vendredi 20 janvier 2012

N'importe quoi

Quelques notes (inachevées):

The straight story. [attention spoiler!, comme on dit]

J’aime beaucoup Take shelter de Jeff Nichols, mais j’ajoute aussitôt: comme tout le monde (ou presque), c'est là ma réserve. Non pas que je n’aime pas aimer les mêmes films que les autres, mon snobisme a des limites, mais parce que je trouve cette unanimité autour du film très troublante. Take shelter est-il si extraordinaire pour qu’il soit ainsi plébiscité par toute la critique, des Cahiers à Positif, des Inrocks à Télérama, de Libé au Monde, de Chronic’art à Critikat...? Bon, c’est vrai, il y a une tendance aujourd’hui à l’uniformisation du goût (on pourrait analyser le film à l'aune de la théorie de la réception selon Jauss et son concept d'horizon d'attente...), mais dans le cas de Take shelter le consensus est si général que je me demande si le film n'est pas aussi extrêmement roublard (donc très efficace, autrement dit bluffant), fabriqué pour satisfaire le plus grand nombre. Ce qui me fait dire ça c’est son finale dédoublé, genre interactif: pour une fin "beau fixe", tapez 1 (le héros n’était que fou), pour une fin "apocalypse", tapez 2 (il avait bien pressenti la catastrophe)..., le seul truc qui sur l’instant m’avait déplu, mais sur lequel je ne m’étais pas trop attardé dans la mesure où le rapport folie/réalité n’est pas ce qui m’a le plus intéressé dans le film...
Car il y a ça aussi: tout le monde aime le film, mais pas pour les mêmes raisons. Ni avec la même force. On compare volontiers Take shelter à The happening de Shyamalan, un film qui avait été nettement moins bien accueilli à l'époque. J'imagine qu'à Positif (au hasard... hé hé) on ne manquera de trouver le film de Nichols cent fois meilleur que celui de Shyamalan, alors que pour moi c'est le contraire: si j'aime beaucoup Take shelter, rien de comparable avec The happening, un des plus grands films de la décennie passée, je l'ai déjà dit... Ce qui me trouble finalement ce n’est pas que tout le monde aime Take shelter, moi inclus, mais que je l’aime en dépit de ses défauts. On pourrait aller plus loin: pourquoi j’aime ce film alors que j’apprécie moyennement le Cronenberg dont les qualités sont pourtant évidentes, sinon supérieures. Serais-je atteint de dysgueusie (altération du goût) qui m’empêche d’apprécier un film à sa juste valeur?
Take shelter n'est donc pas sans défauts, au niveau de la mise en scène: c’est du cinéma calibré, très photographique (on pense à Stephen Shore), et du récit, plutôt simpliste: un type en proie à des hallucinations est persuadé qu’un cataclysme va s’abattre sur la région et, pour protéger sa petite famille, construit un abri anti-tornade dans son jardin (ce qui en soi n’a rien de délirant, la majorité des Américains du Midwest - le film se passe dans l'Ohio - ont un abri anti-tornade), au grand dam de son chien, de son épouse, de son frère, de son ami et collègue de travail, de son patron, bref de tout le monde, jusqu’au jour où... Ça c’est la ligne oppressante du film, que Nichols distend volontairement en étirant la narration, de sorte qu’il ne se passe pas grand-chose, on pourrait s’ennuyer devant le spectacle behavioriste d’un mec taiseux passant son temps à creuser des trous (au boulot comme à la maison), ça pourrait même devenir déprimant, au point de se mettre à chantonner l’Ohio d’Adjani - j’suis dans un état proche de l’Ohio, j’ai le moral à zéro... - sauf que là, non, je ne me suis pas ennuyé...
Pourquoi? Parce que le film entrecroise d'autres lignes, des petites lignes annexes, au regard du gros tuyau apocalyptique (que la catastrophe soit extérieure ou intérieure), mais suffisamment développées pour qu'on s'y accroche. D'abord le type a conscience de sa psychose - maman en est atteinte - et la manière dont il s'y oppose, maladroitement, désespérément, est assez belle même si la performance de Michael Shannon, pourtant habitué à ce genre d'exercice, n'est pas toujours convaincante; ensuite il y a la femme, Jessica Chastain, la mère aimante du dernier Malick, qui là aussi non seulement éclaire le film de son aura écarlate mais surtout le dégage de sa dimension "fin du monde" par la seule force de l'Amour - la majuscule s'impose -, l'amour et ses déclinaisons (bibliques): amour familial, amour-amitié... mais pas l'Eros (le film est totalement asexué, l'absence de désir dans la relation conjugale a quelque chose ici de terrifiant, comme une apocalypse en soi, petite apocalypse peut-être pire que la grande...); et puis le monde, décrit dans sa triste réalité, celle de l'Amérique profonde aux prises avec les difficultés économiques engendrées par la crise, menaçant le lien social (cf. la scène du repas collectif, la plus forte du film), même si on peut trouver l'image du cataclysme à venir comme métaphore de la crise et de ce qui nous attend: l'explosion du système, un peu trop appuyée...
C'est pourquoi je préfère la fin n°1, vraie fin puisque conclusion logique de la séquence souterraine (très belle): il ne s'est rien passé finalement, hors le cerveau du héros, juste une bourrasque, arrachant les lignes, électriques, téléphoniques... soit justement les petites lignes narratives qui m'avaient jusque-là passionné. La fin n°2, unhappy end, et son ciel pleuvant des gouttes d'huile: aïe - en plus ça tache...

17 commentaires:

Anonyme a dit…

Pour un film que vous dites aimer je trouve que vous ne le défendez pas beaucoup !

Buster a dit…

Eh oui, c’est n’importe quoi :-)

En fait c’est pas ça, il se trouve que je ne distingue pas d’un côté les films que j’aime et de l’autre ceux que je n’aime pas, mais plutôt les films sur lesquels je suis sûr de mon jugement (qu’il soit positif ou négatif) et ceux sur lesquels je n’ai pas de certitudes, qu’il me faudra donc revoir: le film de Nichols est de ceux-là, comme d'ailleurs celui de Cronenberg. Le premier m'a vraiment plu, mais il n'est peut-être pas aussi réussi que ça, le second moins, mais il est peut-être meilleur que je le pense...

valzeur a dit…

Hello Buster,

Je recopie ce qu'en écrit Axelle Ropert dans le dernier Inrocks : "sens écrasant du cadre, nature animée de frémissements déjà vus, roulis souligné des présages, stupéfaction monotone des personnages, tragique usé, expressions empâtées des visages, sursignifiant généralisé, bouclage efficace des incidents mystérieux, tout un arsenal est convoqué, loué comme splendide formellement mais qui nous laisse suspicieux : cette monumentalité qui se repaît d'elle-même, ne serait-ce pas un peu pompier ?"

Plutôt d'accord avec elle, même si, dans le fond, la monumentalité du film me frappe moins que son inappétence à passer la seconde ou la troisième (pour ne rien dire de la quatrième). Buster, vous frémissez devant l'idée sans oser la nommer : si tout le monde aime Take Shelter, c'est qu'il est totalement anodin, et pas déplaisant pour un sou (on versera ça à son actif). Pas de whodunnit ici remplacé par un joli whoizit (alors Shannon, fou ou prophète ?) dont la résolution ne peut être que déceptive - ce qu'est sa fin oui/non assez facile au demeurant.
Nichols tient beaucoup à cet ancrage du quotidien, on imagine pour être proche de ses personnages et des vrais gens qui vont voir son film - mais permettez-moi de penser que cette banalité érigée en classicisme est le fait d'un plafonnement au maximum de ses capacités. Non qu'on lui demande de faire "Leo The Last" mais un peu plus que ce qu'on voit, ce ne serait pas mal quand même. Le film est terriblement défensif et sur la réserve par rapport à son sujet. Bon sang, c'est l'Apocalypse à venir !, des trombes d'eau se déversant sur une humanité désaxée, les pères violant bientôt les filles, cannibalisme et morts violentes, pas de braves gens bien sages tremblotant dans leur cuisine. Ou disons que ce peut être aussi de braves gens bien sages tremblotant dans leur cuisine, mais tout ça n'est guère captivant.

J'exècre Melancholia de l'affreux Von Trier mais le film, dans sa seconde partie, a une force que Nichols n'atteindra jamais. Avec le recul, Shotgun Stories était plus touchant, la famille qu'il représentait existait avec son tragique mythologique un peu de pacotille (Atrides et Labdacides chez les ploucs du Sud). Ici, la famille est sexy-anesthésiée, sursignifiante (pitié, plus d'enfant sourde pour dire que le rapport au monde est faussé) et globalement en toc.

Disons que tout ça est convenablement agencé mais qu'on voit les coutures (scénario, personnages) et que la mise en scène n'élève rien au dessus d'un horizon bien morne. Je n'ai ressenti aucun angoisse devant ce film (et pourtant, je suis hyper-sensible, Buster, croyez-moi)

Take Shelter serait-il le premier film-catastrophe "lounge" d'intérieur (plutôt que d'intérieur lounge) ?

Je crois hélas que oui.

Lao Tsu Ben a dit…

"si tout le monde aime Take Shelter, c'est qu'il est totalement anodin, et pas déplaisant pour un sou (on versera ça à son actif)"

Pour ma part, ça aurait franchement tendance à me le rendre antipathique, sinon tout à fait médiocre.

Buster a dit…

Salut valzeur

Ah bon, elle a dit ça Axelle Ropert? Je croyais que c’était Jacky Goldberg qui avait écrit sur le film dans les Inrocks... Sinon je comprends ses arguments même si je ne suis pas pleinement convaincu (le film n'est pas du tout pompier, mais c'est peut-être une erreur: pompeux, non?)

Je vois que votre position sur le film s'est radicalisée par rapport à ce que vous en disiez initialement. Du coup, même si moi aussi j'ai un peu bougé, l'écart reste le même :-)
Vous êtes un peu trop sévère (comme d'hab), il y a sûrement du vrai dans ce que vous dites, mais tant que je n’aurai pas revu le film, je ne veux pas me faire forcer la main... hé hé :-) Idem pour le Cronenberg.

Quelques remarques cependant:

1) La question fou ou prophète qui se pose à tout le monde ne m’a pas franchement intéressé dans la mesure où pour moi il ne fait aucun doute que le type est fou, la question étant alors est-il seulement fou ou à la fois fou et prophète?, vous me direz que ça ne change pas grand-chose, si quand même, ça déplace un peu les enjeux du film, c’est une des raisons qui m’ont fait y adhérer.

2) L’autre question, plus pertinente, touche à la folie même du personnage. Puisqu’elle est acquise, comment Nichols se débrouille-t-il avec. Autant je trouve que le rapport des autres à la folie est réussi, notamment du côté de la femme, autant la folie elle-même pose problème. Pour le dire autrement, la description que fait Nichols de la psychose est ici parfaitement juste du point de vue de la clinique, notamment dans sa dynamique répétitive, c’est pour ça que j'y crois, mais pour le coup elle se révèle insuffisamment féconde en termes de récit, ça ne progresse pas assez... Si on reste accroché à cet aspect du film, c’est forcément décevant, ou déceptif si Nichols l’a voulu ainsi (pas sûr), mais si comme moi on s’en détache et qu’on s’intéresse à l’aspect disons familial du film, le côté americana avec ses poncifs (d’accord avec vous sur l’enfant sourd, c’est pour ça d'ailleurs que j’en parle pas dans ma note :-) on y trouve davantage son compte. J’aime ainsi la manière dont Nichols intègre le comportement extravagant du personnage à son quotidien, comment il le fait lutter, sans verser dans le grandguignolesque à la Shining, et le huis clos final dans l’abri, sa dramaturgie presque apaisée est vraiment magnifique.

A part ça, je viens de voir dans la foulée, J. Edgar, Millénium, le Cheval de Turin... bref du boulot sur la planche d’autant qu’il me faut parler aussi de Dernière séance!

Buster a dit…

Lao Tsu Ben,

Et vice versa?

valzeur a dit…

Re Buster,

Réponses dans l'ordre :

- Axelle Ropert a écrit ça dans la rubrique "en marge" qui permet généralement aux Inrocks de présenter des avis différents à ceux exposés par le journal

- Oui, je deviens plus radical sur Take Shelter qui ne vieillit pas spécialement bien dans ma pauvre tête. Mais, par ailleurs, c'est un film décent aussi éloigné du génie que de l'ignominie, et qui flotte dans des eaux tempérées et plates, par un temps plutôt clair.

- Sur la maladie du personnage, je suis d'accord avec vous que l'hypothèse la plus intéressante est qu'il soit fou - c'est d'ailleurs peu ou prou le choix que fait Nichols, les visions et parcelles de doutes étant là pour "accrocher" le spectateur qui autrement trouverait l'addition assez rude (nous ne sommes pas chez Lodge Kerrigan qui n'aura jamais l'audience d'un Nichols - aucun jugement de valeur dans cette phrase). Mais ce point de vue ne me semble pas mené de main de maître, Shannon passant d'une plage "je sais que je déraille" à une autre "je déraille" de façon très mécanique - surtout dans la seconde partie du film. Sur l'observation d'une psyché défaillante, Take Shelter me semble aussi défaillant que son sujet, mais peut-être était-ce là trop délicat pour un cinéaste qui n'en est qu'à son second film et dont les références (Spielberg, Malick) ne valorisent pas outre mesure l'introspection de l'humain comme enjeu cinématographique (j'espère que vous admirez la litote, Buster).

- sur le huis clos final dans l'abri, j'ai eu l'impression que le film trouvait son point d'implosion dramaturgique. La tension aurait du être à son comble, mais rien sur l'écran ne se passait (ou mettons que je n'ai rien ressenti). J'y ai vu la confirmation que Nichols flottait un peu dans sa mise en scène, son histoire, ses personnages, tout. Par ailleurs, le plan sur les cheveux roux flamboyants de Chastain, son visage dans l'ombre est peut-être le seul qui me restera du film. Disons que là aussi, il flotte dans la scène sans rien à quoi se rattacher. Plus généralement, le film ne sait pas quoi faire de l'hypothèse démoniaque appliquée à la Femme avec un grand F que pourtant tout appelle (l'actrice rousse, l'Apocalypse, franchement...). Non qu'il veuille être plus malin que ce qu'on pourrait attendre, mais c'est tellement en creux que ça n'advient pas. Et comme ce qui advient n'est pas bien passionnant - douceur Nivéa de la conjugalité pour apaiser les psychoses - j'ai regretté pour ma part.

- A votre place, je ferais l'impasse sur Dernière Séance qui m'est heureusement totalement sorti de l'esprit. J. Edgar, cette méprisable chose, devrait vite prendre le même chemin. Par contre, je serais curieux de voir ce que vous direz de Millenium (et quand même du Eastwood, allez !). Sinon, je vous recommande le délicat "ll n'y a pas de rapport sexuel", film assez volontairement déplaisant mais quand même culotté (même si plutôt dé-)

Buster a dit…

Mais c’est justement ce flottement qui est beau qui fait qu’on est longtemps dans une sorte de no man’s land, non pas entre folie et réalité, mais au niveau du regard, entre celui, perdu, du personnage, terrifié par ce qui lui arrive, et celui, inquiet, de son entourage, ne comprenant pas ce qui lui arrive... Possible que Nichols ne sache pas toujours comment maintenir la ligne, entre terreur et inquiétude, perdition et incompréhension, l’équilibre est fragile, mais on retrouve tout ça dans la séquence de l’abri et si ça n’explose pas c’est que s’y substitue quelque chose de plus fort encore, euh moi j’appelle ça l’amour, c’est un peu bébête, mais l’instant où Chastain convainc Shannon que c’est à lui d’ouvrir la porte est l’un des plus beaux gestes d’amour vus au cinéma depuis, je ne sais pas, disons Two lovers et Phénomènes. Le film aurait dû s’arrêter là...

valzeur a dit…

Je trouve ce passage terriblement volontariste : après avoir dit oui à tout, Chastain sonne à point nommé la fin de la récréation et le retour au réel.

Buster a dit…

Oui c’est volontariste, mais ça c’est typiquement américain, on le retrouve dans beaucoup de films hollywoodiens même classiques, moi ça ne m’a pas gêné dans la mesure où pour Chastain il lui en coûte aussi d’obliger Channon à ouvrir la porte, de le torturer ainsi, mais il n’y a pas d’autre solution, si elle en avait eu marre de toutes ces conneries, décrétant comme vous dites la fin de la récréation, eh bien elle aurait elle-même ouvert la porte. Si la thérapie est rude, elle n'en est que plus belle.

valzeur a dit…

Désolé, Buster, mais ce "repends toi par où tu as pêché" d'idéologie puritaine même décantée dans un film indie plan-plan, ça me fout un peu-beaucoup la gerbe. Ce climax émotionnel n'a été pour moi qu'un climax de scénario, porteur d'à peu près rien de surprenant (le twist soudain de Chastain qui a tout subi et qui là dis "ça suffit" avec sa petite voix de femme aimante, moi désolé, mais ça me ferait plutôt rigoler si je suivais ma pente)

vladimir a dit…

Edgar, Millennium, le Cheval de Turin, Dernière séance... et aussi 1967, 1968, 1969, 1970, etc, sans oublier les playlists, tu es sûr que tu vas y arriver? :)

Buster a dit…

valzeur,
Hum... le climax je le sens surtout venir dans vos commentaires de plus en plus virulents vis-à-vis du film, du coup je crains un peu pour le prochain :-)
De toute façon il n’y a pas de vérité, chacun voit la scène à sa manière, attention toutefois à ne pas la surinterpréter à mesure qu’elle s’estompe de la mémoire... Pour moi c’est beau parce que c’est simple, champ/contrechamp, plongée/contreplongée, c’est presque élémentaire, comme du Ulmer, pas de chichis de mise en scène, comme on le verrait dans 90% des scènes de ce type où l’on joue sur la tension liée à l’enfermement... On peut reprocher pas mal de choses au film, mais là en l’occurrence je trouve que Nichols s’en tire vraiment bien

(dites-moi, vous n’auriez pas le nauséeux un peu sensible?)

Vladimir, j’ai beaucoup de pain sur la planche mais ça va, la planche est longue.

valzeur a dit…

Vous avez raison, je renchéris certainement à posteriori sur une impression moins négative - mais ce que le film m'a laissé de latent est, disons, insubstantiel - et j'ai déjà vu mieux cette année - comme disait Brel, "Au suivant !".

Buster a dit…

OK, je vais parler du film de Fincher (pas encore vu le Siboni) mais, désolé, il va falloir d’abord passer par celui d’Eastwood...

DnD a dit…

J'aime beaucoup le film, vraiment, sa fin incluse (que je ne lis aucunement comme strictement : "c'était un prophète"). Mais je partage une forme de réserve que votre billet porte et que j'apprécie donc particulièrement de lire. Ainsi, je trouve aussi "The Happening" un film bien plus abouti (et questionnant) que celui de Nichols.
Je ne sais pas ce qui fait que "Take Shelter" rate la marche du "vrai grand film" (n'importe quoi :-) ), je ne situe pas ça par rapport à sa fin ni même sa possible quête de "consensualité" (en exagérant).
Je crois que, pour moi, ça d'une part à voir avec le côté asexué qui m'a interrogé et que je suis content de lire chez vous. Je pensais ensuite que l'Amour qui porte le film se détachait possiblement plus nettement du strict espace d'un couple en aséxuant précisément celui-ci. Mais ce qui m'embête alors est que la seule évocation sexuée du film soit celle du pote et de son projet de "threesome"...
D'autre part, il y a une manière d'épingler assez vite un peu trop de gens (la femme qui négocie au marché, la femme du copain de chantier, le repas dominical). Il y a un truc un peu facile par là qui me dérange, même si ça contribue pour partie au propos.
Bref, ça reste une très belle proposition pour moi (et je partage tout à fait votre lecture de la séquence dans l'abri), mais le film se bride un peu, contrairement au Shyamalan, sauf peut-être sur sa toute dernière séquence (en mon sens, et qui du coup détonne en ce qu'elle diffère d'une route un peu trop balisée suivie jusque là).

Buster a dit…

Vous avez raison. C'est un très beau film mais dans les limites que le cinéaste s'est lui-même imposé. La proposition de Nichols n'est peut-être pas à la hauteur des possibilités qu'un tel sujet offrait.