dimanche 30 janvier 2011

Comment savoir

James L comedy club.

Vu l'accueil réservé à How do you know (Comment savoir), la dernière comédie de James L. Brooks, le film risque de ne pas tenir l'affiche très longtemps, à l'instar du précédent, Spanglish. D'où le dilemme: faut-il se précipiter pour le voir près de chez soi, c'est-à-dire en VF quand on vit en province, ou attendre de venir à Paris, pour le voir en VO, sachant que dans quinze jours il sera peut-être déjà trop tard? Car James Brooks, en France, n’a jamais vraiment eu les faveurs du public, et encore moins celles de la critique. C’est d’ailleurs l’un des rares cinéastes sur lequel les Cahiers et Positif étaient jusqu'à présent d'accord (dans le rejet). Ainsi, en ce qui concerne l’archi-oscarisé Terms of endearment (Tendre passions), son premier film: "médiocre téléfilm, sans style visuel, mélange de comédie boulevardière et de mélodrame dans le pire registre du soap-opera... cinéaste plan-plan qui fait un sort à chaque mot d’un dialogue "spirituel" pour New-Yorkais sophistiqués, les mêmes ou leurs pères qui applaudissaient il y a trente ans les tranches de vie genre Marty ou les comédies type Picnic et boudaient les mélodrames, les vrais, flamboyants, de Sirk ou Minnelli..." (Ciment); ou encore: "Brooks s’exerce constamment à faire sincère, jamais à être vrai... ça baigne dans le code de bout en bout." (Toubiana). Pour Broadcast news (qui fallit sortir en France sous le titre Pleure pas, t’es en direct!), c’est un peu mieux. Jousse, dans les Cahiers, salue le morceau de bravoure que constitue l’édition spéciale sur l’attaque libyenne contre une base américaine, où "le réalisateur arrive à créer un étonnant circuit de communication entre les trois personnages"... "une sorte de raccourci, de télescopage de l’amour au travail, digne de la grande comédie américaine (on pense à Cukor qui n’a cessé de travailler la relation privé-public, amour-travail, dans Adam’s rib, par exemple)", mais ce n'est pas suffisant pour faire du film, dont "les dialogues et les expressions sont souvent très codés" et "les baisses de rythme trop fréquentes", une vraie réussite. Si Jousse conclut que "James L. Brooks, avec plus de rigueur, plus d’imagination, plus de méchanceté aussi, pourrait relever le niveau de la comédie américaine...", la sanction est plus sévère trois ans plus tard, sous la plume de Camille Nevers (Sandrine Rinaldi): "Soyons très redevables à James L. Brooks d'être le producteur de la série télé les Simpson, époustouflante satire animée de l'American way of life. Mais puisqu'il s'agit ici d'un dictionnaire des cinéastes, reconnaissons que Terms of endearment (...) et Broadcast news (...), avec leurs bons sentiments ratissant large, et leurs psychodrames rabougris, nécessitaient plus de fumier - moins de fumisterie - pour récolter, outre du blé, nos suffrages." Waouh... [ajout du 12-02-11: en fait, une notule totalement reniée par SR, pour elle la pire chose qu’elle ait écrite en tant que critique, et ce d’autant plus qu’à l’époque elle aimait déjà profondément Brooks - cf. la réponse de l’intéressée dans les commentaires] Bon, je passe sur I'll do anything (la Petite star) qui n’est jamais sorti en France... Quant à As good as it gets (Pour le pire et pour le meilleur), si le personnage d’Helen Hunt, "mélange subtil de vulnérabilité et de vitalité", offre quelques vrais moments de rire ou d’émotion, c’est loin d’être le cas avec celui de Nicholson tant ici "la transformation d’un salaud en bon bougre manque cruellement de ressort..." (Cahiers). Reste Spanglish, dont les Cahiers n’ont même pas parlé alors que de son côté Positif n'y voit que des scènes sans consistance, livrant les interprètes à eux-mêmes, et une critique sociale qui tourne court...
Devant une telle unanimité, on finit par douter de ses propres jugements (je ne l'ai pas encore dit mais j'aime beaucoup Broadcast news, As good as it gets et Spanglish). C'est d'autant plus étrange qu'aux Etats-Unis, James L. Brooks est reconnu comme un maître par ses pairs, les réalisateurs de comédies, lesquels sont plutôt appréciés en France. Ainsi Judd Apatow (dans le bouquin de Burdeau): "Je regarde sans arrêt Terms of endearment: un film vrai, émouvant, drôle, qui trace une ligne fragile entre comédie et drame. Personne d'autre n'arrive à faire ce que réussit Terms of endearment... Il m'arrive d'écouter le commentaire audio, juste pour ressentir la passion que quelqu'un peut éprouver à travailler... James Brooks parle de ses personnages comme s'il devait leur rendre justice, les honorer, les choyer. Comme s'ils existaient..."
En fait, dire que James L. Brooks n'a jamais été défendu en France n'est pas vrai. Il existe une petite famille de critiques qui a toujours soutenu ses films. C'est celle de la Lettre du cinéma [ajout du 12-02-11: et au sein de cette famille, Sandrine Rinaldi donc, cf. supra], à travers notamment les textes de Serge Bozon et de Benjamin Esdraffo (la Lettre n°30). Mais ce fut bien la seule, au point d'ailleurs que, pour l'instant, l'unique critique favorable, dithyrambique même, que j'ai lue à propos de Comment savoir est celle d'Axelle Ropert (qui fut co-rédactrice en chef de la Lettre, faut-il le rappeler...) dans les Inrocks. C'est tellement à contre-courant que même Télérama (via Ferenczi sur le site de l'hebdo) s'en étonne. Tout ça pour dire que James L. Brooks est emblématique d'une certaine conception de la comédie (et pas seulement américaine) qui - c'est le moins qu'on puisse dire - n'est pas dominante chez nous, et sur laquelle je me propose de revenir, une fois vu Comment savoir... en VF ou en VO, peu importe.

PS. Merci à D., qui m'a déniché les critiques des Cahiers et de Positif sur les films de James L. Brooks.

[31-01-11: viens de voir Comment savoir - plus tôt que prévu, donc, et en VO! Que dire... sinon que c’est le plus beau film de James L. Brooks, un modèle de comédie, d’une invention constante - dosage miraculeux de drôlerie et d’émotions - et d’une rare élégance question mise en scène... bref que Brooks est bien le véritable héritier aujourd’hui d’un McCarey ou d’un Minnelli. Je sais, pour certains c’est dur à entendre, mais c’est comme ça... A suivre.]

vendredi 28 janvier 2011

O Captain!


Captain Beefheart and The Magic Band, "I'm gonna booglarize you baby", 1972.

Sans nier l’importance historique de Trout mask replica, mélange radical, détonant, vociférant (ah cette voix!, capable de descendre dans les contrées les plus caverneuses) et totalement novateur de free jazz et de blues déstructuré, on peut quand même considérer The spotlight kid, plus classique, plus roots, plus abouti aussi, comme le vrai chef-d’œuvre de Captain Beefheart...

mardi 25 janvier 2011

[...]

Céline (suite et fin). J'ai jeté un coup d'œil sur le recueil des célébrations prévues cette année. On y trouve, entre autres, le premier référendum en 1961 de la Ve République, par lequel une majorité de Français ont approuvé l’autodétermination de l’Algérie. Ça c’est l’Histoire avec un grand H. Célébration et tout le tintouin... Mais l’histoire avec sa petite hache, tel le massacre du 17 octobre 1961, où plus d’une centaine d’Algériens, parmi les milliers qui étaient venus à Paris, à l’appel du FLN, manifester contre le couvre-feu qui leur avait été imposés, ont été littéralement exécutés par la police, tout ça avec la bénédiction de Papon, eh bien, cet événement-là, évidemment, n'est pas inscrit au programme... Bon, d’accord, c’est comme la Saint-Barthélémy, la Terreur ou l’écrasement de la Commune, ça relève plus de la commémoration que de la célébration... Mais justement, si la question algérienne se résume en 1961 au seul référendum sur l’autodétermination, c’est que l’événement doit contenir en lui-même tous les autres, oubliés ou tabous, qui s’y rattachent. C’est pareil pour Céline. Il n’y a pas l’écrivain d’un côté, et l’homme de l’autre, il n’y a que Céline. Ne pas vouloir célébrer/commémorer sa mort aujourd’hui, au nom de je ne sais quelle morale, ce n'est pas refuser seulement la part d’abjection qu'il y avait en lui, c'est le refuser tout entier... Si Céline est abject et génial, c'est dans le même mouvement, il est en quelque sorte... "abjénial" - autrement dit unique. C'est à ce titre, et seulement à ce titre, qu'on peut considérer, comme ses détracteurs, qu'il n'a pas sa place dans ce type de célébrations.

Culture (toujours). Ah l’expo Monet, quelle horreur! Je n’ai rien contre le peintre que j’aime beaucoup (même si je préfère Manet), mais ces méga-expos, où l'on attend des heures pour se taper un maximum de tableaux, ça n'a strictement aucun sens. Voir ainsi Monet relève de la performance (dans tous les sens du terme). Un peu comme dans Bande à part de Godard, et sa visite du Louvre en 9 minutes 43 secondes, sauf que là c’est exactement l'inverse. Le défi n’est pas de visiter le Grand Palais le plus vite possible, mais d’y passer le plus de temps possible, de préférence au milieu du plus grand nombre, un marathon en deux étapes - faire donc la queue pour entrer (surtout ne pas réserver son billet à l'avance, vous risqueriez de gagner du temps), puis jouer des coudes pour apercevoir les œuvres -, épreuve particulièrement éprouvante mais ô combien méritante avec au bout the big récompense: l’accès à la boutique et ses produits dérivés, véritable temple du marketing où vous pourrez acheter (au prix fort) tout ce que vous voudrez...

Fin des soldes.

lundi 24 janvier 2011

[...]

Suite des soldes:

Vu Au-delà de Clint Eastwood. Ouh là là, que c'est mauvais... Si on est un inconditionnel d'Eastwood on dira que c'est un film mineur ou bien inégal, doux euphémisme pour ne pas (s')avouer que c'est franchement raté. Parce que là, il a fait fort le père Eastwood. Mise en scène paresseuse (passé les dix premières minutes, l'épisode du tsunami, et encore...), mouvements de caméra répétitifs et d'une rare indigence (ah ces petits travellings vers le ciel!), comme si Eastwood nous offrait sa propre "expérience de la mort", artistique s'entend... Musique sirupeuse, omniprésente, pour justement masquer les faiblesses de la mise en scène. Il est où le "dernier des classiques"? Soit son style s'est tellement asséché qu'il ne reste plus rien ici de ce qu'on appelle le cinéma classique, juste la peau, amorphe et totalement rabougrie, soit (hypothèse la plus vraisemblable) Eastwood n'a jamais été ce grand cinéaste classique dont on nous rabat les oreilles à chaque nouveau film mais simplement un bon petit maître - auteur d'indéniables réussites avant que la critique ne l'auteurise - dont les limites se font malheureusement de plus en plus sentir, à mesure que sa "vitalité" créatrice et son esprit libertarien déclinent, laissant ainsi apparaître tout ce qu'il y a d'approximatif et de foncièrement mièvre dans sa mise en scène...

Des trois histoires qui composent le film sans vraiment converger, se déroulant plutôt parallèlement jusqu'à l'épilogue où l'on force les personnages de chaque histoire à se rencontrer (à moins que le film se situe lui-même dans l'au-delà et que, comme dans la géométrie riemanienne, les parallèles s'y rejoignent à l'infini), bref de ces trois histoires, une n'offre aucun intérêt (c'est l'histoire française avec Cécile de France), on dirait du Granier-Deferre, le seul truc marrant c'est Thierry Neuvic dont la ressemblance avec le capitaine Haddock (bizarre que Spielberg n'y ait pas songé pour son prochain film) me faisait espérer, à chaque fois qu'il apparaissait, l'arrivée imminente de Tintin et Milou..., une autre (celle anglaise avec le petit garçon) est un peu plus intéressante, quoique la partie loachienne du début..., reste l'histoire américaine qui est la plus réussie, enfin qui aurait dû l'être, si Eastwood ne s'était pas fourvoyé dans la construction de son récit, puisque le véritable intérêt du film c'est bien la rencontre entre Matt Damon et Bryce Dallas Howard (la référence à Shyamalan se situe à ce niveau plus que dans la communication avec les morts) et non celle, trop tardive bien qu'attendue, entre Damon et Cécile de France... Les scènes avec B. D. Howard renouent avec le meilleur Eastwood, il y a là l'amorce d'une histoire qui ne demande qu'à s'épanouir (les cours de cuisine sont plutôt plaisants bien que filmés froidement - ah cette couleur bleutée!, quasi cadavérique), mais qu'Eastwood abandonne, et le personnage féminin avec, au moment où elle commence à prendre corps. De même que ne sera jamais exploitée la citation dickensienne du film (sauf pour justifier que Damon se retrouve finalement à Londres), ce qui pourtant était une belle idée... Bref, tout ça fonctionne très mal. Et je ne parle pas de la fin et sa traditionnelle scène tire-larmes (une habitude chez Eastwood) ni surtout du dernier plan, d'une cucuterie sans nom...

Céline out

Quelques notes, prises récemment et que je livre groupées pour le prix d'une seule... (normal, c'est les soldes):

Sur la (énième) polémique autour de Céline... Décidément on n’en sort pas, c’est toujours le même débat stérile entre d’un côté ceux qui privilégient le génie littéraire - à l’instar de Proust, Kafka, Joyce, Woolf, Faulkner, Beckett (pour s’en tenir au seul XXe siècle) - de l’auteur du Voyage..., justifiant ainsi son entrée dans la Pléiade, et de l’autre, ceux qui considèrent d’abord l’homme et son antisémitisme, personnage suffisamment abject pour qu’on l’exclut aujourd'hui de l’édition 2011 du Recueil des célébrations nationales... Du quoi? Du Recueil des célébrations nationales... Bah oui, on se bagarre à propos d'un truc que personne (ou presque) ne connaît, pondu chaque année par le ministère de la Kultur, qui consiste à célébrer l’anniversaire (centenaires et cinquantenaires) d’événements touchant à l'Histoire et au patrimoine culturel de la France... bref, des célébrations officielles dont on peut se réjouir qu’on ait finalement écarté Céline, non pas que Frédéric Mitterrand - décidément une vraie couille molle celui-là (après ses propos tiédasses sur Ben Ali) - ait eu raison de céder à l’injonction de Serge Klarsfeld de retirer immédiatement l’immonde Céline (au nom des victimes et enfants de victimes de la Shoah), mais tout simplement parce que Céline aurait été le premier à fustiger de telles manifestations...

J'écoute en ce moment Learning de Perfume Genius, une sorte de Sufjan Stevens en miniature, avec son piano bringuebalant et sa petite voix plaintive... L'album dure à peine plus longtemps que le dernier morceau de The age of Adz, c'est plutôt triste, mais c'est très beau...

Céline (suite). "Célébration" ou "Commémoration"? La question n’a pas grand intérêt (même si, c’est vrai, le second terme est moins ambigu que le premier) dans la mesure où: 1) il s'agit ici de la mort de Céline, et que jusqu'à preuve du contraire on ne célèbre pas une mort mais on la commémore; 2) l'amalgame entre célébration et commémoration n’avait jamais posé problème jusqu'ici, ce qui fait qu’on trouve dans les précédents recueils des figures historiques comme, par exemple, Thiers ou Robespierre, figures aux mains autrement plus sales (on peut même dire tachées de sang) que celles de Céline... D'ailleurs Mitterrand, dans sa préface à l’édition 2011, ne s’y était pas trompé, écrivant: "Me conformant à l’usage qui invite à former des vœux à l’intention de tout heureux jubilaire, j’exprimerai celui que notre Recueil puisse gagner en diversité et puisse aiguiser encore, si faire se peut, votre goût de la découverte, pour matérialiser de mieux en mieux la conscience historique des Français, en commémorant les heures sombres comme en solennisant les dates fastes, en faisant également surgir des ténèbres d’une mémoire, parfois ingrate, des personnalités, des lieux ou des événements qui ont pris leur part dans la fresque qui conduit jusqu’à nous". Seulement voilà, Frédéric Mitterrand c'est le champion des transformistes, encore plus rapide que Brachetti pour retourner sa veste...

J'écoute aussi Barbara de We Are Scientists. C'est plaisant mais il y manque le petit plus qui colore un album, cette touche de je-ne-sais-quoi qui procure l'émotion... J'écoute, j'écoute, mais rien n'y fait: le déclic ne se produit pas. Dommage.

Céline (suite). Le distinguo entre "d’accord pour commémorer Céline" et "pas d’accord pour le célébrer", c’est du blabla - on joue sur les mots. Céline est un bloc, des plus complexe, et à ce titre il doit être considéré (célébré ou commémoré, peu importe, ce qui compte c'est la façon dont on accompagne l'événement) dans son ensemble. Comme pour beaucoup d'autres, me direz-vous... Oui, sauf que chez Céline, il y a vraiment quelque chose de particulier, qui touche à la question de l'antisémitisme, comme si, par la violence de ses pamphlets, il cristallisait sur lui toutes les passions que soulève l'antisémitisme (plus encore que le racisme ou le fascisme en général), sorte d'étalon dans l'ignominie, permettant pour le coup d'absoudre les nombreux écrivains qui, eux, se sont - seulement, pourrait-on dire - comportés en vrais collabos pendant la guerre (ce qui ne fut pas le cas de Céline). Et puis Finkielkraut, qui ne dit pas que des âneries, n’a pas tort de pointer - dans cette décision de retirer Céline des célébrations au dernier moment, sous la pression de Klarsfeld - le risque d’accréditer l’idée d’un "lobby juif" tout puissant, et de faire ainsi paradoxalement (là c’est moi qui parle) le jeu de l’extrême droite...

mardi 18 janvier 2011

Roma-Orvieto


Treno popolare de Raffaello Matarazzo (1933). Musique: Nino Rota. [via Trenycine]

En attendant... (ça requinque)

samedi 15 janvier 2011

[...]

Je ne sais pas si c’est l’ami H1N1 (hybride cronenbergien: 1/3 d'humain, 1/3 d'oiseau, 1/3 de cochon!) qui m’a foutu dans cet état mais j’éprouve depuis quelques jours une vraie lassitude vis-à-vis de ce blog... Jusqu’à présent, c’est surtout le manque de temps qui rendait sa tenue contraignante. Là, c’est différent. Du temps j’en ai toujours aussi peu, mais j’arrive à le gérer. Non, ce qui me manque cruellement aujourd’hui c’est l’envie tout simplement... Bon, ce n’est peut-être que passager, si ça se trouve je vais écrire un nouveau billet dès demain, comme celui que j’avais prévu sur le livre de Gérard Garouste, L’intranquille, sous-titré "Autoportrait d’un fils, d’un peintre, d’un fou", un livre magnifique, le meilleur que j’ai lu en 2010 avec l’inévitable La carte et le territoire de Houellebecq et l’étonnant HHhH ("Himmlers Hirn heißt Heydrich", en français: "le cerveau d'Himmler s'appelle Heydrich") de Laurent Binet, plus quelques autres, plus anciens (à la différence des films et des disques, je lis peu de livres l’année même de leur sortie), mais l’inverse est possible également: Balloonatic peut très bien se mettre en veille prolongée pendant plusieurs semaines, voire s’arrêter définitivement. A suivre, donc...

Sinon j’écoute en ce moment Across the crystal sea de Danilo Pérez & Claus Ogerman. Superbe. En voici un extrait sur de nouvelles vues de New York (encore? bah ouais...):


Mon journal de voyage [New York]. Musique: Danilo Pérez & Claus Ogerman (sur un thème de Hugo Distler).

samedi 8 janvier 2011

Somewhere

Système de la mode.

Vu Somewhere de Sofia Coppola. Voilà un film à la fois exaspérant - on peut même dire qu’il cultive l’art de l’exaspération - et intrigant, tant il semble se dérober en permanence, vous glissant entre les doigts, drôle d’objet lisse et mou qui n’a strictement aucun intérêt, si ce n’est que cette absence d’intérêt est aussi, paradoxalement, ce qui en fait l’intérêt. Intérêt, maigre mais réel, qui tient à la capacité qu’a Sofia Coppola à ne jamais déroger à son principe esthétique de départ, celui, léonardien, d'un monde ouaté et vaporeux, qu’elle décline obstinément de film en film, quelle que soit la figure choisie. Film déceptif, forcément déceptif (c’est l’aspect durassien du cinéma de Sofia Coppola), Somewhere est surtout un modèle de désamorçage narratif (une séance de moulage, un passage à la télé italienne..., ne sont rien d'autre pour le "héros" que des cases de plus dans la grille, toujours plus vide, de son existence). Que le monde que S. Coppola nous décrit soit baigné par ses souvenirs d’enfance (expliquant que la drogue y soit absente et le sexe surtout vu de l’extérieur), que cette vie de "poor little rich girl" (dont le nullissime Life without Zoe de Francis Ford, sur un scénario de Sofia, représente en quelque sorte la matrice) se retrouve dans cette langueur esthétique, cela ne fait aucun doute, et à ce titre le cinéma de Miss Coppola ressemble, du moins pour l’instant, à un long dialogue avec le père, mais réduire son œuvre à ce seul trait biographique, c’est aussi passer à côté de l’essentiel: le goût chez elle du neutre. "Dans le Système de la mode, l'opposition signifiante ne passe pas entre telle ou telle couleur, mais massivement entre le coloré et l'incolore: incolore ne veut pas dire "transparent" mais précisément: de couleur non marquée, "neutre", de couleur "indistincte"..." (Barthes) Ce qui rend Somewhere dérangeant, provocant, voire scandaleux, se situe exactement là. Il y a une difficulté à penser le cinéma autrement que dans son rapport entre, disons, réel et fiction, forme et récit, drame et comédie, contemplation et action, etc., autant d'oppositions parfaitement marquées. Chez S. Coppola, le curseur est déplacé, l'opposition se joue davantage entre le marqué et le non marqué, le distinct et l'indistinct... Certes, dans ce registre du neutre, des films comme Virgin suicides et Lost in translation offraient plus de séduction, mais peut-être aussi parce que le jeu des oppositions n'y était jamais totalement aboli. Ici tout finit par se déliter, même le rapport entre distinct et indistinct, nous plongeant ailleurs, quelque part, somewhere, en pleine indistinction, à l'image du sourire final, et mystérieux (toujours Léonard), du héros, personnage sans qualités, désertant un film qu'il n'a fait que traverser.

vendredi 7 janvier 2011

[...]












Corneille-Brecht de Jean-Marie Straub (2009).

Suis-je devenu consensuel?

C’est la question que certains se posent à la lecture de mon Top 15 de l'année où ne figureraient, à les en croire, que des films "attendus". D'abord je répondrai qu'une telle liste n’a pas vocation à surprendre, elle n'est que la traduction de mes goûts et plaisirs de spectateur, et comme je les affiche régulièrement sur le blog, il n’y a aucune raison qu'elle soit différente au moment du bilan. Les films retenus (mais c’est vrai aussi pour les albums) sont donc ceux pour lesquels j’avais déjà exprimé ma préférence, et ce à plusieurs reprises, au cours de l’année. Reste qu’effectivement, si l’on compare aux listes des Cahiers, de Chronic’art et des Inrocks, on y retrouve, plus que de coutume, de nombreux films en commun (plus de la moitié à chaque fois...), ce qui ne me ravit pas spécialement, mais bon, ne me contrarie pas non plus. C’est peut-être ça qui, inconsciemment, m’a poussé à avancer mon traditionnel top de fin d'année: le sentiment que la liste allait être très "consensuelle" et qu’il fallait donc la sortir avant tout le monde (de sorte que si elle ressemble à celles des autres, elle ait au moins le mérite de l’antériorité)... Sinon, bien sûr, il est plus facile de faire preuve d’originalité quand on passe en dernier, une fois que les autres ont rendu leur verdict et qu'on peut ainsi s'en démarquer... ou encore quand on intègre à sa liste, comme je le faisais les années précédentes, des films inédits, parce que non encore sortis (films de festivals vus en avant-première) ou jamais sortis (films anciens, découverts en DVD ou à l'occasion de projections spéciales...). Aussi, pour faire plaisir aux grincheux qui ne me trouvent pas assez original dans mes choix, voici en complément de mon Top 15 une liste alternative de dix "inédits" vus en 2010:

- A la barbe d’Ivan de Pierre Léon
- Confusion chez Confucius d'Edward Yang
- Corneille-Brecht de Jean-Marie Straub
- L’Etrange affaire Angélica de Manoel de Oliveira
- L'Extase des anges de Koji Wakamatsu
- Les Intrigues de Sylvia Couski d'Adolpho Arrietta
(+ les nouvelles versions de Pointilly et Grenouilles)
- Treno popolare de Raffaello Matarazzo
- Welt am Draht de R.W. Fassbinder

Là comme ça, c'est plus original?

lundi 3 janvier 2011

2011















Evidemment on peut souhaiter pour 2011 des choses plus sérieuses, comme la libération de Liu Xiaobo, celle de Jafar Panahi et, plus généralement, de tous ceux, célèbres ou non, qui sont victimes de la dictature dans leur pays ou de la folie tortionnaire de quelques fanatiques... Maintenant, on peut aussi simplement rêver d'une belle année de cinéma. J'attends beaucoup en 2011, outre les inévitables surprises, de films comme Hahaha et Oki's movie de Hong Sang-soo, Essential killing de Jerzy Skolimowski, Promises written in water de Vincent Gallo, Meek's cutoff de Kelly Reichardt, La belle endormie de Catherine Breillat [finalement très décevant, cf. commentaire du 19-01-11], The ward de John Carpenter, Restless de Gus Van Sant, Habemus papam de Nanni Moretti, Le Havre d'Aki Kaurismäki, la Messe de minuit de Manoel de Oliveira, les derniers courts (Chef-d'œuvre? et Toujours moins) de Luc Moullet...

Sinon, bonne année à tous!