mercredi 7 mars 2012

Medveczky

Vu sur Ciné+ Classic les trois films de Diourka Medveczky: Marie et le curé, Jeanne et la moto et Paul, son seul long métrage. C’est dément, aurait dit Biette... On pense à Kertész (pour la composition des plans), à Svankmajer (pour la stop motion, les assemblages, le surréalisme...), à Garrel (période Zanzibar), à Rossellini (période Fioretti), à Buñuel, à Pasolini, à Beckett, à Moullet, etc., on pense surtout à un certain type de cinéma, celui que programmait jadis le festival d’Hyères, tous ses films hors-normes, dont Paul justement, primé en 1969. A propos de ce film, Luc Béraud écrivait dans les Cahiers: "Medveczky est sculpteur et son film est tactile. Les éléments, les objets sont filmés pour leur consistance au toucher, de même que les mouvements sont commandés pour leur mise en rapport avec les surfaces (cf. la scène où Kalfon, dans la cuve, se met à tourner, la caméra le suivant, parce que ce cylindre, pour en avoir la perception, il faut en suivre la surface). Le son (très peu de dialogues), récréé, toujours très simple, contribue à donner de la matérialité aux choses (feuillages, eau, etc.). Paul, pour ces raisons, est sans doute le seul vrai film en relief de l’histoire du cinéma." Pas faux (pensons aussi à la motocyclette dans Jeanne et la moto) mais insuffisant pour dire la folie de ce cinéma, un cinéma hénaurme, à l'image de son auteur, artiste d’origine hongroise qui vit aujourd'hui comme un ermite (cf. le documentaire que lui ont consacré André S. Labarthe et Estelle Fredet), vieux baba cool communiant avec la nature (il est végétarien, à l'image de ceux que rencontre Jean-Pierre Léaud dans Paul), jusqu'à en jouir littéralement (il aime se masturber au milieu des fougères). Cinéma de l'absurde, libertaire et poétique, primitif et avant-gardiste, matiériste et mystique - de la folie meurtrière d'un curé devenu "père" à l'itinéraire tragi-comique d'un jeune bourgeois désœuvré, en passant par le destin pitoyable d'un homme-machine -, cinéma inégal mais génial, traversé de fulgurances, d’une beauté à couper le souffle (deux corps qui glissent à la verticale sous un piano, une moto qui se décompose en accéléré dans un champ, une course avec un sanglier, une étreinte dans la mer...), et toujours drôle (Léaud bien sûr, mais aussi Bernadette Lafont et Jean-Claude Castelli - je pense à la séance de gymnastique dans le jardin du presbytère), tout cela est magnifique, et pourtant, c'est bizarre, personne n'en parle.




Damsels in distress de Whit Stillman sort en Belgique le 18 avril prochain. Une petite virée à Bruxelles, pour l'occasion, ça me dirait bien, d'autant qu'on ne sait toujours pas quand le film va sortir en France...

PS. Le 18 avril sort également, mais en France cette fois, Cap nord de Sandrine Rinaldi (c'est pas trop tôt!). Nous en reparlerons, évidemment.

6 commentaires:

§ a dit…

Vous voyez que ça existe, bel et bien. Je n'ai pas vu Jeanne et la moto, mais j'aime beaucoup les deux autres, surtout Paul. Oui, c'est proche du groupe Zanzibar. C'est d'ailleurs dans le cadre d'une rétrospective Zanzibar que je les ai découvert.

Buster a dit…

Bel et bien, en effet. C'est vrai qu'en me parlant de Marie et le curé vous aviez éveillé ma curiosité. Donc merci.

Anonyme a dit…

Medve... qui ?

Christophe a dit…

Michael Curtiz aurait influencé un réalisateur baba-cool???

Buster a dit…

Hé hé... en fait je ne pensais pas à ce "Kertész" là mais au grand photographe, André Kertész.

Anonyme a dit…

Thanks for the text, I love "Paul". Could you send me the shorts? I can´t find it anywhere. Thanks in advance Buster. (no_tolo@yahoo.es)