrocks et Chronic’art, eux au moins le font encore...

M. Uzal a dit…

Je ne sais pas jusqu'à quel point la question de l'économie d'un film doit jouer sur notre jugement. Buster, vous-même avez écrit ici que Le Marin masqué est une horreur... (avis que je partage). Mais l'économie d'un film est inséparable de son esthétique, or la première chose que j'aime dans Cap Nord c'est la façon dont Sandrine Rinaldi y fait de sa pauvreté une forme de luxe, consistant notamment à tenter de donner à une fête entre amis une tenue de comédie musicale. La critique de Florence Maillard dans les Cahiers est gênante non pas parce qu'elle est contre le film (c'est son droit, comme on dit) mais par la façon dont elle le descend là où il est le plus fragile et le plus précieux : son économie, justement. Et il est effectivement assez emmerdant de voir que même dans les Cahiers un film tourné vite et pauvrement avec des amis est réduit à un « absurde entre-soi », « naïf » et « mal fichu ». Ce genre d'arguments condescendants me semblaient réservés à Positif lorsqu'ils attaquent de façon assez immonde un Garrel ou, plus récemment, un Pierre Léon avec l'arrogance de ceux qui ne se laissent pas avoir par les poètes et les amateurs « parce que, merde, Eastwood et Kubrick c'est quand même autre chose et le cinéma c'est un truc de pro, pas de la branlette en chambre... ». Là où certains verront du « naïf » et du « mal fichu » dans Cap Nord, je vois un beau et souverain moment de mise-en-scène. Qu'il soit pauvre, risqué, imparfait, parfois même agaçant y est tout à fait assumé, et ce film existe comme très peu de films français actuels. Et à ceux qui soupçonneraient ma défense d'être du copinage, je répondrais d'abord que c'est justement un beau film sur l'amitié et les affinités électives. A part ça, je connais très peu Sandrine Rinaldi et si son film avait été mauvais je me serais tu, tout en pensant quand même que la critique des Cahiers n'est pas très futée.

Buster a dit…

Oui Marcos on est d’accord, je ne dis pas que tout "petit" film mérite un traitement de faveur mais que certains films, surtout les plus fragiles, quand ils sont à ce point différents de ce que l’on a l’habitude de voir, méritent au moins, même si on n’y adhère pas, qu’on s’y intéresse. Les Cahiers n’aiment pas le film de Rinaldi, soit, le problème c’est qu’à travers ce qu’en dit Maillard, ils donnent l’impression de n’y avoir rien compris (j’écarte l’hypothèse d’une éventuelle inimitié avec la réalisatrice)... Et juger un film qu’on n’a manifestement pas compris c’est quand même embêtant, surtout quand, en plus, il s’agit d’un film aussi magnifique (que j’ai hâte de revoir tant il m’avait bouleversé la première fois que je l’ai vu). Vous avez raison de pointer cette impression de "luxe" paradoxal que dégage le film. Cap Nord est peut-être la première comédie musicale (genre dispendieux par excellence) de série B, un film de partage et d’émotions, autant dire qu'il n'est pas facile d'en parler (c'est comme la musique).

fabien a dit…

on juge les films à leurs qualités, qu’ils soient à gros ou à petits budgets, peu importe. Cap Nord est un petit film sympa, fauché, sympa parce que fauché, qui aurait mérité une note un peu moins condescendante de la part des cahiers, c’est vrai qu'ils sont un peu à côté de la plaque, mais delà à lui consacrer des pages entières sous prétxte que c'est un film "économiquement fragile" faut pas exagérer non plus.

Buster a dit…

Je vois que je me suis mal fait comprendre. Je vais le dire différemment alors. A accueil critique égal, un film à petit budget disposera toujours de moins d’espace dans une revue qu’un film à gros budget, parce qu’un film à gros budget c’est-à-dire avec un nombre conséquent de copies est susceptible d’être vu par un grand nombre de spectateurs qui sont autant de lecteurs potentiels pour la revue. Cela relève de la stratégie commerciale et c’est assez compréhensible. Dans le cas du film de Rinaldi, ça ne marche pas puisque les Cahiers ayant détesté le film ils n’avaient aucune raison de lui consacrer plus d’espace. OK, sauf que: 1) la manière dont il a été expédié est indigne d’une revue comme les Cahiers. On voit bien que la dénommée Maillard y joue le rôle de porte-flingue pour Delorme et Tessé, elle résume en quelques phrases ce qui a dû être dit lors d’une réunion de la rédaction. 2) ce qui peut se concevoir pour des films à gros budget, dont la carrière commerciale est de toute façon assurée, qui en tous les cas ne dépend pas de ce que peuvent en dire les critiques, est beaucoup plus discutable pour les "petits" films, du fait même de leur faible audience, qui les rend plus sensibles, en termes de publicité, au discours qu’on porte sur eux. Bref, quand on n’aime pas un petit film, on ne s’en débarrasse pas comme d’un gros, c’est une question de principe, surtout quand il s’agit d’un film aussi atypique que celui de Rinaldi. Il y a 30 ans ce genre de film on s’y intéressait aux Cahiers, quand bien même (ou du fait même que) ça prenait le spectateur à rebrousse-poil, que ça tranchait avec la production courante et bousculait notre petit confort de cinéphile. Aujourd’hui tout ça est bien fini, mort et enterré... Qu’on n’aime pas le film, d’accord, mais que cela n’éveille pas plus de curiosité, qu’on ne se pose pas plus de questions, c’est quand même dramatique. Merde, Rinaldi ce n’est pas n’importe qui, qu’on l’aime ou qu’on l’aime pas, ce qu’elle dit est autrement plus intéressant - cf. le dossier de presse où elle ne se contente pas de présenter son film, elle y apporte aussi un point de vue critique - que le blabla habituel des cinéastes. "Keep the faith"? Pas dans les Cahiers en tout cas.

Anonyme a dit…

Bah, le milieu de la critique parisienne étant constitué de naïfs qui écrivent des articles mal fichus et se complaisent dans un absurde entre-soi, il était logique que Maillard et ses patrons trouvent le film insupportable...

M.Uzal a dit…
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Buster a dit…

C’est tout le paradoxe. Il y a une tendance à la blogoïsation de la critique papier, entraînant cette espèce de masse informe où il est parfois difficile de faire la part entre un texte de blog et une critique. La confusion est même souvent totale quand il s’agit de "critique" négative (un art difficile) tant on y retrouve, dans les deux cas, les mêmes travers (superficialité, arrogance, recherche du bon mot...). Aux Cahiers, ce qui m’a frappé ces derniers temps, c’est l’incroyable méchanceté avec laquelle étaient traités certains cinéastes (contrastant avec l’admiration quasi béate vouée à d’autres), je pense par exemple à Kaurismäki et Béla Tarr. Moi-même je n’ai pas beaucoup aimé leur dernier film (et dans le cas de Kaurismäki, ce fut extrêmement douloureux tant j’aime son oeuvre par ailleurs), mais là, c’était proprement hallucinant, le premier étant littéralement accusé de sentir le moisi et le second de rabâcher comme un vieux gâteux... Où est la critique?

Anonyme a dit…

En effet, une méchanceté qui plus est sinistre y saute aux yeux du lecteur curieux. C'est à la mode, le ton blasé, le ricanement entendu, l'expéditif "au suivant". Web mode. Par contre sur le piratage le propos reste très sage et bien comme il faut, pas du tout "mal fichu", suivant les pointillés pour ne fâcher personne. Aucune position (critique), là. Des naïfs?

Buster a dit…

Hé hé... Pas lu l'enquête sur le piratage.

Jack a dit…

Tout à fait d'accord avec Buster et Marcos Uzal. Pour aller dans le sens du premier, Cyril Neyrat s'était récemment indigné du traitement infligé par Libération au dernier film de Jean-Claude Rousseau : deux lignes anonymes et méprisantes, sur le mode "Circulez y a rien à voir", un jeu de mot vaseux pour finir... C'est la critique à son stade terminal.

Un petit mot quand même sur les Cahiers. J'en ai marre d'entendre les grincheux répéter que "les Cahiers sont morts depuis longtemps". C'est devenu une mode (mais pas nouvelle, ça fait quarante ans qu'on l'entend). Les Cahiers sous Burdeau n'étaient certes pas parfaits (trop de concepts fumeux, de théorie à tout va, numéro après numéro), mais c'était une revue vivante, avec une véritable équipe, des gens dont les textes se répondaient les uns aux autres. On pouvait les critiquer, en dire du mal (du reste, on ne s'en est pas privé), mais il se passait quelque chose, ça bougeait, c'était stimulant. Ils tentaient des choses, et ça faisait réagir, en mal ou en bien.
Alors qu'aujourd'hui, qui parle encore des Cahiers (à part nous, en ce moment)? Ils vivent en vase clos : plus de courrier des lecteurs, plus de forum, plus de discussions en ligne comme autrefois. Ils tracent leur petit bonhomme de chemin, sans se soucier le moins du monde de ce qu'on pense d'eux. Qu'ils reposent en paix, en attendant la résurrection.

Buster a dit…

C'est vrai que les Cahiers aujourd'hui vivent en totale autarcie, ce qui rend leurs attaques contre les films qui cultivent l'entre-soi pour le moins comiques.

M.Uzal a dit…
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Buster a dit…

Les couvertures c'est sûr, elles leur sont imposées, pour le reste je ne sais pas, les enquêtes c'est possible, mais bon, l'essentiel c'est la critique, c'est ce qui fait l'âme d'une revue, lui donne son identité, et là c'est très décevant. Même les textes de Delorme (peut-être trop occupé par sa fonction de rédacteur en chef) sont décevants, si on les compare à ceux qu'il écrivait il y a dix ans... Mais comme le phénomène est général, on peut dire aussi que les Cahiers ne font que suivre un courant, là où on espérait qu'ils nagent (un peu) à contre-courant.

Benjamin a dit…

mouais... je n'ai pas vu Cap Nord, donc je n'ai pas d'avis précis sur la question, mais vous leur faites un peu un procès d'intention aux cahiers sur ce coup-là... vous leur reprochez d'expédier le film parce qu'ils ne l'aiment pas (et ils ont bien le droit en effet, si c'est sincère), mais s'ils avaient fait une page pour dire combien ils ne l'aimaient pas, vous auriez trouvé ça encore plus douteux, vous auriez dit que c'était de l'acharnement ! un vrai problème de la critique aujourd'hui, c'est qu'ils aiment tout : regardez le monde, libé, les inrocks... il faut qu'ils remplissent leurs pages donc ils parlent de tout en long en large et en travers, comme si tous les films en valaient la peine. écrire des choses cinglantes (et aux cahiers, tous les textes ne sont pas bons, loin de là, mais il y en a pas mal qui sont réussis, ni plus ni moins qu'avant dirons-nous), ça nous (en tout cas moi) venge de pas mal de films et de pas mal d'inepties qui sont écrites sur eux. et il y a des rédacteurs doués dans cet exercice (tessé, lepastier par exemple), qui consiste à exprimer un rejet en quelques phrases. Après, faut-il faire une différence de traitement entre "petits" et "gros" films ? ça veut dire quoi, d'ailleurs ? que le nombre de pages doit être inversement proportionnel au budget du film ? Vaste question... visiblement ils ont choisi de traiter tous les films à égalité, quelqu'ils soient. c'est un parti pris, il a ses défauts, mais il en vaut d'autres (bien plus à mon sens que la complaisance délirante de l'époque frodon). et puis on ne peut pas leur reprocher de ne pas défendre des "petits" ou de ne pas faire la part belle aux inconnus, ou alors c'est de la mauvaise foi. et encore moins d'être autistes, du moins par rapport à la période précédente (que je ne supportais plus, vous l'aurez compris...). comme ça a été dit plus haut, ils écrivaient les uns pour les autres, entre eux, sans considération pour les lecteurs. aujourd'hui, c'est vrai qu'il manque quelques plumes, mais j'ai plus le sentiment que la revue est généreuse. bref, tout ça pour dire, buster, que vous devriez plutôt reconnaître que c'est, concernant cap nord, une simple divergence d'opinion... (au passage, je trouve assez niais et creux le texte que vous avez collé)

PS : quelle galère pour publier, les trucs antispams, quand on est un peu miro !

Anonyme a dit…

Joyeuses Pâques Buster ! Grâce à vous ou à cause de vous j’irai voir Cap Nord (même si les expressions du texte cité, « personnages lunaires », « le désarroi des âmes en souffrance », « le cinéma est à l'image de l'amour, obscur objet du désir, source intarissable de beauté » et la bande annoncer me feraient plutôt fuir!) … n’oubliez pas d’y aller vous aussi (imaginez que vous trouviez le film affligeant !)!
Après sur Les Cahiers : vous pensez vraiment que Chronicart et Les Inrocks font leur boulot d’éclaireurs?? Parce qu’ils défendent bec et ongle Cap nord (et le dernier Jacquot, et Millenium et Polisse!) ?… Chronicart me semble plutôt peiner à retrouver une vraie identité après le départ des Tessé-Malaussa (qu’on aime ou pas). Et aux Inrocks Lalanne, Ropert et Goldberg (parfois) sont les 3 plumes dignes d’intérêt…quant aux Cahiers époque Burdeau-Frodon (celui-là on l’oublie souvent, le terme d’« équipe » employé ici m’a fait sourire, même à 200 kms de Paris on voyait qu’il n’y avait pas d’équipe et que ça tournait à vide!), je pourrais vous parler de textes ou de notules bien plus limites (d’Aubront, et…de Bégaudeau, à l’autosuffisance encore non voilée, je ne retiens de cette équipe-là que quelques textes de Burdeau avant sa folie « subtile »), quant aux « dossiers » de l’époque : 4 pages maximum (et la revue, y compris les couvs sans rapport avec le contenu, était très moche !): certains ont vraiment la mémoire courte…
Les Cahiers d’aujourd’hui sont « méchants » dites-vous : mais la notule expéditive et sans appel a toujours été me semble-t-il l’une des marques de fabrique de la revue, que l’on applaudissait à tout rompre quand il s’agissait du cinéma de Positif (Tavernier, Miller …) ou du cinéma musclé (Anderson, dernièrement Shame …). Cette fois-ci la foudre s’abat sur des gens « de sensibilité Cahiers » des années 90 : Jousse, Kaurismaki, B. Tarr, Klotz, Jacquot, Rinaldi …moi je trouve qu’il y a une franchise et une droiture salutaires (et suicidaires ?!).
Bien à vous,
B.N

Anonyme a dit…

a toutes fins utiles, je tiens à préciser que Cap Nord est un navet terminal (et puis Rinaldi, dans le genre à flinguer ce qu'elle n'aimait pas, elle était pas mal non plus, hein -donc juste retour des choses )

Buster a dit…

Ah tiens, quelques défenseurs des nouveaux Cahiers...

OK je finis mon oeuf et je reviens.

daniel a dit…

D’accord avec vous Buster, nous («le lectorat de toujours ») achetons à l’origine les Cahiers pour la CRITIQUE : Oui, certains textes aujourd’hui pêchent, mais à mon sens ce ne sont pas les notules (Lepastier par exemple est très bon en petit format cf. Delpy, et par ailleurs son texte sur la 3D dans un des derniers numéros était passionnant), et à ce sujet je trouve limite de sous entendre que Maillard est un bon petit soldat à la solde de ses patrons ou une garce qui a un contentieux avec Rinaldi…Je ne suis pas encore convaincu par ses textes (qui me rappellent les premiers Garson), mais je ne la soupçonne pas pour autant d’être un simple mercenaire-pantin. Pour moi le principal problème de l’actuelle rédaction, 2 ans (?) après la reprise par les Anglais ce n’est pas le syndrome « blog » (d’ailleurs si les notules sont plus courtes les textes eux sont plus longs et plus nombreux me semble-t-il), mais plutôt les plumes encore vacillantes, qui ont du mal à tenir la route sur la longueur (du texte et des mois). La revue n’est pas « molle » (le contenu éditorial est clair, les avis tranchés) ou « méchante », il y a juste des textes qui me rappellent parfois certains articles de Thirion ou de Neyrat avant (vous noterez ma bienveillance : je nomme des critiques de l’ancienne rédaction, mais pas de l’actuelle !): des textes au contenu parfois dispersé, sans élément ni style marqué, bref un manque de plumes (ou de personnalités) « acérées » sur le texte long...
Personnellement je trouve quand même souvent mon compte avec les « historiques » (à la présence bien plus marquée qu’avant): le droit Béghin (relire ses textes sur Godard, Ruiz…), Chauvin (au style plus laborieux mais avec souvent une idée juste : cf sa défense de Brooks !), Malausa (au lyrisme cadré: texte parfait sur Moretti), Tessé (textes souvent sentis: ex le Donzelli), et ne vous en déplaise Delorme (très bons éditos, et textes d’une cohérence posée, assez émus et loin du tape à l’œil : relisez son article te sur Spielberg) + les intervenants extérieurs (Frapat sur ce numéro…que je suis curieux de lire quand j’aurai vu le Coppola, je me souviens aussi du texte d’un psy sur Melancolia et...Assayas syr Périn!)…bref, au final à chaque numéro : bien plus de signatures intéressantes que les numéros des équipes de ces 30 dernières années (un niveau tout de même en dessous de l’équipe de la fin des années 70 : difficile de faire aussi bien que Daney-Bonitzer écrivant sur Coppola).
Daniel

M.Uzal a dit…
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Buster a dit…

D’abord Cap nord (que j’ai vu - hé ho, je m’appelle pas Finkielkraut - et que je vais revoir) j’en reparlerai quand le film sera sorti... le texte que j’ai publié n’est pas niais (ou niaiseux puis qu’il est canadien), mais simple, il traduit juste une émotion, ce mélange de tristesse et de joie qui est propre au film, ce n’est pas vraiment de la critique, on est d’accord, mais disons qu’il accompagne très bien le film (je rappelle qu’il s’agit d’un texte écrit il y a quatre ans - j’en ai pas trouvé d’autres - sur un film que très peu de gens avaient vu et qui n’était pas près de sortir), en tout cas l’auteur y fait preuve d’une sensibilité et d’une compréhension qui valent infiniment mieux que le mépris affiché dans les Cahiers (je répète ma question: pourquoi faire écrire la notule par Maillard qui visiblement n’a rien à dire sur le film plutôt que par Chauvin qui lui, je le sais, aime le film? - ligne Cahiers ou volonté de ne pas donner la moindre chance au film - parce que notule ne signifie pas obligatoirement critique négative: cf. du Mesnildot sur le Kore-eda)
Sinon ne pas confondre mépris et méchanceté... La plupart des critiques négatives ne sont pas méchantes mais méprisantes (et souvent doublées de connerie). Une page entière pour expliquer pourquoi on n’aime pas un film? Mais oui, même deux, trois... Daney le faisait, ce ne serait pas de l’acharnement mais au contraire une marque de respect du travail d’autrui (sauf si évidemment on se contente de répéter que c’est un "navet terminal"). C’est très difficile d’écrire une critique négative, Douchet disait qu’on devient vite vulgaire, à vrai dire je ne connais pas de bons critiques dans ce domaine (Momcilovic, parfois, fait preuve d’une "bonne" méchanceté).
Bon je ne reviens pas sur le traitement des petits films, je m’en suis expliqué dans les commentaires.
Enfin sur les Cahiers actuels versus les époques précédentes c’est une question de goût, tout dépend de ce qu’on en attend... Moi je l’ai dit c’est la critique qui m’intéresse. Alors au lieu de rester dans les généralités, prenons des exemples précis. Recensons les meilleures critiques publiées depuis le début de l’année (aux Cahiers ou ailleurs), oui c’est ça, établissons un Top 10 des meilleures critiques du trimestre... après on verra.

Anonyme a dit…

Plutot d'accord avec les (rares)défenseurs des Cahiers actuels.je crois que l'anonyme qui signe Daniel pointe le véritable handicap des Cahiers:sa rédaction est
"vacillante", et si elle l'est c'est parce qu'elle se réduit à 6 rédacteurs+2"chef et sous-chef",statistiquement il y a moins de talents,donc moins de "gout",on en revient toujours à ça,le "gout de la beauté"(Rohmer),tout le monde ne l'a pas.Quant à Toubiana,je serai surement le seul de mon avis,si il n'avait pas été là à plusieurs périodes économiquement décisives,les Cahiers n'existeraient plus depuis(très) longtemps.

Benjamin a dit…

je vois que je ne suis pas le seul à défendre ces Cahiers nouveaux, quand même... IL y a aussi que c'est une institution, et que les institutions, on aime ne pas les aimer, c'est comme ça. Et on trouve toujours que c'était mieux avant... jusqu'à ce qu'on se replonge dans les périodes précédentes ! (j'ai refeuilleté récemment mes numéros des années 2000, c'est pour ça que je le dis). donc ça produit un discours très courant sur les blogs, forums, facebook et autres, qui consistent à dire : bah, c'est mort depuis longtemps, sous-entendu : maintenant, c'est chez nous que ça se passe. c'est plus pour se valoriser qu'autre chose, pour créer une rivalité...
Personnellement, je trouve quand même, malgré les défauts cités par d'autres, qu'il y a chaque mois beaucoup plus de choses à lire maintenant qu'avant. Comme revue, ça se tient mieux. le ton global est beaucoup moins "péteux", alors s'il y a quelques petits textes pète-sec par ci par là, c'est de bonne guerre (c'est vrai que dans ce numéro d'avril, ça cogne dur, mais ça me semble justifié). Et la tiédeur, ce serait pire. Ils ne prennent pas de gants vis à vis des auteurs "de proximité" (Rinaldi, Klotz, Jousse...), pas plus que vis à vis des gros auteurs (souvenir, en vrac : Loach, Tsai Mingliang, Jarmusch, Kaurismaki, Tarr...) et des auteurs moyens dont le cinéma très ordinaire est adoré partout (ursula meier ce mois-ci, même si j'ai pas vu le film). Avant, on sentait beaucoup de précaution et de routine (pour les moyens), de systématisme (pour les gros) et de corporatisme (pour les copains). Donc, c'est à mettre à leur crédit. Et puis quand ils aiment des films, ils mettent le paquet (notamment avec des entretiens longs, souvent intéressants) et n'hésitent pas à mettre en avant des gens assez peu connus (le super entretien avec le réalisateur du policier). bref, vous allez croire que je travaille pour eux, mais non, c'est juste je reprends beaucoup de plaisir à lire les cahiers depuis qu'ils ont changé, et que je trouve vos critiques injustes (même si tout n'est pas parfait, etc).

M.Uzal a dit…
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Paul Z a dit…

"donc juste retour des choses"... hou dites, il y a de belles mentalités d'anonymes ici, qui sentent très bon. pourquoi pas "c'est bien fait pour sa gueule!" ou "elle ne l'a pas volé, cette fille"? ce serait plus net et plus franc du collier dans le bilieux "terminal". En plus il y en a bcp des anonymes qui ont vu ce Cap Nord pas encore visible, moi je trouve ça bizarre.

Buster a dit…

Je résume un peu:

Au départ, il s’agissait seulement de marquer mon indignation quant à la manière dont avait été traité le film de Rinaldi dans le dernier numéro des Cahiers, me rappelant l’accueil réservé par Télérama ou Positif aux films dits d’amateurs - d’Arrieta à Léon -, des faux amateurs bien sûr, comme le rappelait Daney, "qui ont le cinéma dans le sang... mus par l’impardonnable pari qu’on peut encore, au lieu d’exhiber sa belle âme, raconter une histoire ou traiter un sujet"... Marcos Uzal a parfaitement pointé le problème que pose la note "ras des pâquerettes" (je suis poli) de Maillard. Sur ce, s’est posé la question de la critique aujourd’hui, en particulier dans les Cahiers. Il ne s’agit pas de se demander qui sont les bons et les mauvais critiques, mais plus généralement ce que vaut la critique aujourd’hui dans son ensemble, sachant qu’il y a encore, fort heureusement, de très bons textes critiques, même s’ils sont plus rares qu’avant, et quand je dis plus rares qu’avant ce n’est pas par rapport à telle ou telle rédaction ancienne des Cahiers, mais, de façon plus générale, par rapport aux années 90-2000...

Sinon Marcos, discuter de tout ça avec les gens des Cahiers pourquoi pas, mais sur le blog, ça serait une première!

Buster a dit…

On peut se demander jusqu’à quel point tous ces ensembles consacrés à chaque fois à un cinéaste pour la sortie de son dernier film ne participent pas (inconsciemment) à une forme de dévalorisation de la critique proprement dite, ça m’a frappé avec l’ensemble Spielberg, où la critique de Cheval de guerre n’arrive qu’en bout de course (si je puis dire), comme un bonus, après tout un ensemble de textes sur l’oeuvre de Spielberg. Le général (l’esthétique, l’imaginaire des années 80, les films sombres des années 2000, la seconde guerre mondiale...) y prime largement sur le particulier (la critique du film). On m’opposera que le film n’est pas un très grand Spielberg, ceci expliquant cela, mais quand même... Autrefois la critique était vraiment au coeur du discours, parfois agrémentée d’un entretien avec le cinéaste ou d’un éclairage sur un aspect particulier de son oeuvre. Aujourd’hui ça semble s’être déplacé, c’est l’analyse de l’oeuvre qui est centrale (cf. le cas de Malick, c’est au nom de l’oeuvre, du grand oeuvre même, que son dernier film est célébré, malgré les défauts), d’où peut-être cette moindre qualité des textes critiques qui, dans la marche de la revue, ne seraient plus que des textes parmi d’autres, ne relevant plus de la même exigence.

Bon c’est juste une hypothèse (ou une pensée pour la nuit)

Jack a dit…

Réponses en vrac (excusez mon style, il se fait tard):

-Benjamin, vous m'avez mal compris, contrairement à vous je pense que les Cahiers sous Frodon étaient plus « ouverts », et plus attentifs à ce qui pouvait se dire ou s'écrire sur eux. Les discussions en ligne (où Burdeau faisait volontiers son autocritique) ou l'attention portée par certains rédacteurs au forum des Cahiers en sont la meilleure preuve. On se souvient aussi de la mise au point de Burdeau dans Libé suite à un papier moqueur de Séguret sur le « cinéma subtil ».
Depuis l’arrivée de Delorme, au contraire, la revue semble avoir mis fin à toute possibilité de dialogue : plus de forum, plus de discussions en ligne, plus de courrier des lecteurs. Du reste, un critique anglo-saxon, avec qui je discutais sur Facebook, m’a dit qu’il trouvait la nouvelle équipe assez fermée.

-pour l’anonyme de 16h51 : Burdeau, Bégaudeau, Aubron, Neyrat, Thirion, Renzi et quelques autres (Rehm, Macé, Lounas, etc.), vous n’appelez pas ça une « équipe »? Je n’aime guère les deux derniers, Thirion et Renzi, mais force est d’avouer qu’ils formaient, tous ensemble (avant de se déchirer), quelque chose comme un collectif, partageant des idées, des goûts, des préoccupations, jusqu’à l’obsession d’ailleurs… Bien sûr, je n’oublie pas les autres rédacteurs, un peu en dehors de ce petit cercle, ni le clash avec Frodon qui a pu mettre en péril la cohérence des Cahiers. Mais c’est bien la « bande à Burdeau » qui a fait l’identité de la revue pendant six ans. Preuve de cet esprit d’équipe, les très nombreuses tables-rondes (excellente initiative à mon sens, car y sont affirmées à la fois l’unité et la diversité des membres qui composent le comité de rédaction).

-toujours pour l’anonyme : on ne va pas se disputer sur ce qu’est un bon ou un mauvais critique. Manifestement nous n’avons pas les mêmes critères. Bégaudeau par exemple, je ne le trouve pas autosuffisant, mais drôle et percutant. Vous pouvez toujours me donner des exemples de notules « limites » pour que je comprenne ce que vous voulez dire par là, parce que pour le moment c’est le flou total.
Au passage, je suis surpris que Daniel mette Neyrat dans le même sac que Thirion : s’il a un style un poil trop sérieux, « universitaire » pour le dire vite, c’est aussi tout simplement celui qui aura livré les analyses les plus approfondies, dans une série de textes magistraux. Il me semble d’ailleurs que son talent est assez reconnu par ses confrères. Etrange de voir à quel point nos sensibilités peuvent différer… Je rejoins en revanche Buster lorsqu’il dit que Delorme était infiniment meilleur il y a dix ans. Ses derniers textes notamment sont décevants, inaboutis, frôlant parfois la platitude, voire la paraphrase.

Jack a dit…

-tout à fait d’accord avec Marcos Uzal, sauf sur ça: « Après, il est vrai que la pire période des Cahiers est toujours celle du moment où l'on parle ». Ou plutôt, c’est vrai mais je le déplore, parce que ça tue dans l’œuf toute discussion possible. Imaginez que Tessé et Delorme passent par là, ils se diront sans doute « Encore la même rengaine, les Cahiers c’était mieux avant, blablabla… », et passeront leur chemin. J’aimerais qu’ils sachent que j’aime les Cahiers, que j’y suis profondément attaché et que je ne manque pas une occasion de les défendre (ce qui est limite courageux quand on voit que la mode est à l’insulte et au dénigrement). Mais là je suis réellement déçu, je pense sincèrement, pour le coup, que « c’était mieux avant ». Ce n’était pas le cas, en septembre 2008, lorsque j’ai feuilleté le 1er numéro de la nouvelle équipe - assez prometteur. Alors pourquoi maintenant? Parce que les Cahiers doivent rester une revue, plutôt qu’un magazine, même s’il y aura toujours un peu des deux - et en ce moment, la balance penche du côté magazine. Parce que je lis d’abord les Cahiers pour leurs textes critiques, et que ceux-ci sont de moins en moins nombreux, de plus en plus courts (c’est un fait) et (c’est mon avis) de moins en moins brillants, ou même seulement intéressants (quel intérêt par exemple de réquisitionner une page pour simplement dire, à propos du dernier film des frères Coen : bon, c’est pas terrible, mais y a un beau plan au début et une belle chevauchée à la fin?). Enfin, parce que si j’étais, comme vous, très heureux de voir débarquer des gens d’horizons différents, on s’aperçoit aujourd’hui que ça ne fonctionne pas vraiment. Je pensais que le comité de rédaction allait s’élargir, qu’il y aurait une dynamique de groupe, et puis non. Entre les « anciens », les « encore-plus-anciens » qui viennent faire coucou de temps en temps, les petits nouveaux et les gens de la défunte revue Balthazar, rien ne se passe, ça ne prend pas. On a à peine l’impression qu’ils se connaissent. Il faudrait peut-être mettre en avant quelques rédacteurs, les faire écrire chaque mois sur les films les plus importants. Et si possible, confier cette tâche à des gens un peu plus solides que Malausa…
Alors oui, il y a parfois de bons numéros, au petit bonheur de la chance. Mais à 5,90€, ça fait un peu cher la loterie.

Ps : je ne connaissais pas le slogan lancé par Toubiana, c’est affligeant.

Anonyme a dit…

salut les grincheux
alors, on a passé un bon week-end à baver sur les Cahiers
j'espère que ça va mieux maintenant

Buster a dit…

Salut simplet

moi ça va.

Benjamin a dit…

@Jack : c’est vrai pour le courrier des lecteurs, le forum, etc. j’avoue que je n’y avais pas pensé… signe que ça ne m’a pas beaucoup marqué. Après, vous semblez connaître tout ce petit monde personnellement, donc vous en savez sans doute plus que moi. Mais en parlant d’ouverture, je parlais de la revue elle-même, de ce qu’on y sent. Et je trouve que ça respire plus, c’est plus ouvert qu’avant. Vous dîtes que sous Burdeau-Frodon ils écrivaient les uns pour les autres… c’est vrai, mais pour moi ce n’est pas un compliment ! C’est même ce qu’il y a de pire. Et l’idée des tables rondes est symbolique de ça : on est entre nous, on s’écoute les uns les autres… je suis content qu’il n’y en ait plus. Je trouve que, à la relecture, les textes de Burdeau & Co ne tiennent pas forcément la route. Ça peut épater au premier coup d’œil, mais au fond on n’en retient pas grand chose (je dis lui, mais ça vaut pour les autres, car il y a un mimétisme déplaisant entre lui et son équipe justement, peut-être qu’il réécrivait les textes). Justement parce qu’il s’écoute parler (ou plutôt "se lit écrire"), il perd le contact avec le film et il est en circuit fermé, c’est purement rhétorique. Attention, je dis pas qu’il est nul, il y a certains textes que je trouve très bons, mais globalement il y a un côté "vous allez voir ce que vous allez voir" pénible, pas mal d’esbroufe et ça se dégonfle vite. Pour comparer de rédacteur en chef à rédacteur en chef, j’ai toujours préféré Delorme : plus fin et plus juste sur les films, davantage dans le partage de son expérience, je n’ai pas le sentiment qu’il se fait mousser sur les films. Ses textes sur Kubrick ou Spielberg par exemple, étaient passionnants, très patients.

@Buster : pas d’accord : pour moi, l’apport critique ne se limite pas au texte critique lui-même. Il est autant dans les textes alentours, les entretiens, même le choix des photos à la limite. C’est ce qui fait une revue. Continuons le débat !

Anonyme a dit…

Le monde entier attend une réaction, un commentaire, un mot, une syllabe, un bredouillis de Joachim Lepastier, bloggeur qui dans le temps nous faisait toujours le plaisir d'une petite visite...

Anonyme a dit…

A l'époque, j'avais trouvé très détestable la notule de Bégaudeau sur Entre adultes, de Stéphane Brizé (également assez mal accueilli dans d'autres publications), dans les Cahiers n° 621, en mars 2007 (en couverture, Guillaume Depardieu dans Ne touchez pas la hache, de Rivette)...

Sinon, pas d'avis sur les Cahiers, en général.

Anthony Prunaud.

Buster a dit…

Benjamin > traiter d’un film à travers des entretiens (avec le cinéaste ou des techniciens) ou lors d’une analyse plus globale de l’oeuvre, c’est très bien (et c’est vrai que les Cahiers actuels font du bon boulot à ce niveau), mais pour moi ce n’est pas de la critique au sens où j’entends le mot critique. Ce que je veux dire, c’est qu’aujourd’hui ce vrai travail de critique existe encore, bien sûr, mais semble complètement démythifié, désacralisé par rapport à ce qu’il était il y a une vingtaine d’années. Car ça ne date pas de l’époque Delorme, aujourd’hui c’est l’approche globale d’une oeuvre qui est privilégiée, avec Burdeau c’était l’invention de concepts (souvent fumeux), avec Lalanne et Tesson c’était le tout-image (porno, jeu vidéo...). C’est une pente qui a commencé après Daney et qui se prolonge inexorablement... parce que d’un autre côté le lecteur a peut-être lui aussi changé, qu’il en a un peu marre des grands textes critiques (on accuse les critiques de tous les maux, mais les lecteurs ne sont pas forcément meilleurs, mauvais lecteurs = mauvais critiques, hé hé je fais du Skorecki), enfin bref c’est compliqué.

(à suivre)

YG a dit…

Surprise de voir que les Cahiers font encore parler d'eux: certains trouveront la polémique peu passionnante, moi je saute dedans avec joie...côté équipe actuelle malgré la notule flingueuse (mais je n'ai pas vu Cap Nord donc mon "malgré" est à mesurer, par principe je ne la trouve pas si dégueulasse que vous Buster...). Sur l'équipe Delorme: oui il y a plus et mieux à lire (si on daigne les lire) avec la nouvelle équipe (NY à se remettre en bouche...une certaine tendance de l'enseignement également). Et non, les tables rondes d'avant n'étaient pas passionnantes, et les critiques souvent fumeuses (tous à vos numéros des années 2000: on y trouvera en effet des notules puantes de Bégaudeau, et des textes très très inégaux entre molesse et surmoi théorique, et je ne parle pas du cas Frodon au surmoi critique affligeant... ). La critique se laisse bouffer par le journalisme? L'esthétique par la sociologie? dit-on... C'est pas une vieille antienne ça? Daney n’était-il pas un excellent journaliste ciné capable de piloter une enquête, de mener à la baguette un entretien et d’écrire une longue critique passionnante totalement à côté de la plaque conspuant Brooks?...à réfléchir, oui les textes actuels ne sont pas parfaits, mais dans pas mal de critiques comme dans les autres textes on trouve globalement un vécu (sans tomber dans le petit impressionisme) et une envie de donner la parole et d'agir plutôt vivifiantes...l'équipe manque de panache? On leur dira: keep going & keep the faith!
Y.G

M.Uzal a dit…
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Max a dit…

Sur la critique aujourd’hui dans les Cahiers on peut partir de ce qu’en disait Delorme dans son premier édito (En compagnie des films, septembre 2009) :

Comment faire une revue de cinéma aujourd’hui ? C’est la première question qui se pose à un nouveau rédacteur en chef. Il est de bon ton de ressasser, non seulement la crise de la presse, effective et préoccupante, mais la crise de la critique. Or partons de ce postulat : tant que le cinéma existera, une critique viendra à ses côtés pour l’accompagner parce que le cinéma fait parler. Tout spectateur laissé seul devant le mystère d’un film cherche un autre regard que le sien. C’est à nous de lui proposer non pas « notre » regard mais des regards différents. Combien sommes-nous à nous planter à la sortie du cinéma devant un article accroché en vitrine pour prolonger ne serait-ce que cinq minutes le temps de la projection ? Le but est de comprendre pourquoi on aime ou non, en sachant bien que plus on s’approche du noyau, plus cela devient mystérieux et indéfinissable...

Un truc mystérieux et indéfinissable. Le programme est respecté :)

Buster a dit…

Ah oui tiens, je ne me souvenais plus de cet édito. Accompagner les films, proposer des regards différents... ça correspond bien à une approche plus "généraliste" du travail critique, donc plus accessible pour le lecteur lambda (on rejoint là la notion de contrainte soulevée par Marcos Uzal), mais aussi plus superficielle.

Anonyme a dit…

c'est chiant quand y a pas jb dans les parages en fait. C'est quoi, c'est un buzz? Quel est le pronostic sur le nombre d'entrées? En dépit de cette critique ô combien malvenue des cahiers! Et la promotion de Twix. Encore quelque chose de surfait!

SB a dit…

Je n’ai pas encore vu le film de Sandrine Rinaldi, jusque-là je n’en avais jamais entendu parler, mais vous avez réussi votre coup Buster, j’irai le voir. A part ça, j’ai lu la note de Florence Maillard, franchement il n’y a pas de quoi fouetter un chat, elle n’a pas aimé, c’est le moins qu’on puisse dire, mais je n’y ai pas perçu ce mépris que vous lui prêtez. Sébastien.

Buster a dit…

Vous n’y êtes pas... je ne fais pas la retape pour le film de Rinaldi, je réagis simplement à ce qu’en disent les Cahiers. Et ce qu'ils disent est bête et méprisant: reprocher à un film pauvre sa pauvreté c’est refuser l’existence même de ce genre de film. Je l’ai dit, je le répète, je comprends parfaitement qu’on n’aime pas le film, ce que je ne supporte pas c’est qu’on l’expédie ainsi, d’un revers de main, comme une petite chose sans intérêt, attitude déplorable, indigne des Cahiers. Dans le fond, ce qui manque le plus aux Cahiers c’est quelques voix dissonantes qui rompent un peu avec cet aspect monolithique de la revue, donnant l’impression que tout le monde regarde (vaguement) dans la même direction. Je viens de voir Twixt, le film est magnifique et justifie pleinement qu’on s’y attarde. Mais il n’y a pas que Coppola, il n’y a pas que l’industrie (et le cinéma expérimental), il y a aussi un cinéma de la marge, tous ces petits films fragiles, "ulmériens", tournés vite et sans moyens, qui privilégient le geste à la finition, et qui mériteraient une tribune, au moins pour les plus beaux. Où l’on s’intéresserait encore à certains cinéastes méconnus. Pensez que personne (quasiment) n’a parlé de Diourka Medveczky dont on a pu découvrir les films récemment à la télévision. Un numéro des Cahiers avec en couverture Coppola, Rinaldi et Medveczky (pour la photo, au choix, mais une vraie photo de film, pas un graphisme à la con), ça aurait été beau, non?

Anonyme a dit…

Je me demandais comme ça si les Cahiers du cinéma allaient chroniquer "L'antisémite" de Dieudonné, bientôt l'un des rares films français contemporains censurés...

Benjamin a dit…

Encore une fois Buster, c'est un mauvais procès que vous faites, un procès d'intention. Prenons l'exemple du Marin masqué, un film à l'économie comparable à celle de Cap Nord : vous-même vous l'avez expédié en une phrase. Est-ce que ça veut dire que vous lui refusez le droit d'exister ? Des films sans moyens, les Cahiers en aiment certains (récemment Donoma, Le marin masqué, les films new yorkais "do it yourself"...), et pas d'autres. Est-ce qu'il faut aimer tous les films à partir du moment où ils sont pauvres ? Relisez la critique de Donoma dans les Cahiers : ils célèbrent justement le fait que le film est pauvre mais inventif. En disant que Cap Nord est nul, ils lui reprochent juste de n'avoir pas une inventivité à la hauteur de son manque de moyens... Enfin bon, je vais pas les défendre, surtout que je n'ai pas vu le film (d'ailleurs, comme l'a dit quelqu'un plus haut : il y en a du monde pour parler d'un film qui n'est pas encore sorti ! On aimerait bien savoir parfois qui sont les Anonymes...). Peut-être qu'en le voyant, je le trouverai très beau et la critique des cahiers débile.
PS : vu Twixt également, j'ai mis du temps mais au final j'ai beaucoup aimé. Après si on ne sait pas l'histoire personnelle de Coppola et son fils, difficile de tout comprendre.

Benjamin a dit…

"Des films sans moyens, les Cahiers en aiment certains (récemment Donoma, Le marin masqué, les films new yorkais "do it yourself"...), et pas MAL d'autres."
vous aurez rectifié

Buster a dit…

Ce que j’écris sur le blog ne relève pas de la critique et n’est en rien comparable avec ce qui s’écrit (ou devrait s’écrire) dans une revue comme les Cahiers. Le même texte que celui de F. Maillard sur un blog, j’y répondrais avec véhémence mais ça ne me choquerait pas, comme je n’aurais pas été choqué de lire ça dans Positif, Télérama ou les petites notes non signées de Libé... C’est parce que je suis très (trop?) attaché aux Cahiers que je réagis si violemment.
Quand je dis que le Marin masqué est une horreur, j’exprime juste l’impression que m’a laissé le film, une impression d’autant plus désagréable que j’avais bien aimé la Vie au ranch (j’en avais d’ailleurs parlé sur le blog)... Sur les films pauvres, il y aurait beaucoup à dire, ça ne se résume pas à l’aspect économique. Le film de Letourneur n’est ni pauvre économiquement (CNC) ni pauvre esthétiquement (formalisme chichiteux) et a bénéficié médiatiquement du succès critique rencontré avec la Vie au ranch. Pour Donoma, OK, mais le buzz autour du film ("un film réalisé avec 150 euros") relevait d’une opération marketing très roublarde qui fait que, finalement, tout le monde en a parlé, Cahiers compris.

Anonyme a dit…

De plus voir Cap Nord permettra de retrouver avec plaisir Sabrina Seveycou, la plus grande actrice française depuis Sandrine Bonnaire selon... Les Cahiers du Cinéma (critique du film de Brisseau Choses secrètes)

grégory a dit…

Toute opération marketing est roublarde, Buster...

Anonyme a dit…

Tiens tiens, des commentaires ont disparu dont ceux de Marcos Uzal. Censure ou remords ?

Vincent a dit…

Sabrina Seveycou, Jeanne Candel et Lucia Sanchez sont dans ce film, voici les arguments qu'il fallait mettre en avant !

M.Uzal a dit…

Anonyme de 17:01, ni censure, ni vraiment de remords. J'ai fait enlever mes commentaires sur les Cahiers du cinéma sans que personne ne me le demande, mais en réponse à une réaction qu'ils ont suscité. Je ne renie pas ce que j'ai dit, parce que je le pense ; et mes propos n'ont jamais pris la forme d'une attaque personnelle ou d'un jugement catégorique. Il me semble que l'on peut critiquer un texte ou une revue sans pour autant remettre en cause la légitimité de ceux qui en sont responsables. Mais il me suffit de savoir que mes commentaires (les positifs autant que les négatifs, d'ailleurs) ont pu blesser, choquer ou être mal interprétés pour que j'estime qu'ils n'ont pas été lus comme je l'aurais souhaité. J'ajoute enfin que si j'ai pris le risque de signer mes commentaires de mon vrai nom ce n'était pas pour jouer au donneur de leçon, mais au contraire parce qu'il me semblait qu'à partir du moment où je critiquais un travail critique il était plus honnête de me mouiller moi-même.

Anonyme a dit…

Vous avez du panache, Mr Uzal. Et les rédacteurs des Cahiers en auraient eu s'ils étaient venu prendre part au débat comme vous les y avez invité. Au lieu de ça, je les soupçonne d'avoir envoyé quelques petites piques anonymes, que vous avez parfaitement esquivé à visage découvert.

Buster a dit…

Oui, merci Marcos d’être passé. Même si les commentaires ont disparu, ils subsistent, malgré tout, un peu à travers les réponses qu’ils ont suscité. Je voudrais dire deux choses:

1. Il est très rare que des critiques viennent sur les blogs exprimer à visage découvert leur avis sur des films et/ou la façon dont ceux-ci sont traités par leurs confrères. Geste pourtant courageux, ici motivé par la volonté de défendre un film, en l’occurrence Cap nord de Sandrine Rinaldi, qui par ailleurs s’apprête à en prendre plein la gueule de la part de la critique (à quelques rares exceptions).

2. Les blogs ont mauvaise réputation, souvent justifiée malheureusement, par la violence des propos qui y sont tenus, surtout dans les commentaires, où sous couvert d’anonymat on se permet tous les excès, avec l’effet d’entraînement que cela produit. Or dans le cas présent, le petit débat qui s’est installé et qui devrait en appeler d’autres, est resté dans l’ensemble assez correct, vif mais jamais violent, en tous les cas moins violent dans ce qu’on peut appeler la critique de la critique (mon péché mignon, je l’avoue) que les réactions de la critique elle-même vis-à-vis des critiques qu’on peut lui faire (vous me suivez?) et surtout, ça c’est plus emmerdant, vis-à-vis des films qu’elle n’aime pas, se contentant, comme pour Cap nord, d'exprimer bêtement son dégoût.

§ a dit…

Buster, puisque vous parliez de précision, jouons à un jeu très simple : comparons trois critiques négatives d'un même film, Low Life.
1) celle de Tessé dans les Cahiers
2) celle de Vincent Garreau dans Chronicart (http://www.chronicart.com/cinema/chronique.php?id=12370)
3) celle de Pierre Eugène dans Critikat (http://www.critikat.com/Low-Life.html).
Oublions qui sont les auteurs de ces textes et où ils ont été publiés, là n'est pas le problème (j'habite à 657 km de Paris et ne connais plus personne). Et bien le plus faible est incontestablement le 1), qui caricature le film pour mieux le descendre et qui fait la leçon au cinéaste en concluant que ce n'est pas ça qu'il faut faire au lieu de chercher une seconde à comprendre ce qui a été fait. 2) Critique plus généreuse et impressionniste, qui se laisse porter par la forme du film tout en s'interrogeant sur sa vanité, en touchant là son étrangeté même. 3) Texte qui part du problème que lui pose le film et qui s'interroge sur le fait même d'écrire une critique négative, l'exercice critique consistant alors à "sauver de l'insauvable". Du coup, même si le point de vue reste négatif, le film n'est pas méprisé, insulté, caricaturé : il est patiemment vu.

Buster a dit…

Très juste (je parle de la forme pas du fond, puisque je n’ai pas vu le film). A la décharge de Tessé, on pourra toujours dire qu’il est meilleur (comme la plupart des critiques) dans la critique positive que la critique négative, ou encore que le critique, avec le temps, s’il ne se remet jamais en question, perd non seulement de son enthousiasme mais aussi de sa rigueur (pas toujours heureusement, cf. l’exemplaire Béghin), surtout s’il écrit beaucoup, préférant à coup sûr s’investir dans de longs textes pour défendre un film que dans des articles négatifs, souvent baclés (ce que le jeune critique ne connaît pas, au contraire, c’est comme s’il jouait sa vie de critique dans tout ce qu’il écrit, jusque dans la plus petite notule), attrape des tics d’écriture et surtout s’installe de plus en plus dans le rôle détestable de celui qui sait mieux que tout le monde, pire, que le cinéaste lui-même.

Il sera intéressant de refaire l'expérience avec le film de Sandrine Rinaldi.

Anonyme a dit…

Florence Maillard c'est une jeune critique, non ?

§ a dit…

L'âge ne fait rien à l'affaire.

vendredi 13 a dit…

on pourrait faire aussi l'expérience avec les critiques positives comme celles sur Twixt en comparant toujours Tessé dans les Cahiers avec Momcilovic dans Chronicart et Morain dans Les Inrocks. Les textes disent à peu près la même chose même si Morain privilégie l'approche autobiographique ( jusqu'à convoquer Pierre Bayard!), Momcilovic davantage le retour aux origines (Corman) et Tessé l'oeuvre d'edgar Poe. Mais à l'arrivée c'est quand même le texte de Tessé le plus abouti.

Buster a dit…

Vendredi 13, il est interdit de parler de Morain sur ce blog, ça porte malheur :-)
Sinon j'aime bien la critique de Tessé. Et dans le dossier Coppola des Cahiers il y a aussi un beau texte d'Hélène Frappat sur Hawthorne et le thème de la honte.

Anonyme a dit…

@ M. Uzal : c'est pour parler de Cap nord que vous allez présenter Golden Eighties le 28 avril à la bibliothèque Malraux ? ; )

Anonyme a dit…

Je vois que Coppola réconcilie tout le monde... D'ailleurs Delorme a écrit un très bon livre sur lui, et Uzal lui a consacré un formidable texte dans Trafic il y a quelques années. J'espère juste que Cap Nord n'est pas aussi raté que Coup de cœur ! ; )

Anonyme a dit…

Bon alors Tessé, vous l'aimez ou vous l'aimez pas ?

Buster a dit…

Ah mais moi j'aime bien, il me fait penser à Connan Mockasin :-)

Anonyme a dit…

salut Buster, est-ce que vous serez ce soir à la première de Cap Nord ?

Buster a dit…

Ah... trop tard! (mais j'y étais pas)

Buster a dit…

Ah quand même… deux bons papiers sur Cap nord:

Gester dans Libé

Blondeau dans les Inrocks

Anonyme a dit…

L'article de Chronic'art, quoique plus mitigé, est assez bon aussi.