vendredi 3 février 2012

1967









Play Time de Jacques Tati (1967).

Et d'abord mes "grands films" de jeunesse: Accident de Joseph Losey, le Bal des vampires (The fairless vampire killers) de Roman Polanski, Belle de jour de Luis Buñuel, Bonnie and Clyde d'Arthur Penn, la Chine est proche de Marco Bellochio, De sang-froid de Richard Brooks, Mouchette de Robert Bresson, Œdipe roi et la Terre vue de la lune de Pier Paolo Pasolini, le Point de non-retour (Point Blank) de John Boorman, Reflets dans un œil d’or de John Huston, Rouges et Blancs de Miklós Jancsó, le Samouraï de Jean-Pierre Melville... 
Puis ceux, plus personnels, que j'ai découverts tardivement: la Chasse au lion à l'arc de Jean Rouch, 2 ou 3 trois choses que je sais d'elle et la Chinoise de Jean-Luc Godard, la Collectionneuse d'Eric Rohmer, le Départ de Jerzy Skolimowski, Eté japonais: double suicide de Nagisa Oshima, Nuages épars de Mikio Naruse, Voyage à deux (Two for the road) de Stanley Donen (sinon jamais vu Bedazzled)... Jamais vu non plus Que vienne la nuit (Hurry sundown) d'Otto Preminger.

1967, c'est aussi la mort d'Antonio Focas Flavio Angelo Ducas Comneno De Curtis di Bisanzio Gagliardi, plus connu sous le nom de Totò. Quelques extraits  et  - en prime la version intégrale du très beau Che cosa sono le nuvole? de Pier Paolo Pasolini. 

A noter dans les courts-métrages d'animation le délicieux The bear that wasn't de Chuck Jones et Maurice Noble.

1967, c'est encore la première grande marée noire, qui inspirera à Gainsbourg sa chanson Torrey Canyon, la Guerre des six jours, la mort de Che Guevara... 
Mais 1967 c'est surtout le "Summer of love", sommet de la contre-culture hippie qui prit naissance dans le quartier de Haight-Ashbury à San Francisco et dont le point d'orgue fut le festival pop de Monterey, suivi par plus de deux cent mille personnes et où se produisirent, entre autres, Scott McKenzie ("If you're going to San Francisco..."), The Mamas & The Papas, Canned Heat, Simon and Garfunkel, Jefferson Airplane, Big Brother & The Holding Company, Janis Joplin, Eric Burdon & The Animals, The Who, Country Joe & The Fish, Otis Redding, Jimi Hendrix, Ravi Shankar... Voir le film Monterey pop de D.A. Pennebaker (sorti en 1968): 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9.

Pour ce qui est des séries télé, 1967 c'est le début des Envahisseurs (The invaders, Larry Cohen), de L'Homme de fer (Ironside, Collier Young), de Mannix (Bruce Geller, Richard Levinson et William Link)...

Côté albums, il y a bien sûr: Absolutely free de The Mothers of Invention, Are you experienced du Jimi Hendrix Experience, Buffalo Springfield again du Buffalo Springfield, Emotions des Pretty Things, The Greatful Dead du Grateful Dead, I never loved a man (The way I love you) d'Aretha Franklin, Magical mystery tour des Beatles, Mr. Fantasy de Traffic, Nefertiti de Miles Davis, The Piper at the gates of dawn de Pink Floyd, Strange days des Doors, Surrealistic pillow de Jefferson Airplane, The Velvet Underground & Nico de The Velvet Underground, Younger than yesterday de Byrds... et pour les livres: Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez, Lettrines de Julien Gracq, La Société du spectacle de Guy Debord... C'est aussi La Ballade de la mer salée d'Hugo Pratt (première histoire de la série Corto Maltese).

Reste mon Top 12 (7 albums, 4 films et 1 bouquin), par ordre alphabétique:

- Les Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy
- Disraeli gears, Cream
- The Doors, The Doors
- Forever changes, Love
- Groovin', The Young Rascals
- Jerry la grande gueule (The big mouth) de Jerry Lewis
- Play Time de Jacques Tati
- Sgt. Pepper's lonely hearts club band, The Beatles
- Something else, The Kinks
- Un homme qui dort, Georges Perec
- Walk away Renée/Pretty ballerina, The Left Banke
- Week-end de Jean-Luc Godard

"Dans une bassine de matière plastique rose, tu mets à tremper trois paires de chaussettes." (Georges Perec, Un homme qui dort)

Bonus TV:
- Le dinosaure et le bébé, dialogue en huit parties entre Fritz Lang et Jean-Luc Godard d'André S. Labarthe (Cinéastes de notre temps)
- Les débuts officiels de la télévision en couleurs en France (à mourir de rire)
- Magical mystery tour avec les Beatles, diffusé le 26 décembre 1967 (en noir et blanc!) sur la BBC.

Jukebox 1967 à venir...

[1967 se poursuit dans les commentaires avec l'Evaporation de l'homme d'Imamura, la Créature invisible (The sorcerers) de Michael Reeves, Titicut follies de Wiseman, Guêpier pour trois abeilles (The honey pot) de Mankiewicz, Jeu de massacre de Jessua, Charlie Bubbles de Finney, Peter Gunn, détective spécial d'Edwards, les Douze salopards d'Aldrich, la Comtesse de Hong Kong de Chaplin, des Lucky Luke, L'Affaire du collier de E.P. Jacobs, Chuka de Gordon Douglas, Sept secondes en enfer (Hour of the gun) de John Sturges, Haut les mains! de Skolimowski, Terre en transe de Glauber Rocha, Marie pour mémoire de Garrel, Peppermint frappé de Saura, Marie et le curé de Medveczky, Frankenstein créa la femme de Fisher, The trip et l'Affaire Al Capone (The St. Valentine's day massacre) de Corman, des westerns italiens dont Tire encore si tu peux (Se sei vivo spara) de Questi, les Anges violés de Wakamatsu, les Monstres de l'espace (Quatermass and the pit) de Roy Ward Baker, Tu imagines Robinson de Pollet, Chaque soir à neuf heures (Our mother's house) de Clayton, In the country de Kramer, la Marque du tueur de Suzuki, The nude restaurant de Warhol, les Comtes Pocci de Syberberg, Wavelenght de Snow...]

55 commentaires:

Lucie a dit…

Youpi !

Buster a dit…

Mais encore?

Sébastien a dit…

Enfin !! :)

Jolie rétro. Sous réserve que l'année corresponde :) j'ajouterai L'Evaporation de l'homme, le faux documentaire d'Imamura.

Buster a dit…

Merci Sébastien, l’Evaporation de l’homme c’est un peu le Close-up d’Imamura, pas encore vu, pourtant j’ai le DVD qui traîne dans un coin, Dieu sait où...

Pascal a dit…

"La créature invisible" petit film d'horreur anglais de Michael Reeves, un jeune réalisateur de 24 ans plus connu peut-être pour son film suivant "Le Grand inquisiteur" qui fut malheureusement son dernier, il est mort d'une overdose en 1969.

Edouard a dit…

Quelques propositions complémentaires (d'après l'année donnée par l'imdb) :
- Titicut Follies (Wiseman)
- Guêpier pour trois abeilles (Mankiewicz)
- Silence et cri, autre chef d'œuvre de Jancso
http://www.youtube.com/watch?v=E80RBYH1IQ0
- Jeu de massacre (Jessua)
- et Charlie Bubbles, l'étonnant (et unique, je crois) film d'Albert Finney.

épate - garrett :-] a dit…

Euh, encore une de mes listes, savamment "confectionnées", ahum !-D

01. La Collectionneuse, d'Eric Rohmer
02. Nuage épars, de Mikio Naruse
03. Belle de jour, de Luis Buñuel
04. Peter Gunn, détective spécial, de Blake Edwards
05. Dirty dozen, de Robert Aldrich
06. Hurry 'sundance' :-D, d'Otto Preminger
07. Deux ou trois choses que je sais d'elle, de Jean-Luc Godard
08. La Honte, d'Ingmar Bergman
09. Le Départ, de Jerzy Skolimowski
10. La Comtesse de Hong-Kong, de Charles Chaplin

Buster a dit…

Merci à tous

Michael Reeves je ne connais pas du tout.

Le trailer du film:

The sorcerers (La Créature invisible)

Buster a dit…

Edouard,

Jamais vu Titicut follies ni Silence et cri. Charlie Bubbles, très très vieux souvenir, autant dire aucun. Jeu de massacre, pas mal du tout.

Buster a dit…

Le début de Titicut follies

Buster a dit…

La musique de Guêpier pour trois abeilles

La scène du cigare dans Jeu de massacre

Anonyme a dit…

Je suis etonné par quelques absences criantes: Persona(mais,à vous lire,il semble que vous n'estimiez guère le grand suédois),Curse of the demon(Tourneur!), l'Homme n'est
pas un oiseau (Dusan Makavejev)et
aussi le premier lm de L.Moullet
Brigitte et Brigitte.

Buster a dit…

Merci Anonyme mais aucun des films cités n'est sorti en 1967 (la référence c'est imdb)

Curse of the demon (que j'idolâtre) c'est... 1957!
Persona (que j'aime beaucoup) c'est 1966
Brigitte et Brigitte (que j'aime bien) c'est 66 aussi
L'Homme n'est pas un oiseau (que je ne connais pas) c'est 1965.

Un peu de rigueur, que diable!

Buster a dit…

la bande-annonce de l'Evaporation de l'homme d'Imamura

Buster a dit…

Belle liste Epat (de mouche), je passe sur 1, 2, 3, 7 et 9 que j’aime beaucoup. Pour les autres:
Peter Gunn, jamais vu
Dirty dozen, pas si terrible à la revoyure
Le Preminger je ne le connais pas
La Honte est sorti en 1968, je vais finir par me fâcher :-)
La Comtesse de Hong-Kong, pas aimé la 1ère fois, bien aimé la 2e fois, à nouveau pas trop aimé la 3e on verra la prochaine fois.

Buster a dit…

la scène du saxo dans Que vienne la nuit (Hurry sundown)

la scène du pyjama dans la Comtesse de Hong Kong

Thierry a dit…

Hello Buster
Rayon BD, de beaux Lucky Luke (Des barbelés dans la prairie, Calamity Jane..) et un Blake et Mortimer (L’Affaire du collier), pas le meilleur mais bien quand même.

Christophe a dit…

Hurry sundown dans les dix meilleurs films de l'année 67...Je sais bien qu'il n'est pas aussi mauvais qu'on le dit et que par ailleurs, 67 n'est pas une grande année cinématographique mais à ce moment-là, pourquoi pas Skidoo dans les cinq meilleurs films de 68?
La défense des granzôteurs a des limites.

Aux titres évoqués, j'ajouterais Chuka le redoutable et Sept secondes en enfer (possiblement le meilleur film de John Sturges), deux des rares bons westerns des années 60.

Buster a dit…

Merci Thierry
L'Affaire du collier je ne connais pas, de B&M je n'ai lu que les premiers albums, ceux des années 50.

Christophe, pour le Preminger je laisse l'épatant Garrett vous répondre (s'il le veut)
Sinon d'accord sur Sept secondes en enfer, bien meilleur que Règlements de comptes à OK Corral.

§ a dit…

3 grands manquants :
Haut les mains ! de J. Skolimowski (première version)
Terre en transe de G. Rocha
Marie pour mémoire de P. Garrel

Outsiders :
Peppermint frappé de C. Saura
Marie et le curé de D. Medveczky
Frankenstein créa la femme de T. Fisher
The Trip de R. Corman

Buster a dit…

Merci §, jolie moisson.

Hauts les mains! oui bien sûr (mais je ne connais que la version de 81)
Terre en transe, très beau
Marie pour mémoire, vieux souvenir...

Marie et le curé, il fallait le trouver celui-là, jamais entendu parler!

Je vais voir si je trouve des extraits.

Buster a dit…

Bon alors:

un extrait de Haut les mains! première version

le trailer de Terre en transe

la version intégrale de Marie pour mémoire

+ les Enfants désaccordés le premier film de Garrel (1964)

Buster a dit…

Suite:

Peppermint frappé bande-annonce

Frankenstein créa la femme bande-annonce

The trip le film

Vincent a dit…

Belle année quand même, 1967.
Grande année pour le western Italien avec "Da uomo a uomo"("La mort était au rendez-vous") de Giulio Petroni, "Colorado" de Sergio Sollima, "Dieu pardonne, moi pas" de Giuseppe Colizzi, "Le dernier jour de la colère" de Tonino Valerii, le peu connu mais estimable "Le temps des vautours" de Romolo Guerrieri, "Requiescant" de Carlo Lizzani avec P. P. Pasolini et Lou Castel, et surtout, surtout "Tire encore si tu peux" de Giulio Questi. Nous sommes dans la crème du genre.
Dans un autre registre, c'est en 1967 que sa maman offre au jeune Joseph Morder sa première caméra super 8 et que celui-ci entame son journal filmé.
A la même époque, Steven Spielberg tourne "Splitstream" qui restera inachevé mais qui voit la rencontre du réalisateur avec Allen Daviau qui sera son chef opérateur l'année suivante sur "Amblin'" puis, plus tard et dans un autre format, de "E.T.", "La couleur pourpre" et "Empire du soleil".
Et quoiqu’en dise IMDB, 1967, c'est la sortie d'"El Dorado" de Hawks, quand même.

Vincent a dit…

Le 31 mai, c'est la naissance de Sandrine Bonnaire.
Pour en rester à mes obsession favorites, en 1967, Bruce Springsteen fait fait ses débuts dans un groupe appelé "The Castiles" qui arrête l'année suivante.

otto - reverse a dit…

- Hé, oui, Christophe, mes "top-listes", c'est vraiment... n'im-por-te-quoi !-DDD

Bon, sérieusement, que vous répondre sur ce choix ? D'abord, oui, c'est pour aller contre la mauvaise réputation que traîne ce film, et plus généralement - comme vous le laissez entendre - celle du cinéaste, depuis disons, Bunny Luke is missing - certains, y voyant, même là (?!!) et encore aujourd'hui, un grand ratage, pour ne pas dire le début du déclin, etc...

Or, dans les deux cas (Bunny Lake & Hurry sundown), j'y trouve, personnellement, encore la grandeur du cinéaste. On s'éloigne définitivement des polars existentialistes de série B (type Mark Dixon, Korvo), et on va vers une ampleur romanesque, tout en affinant ses interrogations politiques, comme déjà dans Exodus Tempête sur Washington ou The Cardinal.

Dans Hurry sundown, j'apprécie beaucoup la "confrontation des classes" (ce n'est pas explicitement la lutte des classes, mais c'est nettement suggéré). Egalement, au tout début du film, il y a un raccord de montage que je trouve "épatant". Le personnage de Michael Caine travaille sur un chantier immobilier, je crois (la dernière fois que j'ai vu le film, c'était il y a un peu plus de cinq ans). Il y a une explosion et un bâtiment qui s'effondre. Cut. Gros plan sur Michael Caine dans un avion. Et on apprend plus tard, que son fils est mort...

Le film montre très bien (du moins, de ce qu'il m'en reste) l'irresponsabilité des "Blancs" de la classe possédante et la difficulté d'intégration des "Noirs" dans la communauté.

Mais bon, le mieux sera d'en reparler... quand tout le monde l'aura vu !-D

Quant à Skidoo, en 68, je ne sais pas : je ne l'ai pas vu. Il est vrai cependant que j'en ai entendu beaucoup de mal ; mais certainement, je suis tout à fait capable de le repêcher !-D vous aurez compris que, bah, non ! je ne connais pas les "limites" (de la "défense des granzôteurs" !-DDD

-----

- Ah, Buster, c'est de 68 - La Honte... pour moi, alors !?-D

J'm'emmêle toujours les pinceaux : c'est date de réalisation ou date de sortie ? Par exemple, je voulais mettre Chronique d'Anna Magdalena Bach, de JMS-DH, en premier dans c'te liste ! Mais, sur imdb, c'est indiqué "1968" ! Bon, comme j'en suis à neuf titres dans mon "top(ten) 67", j'ajoute (et hop !) Les Anges violés, de Wakamatsu.

Pascal a dit…

"Les monstres de l'espace" de Roy Ward Baker.

§ a dit…

Tu imagines Robinson de J.D. Pollet

Buster a dit…

Merci Vincent pour ce complément italowesternien. Inutile de dire que je n'ai vu aucun de ces films. Christophe va être content, pas de granzôteurs :-)

le trailer de Tire encore si tu peux

El dorado, c'est bien 1967 si on retient le pays d'origine, mais le film est d'abord sorti au Japon fin 66, je sais c'est dur mais c'est comme ça :-)

Buster a dit…

Merci Otto pour cette défense du Preminger que je ne connais donc pas. Un des rares critiques à avoir défendu le film à sa sortie fut Gérard Legrand dans Positif. Quelqu'un a-t-il le texte? (Edouard?)

Buster a dit…

Le trailer des Monstres de l'espace (Quatermass and the pit)

Un extrait de Tu imagines Robinson

§ a dit…

Encore trois beaux films :

Chaque soir à neuf heures de Jack Clayton
In the country de Robert Kramer
La marque du tueur de Seijun Suzuki

Christophe a dit…

otto-reverse:
Si je me contente de "bien aimer", Hurry sundown, je considère Bunny Lake is missing comme un grand film. En revanche, il n'a pour moi aucun rapport ni avec Hurry sundown ni avec les précédentes fresques romanesques de Preminger (Tempête à Washington et Le cardinal, que j'apparie et considère comme les chefs d'oeuvre de Preminger). Pour moi, c'est une sorte de film de Roman Polanski qui serait réussi parce que mis en scène avec une rigueur à toute épreuve.

Quant à Hurry sundown, si je vois bien ce qui peut le rattacher DANS L’IDÉE aux chefs d'oeuvre romanesques du début des années 60, je trouve que son traitement n'a ni le sérieux ni la rigueur objective du Cardinal ou de Tempête à Washington. Le problème du racisme y simplifié à travers des personnages de blancs caricaturaux. Je me souviens aussi d'une fin à la limite de la niaiserie (je me souviens d'une fin à la limite de la niaiserie).

Edouard a dit…

Pas trop le temps de reprendre la note de Legrand, Buster. Je ne suis, de toute façon, pas sûr qu'elle nous éclaire beaucoup car elle est assez tortueuse, voire codée par endroits. Quelques extraits quand même :
"Le seul tort de Preminger, homme d'affaires, est d'avoir accroché cette œuvrette de Preminger cinéaste - mélodrame intimiste au parfum désuet - sur le problème noir avec lequel elle n'a qu'un rapport de contiguïté."
"Ce style est peut-être archaïque, mais de film en film Preminger le possède davantage et donc s'y anéantit : "les grands artistes n'ont pas de manière" (Hegel)."
"Film mineur, et qui gomme ses effets, Hurry Sundown détonne dans l'actuelle avalanche de documents bruts et de surenchères"
Défense mesurée donc. C'est juste une note à la fin du numéro de janvier 68(rubrique "De A à Z"). En couverture : "Terre en transe" de Rocha.

Buster a dit…

Ah oui, c'est très mesuré finalement. Je pensais que Legrand avait davantage défendu le film, je dois confondre...

lisons - a dit…

[A]

Avant de répondre, je livre aux curieux diffuse la jolie prose de cet "excellent critique".

Interrogation écrite, demain !

- Positif n° 91, janv. 68, pp. 63-64

[article intégral]

"Sans prétendre à l'originalité, on peut poser que l'émancipation des Noirs américains sera l'oeuvre des Noirs américains eux-mêmes. D'autre part, j'ai cru constater que l'action de ce film se passait en 1946 et non en 1967. Enfin, il y a dans l'anti-américanisme parisien actuel, une bonne dose de "facticité" gaullisante et aragonisante qui ne peut tromper que les sots.
Voilà pourquoi j'ai vu ce film sans me soucier des exécrables critiques qui l'avaient accueilli. Le seul tort de Preminger, homme d'affaires, est d'avoir accroché cette œuvrette de Preminger cinéaste - mélodrame intimiste au parfum désuet - sur le problème noir avec lequel elle n'a qu'un rapport de contiguïté. Il a un peu négligé sa fameuse formule : "J'ai fait un film sur la virginité, et cependant je ne suis pas...". Hurry sundown feint en effet d'être la peinture du "Deep Old South" par un Viennois ironique et distant jusqu'à la férocité : le seul personnage odieux [terme en gras] est le shérif paternaliste, d'ailleurs roulé par ses victimes, et une complicité sarcastique unit Jin Backus (l'avocat libéral) et le grotesque Burgess Meredith (le juge raciste) dans la scène du tribunal. C'est en réalité, l'histoire d'un échec [terme en gras] total, succédant à des récits d'échecs partiels (Le Cardinal et Première victoire). Autour de Michael Caine, véritable "anti-héros" remarquablement utilisé et dirigé, gravitent plusieurs silhouettes de femmes, discrètement ou indiscrètement meurtries, se révélant peu à peu, donc très premingériennes. L'emploi d'un espace soigneusement repéré (le jeu des portes closes, ou la levée de terre, prise comme axe oblique des affontemements) est poussé jusqu'au schématisme, mais n'exclut ni la tendressse (l'admirable scène du retour de John Philip Law) ni l'angoisse (l'expédition nocturne du "Klan"). Ce style [terme en gras] est peut-être archaïque, mais de film en film Preminger le possède davantage et donc s'y anéantit : "les grands artistes n'ont pas de manière [terme en gras]" (Hegel). Les plus beaux films de l'année, The Professionnal et El Dorado, sont eux aussi classiques dans leur écriture, et dans l'inégal Forty guns de Samuel Fuller, avec ses dix ans d'âge, ce sont les souvenirs (des Russes, de William Wellmann [?!], - le plan du fusil repris à Yellow Sky, - de Fuller lui-même...) qui tiennent le mieux. Ce n'est pas d'hier que Preminger est un cinéaste "superficiel" et crépusculaire [terme en gras]. Les enfants chez lui regardent de plus en plus gravement les adultes depuis Daisy Kenyon (cf. le plan augural d'Advise and consent : "Il se fait tard, Maman...") sans pour autant être des porteurs d'espérance (l'un est taré physiquement, l'autre meurt...).

- futé ? a dit…

[B]

---suite et fin de l'article---

Oppositions feutrées ou stoppées net, ellipses élégantes et raccourcis foudroyants, où tout le monde court après tout le monde et se manque de peu (cf. la fuite de Jane Fonda en un seul virage) font partie intégrante d'un univers, et non pas seulement d'une technique de grue. Dommage certes, que Preminger (ou les distributeurs ?) ait coupé les scènes de flagellation qui "justifiaient" la déchéance de Jane Fonda, et que sur ses parents - les aristocrates ruinés qui font tout de même la pluie et le beau temps dans ce comté de Georgie - on en sache si peu... Film mineur [terme en gras], et qui gomme ses effets, Hurry Sundown détonne dans l'actuelle avalanche de documents bruts et de surenchères. Mais, dans cette pathétique impossibilité d'entente, dans ces soubresauts de dignité, dans cette conclusion postiche [terme en gras] même, ou "l'alliance" paraît si vacillante, si précaire et si peu efficace, vous ne me ferez pas croire qu'il aille d'autre chose que de la solitude irrémédiable et doucement fascinante qui, à travers la volonté de réussite, mouvait certains personnages de Fallen Angel, de Bunny Lake... Simplement le pessimisme d'Otto croît avec l'âge, et s'il se fait projeter, assure-t-on, les films du "profond" Godard, il n'en subit pas l'influence : tant pis pour les "Chinois" [fin de l'article]"

G. L.

Buster a dit…

Merci Lison(s).

Mouais... plutôt tarabiscotée la critique de Legrand.

Buster a dit…

Au fait §, vous les avez vus tous ces films que vous citez?

le trailer de Chaque soir à neuf heures (Our mother's house)

Buster a dit…

La Marque du tueur

Celui-là je l'ai vu... un film complètement fou, très stylisé, sur fond jazzy... incapable de dire de quoi ça parle mais très forte impression.

§ a dit…

Oui, tous vus et approuvés, même Marie et le curé.
Par contre, je n'ai jamais vu Hurry sundown.

Buster a dit…

Waouh... c'est très impressionnant, vous êtes juste un rat de cinémathèque ou vous êtes aussi du milieu, comme on dit, notamment universitaire?

soigne - lake :-] a dit…

Oh, la la la… les fautes que je laisse traîner au moment de poster mes comms ?!! Bon, tout le monde aura corrigé : « [Avant de répondre] je livre aux curieux ET diffuse », et auparavant, « Bunny LAke is missing » [et non Bunny « Luke »]. En revanche, je n’y suis pour rien pour la… « défense mesurée » (ahum ? ahem ?-) du rédacteur de l’illustre revue – que j’ai toujours du mal à nommer :-]

Pour être franc, il n’est pas (selon moi) le pire de la rédaction, d’autant qu’il m’arrive parfois d’apprécier ses écrits. Pas souvent, mais parfois. (euh, il paraît que c’est quand même l’un des meilleurs de la revue ?!) Je crois qu’on peut considérer Legrand comme un « premingerien ». Mais ici, il n’a pas l’air très inspiré – comme quoi, cela arrive, même aux meilleurs !-]

Bon, « interrogation écrite » ou « pas interrogation écrite » ?

Alors, uniquement pour ceux qui veulent s’amuser : le petit jeu sera de relever chacun des poncifs qui entourent le cinéaste, et de voir comment ils sont traités dans l’article.

-----

- Bravo Christophe, d’apprécier autant Bunny Lake, car – vous ne le croirez sans doute pas – ce n’est pas encore évident pour tout le monde !-D

De plus, j’aime bien votre rapprochement avec Polanski, mais… euh, comment dire ? C’est bien vous qui parliez des « limites » dans la « défense des granzôteurs » [le 06 févr.] ?! Ça vaut pour les grands films, n’est-ce pas ?

Donc, voilà : vous ne trouvez pas que c’est légèrement… anachronique, sur les bords – de parler de « Polanski »… en 65 ?!!-D

Notez, que ça ne me gêne pas du tout, hein !-D (ça m'arrange même :-) Aussi, si je peux moi aussi prendre cette liberté – de faire dans l’anachronisme (sans franchir les limites, donc) – pour défendre Hurry sundown, des reproches de « caricatures » et de « niaiserie », je dirais qu’il y a dedans le meilleur… du cinéma de Clint Eastwood !!!-DDD (ou, si l’on préfère, de tout son cinéma « dramatique », par opposition à son cinéma d’action et spectaculaire).

Par exemple, je me souviens d'un dialogue particulièrement brillant dans une scène finale, entre le personnage féminin Noir principal (elle est institutrice, je crois) et celui de Jane Fonda. Je ne veux pas en gâter la fraîcheur pour ceux qui comptent découvrir le film un jour (sauf demande expresse, de notre hôte principalement) ; et qui résume parfaitement toute la problématique posée.

En conclusion, à mon humble avis, film beaucoup moins « mineur » qu'on ne le dit, peut-être pas un de ses grands chefs-d'œuvre - il y en a tant ! - mais à l'arrivée un film complexe, généreux et maîtrisé, tout à fait honorable !

§ a dit…

Essayez-vous d'arracher mon masque ?
En tous cas, je ne suis pas universitaire...

bruno andrade a dit…

Nº 24-25 of Présence du Cinéma, its last edition.

Christophe a dit…

je ne comprends pas pourquoi vous chipotez sur Polanski.
En 65, Le Couteau dans l'eau et Répulsion (Repulsion) sont sortis. En 66, Cul-de-sac va sortir.

Buster a dit…

Soigne-lake, il faut que tu t'expliques sur Polanski maintenant :-)

§, OK vous n'êtes pas universitaire, mais du "milieu" quand même...

Bruno, merci, le dernier numéro de Présence du cinéma c'est une date importante en effet.

gâchis - potage :-] a dit…

- M'enfin ?! y'a rien à expliquer...

Et puis, qui c'est qui a parlé de « rigueur à toute épreuve », hein ?-]

...

Eh, Christophe, vous n'allez tout de même pas me faire croire que le grand Otto, quand il tourne - et monte - Bunny Lake, il a vu Répulsion ?!! Pour le Couteau, c'est pas impossible... mmh, quand bien même, je ne crois pas (dans l'un ou l'autre cas) que cela ait dû l'influencer énormément ?!-D (inutile d'insister sur Cul-de-sac).

Pff, en plus, même pas sûr que Roman Polanski à ce moment-là (en 65) connaisse le « Polanski(-auteur) » d'après (celui que les cinéphiles connaissent aujourd'hui) : disons par exemple, celui de Rosemary's baby (68-69 ?), ou du Locataire (78 ?), Frantic (88 ?), ou si l'on veut encore Ghost writer (2009) [euh, pour les dates, Buster, vous le dira mieux que moi ;-]

Bref, je ne chipotais pas - au contraire, le rapprochement m'a plu (quoique, tout bien considéré, il faut passer par Hitchcock), d'autant que j'étais très content de constater que les « limites » dans la « défense des granzôteurs » n'étaient pas aussi... rigoureuses (que ça !-DDD

Bien à vous,

Buster a dit…

Désolé pour le retard... j'ai en ce moment de gros problèmes d'internet. Retour à la normale ce soir (en principe)

Christophe a dit…

on s'est mal compris, je n'ai jamais dit que Preminger s'était inspiré de Polanski.
Par ailleurs, les premiers films de Polanski ont eu une certaine notoriété dès leur sortie.

Pascal a dit…

"L'affaire Al Capone" de Roger Corman, son seul film à gros budget tourné pour une major (Fox).
Coppola, Scorsese, Tarantino lui doivent beaucoup.

à l'eau - la terre ?-D a dit…

- Eh, mais c'est que je commençais à m'inquiéter pour toi, Buster ?-] Ouf ! Heureusement, il ne s'agissait que d'informatique !-D

-----

- Euh, Christophe, « on » s'est peut-être « mal compris »… bien que je ne le croie pas un seul instant !-D

Regardez, relisez bien d'abord le 1er § de votre comm du 09 févr. | 16:59. Et à présent, votre dernière réplique ci-dessus : « Par ailleurs, les premiers films de Polanski ont eu une certaine notoriété dès leur sortie. »

Si je vous suis bien, vous êtes maintenant en train de dire : les premiers films de Polanski ont eu assez de « notoriété », au point que Preminger tourne un film (Bunny Lake, 1965) qui soit « une sorte de film de Roman Polanski qui serait réussi parce que mis en scène avec une rigueur à toute épreuve. »

Et si vous voulez, on peut même ajouter les courts-métrages d'étudiant du jeune Roman !-D

Votre boutade était pourtant jolie, et se suffisait à elle-même. J'ai moi-même essayé d'en faire une (sur l'idée d'influence-inspiration), mais visiblement, elle est tombée… à l'eau, ahem !-]

Une petite vacheté, alors - et je vous laisserais conclure (parce que ce fil devient inutilement long) : si vous avez vu Hurry sundown, comme vous m'avez lu dans les commentaires ici - et je devrais ajouter, comme VOUS comprenez vos propres phrases - eh bien, je comprends mieux comment vous avez reçu ce (grand) film !?-DDD

Buster a dit…

Ah oui l'Affaire Al Capone, j'ai un bon souvenir de ce Corman, Jason Robards en Capone valait le détour.

le trailer de l'Affaire Al Capone (The St. Valentine's day massacre)

Jeff McCloud a dit…

Hello Buster,

À la déjà longue liste des films mentionnés, j'ajouterais volontiers "Nude Restaurant" d'Andy Warhol et "Les Comtes Pocci" de Hans-Jürgen Syberberg. Généralement peu vus, comme l'intéressant "Chuka" de Gordon Douglas, déjà cité plus haut.

En cherchant bien il y aurait aussi "Pluie de juillet" de Marlen Khoutsiev et "Dante n'est pas uniquement sévère" de Jacinto Esteva mais c'est nettement plus anecdotique.

Sinon 1967 c'est aussi "Wavelength", un des films les plus importants de Michael Snow.

Buster a dit…

Hello Jeff, ça devient de plus en plus confidentiel (hé hé). Le Warhol et le Syberberg je ne les ai jamais vus (je ne parle même pas des deux autres).

Chuka, on est loin de Rio conchos, mais c’est un bon western en effet comme le soulignait Christophe.
Voir la séquence de l’attaque du fort par les Indiens, impressionnante par sa sécheresse, le moment où Rod Taylor est transpercé par une lance (avec comme souvent chez Douglas la caméra qui suit la trajectoire du projectile) m'a longtemps poursuivi (j'ai vu le film très jeune)

Sinon j'aime beaucoup la "longueur d'onde" de Michael Snow

Wavelenght version complète