dimanche 4 décembre 2011

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Vu les Neiges du Kilimandjaro de Guédiguian. Mais elles sont très belles ces Neiges... Le côté mauvaise téloche (Plus belle la vie) du film, oui, un peu, à travers quelques personnages stéréotypés (les enfants de Darroussin et Ascaride, la jeune mère de Leprince-Ringuet...), mais ça donne aussi au film un aspect fauché plutôt sympa. La naïveté et l’invraisemblance de certaines situations (du tirage au sort des dockers licenciés, au début du film, à la prise en charge finale par Darroussin et Ascaride des deux petits frères de Leprince-Ringuet, celui qui les a agressés, pour leur piquer leur pognon, et que Darroussin a dénoncé à la police), idem, ça relève d’un idéalisme un peu gnangnan, et pourtant efficace (ah "Pavane pour une infante défunte", avec moi ça marche à tous les coups), mais justement, ça donne aussi au film une dimension romanesque (c’est inspiré d’Hugo) bien plus juste, dans ce qu'il y est dit, que pas mal de films réalistes. On est dans le mentir-vrai... ça sonne un peu faux (l’Estaque paraît aussi imaginaire que le Mistral de PBLV), et cependant ça dit vrai. Parce que les personnages, enfin... les personnages principaux (Darroussin, Ascaride, Meylan, Canto, Leprince-Ringuet), eux sont vrais, moins dans ce qu’ils disent d’ailleurs (la seule parole vraie du film est peut-être ce que répond Leprince-Ringuet à Darroussin au palais de justice) que dans ce qu’ils éprouvent: en bien ou en mal. C’est ça qui rend le film si attachant... Bon, je laisse de côté le constat politique, très désenchanté, du film (que résume un des slogans: "La lutte, c’est classe"), tout le monde en a parlé, ainsi que la référence à Renoir, Pagnol (cf. la partie de cartes et ce côté toujours un peu Orane Demazis chez Ascaride) et plus généralement au cinéma français d’avant-guerre, pour m’attarder sur le personnage de Darroussin à travers ses deux passions: Jaurès et Spider-man. Comment concilier l’idéal socialiste et les pouvoirs d’un superhéros? On connaît l’adage de l’Homme-araignée qui dit qu’un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. C’est de là peut-être que vient la vocation syndicaliste de Darroussin. En tous les cas, ça touche à deux choses: la croyance et l’enfance (c’est l’aspect ravélien du film), deux choses qui, pour moi, irriguent le film du début à la fin. N'est-ce pas là finalement, dans ce qui peut apparaître aussi comme un ressourcement chez Guédiguian, que réside toute la richesse du film?

7 commentaires:

Griffe a dit…

Ils sont vrais dans ce qu'ils éprouvent. C'est tout à fait ça. Ils se dépassent lentement, prenant acte avec douleur, mais aussi avec reconnaissance, du gouffre qui les sépare de tout ce qu'ils ignorent. C'était déjà le sujet de Mon père est ingénieur : Darroussin au bord du gouffre y regardait, tout au fond, Ascaride. C'est un sujet magnifique, porté par de très grands acteurs. Parfois, il n'y a pas besoin d'aller beaucoup plus loin pour dire la beauté d'un film. Merci pour ce texte.

Anonyme a dit…

Belle défense d'un film facilement attaquable
par une cinéphilie "pure et dure".
La scène du serveur de bar qui propose des boissons en fonction du moral de ses clients est
étonnante...

Buster a dit…

J’aime bien ce genre de film qui s’offre tel quel, avec ses maladresses, au risque du ridicule.

La scène avec le serveur est casse-gueule mais elle passe... On a longtemps accusé Pagnol de faire du théâtre filmé, là on peut dire que c’est du Pagnol téléfilmé, ça pourrait être horripilant, mais non, il y a dans le rythme même de la scène et le jeu des acteurs quelque chose de l’ordre de l’évidence, je ne sais pas, mais qui est très beau.

Allez, metaxa pour tout le monde, c’est ma tournée!

vladimir a dit…

Humm, je vois qu’on n’a pas vu le même film, moi j’ai trouvé ça plutôt geignard et mollasson, et pourtant je ne suis pas un cinéphile "pur et dur" !

un passant a dit…

salut Buster
de la part de Borges à propos de votre note sur le Guédiguian

http://spectresducinema.1fr1.net/t1067p15-les-neiges-du-kilimandjaro-r-guediguian-2011

Buster a dit…

Ah oui ce Borges-là, le philosophe des Spectres... encore un qui se mouche pas du pied, genre, moi je sais, les autres sont des cons... Il discourt, il discourt (le furet Borges), c’est très intelligent mais il s’écoute surtout parler, d’ailleurs la rubrique s’intitule Conversions autour des films, donc en effet ça converse... le cinéma passé à la moulinette (à paroles) de la philo, mais quid des films?

Buster a dit…

ça y est j'ai lu, pas très sympa ce qu’il dit sur moi le père Borges, mais bon, il n’a pas tout à fait tort... c’est écrit trop vite, il manque quelques phrases qui préciseraient mieux ce que je veux dire. Quand j’écris "comment concilier l’idéal socialiste et les pouvoirs d’un superhéros" cela sous-entend qu’il y a là justement quelque chose d’inconciliable. Bien sûr que c’est l’idée de justice qui fait le lien entre Jaurès et Spiderman, mais ça tout le monde l’a compris, la question n’est pas là, ce qui m’intéresse c’est le personnage de Darroussin, et le fait que son engagement d’homme de gauche trouve peut-être ses racines dans l’enfance à travers la figure de Spiderman. Sauf qu’à cet âge Spiderman ne symbolise pas du tout la justice mais bien la surpuissance du héros, doté de superpouvoirs, et c’est ça qu’évoque en creux le film, jusqu’à le reproduire à l’envers: le cheminement qui va du superhéros de droite (comme le sont les petits garçons) à la grande figure de gauche, à l’heure de l’engagement politique. Et ce que je pointe ainsi indirectement, sans m’y attarder (j’écris une note pas un mémoire), c’est que Darroussin adulte n’a pas substitué l’image du second à celle du premier, qu’il a conservé les deux, et que sur le tard c’est même celle de Spiderman qu’il semble privilégier, un retour nostalgique à l’enfance qui témoigne de son désenchantement politique. C’est tout.