vendredi 27 janvier 2012

Millénium... hum

Vu The girl with the dragon tatoo de David Fincher. Le film est moins l’adaptation du premier volet de la trilogie Millénium que le remake hollywoodien du film suédois sorti il y a trois ans. Le titre anglais est d’ailleurs le même. Le scénario aussi. La composante politico-historique du roman (le monde de la presse et celui de la grande industrie en Suède) y est largement réduite, les deux films se concentrant sur l'intrigue policière, une histoire de serial killer sur fond d'inceste et de nazisme, un truc complètement tordu et plutôt grotesque. Avant d'aller plus loin une remarque: de la trilogie de Stieg Larsson je n'avais lu que le premier tome justement, et plus par curiosité que par réelle envie. Il faut dire que dans les années 2006-2007 j'ai connu autour de moi une véritable millenniumania: beaucoup d'amis, surtout des filles, étaient devenus totalement accros aux aventures du couple Blomkvist/Salander (exactement comme Florence Aubenas: ) - et si je n'ai pas lu les deux autres tomes, ce n'est pas par désintérêt mais parce que j'ai un mal fou à me replonger dans une histoire une fois que j'en suis sorti (c'est pour ça d'ailleurs que je n'arrive pas à suivre les séries américaines).
Bon je reprends. Ce qui faisait la réussite des Hommes qui n'aimaient pas les femmes (titre complètement crétin, on croit avoir affaire à une histoire de pédés) c'est justement l'ancrage de l'intrigue dans la réalité suédoise, à travers notamment le personnage de Wennerström (l'industriel pourri), présent tout au long du récit et non comme ici, juste au début et à la fin. Toute la force du roman était là, dans ce rapport entre fiction vénéneuse et réalité trouble, Stieg Larsson étant connu pour son engagement politique, en particulier contre l'extrême-droite (le personnage de Blomkvist c'est lui évidemment). Pour le coup, question scénario, le film de Fincher, vidé de cette partie "documentaire" du roman, apparaît comme un vulgaire thriller dopé aux hormones. C'est d'ailleurs le problème avec Fincher. Si ses deux meilleurs films restent à ce jour Zodiac et The social network, il le doit beaucoup, pour le premier, au roman de Graysmith, pour le second, à Aaron Sorkin, peut-être le meilleur scénariste américain actuel. Fincher est un cinéaste-caméléon: la mise en scène chez lui épouse les formes du scénario (cf. l'ignoble Se7en écrit par je ne sais plus qui, le même en tous les cas qui a écrit 8mm de Schumacher). Or c'est quoi Millénium? Un roman à la base complètement finchérien qui croise Se7en (les meurtres à connotation biblique), Zodiac (l'enquête par un journaliste d'investigation) et The social network (le génie informatique, via l'aide apportée par une jeune hackeuse déjantée). Soit un mélange d'horreur visqueuse, de complexité et de vitesse.
Reste à trouver le bon dosage... Et c'est là où le film se fourvoie. Délesté de sa dimension politique et historique, voire de ce qu'on pourrait appeler la "suéditude" du roman, le film perd beaucoup de sa complexité, celle-ci se résumant au sac de nœuds familial que représente le passé des Vanger, intrigue pour le coup sans intérêt. On n'est pas chez Bergman ni même Vinterberg. The girl with the dragon tatoo se trouve ainsi partagé entre deux motifs, celui trop épais, gras, poisseux (à l'image du générique, franchement hideux, qui ouvre le film) de l'énigme et ce qui tourne autour (meurtres, viols, tortures... autant de cérémonials pervers) et celui plus transparent, fluide, hâtif, que constitue l'enquête proprement dite, une fois intégré le personnage de Salander. Le film aurait gagné à privilégier le second au premier. Et c'est un peu à quoi il s'engage, passant progressivement du Ghost writer empâté à du faux De Palma (je pense moins à Blow out citant Blow up dans une version Photoshop, ou au switch brune/blonde du finale, qu'à la scène de l'escalator dans le métro et son timing millimétré). Hélas, dès qu'il gagne en vitesse, le rythme du film se trouve invariablement ralenti par les rebondissements lourdingues et passablement sordides du scénario, de sorte que ça ne décolle jamais complètement. Un rythme binaire, très eighties, où manque ce troisième terme qui conférerait à The girl with the dragon tatoo une vraie complexité, celle qui permettrait d'alléger la partie grasse du film et de donner plus de corps à la partie gracile, et d'assurer ainsi la rencontre (en termes de mise en scène) entre Blomkvist et Salander. Car tel qu'il apparaît, le dernier Fincher c'est quand même beaucoup de poudre aux yeux.
Reste Lisbeth Salander... Comme dans la première adaptation, où elle était interprétée par Noomi Rapace, c'est la seule réussite du film. Plus que Blomkvist, c'est elle le personnage central (le titre original le rappelle), dynamisant le récit, l'infléchissant même. Version noire, punk (plus que pink), gothic (et non plus geek), du Zuckerberg de Social network - film dans lequel Rooney Mara incarnait celle contre qui était dirigé Facebook à l'origine - elle justifie à elle seule, à travers l'évolution du personnage découvrant peu à peu sa féminité, d'aller voir le film, et même, de façon plus perfide, les suivants...

PS. Je découvre la BO The girl with the dragon tatoo de Trent Reznor et Atticus Ross. L'album rend compte, beaucoup mieux que le film lui-même, de l'univers froid et angoissant du roman (je ne parle pas de l'ouverture archimédiatisée, la reprise d'"Immigrant song" de Lep Zeppelin). Au point que je me demande si la plus belle expérience du moment ne serait pas de lire (ou relire) Millénium 1 avec l'album, qui dure près de trois heures (!), en fond sonore.

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Et hop, encore un petit navet boursouflé de david fincher. (axelle ropert)

sinon d'accord avec vous sur la rencontre raté entre le gras et le gracile

Buster a dit…

Hé hé... au fait c'est quoi "un petit navet boursouflé"? un rutabaga?

vladimir a dit…

Hé mais c’est pas si mal Millénium. Moi je n’avais pas lu le bouquin ni vu le film suédois, donc le choc a dû être plus violent. C’est sûr, l’intrigue policière sent un peu le réchauffé mais c’est comme Drive, pas si mal non plus, du pur formalisme. A ce niveau-là, je ne dis pas non. Et puis il y a la fille, assez génial quand même comme personnage.

JB a dit…

Vous dites que le titre original du film est le même que celui du film suédois, je crois que vous vous trompez. Le titre original du film suédois c’est celui du livre, Les hommes qui n’aimaient pas les femmes, et non The girl with the dragon tatoo.

Buster a dit…

Je parlais du titre anglais, le titre international (anglais) du film suédois c’est aussi The girl with the dragon tatoo, comme on peut le voir sur certaines affiches.