samedi 4 février 2012

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Sport de filles.

Vu The ward de John Carpenter. Bon évidemment ce n’est pas du très grand Carpenter. Film d’horreur old school par un réalisateur old school, c’est lui-même qui le dit, The ward semble (de prime abord) se contenter de recycler les bonnes vieilles recettes du genre. Des jeunes filles enfermées dans un asile psychiatrique disparaissent, victimes d’un ghost meurtrier... (je ne dirai rien de plus, suspense oblige). Des filles disparaissent, donc, pour paraphraser le titre français du film de Sirk (Lured) avec lequel The ward n’a strictement aucun rapport, pas plus qu’il n’en a vraiment avec le diaphane, envoûtant et zamfirien Pique-nique à Hanging Rock de Peter Weir, ou le sexy, tapageur, mi-manga mi-videogame, Sucker punch de Zack Snyder... sauf qu’on est, là aussi, dans un girly film, avec des filles qui se volatilisent ou qu'on trucide, mais ici c'est plus resserré car centré sur un seul personnage (et pour cause, ah non... j’ai dit que je ne dirais rien), la sublime Amber Heard, véritable pôle attractif du film (on n’a d’yeux que pour elle), à la blondeur deneuvienne (la Deneuve de Répulsion, of course). Bon, on se calme...
Donc ce n'est pas du grand Carpenter. Mais, comme dirait l'autre, un Carpenter même mineur c'est toujours ça. Et puis attention, le cinéma de Carpenter c'est fait pour le grand écran. A quoi ça rime de sortir The ward uniquement en DVD (c'est comme pour le Giallo d'Argento), un film en Cinémascope, jouant justement sur l'effet de contraste entre l'unicité du lieu (le ward en question) dont on ne peut s'échapper et la largeur du cadre (c'est filmé avec le grand angle) permettant à Carpenter ses habituels mouvements de caméra, tout en apesanteur. Quand j'entends certains dire que le film est en roue libre, que Carpenter ne s'y est manifestement pas intéressé (tu parles, après dix ans d'attente!) et avancer comme argument qu'il n'a pas participé au scénario, pire, qu'il n'a même pas composé la musique (et alors, ça prouve quoi?, son plus beau film Starman, il n'en est ni le scénariste ni le compositeur)... Il apparaît surtout que Carpenter n'a plus les coudées franches, et c'est ça qu'on peut regretter, l'empêchant de faire de The ward une œuvre plus personnelle.
Il n'en reste pas moins que, au-delà du formatage imposé et des grosses ficelles scénaristiques, le film est d'une très belle tenue, non seulement esthétique mais aussi dans la manière dont Carpenter "investit" l'espace de l'asile, à l'instar de l'Hôpital et ses fantômes de von Trier, personnage à part entière, de sorte qu'on peut voir le film comme le désir d'un cinéaste d'enfermer une créature de rêve (Amber Heard) dans un univers de cauchemar et lui dire: "vas-y ma belle, maintenant essaie d'en sortir, je te regarde!" - dans le fond The ward c'est un peu la version horrifique de De l'autre côté du miroir qui voit Alice (prénom important dans le film... non non, je ne dis rien) courir de plus en plus vite mais restant toujours sur place - car bien sûr il y a un mouvement dans le film, s'accélérant progressivement selon un crescendo qui est propre au genre mais que Carpenter maîtrise mieux que personne - il est là finalement son côté musicien (et puisque le film se passe dans les sixties, on peut dire que, question rythme, c'est à rapprocher du "White rabbit" de Jefferson Airplane - toujours Alice... hé hé) - au point que, non décidément, The ward n'est pas cette petite chose que tout le monde s'obstine à voir...

12 commentaires:

vladimir a dit…

Dis donc, tu n’aurais pas un peu flashé sur la belle Amber...,Pour info, je te signale qu’elle vit en couple avec une célèbre photographe :)

Buster a dit…

Super... t'as bien fait de passer, ça valait vraiment le coup :-)

zieuteur a dit…

ouh lala, qu’est-ce que c’est mauvais the ward, j’ai tenu un quart d’heure, comment peut-on défendre une daube pareille

Buster a dit…

1/4 d’heure? Et pourquoi pas cinq minutes, ce qui vous aurait limité au générique qui est très beau, mille fois plus beau, au passage, que celui de Millénium, et vous aurait permis de conclure que le film est magnifique, ce qui évidemment n’est pas le cas, c’est simplement un film qui vaut beaucoup mieux que ce qu’on en dit...

Vincent a dit…

Ça fait plaisir à lire :) J'ai tellement lu des avis du style de celui de Zieuteur que je suis sûr que quand j'aurais fini par mettre la main dessus, je vais le trouver très bien.

zieuteur a dit…

dans ce genre de film, on sait à quoi s’en tenir très vite, y a pas besoin de se fader tout le film pour se rendre compte que c’est nul

Buster a dit…

S’arrêter au bout d’1/4 d’heure c’est n’importe quoi, soit c’est pas vrai, c’est de la frime, nous faire croire qu’il vous suffit d’1/4 d’heure pour vous faire une idée précise sur un film (comme lire les vingt premières pages d’un bouquin ou écouter les deux premiers titres d’un disque), soit c’est vrai et vous êtes alors un peu con pour ne pas donner plus de chances à un film, surtout quand c’est signé Carpenter.

C’est d’autant plus débile que le film ne démarre vraiment qu'au bout de 20 minutes, avec la scène de danse, quand les filles commencent à s'animer sous les yeux d'Amber Heard... (j'ai écrit une petite note là-dessus, elle vous est dédiée zieuteur!)

zieuteur a dit…

c’est ça je suis un frimeur ou un débile... je l’ai vu cette scène, j’ai dit un quart d’heure mais c’est une formule, j’ai peut-être tenu une petite demi-heure, d’ailleurs c’est juste après cette scène d’une incroyable mollesse que j’ai dû décrocher

Ludovic a dit…

Tout à fait d'accord avec vous sur les variations de rythme (du récit, de la mise en scène) que sait instaurer Carpenter. Lenteur puis paroxysmes (the Thing, Fog), accélérations puis freinages brusques (New York et Los Angeles), lente mais inexorable montée (Christine, Starman)... Merci de défendre ce film !

Buster a dit…

Merci à vous Ludovic, c'est vrai que cette mise en pièces généralisée du dernier Carpenter, même si ce n'est pas un très grand film, est plutôt consternante.

Lao Tsu Ben a dit…

le film ressemble au Weir, vous avez raison de le faire remarquer!

jean-claude v. a dit…

the ward is the weir, aware?